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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

ceux d'echenay...

DEIL COUVAL, ENFANT ET HOMME "PERDU" - D'ECHENAY AU BAGNE DES ÎLES DU SALUT - 1889

Publié le 3 Janvier 2023 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Deil (prénom usuel) Jean Baptiste Henry COUVAL nait le 17 janvier 1860 à St Nabord, petit village proche de Remiremont (88).

Il est le fils du couple formé par Jean Baptiste Couval et Marie Joséphine Aubry qui se sont mariés le 20 janvier 1858 au même village dont il est le premier enfant vivant (préalablement, naissance d'un enfant sans vie le 27 janvier 1859).

L’année 1861 verra la naissance de son frère Auguste Gaston (°4 octobre 1861 / +31 août 1894 à Cornimont (88)) puis en 1863, la venue de jumeaux, Constantin Huberteau et Séraphin Eugène (11 avril). Hélas, leur naissance au monde entraine le décès de leur mère 4 jours plus tard, bientôt suivi de leur propre mort le 21 avril pour Constantin et le 27 pour Séraphin.

Il est très probable que ces tristes événements influeront sur l’avenir de Deil.

Il a 15 ans en 1875 quand je le retrouve (sans doute en fugue ou livré à lui-même) à Vitry le François (51) où il est arrêté par les forces de l’ordre pour vagabondage et condamné à être placé à la maison de correction de St Urbain (52) jusqu’à sa majorité. Il s’agit d’une de ces colonies agricoles créées depuis quelques décennies où l’on se donne pour mission principale de « redresser » les jeunes à la dérive ou en petite délinquance par le travail, tout en leur donnant un enseignement scolaire de base et, accessoirement, de gagner quelques sous grâce à eux.

Quand il arrive à St Urbain, cette colonie agricole pénitentiaire privée est toute récente puisque créée en 1873. Il y rejoint une soixantaine de gamins, placés là eux aussi à des fins de « correction » jusqu’à leur 20 ans…

Quelques années s’écoulent et en Octobre 1878, suite au décret du 28 juin du Ministre de l'intérieur et avec l’accord de la direction de la Colonie, Deil s’engage à la mairie de Chaumont au 1er régiment d’infanterie de Marine où il arrive le 1er octobre (à cette date, son père est noté « disparu » sur sa fiche matricule !).

C'est donc sous le patronage de la "Société de protection des engagés volontaires élevés sous la tutelle administrative" formée cette année là "dans le but d'encourager les jeunes gens détenus ayant atteint l'âge de 18 ans qui se seront montrés dignes d'aide et de protection par leur bonne conduite, leur assiduité au travail et leur progrès à l'école" que Deil quitte la colonie agricole. Une chance ?... Sans doute car il n'est pas si facile d'intégrer ce corps d'élite soucieux de la qualité de son recrutement. Assoiffé de liberté, c’est pour lui l’assurance « de voir du pays » et de fuir l'univers quasi carcéral qui fut le sien ! Les débuts sont prometteurs, il part pour Saïgon (Vietnam), est promu caporal le 12 décembre 1879 mais son tempérament reste inconstant.

Comme le dit sa fiche matricule, ses «habitudes d’intempérance, sa mauvaise manière de servir et en dernier lieu, le fait de s’être enivré en service avec des hommes de corvée qu’il commandait» lui valent d’être cassé de son grade. Peu importe sans doute pour lui, il fera quand même 2 campagnes navales, une sur le navire « l’Annamite » lancé en 1876 (en mai - juin 1879), l’autre sur « Le Tonkin » lancé en 1878 (en mai juin 1881), cela entrecoupé d’un séjour en Cochinchine.

Libéré de son engagement militaire en 1883, le blond aux yeux bleus d’1 mètre 66 rentre en France avec des souvenirs et une ancre de marine tatouée sur le bras gauche. En janvier 1885, il déclare sa résidence à l’administration militaire à Echenay (52), donc non loin de St Urbain où il a passé son adolescence.

DEIL COUVAL, ENFANT ET HOMME "PERDU" - D'ECHENAY AU BAGNE DES ÎLES DU SALUT - 1889

Poursuivi par son besoin de voyage ou son inconstance, il quitte Echenay l’année suivante, part en direction de la Normandie, pose son sac à Colombière (Calvados) où il déclare encore sa résidence à l’armée en Aout 86 (preuve qu’il ne se cache pas !) mais, rattrapé encore une fois par son mode de vie itinérant, est condamné le 20 mars 1886 pour vagabondage et mendicité en réunion par le tribunal de Caen à un mois de prison.  A sa sortie de prison, peut-être un peu perdu, ne sachant où aller, il revient en Haute-Marne, ce qui lui sera fatal ! Début de l’engrenage….

