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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

QUELQUES POMPIERS D'ECHENAY - XXe SIÈCLE

22 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay-Epoque Moderne

Exercice Incendie à Echenay vers 1950

Exercice Incendie à Echenay vers 1950

La loi des 16-24 août 1790, et sa réaffirmation par celle du 5 avril 1884 qui fixe l’organisation communale, confia aux maires « le soin de prévenir par des précautions convenables et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre et de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ».

Initialement inclus dans la Garde Nationale, les Corps de Pompiers étaient divisés en pompiers municipaux ou encore volontaires de la Garde Nationale sous autorité militaire.

Quand en 1852 la Garde Nationale est supprimée suite au coup d’état de 1851, les corps de Pompiers municipaux subsistent, gardant un statut calqué sur l’organisation militaire.

Echenay a bien évidemment eu ses pompiers municipaux, placés sous l’autorité du maire.

Local de stationnement de la pompe à incendie d'Echenay

Local de stationnement de la pompe à incendie d'Echenay

Voici donc le portrait de quelques pompiers Epincelois :

Louis BARBIER est né le 4 décembre 1860 à Saudron, fils de Jules Barbier et de Joséphine Soyer.

Il se marie à Julienne TERNOT (née à Laneuville aux bois en 1867).

La famille BARBIER semble être arrivée à Echenay entre 1891 et 1896. On l’a vu, ils n’étaient pas originaires de bien loin ! Ils s’installent rue des ponts, à côté des sœurs.

Louis Barbier est le cantonnier chef d’Echenay en 1906. Il exercera toujours cette profession puisque le 26 avril 1922, il reçoit la médaille d’honneur des cantonniers départementaux et communaux. Elle était décernée par le ministre de l’Intérieur, aux cantonniers de la voirie, départementale et communale, qui comptaient plus de 30 ans de services.

A 51 ans, par décret du 28 novembre 1911, il est nommé Lieutenant des sapeurs-Pompiers d’Echenay (JO du 12/1/1912).

Deux ans plus tard, il est nommé par décret du 18 septembre 1913 Lieutenant honoraire des sapeurs-pompiers (JO du 20 octobre 1913).

Auguste JACQUET, cultivateur, est né le 13 novembre 1867 à Harméville (52), il est le fils d’Hilaire Jacquet et de Hortense Belgrand.

Marié le 19 mai 1900 à Mathilde LELOUP née en 1881 à Saint Mihiel (55), le couple habite la grande rue à Echenay.

Il est nommé par décret du 18 septembre 1913 Sous-Lieutenant des Sapeurs-Pompiers (JO du 20 octobre 1913)

Prosper BELLONI

Né le 6 novembre 1876 à Echenay, fils de François Belloni et Octavie Labé, Prosper habite avec sa mère, épicière dans la grande rue en 1906.

Nommé par décret du 24 février 1920, il devient à cette date sous-lieutenant (JO du 27 mars 1920)

Pierre LESEUR devient sous- lieutenant par décret du 14 aout 1921 (JO du 9 Octobre 1921) puis lieutenant par le décret du 13 Octobre 1926 (JO du 5 novembre 1926)

Né le 26 mars 1887 à Echenay, fils d’Edouard Nicolas Leseur et de Marie Constance Belloni. Il se marie le 21 Avril 1917 avec Marie Thérèse Perry et décède le 11 mars 1956 à Rachecourt sur Marne.

Martial WITTMER est promu sous-lieutenant par décret du 19 février 1937 (JO du 11 mars 1937).

Né le 11 février 1906 (+ 1992), il est le fils de Jean Camille Wittmer et de Léontine Voguet. Il épouse Rose Balssa le 6 septembre 1937 à Echenay. Originaire de Carmaux (81), la jeune femme avait été nommée receveuse à la poste d’Echenay. Martial, lui, est cantonnier de la commune.

Lors de l’offensive Allemande de 1939, Martial fut fait prisonnier et transféré au Stalag VI F à Bocholt.

Je souhaite que ces courtes tranches de vie puissent être utiles à quelques généalogistes.

Sources

AD52

Journal Officiel de la République Française - Gallica

Bulletin des Lois - Gallica

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DISPARITIONS AU TUNNEL DE SOULAINCOURT - ECHENAY 1891

16 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Transports et Moyens de communicaion

La ligne de chemin de fer Brienne-Sorcy qui passe à quelques kilomètres d’Echenay fut un maigre facteur de développement économique pour les villages desservis mais un outil de défense important durant la guerre de 14-18. C’était son objet ! Construite et classée comme « Ligne stratégique », elle a pleinement joué son rôle lors du premier conflit mondial. Le trafic y était ininterrompu jour et nuit, sur deux voies, pour mener au front hommes et armement et redescendre les permissionnaires et les blessés.

Si elle a contribué à sauver des vies humaines, sa construction dans la périphérie d’Echenay n’a pas été sans péripétie ni de victime.

Est Républicain du 7/9/1891

Est Républicain du 7/9/1891

L’explosion a donc eu lieu à l’extrémité Nord du tunnel de Soulaincourt, soit à environ 4 kilomètres d’Echenay.

