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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

LA COLERE DE GABRIEL DE PIMODAN - ECHENAY 1909

Publié le 26 Novembre 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ecole et Education

Source: Journal Le Gaulois - 30 novembre 1909

Source: Journal Le Gaulois - 30 novembre 1909

Echenay, automne 1909…

Assis dans son salon du château d’Echenay, Gabriel de Pimodan, chatelain et élu municipal est en colère ! Il a lu le manuel de morale d’Albert Bayet et son sang de catholique n’a fait qu’un tour… Lui, le duc romain dont le père est mort pour le pape à Castelfidardo (1860), doit réagir !

Mais pour comprendre les raisons de sa colère, il faut remonter le temps.

Voici quelques années déjà que la loi de séparation de l’église et de l’état a été actée, après des décennies d’intenses combats entre républicains et cléricaux. Mais à vrai dire, voici plus d’un siècle que le processus s’était mis en marche, la loi de constitution civile du clergé marquant le premier pas.

« Laïcité ! » Le mot fut vite lâché dès la période révolutionnaire.

Si l’idée séduit une part de la population qui veut s’affranchir des tutelles de tout genre, elle n’est pourtant pas sans poser globalement divers problèmes. On n’efface pas 2 millénaires de relations spirituelles mais aussi séculières entre le clergé et la population uniquement par lois et décrets !...

L’école en est un exemple ! Depuis des siècles, c’est l’affaire de l’église mais, malgré les idées nouvelles, le XIXe siècle a vu l’état continuer à s’appuyer sur celle-ci pour l’éducation de nos chères têtes blondes.

Ainsi la loi Falloux (1833) supprime le monopole universitaire, autorise l’ouverture d’écoles congréganistes et accorde au clergé le contrôle sur les écoles publiques. Ecoles primaires publiques (encore peu nombreuses) et écoles primaires privées, le plus souvent congréganistes, cohabitent, lesdits congréganistes pouvant d’ailleurs également enseigner dans les écoles publiques.

Mais « aux yeux des républicains, l’échec de la Deuxième République tient à l’insuffisante instruction du peuple, encore soumis à l’opinion des notables et du clergé réactionnaire. Seule l’instruction pourra apporter les lumières nécessaires au vote républicain. L’avènement de la République est ainsi lié au progrès de l’instruction, pourvu que celle-ci puisse avoir des vertus émancipatrices, ce qui suppose qu’elle soit laïque. Ces idées rencontrent le soutien de nombreux instituteurs, excédés par la soumission au clergé à laquelle les astreint la loi Falloux ». ( Yves Verneuil, « L’école et la laïcité, de l’Ancien Régime à nos jours : enjeux du passé, enjeux dépassés ? », Tréma, 37 | 2012, 130 – 143).

Toutefois, la machine républicaine est lancée ! La loi Jules Ferry (1879) met en place de la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles publiques. Le même deux ans plus tard (1881) rend l’instruction primaire obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans et impose la neutralité religieuse dans l’enseignement scolaire et la laïcité des programmes.

Puis la loi Goblet (1882) impose dans les écoles publiques la laïcité du personnel enseignant qui, de plus, est exclusivement confié à un personnel laïque.

Par une loi du 19 juillet 1889, les instituteurs deviennent fonctionnaires d’Etat et une autre du 7 juillet 1904 verra l’interdiction aux congréganistes d’enseigner.

Dès lors, « la messe est dite » si l’on peut s’exprimer ainsi et 1905 verra la séparation de l’église et de l’état.

Manuel d'Aulard et Bayet

Manuel d'Aulard et Bayet

En ce début de XXe siècle, éducation et morale vont de pair. Mais cette dernière s’appuyant trop souvent sur la « morale chrétienne », on voit donc fleurir de nouveaux manuels d’instruction civique et morale.

Ce jour-là, c’est l’un de ceux-ci qui provoque la colère de Gabriel de Pimodan, au point qu’il écrive cette lettre reprise par le journal « Le Gaulois ». Pour lui, comme pour les évêques de France, trop c’est trop !

Qui était donc Albert Bayet ? Le site Le Maîtron nous livre sa biographie.