Audience du jeudi matin 16 décembre 1886 – Cour d’Assises de Haute-Marne

« Tentative de vol qualifié commise à Saint-Urbain, au préjudice de M. Pasquier, ingénieur à Eurville.

L’accusé est un homme jeune encore, âgé de 26 ans, qui, jusqu’à sa vingtième année, a été enfermé dans une maison de correction. Il a, en outre, subi plus tard une condamnation à un mois de prison. Pendant son service militaire, il n’a pas eu une très bonne conduite. Il a été caporal, puis cassé de son grade (l’administration a bonne mémoire et ne pardonne rien !).

Par contre, le maire de sa commune navale et deux ou trois personnes chez lesquelles il a travaillé donnent des renseignements favorables à Couval.

Voici l’acte d'accusation dressé contre Couval par le ministère public : Contre Couval Deil Jean Baptiste Henry, âgé de 26 ans, né à Saint-Nabord, le 17 janvier 1860, il résulte de la procédure les faits suivants :

L’accusé Couval a été condamné en 1875 pour vagabondage, alors qu’il n’avait que 15 ans, à être détenu dans une maison de correction. A sa libération il fut incorporé dans l’infanterie de marine ; nommé bientôt caporal, il fut cassé de son grade pour inconduite.

Après avoir servi aux colonies, il est revenu en France où il a recommencé sa vie errante.

Au commencement du mois de novembre dernier, il vint à Saint-Urbain où il a pu constater immédiatement que le pénitencier dans lequel il avait été enfermé pendant cinq années se trouvait inhabité. Depuis six mois en effet la colonie pénitentiaire n’existe plus.

Les bâtiments se composent d’un chalet qui servait d’habitation au directeur et de plusieurs corps de logis destinés aux colons sont abandonnés. Le chalet, qui est entouré de bosquets et d’arbres, est éloigné de soixante mètres environ de la route de Joinville à Saint-Urbain. Le tout appartient à MM. Barotte et Henrion, de Joinville. Des objets mobiliers garnissent encore cette habitation et sont la propriété de M. Pasquier, fils de l'ancien directeur.

Dans la nuit du 2 au 3 novembre dernier, vers huit heures du soir, Couval, armé d’un crochet de fer, fracturait la porte d’entrée de la cave du chalet en forçant la targette et en faisant sauter un morceau du couvre-joint. Puis, par un escalier intérieur montant dans la salle à manger, il allumait une bougie et descendait à la cave chercher une bouteille de vin qu’il buvait. Il visitait ensuite les chambres du premier étage : d’un coup de pied, il enfonçait le panneau d’une porte fermée à clé qui l’arrêtait un instant. Il cherchait dans les placards et dans les meubles sans y trouver d’objets ayant quelque valeur. Il choisissait néanmoins trois chemises d’homme, trois pantalons, deux paires de bas, deux bonnets et un gilet, qu’il plaçait dans un petit sac en toile rouge et blanche, avec lequel il revenait enfin dans la salle à manger.

Pendant ce temps, un sieur Quinet, cultivateur à Saint-Urbain, qui passait sur la route, vers dix heures du soir, ayant aperçu la lueur de la bougie, était allé prévenir le sieur Ménetret, chargé de la surveillance des bâtiments de l’ancienne colonie. Quinet et Ménetret revinrent en compagnie d’un sieur Frossard, et tous trois entrevirent l’ombre d’un individu qui allait et venait dans la salle à manger.

Tandis que Ménetret courait requérir l'aide du garde champêtre, Quinet et Frossard, jugeant que l’individu dont ils épiaient les démarches descendait à la cave, se portèrent derrière la porte, et Frossard saisit Couval au moment où il franchissait le seuil.

L’inculpé a déclaré qu’il avait eu un besoin à satisfaire, et que, pour cette raison, il était sorti du chalet, mais avec l’intention d’y rentrer. Il prétend qu’il avait seulement l’intention de se procurer un abri pour la nuit et chercher quelques aliments qu’il supposait abandonnés ; mais, d’une part, il était facile de s’abriter sous d’autres bâtiments longeant la route et ne fermant pas à clé ; d’autre part, le paquet qu’il avait préparé prouve suffisamment qu’il voulait ajouter de nouveaux vols à celui de la bouteille de vin.