Monsieur le Marquis en fut-il effrayé ?...

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Puis le 7 septembre 1891, l’Est-Républicain relate un dramatique fait divers.

DISPARITIONS AU TUNNEL DE SOULAINCOURT - ECHENAY 1891

Pauvres femmes !

Vindicien Arsène Lenoir s’était marié à Eulalie Horiot le 3 mai 1876 à Isches (88). Ils fixèrent leur domicile à Mont-les-Lamarche, petit village un peu au Nord de Bourbonne les Bains.

Par nos routes actuelles, la distance la plus directe est déjà de 75 kilomètres. La pauvre femme a dû vraiment se perdre pour en faire presque le double !

Acte de décès de Vindicien LENOIR - Soulaincourt 52

Acte de décès de Vindicien LENOIR - Soulaincourt 52

Décidemment, ce tunnel de Soulaincourt semble marqué par les disparitions et les recherches douloureuses… réelles, cinématographiques, voire fantasmagoriques !

Sources :

Kiosque-Lorrain

AD52

AD88

ViaMichelin

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L'HISTOIRE D'UNE TOMBE OUBLIÉE - ECHENAY 1808

12 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

Une généalogie villageoise fait prendre parfois de biens curieux détours et la lecture d’un livre peut vous emmener plus loin que prévu !

Emile Humblot (1862-1931) est l’auteur de « Documents sur la Sculpture Religieuse du Pays Joinvillois et de la Haute-Marne – Croix et Dieux de Pitié » écrit en 1903. Homme politique, peintre, graveur, il était aussi membre de la commission des monuments historiques. Amoureux du Vallage, il consacre le présent ouvrage aux cimetières et croix de pitié dont voici un extrait.

Dessin d'Emile Humblot

Dessin d'Emile Humblot

«Il y a au cimetière d’Echenay deux croix de tombeaux que l’on ne saurait passer sous silence. […]

La deuxième croix de tombeau est à moitié enterrée. Elle frappe par sa structure et sa décoration.

Elle est composée d’un médaillon circulaire en creux que prolonge une croix dont les quatre bras sont à peu égaux. Deus oreillons décorés de feuillages en quart de cercle et concaves occupent la partie supérieure, tandis que les oreillons de dessous, pris comme les autres dans la masse de la pierre, descendent envelopper, comme une sorte de lyre, le médaillon inférieur. Les à-bouts sont décorés d’un petit carré saillant.

Sur le médaillon une inscription incomplète : CY REPOSE LE C/ DE DEFUNTE MARIANNE, EPOUSE DE DE PITOY, DECEDEE LE 21 SEPTEMBRE/ AGEE DE/.

Sur la hampe, un Christ informe, très peu en relief, a la tête et les mains énormes.

Pour la première fois, nous constatons que le point d’attache des mains est beaucoup au-dessous des épaules et de la tête. Au sommet, il ne subsiste de l’inscription INRI en relief dans un cartouche que ces trois lettres. Sous les pieds du Christ, une petite tête de mort avec deux tibias en croix. Sur la face postérieure est gravé en creux, d’un simple trait, le monogramme du Christ surmonté de la croix. Hauteur apparente de la croix 0,95 et largeur 0,50. »

Extrait de « Documents sur la Sculpture Religieuse du Pays Joinvillois et de la Haute-Marne – Croix et Dieux de Pitié » - Emile Humblot – 1903

A la lecture de ces quelques lignes, comment résister à l’envie de chercher l’identité de cette mystérieuse Marianne ? Mais comme le dit Humblot dans son introduction, « Est-il temps encore de réparer des ans l’irréparable outrage ? ». Au passage au cimetière d’Emile Humblot, vers 1900, il ne restait déjà plus que quelques débris. Que pourrai-je trouver ?...

Commence alors une recherche exhaustive dans les registres d’Echenay, avec pour base un prénom, Marianne et un nom d’épouse, Pitoy.

Finalement, il me suffira de quelques heures pour retrouver la trace de Marianne.

Acte de naissance de Marianne Rémi

Acte de naissance de Marianne Rémi

Marianne Rémy, son nom de naissance, est née le 13 novembre 1747 à Echenay. Elle est fille de Philippe Remy, jardinier, et de Marguerite Labrouvois.

Acte de mariage de Marianne Réemi

Acte de mariage de Marianne Réemi

Le 18 mai 1779, elle épouse Claude Pitoy.

Acte de décès de Marianne Pitoy

Acte de décès de Marianne Pitoy

Marianne s’éteindra le 25 septembre 1808, âgée de 61 ans (et non 51 comme le note l’officier d’Etat Civil). Et puis, l’histoire tourne au drame…

Ce dernier ajoute « avoir reconnu, accompagné des dits témoins, que la décomposition rapide du corps exigeait qu’il fut inhumé avant les vingt-quatre heures révolues et [avoir] permis que l’inhumation ait lieu aujourd’hui à six heures du soir ».

Sans doute quelques semaines plus tard, Claude Germain, anéanti, décide de faire ériger cette croix qui attirera l’attention d’Emile Humblot 100 ans plus tard.

