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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

CHARLES-VICTOR GAROLA - ECHENAY 1855, CHARTRES 1923 (et ses enfants)

Publié le 17 Décembre 2017 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans La famille GAROLA

Charles-Victor Garola naquit le 11 juin 1855 à Echenay, quelques années avant que ses parents ne quittent la ferme d’Echenay pour celle de St Eloi à Chatonrupt, près de Joinville (52) (voir article précédant en bas de page) . C’est là-bas que je le retrouve au recensement de 1861.

Faute de renseignements, on peut juste imaginer son enfance et son adolescence. Mais si l’on s’en tient aux études, l’élève C.V Garola semble bien prédisposé puisqu’il devient Bachelier es-sciences. Le fait est assez notable pour être remarqué ! A cette époque, 1 à 2% seulement des élèves arrivent à ce niveau. Pour preuve, en 1876, 2128 élèves seulement obtiennent ce baccalauréat.

Journal Le Constitutionnel 10 décembre 1876

Journal Le Constitutionnel 10 décembre 1876

Quel était le programme du Baccalauréat es-sciences ? L’écrit comprend une version latine, une épreuve de mathématiques et une de physique. A l’oral, il y avait explication d’auteurs latins et français et le grec était remplacé par des auteurs en langue étrangère (allemand ou anglais).  Pour la première fois, les langues vivantes figuraient au programme du baccalauréat. Puis venaient des interrogations sur la philosophie, qualifiée alors de logique, l’histoire de France, la géographie et les sciences. Tout cela, comme pour les lettres, faisait l’objet d’une infinité de questions, classées par série et par numéros. (Source : www.numdam.org)

Dès lors, Charles-Victor doit accomplir son service militaire obligatoire. Le service militaire est de 5 ans et le remplacement n’est plus possible. Néanmoins, C.V profite des dispositions de la loi du 27 juillet 1872 qui permet aux bacheliers (entre autres diplômés), et en devançant le tirage au sort, de n’effectuer qu’une année (engagement conditionnel d’un an). Il intègre alors le 3e régiment du Génie à Arras !

Source: AD 52

Source: AD 52

Il suivra également l’enseignement de « l’Ecole Nationale d’Agriculture » de Grignon, celle là même où son frère Lucien est passé avant lui. Il en ressort diplômé « Ingénieur agronome » en 1878. Désormais, sa voie est tracée, il se consacrera à l’enseignement des sciences agricoles et à la recherche.

Après quelques postes d’enseignement à Niort (Source : Wikipédia) puis à l’école d’agriculture « Mathieu de Dombasles » à Tomblaine près de Nancy (Directeur des études), il postule en 1882 à la chaire d'agronomie de l’École d'agriculture de Chartres (28) et l’obtient. Dès lors, il ne quittera plus Chartres où une rue porte aujourd’hui encore son nom.

CHARLES-VICTOR GAROLA - ECHENAY 1855, CHARTRES 1923 (et ses enfants)

Il ne m’a pas été donné de trouver le lieu de son mariage. Il épouse, certainement vers les années 1880, Christine Kinic. Ce nom, assez peu répandu, semble originaire de Moselle ou de Meurthe et Moselle.

Il aura avec elle au moins 3 enfants nés à Chartres et dont je reparlerai plus ou moins brièvement :

  • Christine Claire Marguerite née le 17 avril 1884
  • Jeanne Aimée Emilie Charlotte née le 13 mars 1888
  • Max Christian Charles né le 19 septembre 1901

 

Evoquer l’œuvre, les travaux et les publications de C.V remplirait un livre !

Il se consacre en particulier aux engrais (sa formation scientifique ?) et à tous les moyens d’augmenter les rendements agricoles mais ne se limite pas à cela. Du laboratoire au terrain, de la recherche à l’application, il est sur tous les fronts !

Peu à peu, ses compétences sont de plus en plus reconnues et il fait référence au niveau national et international. De professeur, il devient également directeur de la station agronomique de Chartres. Il est incontournable dans son domaine !