« Fils de Charles Bayet, directeur de l’Enseignement supérieur et de Anne de Behr, Albert Bayet entra à l’École normale supérieure en 1898 et fut reçu à l’agrégation de lettres en 1901. Il épousa en 1905 Andrée Aulard, fille de l’historien de la Révolution française. Il enseigna d’abord au collège Sainte-Barbe (1901), à l’École Alsacienne (1905). Engagé volontaire en 1914, il fit la guerre qui le conduisit à Salonique. Après la guerre, nommé au lycée Henri IV (1918), puis au lycée Louis-le-Grand (1919), il soutint sa thèse de doctorat en 1922 sur Le suicide et la morale. En 1922, il fut nommé directeur d’études à l’École des Hautes Études dans la chaire d’Histoire des idées morales. En 1932, il était nommé professeur à la Sorbonne.

Albert Bayet mit durant toute sa vie sa grande culture et son talent au service d’un idéal républicain se rattachant à la tradition radicale, jacobine et laïque. Il combattit toute sa vie en faveur de la laïcité. Il entra dès avant 1914 dans le journalisme politique (il collabora à L’Action, organe de combat anticlérical), il écrivit dans L’Homme libre, le Quotidien (où il tint la rubrique « Notre morale », dont les articles furent réunis en volume en 1926) [ ] »

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Par cette lettre, Pimodan suit la voix de Rome.

« En 1882, quatre manuels sont mis à l’Index par l’autorité romaine. Il s’agit de L’instruction civique à l’école de Paul Bert ; de l’Instruction morale et civique : L’Homme et le Citoyen de Jules Steeg ; des Eléments d’éducation civique et morale de Gabriel Compayré ; et enfin, de l’Instruction morale et civique des Jeunes filles, de Madame Henry Gréville. Ces auteurs occupent pour la plupart des positions importantes dans le monde de l’éducation ».

En cette année 1909 où Pimodan écrit, « la guerre des manuels reprend de plus belle. Cette deuxième guerre scolaire est nettement plus dure que la première : le clergé a recouvré entretemps sa liberté de parole avec la fin du Concordat ; la politique anti-congréganiste, manifestation d’un anticléricalisme d’Etat qui culmine dans les années 1901-1906, est dans toutes les mémoires, tandis que les instituteurs ont pour leur part évolué majoritairement vers le socialisme. L’Eglise est par ailleurs confrontée en son sein à la « crise moderniste ». [ ]

Une lettre pastorale signée par l’ensemble des cardinaux, archevêques et évêques de France est publiée le 28 septembre 1909 dans le journal catholique La Croix. Elle doit être lue dans les églises le premier dimanche d’octobre. Elle condamne entre autres choses le principe de la neutralité religieuse, « principe faux en lui-même et désastreux dans ses conséquences », ainsi qu’une liste de quatorze manuels, essentiellement d’histoire et de morale. On trouve parmi eux diverses Histoire de France, dont celle d’Aulard et Debidour, les Leçons de morale d’Albert Bayet, le Cours de morale de Jules Payot, ou encore le Cours Lucienne, rédigé par un groupe d’instituteurs et qui prépare au certificat d’études. Ici encore, les auteurs ne sont pas, pour certains d’entre eux, des inconnus : Alphonse Aulard (1849-1928) est professeur d’histoire à la Sorbonne, spécialiste de la Révolution française et l’un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme ; le jeune Albert Bayet (1880-1961 (NR : qui est également le gendre d’Aulard !)) devient par la suite un universitaire et sociologue reconnu ; Jules Payot (1859-1940) est universitaire, recteur, etc.

Du côté catholique, une campagne d’opinion se met en place à deux reprises : mandements d’évêques, prêches hostiles, menaces de refus des sacrements (et notamment de la première communion), retraits d’élèves de l’école publique au profit de l’enseignement libre, pressions diverses exercées sur les instituteurs, destruction ou confiscation des ouvrages incriminés, etc. Bien évidemment, l’existence ou l’intensité de ce conflit est très variable selon les régions. Mais les deux guerres scolaires finissent par s’apaiser, la seconde connaissant quelques soubresauts localisés jusqu’en 1914.

Les guerres scolaires [rebondiront] plusieurs fois au cours du XXe siècle : en 1924-1925, sous le Cartel des Gauches, dirigé par Edouard Herriot, dont le programme est fortement anticlérical ; en 1959, lors du vote de la loi Debré permettant le financement par l’Etat de l’enseignement libre sous contrat ; en 1984, autour du projet de loi Savary sur un « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale » ; enfin, en 1993, lors de la révision envisagée de la loi Falloux.