Voici l’histoire de Marianne. Elle pourrait s’arrêter là…

Mais Pitoy, Pitois, ne se serait-on pas déjà croisé ?... Mais oui !

Au moment où Marianne trépasse (24 septembre 1808), son fils François meurt également en Espagne (16 septembre 1808). Marianne l'aurait-elle pressenti ? Il était soldat de l’Empire.

Claude Germain Pitoy ne le sait pas mais en 10 jours, il vient de perdre sa femme et son fils ainé.

Aujourd’hui, il ne reste rien de la tombe de Marianne.

Mais serait-il possible que certains morts nous appellent ?…

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DE L'USAGE DES CARTES DE VISITE - ECHENAY/PARIS

11 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

Présentation par un valet

Présentation par un valet

Si l’utilisation des cartes de visite en Chine semble ancestrale, leur apparition en France est beaucoup plus récente.

Dans les salons du XVII siècle, il était habituel d’écrire quelques mots au dos d’une carte à jouer pour communiquer discrètement avec une autre personne.

Puis vint le règne des petits « Vas-y-dire » que l’on retrouve dans tous les mémoires du siècle des lumières, acteurs incontournables mais discrets des rendez-vous galants par exemple… Vers le milieu du XVIII siècle, des "agences" proposent le service de messagers chargés de présenter des compliments à domicile ou, en cas d’absence du destinataire, de laisser sur sa porte les coordonnées de l’émetteur. Dans les dernières années du règne de Louis XIV, cette pratique donne naissance à la carte de visite, développée par les graveurs parisiens de la rue Saint-Jacques. Source : archivespasdecalais.fr

A la fin du XIX, progrès de l’imprimerie aidant, l’usage de la carte de visite s’est généralisé chez les gens de la haute société ainsi que dans les milieux d’affaires.

« La table du hall de la maison devait avoir une boite de cartes avec un stylo à proximité. Alors que les hommes étaient autorisés à garder leurs cartes dans leur poche, les dames devaient les garder dans un étui. [ ] En Europe, les hommes cornaient le bord de leur carte pour indiquer qu’ils avaient délivré eux même cette carte, tandis que si un serviteur faisait passer la carte, elle était délivrée sans être cornée.» Source : design-produit.net

Gabriel de Pimodan, châtelain et homme politique d’Echenay, les a utilisé tout au long de sa vie. Il est intéressant d’en présenter quelques-unes.

Voici six exemples que j’ai pu réunir :

La première date des années 1875. Il est alors militaire. Sous les ordres de « la grande muette », il tait ses titres de noblesse pour n’afficher que son grade !

DE L'USAGE DES CARTES DE VISITE - ECHENAY/PARIS

Puis, ayant démissionné et pris des responsabilités politiques, il peut enfin les annoncer.

Pour trois d’entre elles, la police de caractère est la même mais les titres mis en avant différent.

De même format, elles sont certainement du même imprimeur et laissent présager des utilisations et des destinataires différents.

  • Une n’affiche que le titre de noblesse - Le Marquis de Pimodan
  • La suivante, Le Marquis de Pimodan - Duc de Rarécourt, ajoute le titre romain obtenu par son père de Pie IX et transmissible à tous ses descendants mâles.
  • Enfin, la dernière est complétée de ses fonctions électives. On notera qu’elle seule fait apparaître son adresse Epinceloise, en correspondance avec lesdites fonctions.
DE L'USAGE DES CARTES DE VISITE - ECHENAY/PARIS

Enfin, la dernière utilise une autre police et est d’un format légèrement différent.

On devine une utilisation très codifiée en fonction des destinataires.

DE L'USAGE DES CARTES DE VISITE - ECHENAY/PARIS

Voici également une carte de visite que j’attribue à Emma de Couronnel, sa mère, veuve de Georges de Pimodan depuis 1860. La carte de visite reflète la position effacée qu’elle a choisie depuis le deuil, elle qui dispose de nombreux titres de noblesse. Le format est petit, discret, comme il convient sans doute à une veuve de cette époque.

DE L'USAGE DES CARTES DE VISITE - ECHENAY/PARIS

Ces traces de vie sociale reflètent donc les usages en vigueur à cette époque. J’ai pensé qu’il était intéressant de les partager.

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L'ENTRE-DEUX GUERRES DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1920/1949

7 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Les établissements DUFAYEL

Les établissements DUFAYEL

Voilà maintenant une dizaine d’année que Lucie et Edouard sont descendus du train qui les avait amené de Haute-Marne. Après s’être mariés le 28 Août 1909 à Echenay, ils avaient décidé de faire le grand saut : Destination Paris !

Ils y avaient débarqué en pleine Belle-Epoque. Comme eux, des milliers de petits ruraux venaient tenter leur chance dans la ville-lumière. Ce Paris-là, c’était une autre planète pour ces villageois ! Pensez donc ! La tour Eiffel, les grands monuments, le métro, les trottoirs animés jour et nuit, les grandes brasseries, les élégantes, les grands boulevards et leurs grands magasins…

Mais la guerre de 14-18 est passée par là avec son cortège d’horreurs ! Pour oublier tout cela, il faut s’étourdir ! Alors, finie la Belle-Epoque, place aux Années Folles !