En conséquence, Couval Deil (Jean-Baptiste-Henri) est accusé :

  1. D’avoir à Saint-Urbain, arrondissement de Wassy, dans la nuit du 2 au 3 novembre 1886, soustrait frauduleusement une bouteille de vin au préjudice du sieur Lucien Pasquier, ingénieur, demeurant à Eurville ; avec cette circonstance que ce vol a été commis : 1° la nuit ; 2° avec effraction extérieure dans un édifice : 3° dans une maison habitée et servant à l’habitation ;
  2. D’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, tenté de soustraire frauduleusement du linge et des vêtements au préjudice du sieur Pasquier, laquelle tentative manifestée par un commencement d’exécution, n’a manqué son effet ou n’a été suspendue que par ces circonstances indépendantes de la volonté de son auteur; avec ces circonstances que cette tentative a été commise : 1° la nuit; 2° avec effraction extérieure dans un édifice ; 3° avec effraction intérieure dans un édifice; 4° dans une maison habitée ou servant à l’habitation. (Faits prévus et punis par les articles 2379, 381, 384, 385 du Code pénal)

L’interrogatoire :

M. le président : Vous vous êtes rendu à l’ancien pénitencier de Saint-Urbain, où vous aviez été détenu, et qui est maintenant changé de destination, inhabité, mais où il reste encore différents objets mobiliers et autres.

R : Oui, monsieur le président, je suis entré dans la cour vers une heure du soir, et je me suis dirigé vers le chalet. Ne sachant pas la maison inhabitée, j’avais l’intention, souffrant de la faim, de demander un abri et à manger. Voyant qu’il n’y avait personne je me suis reposé dans la cour. Puis, la faim me tiraillant toujours, j’ai pris la résolution de pénétrer dans le chalet et de me procurer moi-même ce dont j’avais besoin. J’ai forcé la porte de la cave avec une « marque » en fer, et, de là, j’ai fini par arriver dans la salle à manger. Ayant pris une bougie, je suis allé chercher une bouteille à la cave, mais je l’ai à peine entamée.

D : Vous avez visité ensuite les placards.

R : Ils étaient tous ouverts, et je cherchais des aliments. J’ai découvert les dossiers des anciens détenus. Parmi eux se trouvait le mien que j’ai examiné.

D. Vous êtes monté dans les chambres à l’étage supérieur, et avez enfoncé une porte, la seule qui fut fermée à clef.

R. Oui, monsieur le président, je suis entré dans cette chambre, y ai jeté un coup d’œil et suis revenu dans la salle à manger. Puis j’ai ramassé divers objets d’habillements assez mauvais (chemises, pantalons), je les ai réunis et placés sur une chaise. Alors je suis redescendu pour satisfaire un besoin et reprendre mes chaussures que j’avais laissées dans la cour. C’est alors que j’ai été arrêté.

Au cours de l’interrogatoire, M. le président a eu l’occasion de dire à l’accusé que ses explications n’avaient pas « le sens commun ».

L’accusé, interrogé à nouveau, dit que les vêtements qu’il a réunis étaient destinés à lui servir d’oreiller et qu’il n’avait pas l’intention de s’en emparer. Il déclare que s’il a enfoncé la porte de la chambre, c’est toujours poussé par le besoin et pour chercher des aliments. Il a respecté la pendule et les candélabres. S’il avait voulu réellement les emporter, il aurait descendu ces objets dans la salle à manger.

L’accusé, dont le crime, en somme, n’est pas énorme et ne paraît pas l’être, est loin d’être inintelligent. Il embarrasse plusieurs fois M. le président par ses réponses précises et empreintes d’une certaine franchise.

Les témoins :

Ulysse Melletret, 33 ans, cultivateur à St-Urbain, gardien de la propriété, raconte les faits relatés dans l’acte d’accusation.

Quinet, Frossard Alfred, Delignon, maire, Pasquier et Mourot, garde champêtre, font des dépositions qui n’ajoutent rien à ce qui a été rapporté dans l’acte d’accusation.

Cependant le garde champêtre déclare que l’accusé lui a dit qu’il avait préparé le petit paquet de vêlements trouvé par les témoins avec l’intention de l’emporter.

Après le réquisitoire de M. le substitut du procureur de la République et la plaidoirie de Me Pelthier, les débats sont déclarés clos.