En 1900, à 45 ans, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

Toute sa vie, il accumule les distinctions et les titres :

  • Membre du comité d’hygiène
  • Membre du comité de ravitaillement
  • Membre correspondant de la Société nationale d’agriculture
  • Officier du Mérite Agricole (janvier 1887)
  • Officier d’Académie
  • Lauréat de la Société nationale d’agriculture et de la Société des agriculteurs
  • De la société d’encouragement à l’agriculture
  • Nombreuses médailles d’or dont l’exposition universelle de 1900 (classe 38 et 104)
  • Etc

Toujours, l’homme s’est voulu « pratique »…

Ainsi par exemple, dès 1892, il s’attaque à un travail de fourmi, en établissant une carte agronomique pour chaque commune d’Eure-et-Loir. Sur le terrain, Garola et ses “petites mains” (instituteurs, agriculteurs, ...) prélevent des échantillons de terre, qui sont ensuite analysés, au sein de la Station départementale d’agronomie, dans le but de déterminer leur teneur en azote, en potassium, en acide phosphorique, en chaux, etc. Des notes étaient également rédigées, sur la nature du sol, sa perméabilité, sa profondeur ou encore son épaisseur. Grâce à toutes ces données, Charles-Victor Garola a pu établir une carte très précise sur la nature des terres, commune par commune.

Son objectif : informer les agriculteurs sur la composition de leurs parcelles et mieux cibler l’emploi des engrais chimiques. Ces cartes, uniques en France, offrent aussi une image du poids de l’agriculture, à la fin du XIXe siècle. « C’est un relevé exhaustif qui n’existe pas ailleurs », souligne encore aujourd’hui Albéric de Montgolfier, président du Conseil départemental d’Eure-et-Loir

Cette œuvre exceptionnelle qui était conservée par la Scael (Société coopérative agricole d’Eure-et-Loir) vient d’être déposée en mai 2017 aux Archives départementales d’Eure et Loir. Le public pourra consulter ce trésor, constitué, notamment, des 471 cartes agronomiques communales de C.V Garola.

Source: Photo L'Echo Républicain

Source: Photo L'Echo Républicain

C.V Garola s’éteint le 1er mars 1923. Curieusement, son dossier de la Légion d’honneur indique en décembre 1956 « centenaire » en face de la ligne « date de décès » ! Est-ce parce que ses travaux font encore référence ?!...

Source: Base Léonore - Archives Nationales

Source: Base Léonore - Archives Nationales

 QUELQUES MOTS SUR SES ENFANTS…

 

  • Max Christian Charles se marie à Lille (Nord) le 15 mai 1926 avec Julie Pauline Clotilde Parys dont il divorce par jugement de la 9eme chambre du tribunal civil de la Seine le 28 juin 1939. Il se remarie le 13 mars 1956 (Paris 13e) avec Jacqueline Annette Domergue et décède le 19 juillet 1982 à Paris 20e. (Source : AD28, mentions marginales)

 

  •  Mais le cas le plus remarquable est celui de Jeanne Aimée Emilie Charlotte Garola.

 

Elle marchera, pas pour pas, dans les traces de son père et lui succédera au poste de Directeur de la station agronomique de Chartres, deviendra la première femme élue à académie d’agriculture et comme lui, elle obtiendra la Légion d’honneur.

L'Echo de Paris - 9 février 1931

L'Echo de Paris - 9 février 1931

Le Petit Parisien - 8 février 1931

Le Petit Parisien - 8 février 1931

L'Echo de Paris - 15 février 1935

L'Echo de Paris - 15 février 1935

Que de chemin parcouru, des rives du Pô à Turin par le garçon boucher de 1813 aux honneurs parisiens ou argentins de ses descendants un siècle plus tard. Une belle saga familiale sur 4 générations et une histoire d’émigration réussie…

Bien que n'ayant aucun lien avec cette famille, j'ai pris beaucoup de plaisir durant plusieurs semaines à tenter de retracer leurs parcours. J'espère que vous en avez eu aussi... 

 

Pour découvrir les générations précédentes, cliquez sur les liens ci-dessous:

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LUCIEN EUGENE GAROLA, D'ECHENAY A LA CORDILLÈRE DES ANDES - 1851 / ?