Et les grands magasins, c’est fou !… Surtout celui-là !

A deux pas de chez Lucie et Edouard, il y en a un justement : Les Grands Magasins Dufayel.

« Les plus vastes et les plus beaux du monde dans leur genre » dit la réclame.

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Lucie et Edouard s’y promènent de temps en temps.

Ce n’est pas un magasin comme les autres. Il est immense bien sûr (38000 m2), mais à l’inverse des autres, il n’est pas dans les beaux quartiers ! On ne peut pas le louper avec son dôme immense d’où un phare éclaire Paris la nuit, son théâtre, sa salle de cinéma, son décor tout simplement !

Un temple de la consommation ! Le cœur de la Goutte d’Or !

Son créateur, J.F Crespin, était certainement un commerçant né mais son successeur G.J Dufayel n’avait rien à lui envier !

Georges Jules Dufayel était né à Paris en 1855 [ ]. Âgé de 16 ans, il commence à travailler pour Jacques-Francois Crespin (1824-1888) au Palais de la Nouveauté à Paris, magasin fondé par Crespin en 1856 où se vendaient déjà meubles et articles usuels à crédit.

À la mort de Crespin en 1888, Dufayel a 33 ans. Associé très proche de Crespin, il prend la direction de l'entreprise. En 1890, nouvellement propriétaire, le Palais de la Nouveauté devient Les Grands Magasins Dufayel. Il se lance alors dans la vente de meubles à grande échelle. Avec l'architecte Gustave Rives, il agrandit le bâtiment et lui ajoute un théâtre, un hall de concert, et un jardin d'hiver, ce qui lui permit d'organiser des conférences, des réunions scientifiques, de projeter des films, ou de monter toutes sortes de spectacles pour attirer de nouveaux clients. La façade, ornée de sculptures d'Alexandre Falguière et Jules Dalou impressionnait d'autant plus qu'un dôme doté d'un phare surplombait l'ensemble.

Les Grands Magasins Dufayel situés dans un quartier populaire (ses concurrents, Les Galeries Lafayette, Printemps, Le Bon Marché, et Samaritaine sont implantés dans des quartiers plus aisés), permirent aux classes plus modestes d'acquérir des biens comparables à ceux que s'offrait la grande bourgeoisie. « [Le magasin] invitait les ouvriers à appréhender les achats comme une activité sociale, comme la bourgeoisie le faisait dans les grands magasins luxueux de Paris ».

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le grand intérêt de cet édifice fut de marier respect et plaisir. « L’entrée était ornée par des sculptures et des statues représentant des thèmes tels que « Le Crédit » et « La Publicité » et surmontée par un dôme de 55 m de hauteur. Dans l’immeuble se trouvaient 200 statues, 180 tableaux, colonnes, panneaux décoratifs, formes en bronze tenant des candélabres, faïences et verrerie peintes, et grands escaliers ; un théâtre avec des rideaux de soie, guirlandes en blanc et en or, et des miroirs immenses, permettait d’accueillir 3 000 personnes ».

Dufayel possédait de nombreuses affaires. Il était aussi son propre banquier (ainsi que celui de nombreux commerçants), vendait des assurances, et gérait une société de publicité, l'Affichage national Dufayel, qui inondait les murs de Paris d'affiches publicitaires.

Le truc de Dufayel, c’était le crédit. Très bien visé dans un quartier populaire ! Bien qu’il soit mort en 1916, l’affaire est toujours prospère.

Alors Edouard va s’y faire embaucher. Il aime bien les trucs modernes, Edouard ! Sûr qu’Echenay ou Mercy le Haut ne peuvent offrir cela !

Et puis il faut vivre. En 1919 et 1921 sont nés deux autres enfants. La famille est maintenant constituée de 7 personnes et il faut penser à déménager. La famille part dans le bas de la rue Clignancourt et y restera toujours.

Hélas, en 1930, les magasins DUFAYEL ne résistent pas à la grande dépression et ferment leurs portes. Il lui faut retrouver du travail. Je ne sais pas ce qu’Edouard trouvera à cette époque.

Mais le 10 juin 1938, il s’inscrit comme courtier en marchandises à la Chambre de Commerce de Paris. Il semble qu’en fait, il se soit mis à son compte, ayant conservé une partie de sa clientèle de bonneterie - sous-vêtements. Il part à la journée avec ses valises d’échantillons et prend quelques fois le train pour se rendre jusqu’en banlieue pour visiter ses clients.

Pour se dépayser un peu, ils ont acheté un petit terrain à Sarcelles, summum de la réussite d’un petit employé. Ce n’est pas encore l’immense cité qui fera la Une des journaux télévisés mais un paisible village à quelques kilomètres de Paris. Bref, le lieu idéal pour la détente et le farniente !

Après y avoir construit un petit cabanon, toute la famille s’y retrouve pour passer des week-ends agréables. Edouard jardine un peu tandis que Lucie vaque à ses occupations. Les enfants qui ont grandi les rejoignent avec leurs copains pour des journées-soirées animées comme le prouvent les photos que j’ai pu réunir.