Le jury revient bientôt avec un verdict de culpabilité comportant admission de circonstances atténuantes. En conséquence, Couval est condamné à deux années d’emprisonnement. » Source : Journal Le Petit Champenois – 18 décembre 1886

Libéré, il revient à Echenay. Là encore, peut-être ne sait-il pas où aller ! Et c’est là que le piège se refermera définitivement sur lui quelques années plus tard !

Journal L'Espérance - Courrier de Nancy - 6 avril 1889

Journal L'Espérance - Courrier de Nancy - 6 avril 1889

3 ans plus tard...

La cour d’assises de la Meuse le condamne le 2 avril 1889 à 10 ans de travaux forcés accompagné de 10 ans d’interdiction de séjour en métropole pour vol qualifié et faux en écriture. Son pourvoi sera rejeté (il est considéré comme multirécidiviste, même si les faits prêtent à sourire aujourd’hui !) et il part vers la Guyane sur le transporteur « Ville de St Nazaire » où il arrive le 4 août 1889.

Destination précise ? Les Iles du Salut, celles dont on ne se s’évade pas, où l’isolement (14 kms de la terre ferme), les courants violents et les requins servent de geôliers en plus des matons de la prison… Peu importe les remises de peine qu’il obtiendra en 96 et 97, de toute façon, il ne peut pas revenir en France...

Il décédera le 9 août 1902 sans revoir Echenay, et sans que je cherche à savoir où ! Quelle importance ?... Il était de toute façon perdu !

Sources :

AD 88

Anom (bagnard)

Limedia Kiosque

Criminocorpus (Colonie de St Urbain)

Gallica

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ROBERT THARIAT, le facteur philatéliste - Lezeville 1914 - Echenay 1931- Cannes 1990

Publié le 26 Octobre 2021 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Revue « A la page : l’hebdomadaire des jeunes » en date du 26 mars 1931

Revue « A la page : l’hebdomadaire des jeunes » en date du 26 mars 1931

Lorsque Robert Eugène Jules Thariat voit le jour le 8 septembre 1914 à Lezeville (52), cela fait un peu plus d’un mois que son père Achille Marcel Célestin a rejoint le 360eme régiment d’infanterie au front.
Il ne le sait pas encore mais il ne connaitra jamais celui-ci.
En effet, son père a été tué dès le 25 aout 14 dans les combats du secteur de Hoéville-Champenoux (54).

Sa mère Claire Marie Lucie Durand ( ° 8/1/1892-Paris 12e) et la famille reste un moment sans nouvelles du soldat et ils font une demande de renseignements à la Croix-Rouge, espérant sans doute encore qu’il ait été fait prisonnier ce qui serait un moindre mal. C'est le père de Claire, Théophile Durand, que la Croix Rouge prévient. Ses parents, Théophile et Marie Marthe Eugénie Laurent sont alors à Lezéville. La triste nouvelle arrive le 6 décembre 1914.

ROBERT THARIAT, le facteur philatéliste - Lezeville 1914 - Echenay 1931- Cannes 1990

Le décès avait pourtant bien été identifié par le régiment mais, en cette période compliquée, l’information circule mal. Comme il est d’usage, Claire recevra d'abord un secours (150 francs) le 15 novembre 1915 puis sera pensionnée comme veuve de guerre (JO du 10avril 1916 - 675 francs à compter du 29 septembre 1914). 

Quelques années passent et le recensement de Lezeville de 1921 nous indique que la famille s’est regroupée autour des grands-parents Théophile et Marie et qu’ils vivent ensemble tous les 4. Claire s’est-elle fait à l’idée que Marcel ne rentrerait pas ? L'agent recenseur note que Robert est orphelin de guerre !
 

JMO du 360e RI

JMO du 360e RI

C’est ensuite en 1931 que je retrouve Robert et sa maman. Ils sont maintenant domiciliés à Echenay. Sa mère ne s’est pas remariée et élève seule son fils avec qui elle vit. Celui-ci a maintenant 17 ans et est devenu facteur rural à Echenay.

Est-ce parce qu’il est facteur qu’il collectionne les timbres ou l’inverse ?... On ne le saura pas.

Toujours est-il qu’il vend une partie de sa collection par l’intermédiaire d’une petite annonce passée dans les colonnes de la revue « A la page : l’hebdomadaire des jeunes » en date du 26 mars 1931. Dans cette revue du groupe Bayard, on trouvait chaque semaine les sports, le cinéma, les nouvelles, des reportages, des photos magnifiques, des contes, un courrier, et aussi l'actualité sociale et politique non seulement de la France mais du monde entier, ce qui en faisait un journal à part entière.