Publié le 7 Décembre 2017 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans La famille GAROLA

LUCIEN EUGENE GAROLA, D'ECHENAY A LA CORDILLÈRE DES ANDES - 1851 / ?

Le jeudi 8 mai 1851 à 8 heures du matin, Jules Marie Garola, fermier général du domaine d’Echenay, franchit les portes de la mairie. Il est venu déclarer à Etienne Hurlier, le maire de la commune, la naissance de son fils Lucien Eugène.

Jules Marie est quelqu’un de reconnu au village. Fils d’un immigré Turinois qui, de boucher à l’origine, est devenu marchand de bestiaux puis fermier général du domaine du château d’Echenay (famille de Pimodan), il a repris l’exploitation à la retraite de son père.

Cet enfant c’est son deuxième mais le premier, né le 26 janvier 1850, n’a vécu que quelques jours (+ le 13 février). Il lui avait donné le prénom de Lucien Eugène. Alors, comme pour conjurer un sinistre sort, il redonne le même prénom au nouveau-né…

Lucien grandit dans l’atmosphère de la ferme. Il s’en imprègne et c’est là, à Echenay, qu’il contracte « le virus de l’agriculture », comme son père l’avait eu avant lui.  Il faut dire que la ferme d’Echenay est un bel ensemble que son grand père puis son père ont su développer.

On peut l’imaginer participant aux travaux de l’exploitation, écoutant les explications de son père, regardant les employés accomplir leurs tâches et trouvant du plaisir à tout cela.

Sans doute fréquente-t-il l’école communale du village puis un collège et certainement y réussit-il pas mal puisqu’en 1869, il intègre l’Ecole Impériale d’Agriculture qui deviendra en 1870 l’Ecole Nationale d’Agriculture. Les Garola sont connus dans le département et la région pour leur dynamisme en matière agricole… Son père, après avoir développé la ferme d’Echenay est parti pour Chatonrupt à coté de Joinville et a même formé le souhait d’en faire une ferme-école ! 

Alors Lucien Eugène part pour l’ouest parisien à Grignon.

LUCIEN EUGENE GAROLA, D'ECHENAY A LA CORDILLÈRE DES ANDES - 1851 / ?

Le domaine de Grignon a été la propriété de nombreux « seigneurs » au fil des temps (dont François 1er), a reçu d’illustres visites (Napoléon) mais en 1813, son propriétaire Jean Baptiste Bessières, général d’empire et maréchal de France, , est tué à Lutzen.

En 1818 une ordonnance royale autorisa madame Bessières à vendre le domaine. Le château, le parc et les terres de Grignon, d’une superficie de près de 500 hectares, ont été acquis le 24 Juin 1826 par le Roi Charles X. Celui-ci voulait en concéder l’ensemble à une société ayant mission d’enseigner et donner l’exemple de la pratique des bonnes méthodes agricoles. Antoine-Rémy Polonceau, ingénieur des Ponts et Chaussée, fonde en 1827 l’Institution Royale Agronomique de Grignon ; le premier Directeur fut Auguste Bella. Un exemple de bonne pratique agricole est inscrit sur un des panneaux qui entourent le monument élevé à sa mémoire, dans le parc de Grignon : « Rarement la terre est mauvaise mais souvent elle est mal utilisée, on n’a jamais trop d’engrais, jamais de labours trop profonds ». (Source : http://clubgeologiqueidf.fr)

Le progrès est en route dans tous les domaines et l’agriculture n’est pas en reste. Formons nos cultivateurs… Lucien Eugène (puis plus tard son frère) s’inscrira dans cette évolution. Labourage et pâturage sont encore les deux mamelles de la France… 

Il sort diplômé de Grignon en 1872. 

LUCIEN EUGENE GAROLA, D'ECHENAY A LA CORDILLÈRE DES ANDES - 1851 / ?

En 1872, ses études terminées, il est « rattrapé » par ses obligations militaires (il est de la classe 1871). Bon pour le service !... Mais à l’époque, le service militaire est bien long et quand on rêve de culture et d’élevage, cela doit sembler du temps perdu ! Alors, comme la loi lui en donne la possibilité, il va se faire remplacer. Un peu d’argent et hop ! Jean Aloïse Zellmeyer Gresswiller du canton de Wasselonne (67) part à sa place !...