La vie s’écoule, tranquille mais toujours difficile. Il y a bien longtemps que Lucie a cessé de travailler ! Pour faire face, Edouard devra poursuivre son activité professionnelle quasiment jusqu'à sa mort en 1949. Il faut bien « faire bouillir la marmite ». Il prend sa retraite le 1 juillet 1942 à 60 ans, en pleine seconde guerre mondiale. Le cœur n’y est plus ! Même les chevaux qu’il aimait tant, il ne les regarde plus : ils sont maintenant montés par des uniformes vert de gris.

Miné par la maladie (toujours ses graves problèmes pulmonaires), il s’éteint en septembre 1949. Lucie lui survivra 30 ans.

Edouard LEFORT

Edouard LEFORT

C’est marrant !...

Lui qui aura connu la rudesse de la vie campagnarde du XIXe puis l’agitation de la capitale, qui aura traversé deux guerres abominables, qui aura participé (très modestement) à quelques grandes nouveautés du XXe siècle, le voici maintenant, à l’aube du XXIe siècle , sur Internet !!!

Un peu Highlander, le grand-père Edouard, non ?...

Sources :

Documents et photos familiaux

Wikipédia

Pour ceux qui voudraient en savoir plus...

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LA GUERRE DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1914/1919

6 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Le 3 Août 1914, il y a foule vers la gare du Nord. Bien plus que 22 ans plus tard, pour la première grande transhumance des congés payés…! Il faut dire que ce jour-là, le transport est « offert » par l’état !

Edouard n’a pas eu à faire un long chemin pour rejoindre la gare. Il a sans doute pris le métro à Château-Rouge pour en descendre Gare du Nord. Et cela ne l’a pas trop dépaysé puisque moins d’un mois plus tôt, il y travaillait encore.

Il n’hésite pas, son Ordre de Mobilisation lui indique clairement la marche à suivre :

Le deuxième jour de la mobilisation (soit le 3 août), il est tenu de se rendre à midi aux « départs » de la gare du Nord pour être de là dirigé sur sa destination, Verdun. On lui demande d’emporter des vivres pour un jour. La durée du voyage…

Arrivé là-bas, il devra se présenter au quartier C de la caserne Villars. Mais l’armée, il connait !

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Il s’était engagé en 1902 pour 4 ans et avait rempilé pour 2 de plus en 1906. Il est Maréchal des Logis au 2eme Hussards. Mais là, les choses sont différentes… Il ne suffira plus de s’entrainer, de défiler, de parader du haut de son cheval… Maintenant, il faudra faire la guerre, la vraie, contre ces Boches qui humilient la France depuis plusieurs décennies !

Il rejoint donc les « Chamborant » au quartier de Villars.

Cet illustre régiment créé en 1735 sur ordre de Louis XV, initialement dirigé par le Comte Esterhazy, fut de toutes les campagnes de le Révolution et de l’Empire. C’est en particulier durant la guerre de Sept Ans, sous les ordres de son colonel, le marquis de Chamborant, qu’il devient si célèbre que, dans toute l’armée, on appelle les cavaliers du régiment : « Les Chamborant », du nom de leur chef qui conservera son commandement trente années durant.

Mais en 1914, leur rôle est principalement de faire de la reconnaissance. Devançant les autres régiments, ils doivent reconnaitre le terrain, informer l’état-major de l’avancement de l’ennemi, rendre compte de ses forces et de leurs situations géographiques.

La mission est capitale, fort dangereuse puisque très exposée car effectuée par de petits groupes de cavaliers qui s’infiltrent en territoire occupé par l’ennemi, tout ça sans pouvoir compter sur un quelconque soutien.

Les escarmouches sont fréquentes et toujours très meurtrières. En face, les Allemands ont envoyé leurs Uhlans pour jouer le même rôle. Quand elles se produisent, il n’y a pas de quartier : On tue les soldats et on essaye de faire prisonnier leur chef pour le ramener aux lignes arrières afin de le faire parler. Les armes sont le sabre et le révolver, impliquant presque toujours le corps à corps…

A son arrivée au corps, Edouard est détaché au 365e Régiment d’Infanterie comme Eclaireur.

Le 365e RI s’était formé à Lille. Il se mobilise en 2 jours (2 et 3 août 14) et s’embarque en deux trains quittant Lille (gare St André) pour Verdun le 4eme jour de la mobilisation, soit le 5 août. Ils arrivent dans la nuit du 5 au 6 août et le régiment finit sa nuit à la caserne du Faubourg Pavé. Le 6, il prend ses cantonnements à Sommedieue, dans la banlieue Sud-Est de Verdun.

C’est sans doute là qu’Edouard les rejoint !

Il est bien difficile de retracer précisément le parcours d’un petit Maréchal des Logis, éclaireur de surcroit. Tout juste peut-on l’imaginer quelque part en avant du régiment, du moins tant que dura la guerre de mouvement. Quel fut son rôle une fois que les deux armées se furent enterrées pour des années ?...

De cette ignorance, quelques informations émergent quand même !