 

 

Recensement Echenay 1931

Recensement Echenay 1931

Robert décédera à Cannes (Alpes Maritimes) le 3 décembre 1990. Collectionnait-il encore les timbres ?...  
Une généalogie sur "My Héritage" (auquel je n'ai pas accès) nous montre une photo d'une belle jeune femme, sans doute la mère de Robert, et indique qu'elle décédera en 1942.

Sources :  

Gallica

 AD52 & 88
Fichier DC de l’INSEE
Mémoire des Hommes SHD – JMO du 360e RI

Archives Croix Rouge

 

Claire Durand, veuve Thariat ? (My Héritage)

Claire Durand, veuve Thariat ? (My Héritage)

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FRANCOIS ANDOIR, D'ECHENAY A L'ILE MADAME - 1759 / 1794

Publié le 29 Juillet 2021 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Toujours en quête de tranches de vie épinceloises, voici aujourd’hui l’histoire de François Andoir, jeune garçon élevé par son oncle maternel le curé d’Echenay duquel il suivra la vocation en cette deuxième moitié de XVIIIeme siècle prè-révolutionnaire.
Et si François ne vécut à Echenay que dans sa prime jeunesse, son parcours mérite d’être raconté ici. Nous ne nous éloignerons, du reste, que de quelques kilomètres …

FRANCOIS ANDOIR, D'ECHENAY A L'ILE MADAME - 1759 / 1794

François Andoir était fils de Claude Andoir, originaire de Froncles, et d’Anne Voillot, d’Orquevaux. Il naquit dans cette dernière paroisse le 17 novembre 1756. Baptisé le lendemain, il eut pour parrain François Dumont d’Orquevaux, et pour marraine sa grand-mère Christine Godechal, de Froncles.

Sa mère mourut le 4 décembre 1759, à Echenay (note : vraisemblablement des suites de l’accouchement de son fils Pierre), où François Voillot, son frère, était curé laissant, en dehors de celui qui va nous occuper, deux enfants encore en bas-âge : Anne, née le 26 juillet 1755, et Pierre, né à Echenay, le 26 novembre 1759. Ce dernier devint, dans la suite, greffier en chef du grenier à sel de Joinville, et il y mourut le 8 octobre 1804. On verra plus loin quel rôle il joua près de son frère François.

Celui-ci fut élevé et fit ses études de latin chez son oncle, le curé d’Echenay. On l’y trouve, le 22 janvier 1766, parrain de Marie Louviot. Il fut ordonné prêtre à Toul le 18 septembre 1779. Le registre des insinuations de Châlons-sur-Marne nous apprend, en outre, qu’il était bachelier en théologie de la Faculté de Paris, et qu’il fut nommé sur l’abbaye de Saint-Urbain.

Les dix premières années de sa vie sacerdotale furent assez mouvementées. Il fut d’abord vicaire de Gondreville (Meurthe-et-Moselle), où il renouvela la notification de ses grades sur l’abbaye de Saint-Urbain, le 10 mars 1785. De 1787 à 1789, il remplit l’office de vicaire d’Houdelaincourt (Meuse), dont il desservait l’annexe, Baudignécourt. Mais le 25 juin 1787, un événement se produisit, à Montiers-sur-Saulx, qui fixa ses destinées.

L’évêque de Toul étant venu donner la confirmation en ce pays, l’oncle de François Andoir, M. Voillot, qui était devenu curé de cette paroisse sur la fin de 1769, résigna son bénéfice en faveur de son neveu, et se retira d’abord à Cirfontaines-en-Ornois, puis à Montiers où il mourut, à l’âge de 91 ans, le 4 novembre 1803. Le premier acte signé par M. Andoir comme curé de Montiers est un baptême daté du 30 août 1789.

En 1791, l’abbé Andoir prêta le serment constitutionnel ; mais nous ne saurions dire en quels termes il le fit, les registres de Montiers étant perdus. Il prêta également, en 1792, le serment de liberté et d’égalité. Puis, comme à cette époque, c’est-à-dire après l’expulsion des prêtres fidèles, les assermentés n’étaient pas en nombre suffisant pour desservir toutes les paroisses, M. Andoir fut chargé d’administrer Paroy ; et, le 28 février 1792, le département de la Haute-Marne fixa à 350 livres son indemnité de traitement pour la desserte de cette commune.