Ses papiers de recrutement nous permettent aussi de se représenter l’homme : il est grand, 1,79m, le poil châtain, les yeux aussi (!), le nez « grand », la bouche « béante », le menton « rond » et le visage « ovale ». Tout juste saura-t-on encore qu’il a de mauvaises dents… Nous sommes en 1872 et je ne le retrouverai que 9 ans plus tard, le jour de Noël, sur les marches de la mairie de Joinville (52). 

Source: AD 52

Source: AD 52

Le 25 décembre 1881, il épouse à Joinville (52) Anne Décluy, 30 ans, fille de Marcel Nicolas Didier Décluy et de Anne Calixte Durand, négociant en vin. (Source : AD 52)

Qu’a-t-il pu faire pendant ces 9 ans ?... C’est son acte de mariage qui nous fournira la réponse.

Lucien Eugène est directeur des cultures à la colonie San Pedro de Alcantara près de Malaga en Espagne !  

San Pedro doit son existence à Manuel Gutierrez de la Concha et Irigoyen (1808-1874), le premier Marqués del Duero, qui a créé une colonie agricole sur place au début des années 1860, en le nommant à la fois de son saint préféré et de sa mère, Petra de Alcántara Irigoyen . Le projet a attiré des fermiers des villes locales d'Estepona et de Marbella et de toute l'Espagne. L'approche éclairée de Marqués impliquait la formation professionnelle et l'importation de techniques et de machines de pointe de l'étranger, notamment d’Amérique et du Royaume-Uni.

Gutiérrez avait une vision utopique qui englobait la construction d'un observatoire, d'une bibliothèque, de moulins, d'usines et de piscicultures, en fait, une nouvelle ville entière. Il s'est lancé dans le projet avec des promesses massives d'aides de l'état, à la fois pratiques et financières, et, comme c'est souvent le cas, les actes ne furent pas à la hauteur des promesses. Il en a été quitte pour financer la ferme de sa propre poche et, en 1865, il était un homme ruiné et amer, selon le livre "In Search of Andalucía" de Chris Wawn et David Wood.

L'épouse de Gutiérrez, Francisca de Paula Tovar, marquise de Revilla et Condesa de Cancelada , était d'une famille noble de Málaga. À partir de 1857, Manuel Gutiérrez acquiert plusieurs fermes à Marbella, Benahavís et Estepona, au total environ 5 000 hectares. Il les regroupa sous le nom de « Colonia de San Pedro Alcántara » et un décret royal fut plus tard adopté le 26 mars 1867.

Source: http://www.andalucia.com/san-pedro/history

Source: http://www.andalucia.com/san-pedro/history

La colonie était grande et s'étendait d' El Rodeo près de ce qui est maintenant Puerto Banus et Cancelada , une partie d'Estepona. En 1860, la population de San Pedro est passée de 36 à 529. Les animaux ont été achetés parfois aussi loin que la Suisse. Le principal problème était le coût du transport de la canne à sucre par mer jusqu'à Málaga pour y être transformé. Un investissement important était nécessaire pour construire l'usine, soigneusement située loin du centre du domaine dans ce qui est maintenant El Ingenio. L'usine est entrée en production en octobre 1871 et s'appelait El Ángel. La femme de Gutiérrez est morte plus tard cette année et la colonie a dû être vendue à De la Garaña et De la Cuadra pour payer les dettes.  (Source : http://www.andalucia.com/san-pedro/history)

Mais la colonie sera reprise. Une majorité de français y travaillaient, souvent à des postes d’encadrement, en présence de leurs familles dans la ville nouvelle.