Edouard restera affecté au 2eme Hussards durant toute la durée du conflit. Toutefois, à compter du 30 novembre 1917, il est mis en subsistance au 365e RI. Ses états militaires font état de 2 blessures en février 1915 et Janvier 1919 dont l’une pour un coup de pied de cheval ! Il sera soigné à l’hôpital de Dunkerque du 5 au 15 janvier 1919, puis à Andard – Maine et Loire-, certainement en convalescence.

Beaucoup moins grave qu’une blessure de shrapnel !... C’est néanmoins durant le conflit qu’il sera atteint, comme bien d’autres, de lésions pulmonaires qui le handicaperont le reste de sa vie (gaz ou conditions de vie ?).

Des documents du « Ministère des pensions, des primes et des allocations de guerre » en ma possession indiquent qu’on lui reconnait un « Emphysème pulmonaire avec diminution de la respiration, inspiration humée, expiration prolongée, avec crachats matitunaux perlés grisâtres et bronchite aiguë » qui lui donnent droit à une pension temporaire de 10%, soit 366 francs. En 1926, le taux reconnut sera inférieur à 10% ce qui entraine la suppression de ladite pension.

La reconnaissance de la Nation n’est pas infinie ! Peut-on dire qu’elle au moins ne manque pas d’air ?!...

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Du moins sera-t-il cité à l’ordre du 365e Régiment d’Infanterie le 30 novembre 1918 pour avoir été « au front depuis le début de la campagne, sous-officier consciencieux et dévoué, qui a toujours accompli vaillamment son devoir dans toutes les circonstances » (Ordre du Régiment N°224 du 30 novembre 1918). Le Hussard porta-t-il la Croix de Guerre qui lui fut remise ?...

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Le 24 février 1919, il est libéré et rentre à son foyer. Les gares défilent sous son regard fatigué et le chemin du retour lui semble bien long. Ça fait 5 ans qu’il est parti ! Mais lui au moins, il revient et Lucie et les enfants l’attendent avec impatience… Tout le monde s’est mis sur son 31. "Dame, Papa revient" !

Ses trois enfants le reconnaissent-il ? Surement pas sa fille, née le 1er janvier 1916 et conçue au cours d’une permission du printemps 1915.

Voilà la guerre de mon grand-père.

Sources :

Documents familiaux

Wikipédia

JMO du 365e RI – Mémoires des Hommes

L‘excellent site amicalechamboranthussards.fr

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LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

5 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Station Château Rouge - 18eme arr - Paris

Station Château Rouge - 18eme arr - Paris

Après quelques mois passés à L’Urbaine (Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE) - Avril à Décembre - comme Taximètreur (Taxi cocher de fiacre), Edouard donne sa démission le 31 Décembre 1909.

Il a trouvé un autre travail.

En ce début de siècle, Paris continue son développement tentaculaire et les besoins de transports sont énormes. Les artères de la capitale sont paralysées par les piétons, les voitures à chevaux, les omnibus et les premiers véhicules à moteur… Voilà des années que l’Etat et la Ville de Paris se renvoient la balle pour trouver une solution, et surtout la financer !

L’exposition universelle de 1900 leur fournira matière à s’entendre. Vers la fin du siècle est décidée la construction du Métropolitain, à l’instar de la ville de Londres qui a été le précurseur en 1863. Une façon élégante de faire d'une pierre deux coups en mariant modernisation des transports et épate des visiteurs attendus…

La première ligne ouvrira le 19 juillet 1900, quelques mois après l’inauguration de l’Exposition et en 1909, date qui nous intéresse, six lignes desservent Paris. Le métro est un gros demandeur de main d’œuvre. Les chantiers mais aussi l’exploitation des lignes existantes réclament des bras.

Edouard va en profiter.

LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

Il entre le 1er janvier 1910 à la Compagnie du Chemin de Fer Métropolitain de Paris comme Sous-Surveillant de contrôle de 3eme classe à la station Château Rouge (18eme).

À son ouverture en juillet 1900, le métro de Paris [ ] est exploité par un grand nombre d'agents. On y trouve alors :

  • un chef surveillant, responsable des personnels à bord des trains lors de l'arrêt de ceux-ci en station, responsable des installations techniques dans sa station et responsable commercial avec la supervision de la vente des billets ;
  • des surveillants de quai, chargés de superviser les quais et d'aider à la montée et la descente des voyageurs en présence des trains ;
  • une receveuse chargée de la vente des billets ;
  • un surveillant de contrôle qui poinçonne les billets. Le surveillant de contrôle est généralement le mari de la receveuse.

À bord des trains aussi, le personnel est en grand nombre. On y trouve :

  • un chef de train, responsable de tout le personnel embarqué dans le train, incluant le conducteur ;
  • des gardes assurant le bon fonctionnement des portes qui n'étaient alors pas automatiques, ainsi que la surveillance du train ;
  • un conducteur, chargé de la conduite du train et du petit entretien des motrices.

C'est la catastrophe de Couronnes, le 10 août 1903 sur la ligne 2, qui modifie complètement l'ensemble de cette organisation, jugée insuffisante. Alors que les lignes font l'objet de modifications techniques destinées à réduire les risques d'incendie en tunnel, une nouvelle organisation est mise en place avec notamment la création d'un personnel d'encadrement en ligne, chargé d'assister les agents répartis en station et dans les trains. Les lignes sont ainsi divisées en plusieurs secteurs, avec pour chacun d'eux la présence d'un gradé responsable, le chef de secteur.