La question, passionnelle, n’est toujours pas close. Source : BIBLIOTHÈQUE DIDEROT DE LYON - Les manuels républicains et les deux guerres scolaires à la fin du XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ - bibulyon.hypotheses.org

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Mais au-delà des positions prises sur les criminels, la religion et les rentiers, points repris par Pimodan pour illustrer son courrier, Bayet ne se serait-il pas fait, de toute façon, un ennemi en affirmant, par un curieux raccourci de sa pensée, page 122 de son ouvrage :

« Celui qui vivrait grâce au travail des autres et ne travaillerait pas lui-même pour les autres serait un mendiant. Les chemineaux (NR: comprendre ceux qui vivent sur les chemins) et les vagabonds qui ne veulent pas travailler et demandent l’aumône sont des mendiants

Les hommes riches qui restent dans leurs châteaux sans rien faire et sans songer à autre chose qu’à s’amuser sont des mendiants » ! (La Revue pour tous – 5 décembre 1909)

 

Autres sources :

Retronews

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LA GRUOTTE - ECHENAY 1933

Publié le 7 Novembre 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Faits Divers à Echenay

Toujours friand de faits divers épincelois, j’ai déniché ce petit article de presse.

Au-delà de « l’exploit » cynégétique, je me suis intéressé à la « gruotte » que dégustent ces fins nemrods.

Qu’est ce donc que la gruotte ?...

Délicats de la papille, réfractaires aux abats et autres nareux, abstenez vous de lire la suite…

Source: La tribune de l'Aube - 25 novembre 1933

Source: La tribune de l'Aube - 25 novembre 1933

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C’est dans le livre « Le Colporteur bandit » d’Henri-Émile Chevalier (1828-1879) édité en 1878 que j’en trouve une première description.

Dix minutes après cet incident, la mère Patois était fort affairée à dresser le couvert sur la table, tandis que, pendue à la crémaillère et sur un feu ardent, chantait, en bouillant à gros bouillons, une marmite aux appétissants parfums. On préparait la gruotte quoi donc ! La gruotte, vous savez bien ce que c'est : le foie, le mou, le cœur, les entrailles, les mésenthères (sic) d'un sanglier ou d'un chevreuil, coupés en menus morceaux et qu'on fait cuire avec de la graisse, des épices et du vin. Ça vous donne un plat, quand c'est convenablement accommodé par nos ménagères bourguignonnes !

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De la Bourgogne à la Champagne toute proche, il n’y avait qu’un pas, vite franchi…

L’ouvrage « Récits rustiques historiques et légendaires de Haute-Marne » de Yvon Lallemand (1999) nous apporte quelques précisions en évoquant la* Nanette, célèbre cuisinière locale des environs de Ninville (52) :

* T’es pas Haut-Marnais si tu ne rajoute pas un « le » ou un « la » devant un prénom !

« Celui qui pouvait avoir la Nanette était connu dans toute la région. Elle partait de bon matin, avec son cabas contenant le tablier, la grande fourchette, les couteaux, et tout le matériel nécessaire à sa magie culinaire.

Elle savait y faire, la Nanette ! Les andouilles aux pois, le lapin aux pruneaux, les haricots aux pieds de porc salés, les fricassées, le bœuf à l’étouffée, les rissoles, le pâté de lapin à la champenoise, la salade à l’oignon frit, la salade cuite aux choux rouges au lard, la coqueluche à la façon de Sommevoire, la burutte en pot au feu, et puis les beignets, les grumelets, les gomichons… Elle en avait des recettes !

C’est bien simple, allez ! Quand on tuait le cochon, pour manger la gruette (gruotte) ou la fricandelle, c’est elle qu’on faisait venir. C’était un bon ragout de foie de porc ou de sanglier, avec des pommes de terre. Et tous les enfants du village rendaient service aux « tueux de cochon » pour avoir la queue ou les oreilles. »

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Vous voulez tenter la Gruotte ?...

Après avoir fait revenir les ingrédients dans du beurre, on singe le tout (saupoudrage de farine), on mouille avec un peu d’eau, puis on ajoute le vin (un Coiffy par exemple pour rester Haut-Marnais !), épices, et on laisse mijoter doucement sans faire bouillir.

De quoi fêter la « Saint Cochon » pendant les repas de fin d’année !...

Sources :

Retronews (pour l’article de presse)

Gallica (pour les évocations de la recette)

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