La présence là-bas de Lucien Garola est attestée (source : son acte de mariage) en 1878, année où il recevra la visite de ses parents et où décédera sa mère le 19 février. On sait également qu’il y travaillait encore en 1882. (Source : la colonie agricole de SAN PEDRO ALCÁNTARA. 1857-1910 - Thèse de doctorat présentée par José L. Casado Bellagarza – Directeurs : Dr. Antonio Parejo Barranco et Dr. Juan Francisco Zambrana Pineda – 2015 - Département de théorie et ​​histoire économique faculté des sciences économiques et des affaires - Université de Málaga)

Mais on l’a vu, le rêve du fondateur Manuel Gutierrez prend l’eau… Est-ce cela qui pousse Lucien a partir ? Où la volonté de poursuivre sa carrière professionnelle ailleurs, autrement…

Il parle espagnol et de l’autre coté de l’océan, à plusieurs milliers de kilomètres, une nation s’est construite et se développe. Elle a besoin de main d’œuvre, de « cerveaux » également. Alors pourquoi pas l’Argentine… Là-bas, tout est possible, c’est l’Eldorado pour des centaines de milliers d’hommes. Le pays se développe vite. Alors Lucien et Anna s’embarquent.

 

LUCIEN EUGENE GAROLA, D'ECHENAY A LA CORDILLÈRE DES ANDES - 1851 / ?

En 1883, conscient que l’agriculture et l’élevage sont un pilier de l’économie naissante, le gouvernement argentin a créé la première école d’agriculture, l’institut « Santa Catalina », à Lomas de Zamora dans la banlieue de Buenos Aires.

Le 6 août 1883, les premières études agricoles et vétérinaires commencèrent à être enseignées pour la première fois en Argentine, avec dix-sept étudiants internes cette année-là. L'année suivante, cinquante et un étudiants s’étant inscrits, il fallut donc augmenter le nombre d'enseignants en recrutant en France les ingénieurs agronomes Luciano Garola (en ce qui le concerne, entre 1884 et 1887 suivants les sources), Pablo Lavenir, Eduardo Losson et Gustavo Rieder et les docteurs Víctor Even, Alejandro Tribout et Eugenio Vermersch.

En 1887, les dix premiers élèves agronomes et trois médecins vétérinaires sont reçus à l'Institut vétérinaire agronomique de Santa Catalina et, l'année suivante, le 6 août 1888, ils passent l'examen de thèse.

Par la loi du 12 novembre 1889, l'Institut Agronomique Vétérinaire de Santa Catalina est transformé en Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de la Province de Buenos Aires avec siège dans la ville de La Plata. L'Institut "Santa Catalina" a été créé pendant le gouvernement provincial de Darro Rocha par la loi 1424/81, et a été le premier Institut d'études vétérinaires dans le pays. En 1890, il a déménagé à la ville de La Plata et est maintenant la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire. (Source : http://misionesonline.net/2017/08/06/hoy-6-agosto-se-celebra-dia-del-ingeniero-agronomo/)

Voici donc notre couple de Hauts-Marnais installé à Buenos Aires.

Suivre la trace de Lucien et Anna à 11000 kilomètres de distance, par internet, et sans parler l’espagnol n’est pas trop aisé. Pourtant, à force de recherches, je suis arrivé à reconstituer un peu de leurs pérégrinations argentines.

Le 29 juillet 1892, Lucien demande un passeport. Pour aller où ?... Je note avec un sourire que concernant son lieu de naissance, le fonctionnaire note simplement Echenay. Ben oui, tout le monde connait Echenay, même à l’autre bout du monde, hein !!! Pas besoin de dire que c’est en France ! Le couple habite La Plata dans la banlieue actuelle de Buenos Aires.

Source: http://www.genfrancesa.com/

Source: http://www.genfrancesa.com/

Puis en 1895, le recensement national argentin nous indique qu’ils habitent Cuartel 04 (Population rurale), Barracas al Sud, à Avellaneda, encore en banlieue sud de Buenos Aires. Pas de trace d’enfant…

Avellaneda fait partie de la grande agglomération de Buenos Aires. C’était à l’époque une ville nouvelle, populaire, commerçante et industrielle, où se mêlaient habitations populaires, petits jardins, vergers, commerces, de nombreux entrepôts de stockage de fruits et légumes, tanneries, fabriques de savon, etc, le tout sans véritable salubrité ni plan d’urbanisme, non loin de la zone portuaire.  On voit bien sur le recensement du quartier l’extrême mixité sociale des voisins de Lucien et Anna. Toutes les professions, toutes les origines se mélangent dans un melting-pot laborieux.