Deux services sont créés : le service du Mouvement et le service de la Traction. Le service du Mouvement concerne les agents sédentaires, en station et en ligne, ainsi que les agents d'accompagnement des trains, qui sont placés sous l'autorité de gradés appelés « régulateurs ». Ceux-ci sont chargés de la gestion des intervalles entre les trains, la gestion du respect des horaires étant assurée par les chefs de secteur. Dans les terminus les agents sédentaires et les agents d'accompagnement des trains étaient sous la responsabilité d'un sous-chef de terminus. Il était chargé d'expédier les trains, avec un chef de départ et les chefs de manœuvre sur la ligne. Tous deux sont sous la responsabilité du chef de gare, qui dépend d'un inspecteur Mouvement, lui-même dépendant d'un chef de service. Le second service, le service de Traction, concerne uniquement les agents de conduite des trains, qui sont placés sous la responsabilité d'un chef de secteur, qui dépend d'un inspecteur Traction, lui-même dépendant d'un chef de service. Ces deux services cohabitent alors sans réels liens entre eux. Source : wikipédia

En tant que Surveillant de Contrôle, Edouard est affecté au service Mouvement. On l’a vu, c’est le service des… sédentaires !!! La CMP ne manquait pas d’humour !

Bien que je ne possède pas de document le prouvant, je sais que Lucie, son épouse, y a travaillé également. Peut-être comme receveuse comme l’évoque l’article de Wikipédia.

Edouard et Lucie empruntent donc tous les matins ces belles bouches de Métro signées Guimard. Lucie sait-elle qu’elles ont été fondues au Val d’Osne, près d’Osne Le Val, à quelques kilomètres d’Echenay ?... Surement ! Elle n’oubliera jamais son village. Mais quel changement pour la petite villageoise d’Echenay, que de chemin parcouru !

Edouard travaillera 4 ans et demi « sous un ciel de faïence ». Il sera ce « gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas ». A-t-il ramené « jusque dans leur lit un carnaval de confettis » ?... Lucie ne l’aurait pas toléré!

C’est durant cette période que naitront les deux premiers enfants du couple. Ce travail stable leur a permis de s’installer au 40 boulevard Barbès dans un immeuble de 6 étages bâti en 1880 et situé dans le quartier de la Goutte d’Or.

LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

Le mardi 7 juillet 1914, Edouard démissionne. Il est possible qu’il ait eu un autre travail en vue puisqu’il demande un extrait de casier judiciaire. Ce dernier ne servira jamais et restera, comme d’autres, dans une pile de papiers, pour mon plaisir.

Moins d’un mois plus tard, le 2 août, les cloches de France sonnent.

Edouard reprend alors le chemin du 2eme Hussards. Ce sera alors 5 ans d’une nouvelle vie.

Edouard était mon grand-père.

Sources :

Papiers familiaux

Wikipédia

Meilleursagents.com

Ephéméride.com

Fontesdart.org

Et merci à Serge Gainsbourg…

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LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

4 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Edouard

Edouard

Le 28 août 1909, l’unique cloche de l’église d’Echenay sonne à toute volée.

Forcément, c’est jour de mariage. Edouard épouse Lucie.

Lui (27 ans) est originaire de Mercy le Haut (1), petit village près de Longwy. Elle (21 ans), est une fille du pays. Enfin presque !... Elle y est née en 1888 mais son grand-père paternel, Alsacien pur jus, avait fui son village vers 1848 pour cause de trop grande misère. Les chemins de l’Est l’amenèrent dans cette région où ses descendants firent souche. Tous deux sont d’origine fort modeste.

Edouard s’était engagé dans l’armée en 1902, quittant définitivement sa campagne natale. Il intègre la cavalerie, au 18eme Régiment de Chasseurs et passera ensuite au 2eme Hussards. En 1906, il se réengage pour 2 ans.

Mais comment ces deux-là ont-ils pu se connaitre ?...

Une tradition orale veut qu’il soit venu dans ce coin perdu de Haute-Marne pour y acheter des chevaux pour le compte de l’armée. Pourquoi pas ? Le regard était fier, le cheval fringuant, l’uniforme était beau et l’acier du sabre qui battait à son côté étincelait ! Comment Lucie aurait-elle pu résister ?...

En prévision de ce mariage, Edouard quitte l’armée le 9 février 1909. Mais que peux faire, en ce début de siècle, un jeune homme de 27 ans, bientôt chargé de famille, qui ne sait que s’occuper des chevaux ? Mercy le Haut ou Echenay n’offrent que peu de perspectives.

Alors Edouard décide de faire le grand saut… Ce sera Paris !...

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

Pour obtenir la main de sa dulcinée, il lui faut un travail. En cette fin d’hiver 1908-1909, Edouard pousse la porte du 55 de la rue de la Chaussée d’Antin, un bel immeuble de 4 étages bâti en 1880, à un jet de pierre de l’Opéra Garnier. C’est un des immeubles-bureaux appartenant à la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE. Voilà le «rural » débarqué dans les beaux quartiers !