Source: Familysearch

Source: Familysearch

Autre élément trouvé : le 5 janvier 1897, Lucien est témoin au mariage de Enrique Favier à l’église de la Trinité de Lomas de Zamora. (Source : http://www.argbrit.org)

Mais c’est un autre fait qui nous révèle la reconnaissance professionnelle du gouvernement Argentin envers Lucien Garola.

Dés l’époque coloniale, la culture de la vigne avait fait son apparition en Argentine et les ceps importés d’Europe s’étaient relativement bien acclimatés, en particulier dans la région de Mendoza sur les contreforts de la cordillère des Andes. Après avoir connu une éclipse dans le premier quart du XIX, la culture de la vigne reprend ensuite de plus belle, accompagnée par un protectionnisme gouvernemental protégeant de l’importation.  La foule toujours plus nombreuse des immigrés est assoiffée de vins locaux ! Et l’arrivée du chemin de fer en 1885 favorise le développement du vin et du raisin.

En argentine comme ailleurs, la vigne est d’une culture délicate et sujette aux maladies. Devant le manque de formation des viticulteurs, le gouvernement provincial demande au national d'envoyer des spécialistes pour l'étude des ravageurs et des maladies agricoles. Ceux-ci font un diagnostic et suggèrent des solutions qui seront ensuite diffusées dans la presse locale.

Vendanges dans la provine de Mendoza (Source: despiertacordoba.wordpress.com)

Vendanges dans la provine de Mendoza (Source: despiertacordoba.wordpress.com)

Luciano Garolla est donc mandaté dès 1901 dans différents lieux pour aider à combattre les maladies et offrir des conférences aux vignerons pour la taille des vignes. L'année suivante, Garolla présente un rapport à propos de l'étude réalisée.

Mais dans les années 1900 / 1903, la viticulture connait en plus une crise sans précédent. Maladies des vignes ou surproduction, pratiques douteuses de certains vignerons, qualité médiocre du vin, manque de formation des viticulteurs, rien ne va plus... S’ensuit une baisse de la demande et donc des prix.

Devant cette situation, le ministère de l’agriculture argentin met en place une commission chargée d’étudier la crise et de proposer des solutions. Ses membres rencontreront tous les acteurs du marché et exposeront leurs conclusions au gouvernement.

L'année 1903 marqué l'une des crises les plus importantes dans l'industrie du vin, de sorte que le ministère de l'Agriculture de la Nation a formé une commission d'experts, présidée par Pedro Arata pour déterminer les causes de la crise susmentionnée. C'est comme ça que la Commission de Recherche sur le Vin formée par Ulises Isola (Chef de l'Office Chimique local et professeur de l'Ecole Nationale de Viticulture), Luciano Garola (vigneron, professeur de la même école et inspecteur des caves du Bureau Chimique), Amadeo Conte-Grand (professeur et secrétaire de l'Ecole Nationale de Viticulture), José Lavenir, Luis Fourcade et Domingo Simios, directeur de l'école [ ] sont choisis pour réaliser cette enquête. (Source cdsa.aacademica.org/000-010/625.pdf)

On le voit, Lucien Garola a su s’élever au rang d’expert reconnu en matière agricole.

Mais après pas mal d’heures de recherche et malgré mes efforts pour trouver d’autres sources, ma quête pour retracer la fin de parcours du couple devra s’arrêter là. 

A mon grand dépit, je n’ai pas trouvé trace du décès de Lucien et d’Anna. Pas de trace d’enfant non plus. Sont-ils restés en Argentine, sont-ils revenus en France, je ne sais pas ? Un jour peut-être, les archives argentines mettront en ligne les documents nécessaires.

D’Echenay, minuscule village de Champagne blotti sous son château millénaire, à l’effervescence d’une nation en construction, en passant par les rêves agraires d’un marquis espagnol, Lucien et Anna ont fait un bien grand voyage entièrement dédié à l’agriculture. 

Et son frère me direz-vous ?... Lui aussi a eu une vie bien remplie. A découvrir prochainement…

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