Il ne connait que les chevaux ?... La belle affaire ! Paris en regorge ! On estime leur nombre à 79000 en 1880 dans la capitale. Ils sont partout, livrent les marchandises, tirent les omnibus et surtout, ils véhiculent ces gens bien qui ne se déplacent qu’en fiacres ou en taxis.

A cette époque, la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE est déjà une vieille entreprise de taxis, à cheval ou à moteur. Relater son histoire serait un roman. Comme aujourd’hui, les besoins « primaires » sont dans la main des financiers. Or, le besoin de se déplacer en est un et les grands hommes d’affaire l’ont bien compris. Et il faut dire que les besoins des Parisiens sont énormes.

A titre d’exemple, la société possède en 1880, outre un patrimoine foncier considérable, 742 coupés et 490 victorias ou cab, 2044 chevaux… On imagine en 1909 !

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Après un entretien d’embauche où il n’a sans doute pas eu de mal à prouver son professionnalisme, il est embauché comme taxi métreur. Il est très vraisemblable qu’il fut affecté à l’entrepôt de la rue des Blanches-Portes ou à celui de la rue Vauvenargues près desquelles il habitait.

Vers cette époque, l’entreprise connait quelques soucis, non pas que ce ne soit pas rentable, mais les hauts dirigeants fondateurs, emportés par la folie spéculative, ont affaire avec la justice.

Quand Edouard entre à l’URBAINE, celle-ci est dirigée par 3 associés : Lefort (3), Kermina et Brissot. Kermina passera à l’histoire puisqu’il fondera un peu plus tard la Kermina Métropole G2, célèbre compagnie de taxis, qui participera à la non moins célèbre bataille de la Marne.

A son retour de noces, peut-être Edouard offrît-il une visite de la capitale en fiacre à Lucie, jeune paysanne Epinceloise, fraichement débarquée ?... On imagine le choc pour elle !

Les taxi-métreurs, en voiture à cheval ou en automobile, pour utiles qu’ils soient, ne sont pas très appréciés des Parisiens. Comme parfois encore aujourd’hui, ces derniers leur reprochent leur impolitesse, leur façon de conduire qui ne respecte pas les piétons et leur manie de surtaxer les courses, même si le taxa-mètre(2) voit le jour cette même année. De plus, la profession est dominée par les Corréziens et les Savoyards qui, sans doute, défendent leur business.

Est-ce pour cela qu’Edouard quitte la société le 31 décembre 1909 ? Je ne le pense pas !

LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

S’il quitte l’Urbaine, c’est pour entrer au « Métropolitain", révolution plus récente du monde des transports urbains, qui dû certainement lui procurer des revenus plus réguliers.

C’est qu’il est veut faire son trou à Paris, Edouard. Et il faut des sous pour élever les enfants qu’ils désirent. Comme toutes ces nouveautés sont créatrices d’emploi, il compte bien en profiter.

Il y arrivera et sera, modestement, dans d’autres aventures de ce début de XXe siècle. Mais enfin, le but est atteint : Paris lui assurera le minimum de sécurité que Lucie et lui cherchaient.

La guerre de 14 passera et l’épargnera. En bon militaire qu’il avait déjà été et qu’il redevint, il sera cité à l’ordre du régiment et obtiendra sa Croix de Guerre. Mais, ce sont d’autres histoires.

Décidément, j’aime bien ce petit couple aventureux !

Surement aussi parce que ce sont mes grands-parents !...

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  1. Le village deviendra tristement célèbre le 22 août 1914 lors de la bataille des Frontières qui verra les troupes Allemandes envahir la France. Au-delà de l’agression militaire proprement dite, les exactions commises sur les civils du village marqueront l’opinion publique Française.

Ce 22 août 1914 détient également le titre de « jour le plus meurtrier de toute la première guerre mondiale » et sans doute de toute l’histoire de France puisque pas moins de 27000 soldats Français y perdront la vie dans la journée.

2. En 1909, le « taxa-mètre », petite boite mécanique voit le jour. Cet ancêtre du taximètre est le premier compteur permettant d’établir le prix d’une course en tenant compte du temps et de la distance parcourue par le véhicule. Par évolution sémantique le mot « taxa-mètre » devient taxi-mètre, le véhicule qui en ait équipé devient lui le « taximètre automobile ». L’évolution linguistique de l’époque transformera « taxi mètre automobile » en « taxi ». Le taxi venait de naitre : un véhicule de type automobile équipé à son bord d’un taximètre, muni d’une autorisation administrative l’autorisant à stationner sur la voie publique en vue d’y prendre en charge des clients.

3. L’associé nommé Lefort de l’Urbaine n’est à priori pas de la famille. Je ne me suis jamais vraiment penché sur cette question mais si cela avait été le cas, nul doute que j’en aurais entendu parler.

Sources :

Cparama.com - forum

Taxi-taxi.com

Delcampe

Le cheval à Paris de 1850 à 1914 – Ghislaine Bouchet – Librairie Droz – Genève Paris -1993

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