Le dernier acte religieux signé par Andoir sur les registres de Montiers est un enterrement en date du 23 octobre 1792. Cinq jours après, les actes religieux furent clos et enlevés par le maire, et désormais l’officier public fut chargé de la rédaction. L’abbé Andoir continua néanmoins, jusqu’au 14 décembre 1793 de tenir une espèce de registre ; mais il a soin de faire observer qu’il est à son usage personnel, et sur papier libre. Cette remarque, dans sa pensée, avait une grande importance : elle avait pour but de le garantir, en cas de besoin, de l’accusation d’avoir violé la loi du 20 septembre 1792, qui défendait à toutes personnes de s’immiscer dans la tenue des registres et dans la réception des actes. A la vérité, le registre de M. Andoir contient plus d’une lacune : mais, pour y suppléer, on a heureusement celui de M. Demandre, curé de Montiers, à partir de 1812.

A la fin de septembre 1793, M. Andoir donna sa démission de curé, ou plutôt renonça à ses fonctions, pour marquer sa désapprobation des dévalisements d’église effectués par les révolutionnaires. Il déposa une partie de ses meubles chez son oncle, l’abbé Voillot, qui alors habitait Montiers ; il envoya l’autre chez son frère, à Joinville. Après avoir séjourné quelque temps dans celle dernière ville, il revint à Montiers, et y exerça en secret ses fonctions pastorales. C’est alors que parut le fameux arrêté de François Mallarmé, député de la Meurthe à la Convention, et alors représentant du peuple dans les départements de la Meuse et de la Moselle, pour l’organisation du gouvernement révolutionnaire. Par cet arrêté, daté de Thionville le 14 germinal an II (3 avril 1794), le proconsul condamnait l’exercice du culte, ordonnait le dépouillement des églises, et frappait les ministres de la religion de la peine suivante : « Tous les ministres d’un culte, quel qu’il soit, qui n’auraient pas prêté serment, ou qui l’auraient rétracté, seront déportés et envoyés par convois dans les ports de mer les plus voisins. »

Cette proclamation eut pour résultat, l’envoi en 1794 de 121 prêtres de la Meuse sur les pontons de Rochefort. D’abord internés dans les prisons de Bar-sur-Ornain, ces malheureux furent jetés ensuite sur de mauvais chariots chargés de paille, et, en douze convois successifs, qui s’échelonnèrent du 8 avril au 20 août 1794, expédiés sur Rochefort, où ils devaient être embarqués par la Guyane. C’était un trajet de 190 lieues de poste, qu’ils devaient parcourir en seize longues étapes, à savoir : Saint-Dizier, Vitry, Chalons, Epernay, Château-Thierry, Meaux, Paris, Etampes, Orléans, Blois, Tours, Châtellerault, Poitiers, Saint-Maixent, Niort, et enfin Rochefort.

L’abbé Andoir fut donc accusé d’avoir repris ses fonctions après les avoir abdiquées, et d’avoir ainsi contrevenu à l’arrêté de Mallarmé : saisi pour ce motif et incarcéré à Bar (mai 1794), il fut condamné à la déportation le 14 prairial an II (2 juin 1794), et inscrit sur la liste du huitième convoi des prêtres meusiens, qui devait partir le même jour ou le lendemain.

Pendant ce temps, que faisait le district de Joinville ? Dès le 8 prairial an II (27 mai 1794) considérant que François Andoir avait résidé quelques jours dans cette ville chez son frère Pierre Andoir, il arrêta que les scellés seraient mis sur les effets appartenant au curé de Montiers, qu’on en dresserait l’inventaire, et que l’on constaterait s’il n’y avait pas de papiers suspects. Le même jour, les scellés furent aussi apposés sur ceux de ses meubles qui étaient déposés à Montiers, chez son oncle l’abbé Voillot. L’estimation en fut faite, le 8 avril 1794 en vue d’une vente publique : elle monta à 533 livres 11 sous. La bibliothèque comprenait 220 volumes.

Le 15 prairial an II (3 juin 1794) au matin, le commissaire-administrateur et deux officiers municipaux se rendirent à la prison des Carmes, et firent comparaître devant eux les détenus qui allaient partir, avec sommation de présenter leurs effets et papiers. On constata que M. Andoir, comme beaucoup d’autres du reste, n’avait que le simple nécessaire de route. Dès qu’il apprit sa condamnation, son frère, Pierre Andoir, se hâta d’écrire, le 4 juin, aux administrateurs du département de la Meuse, une lettre dans laquelle il les priait, au nom de toute la famille, de vouloir bien surseoir au départ de François Andoir, jusqu’à ce que le Comité de salut public ait pu être informé de sa conduite. Huit jours après, le 12 juin 1794, les administrateurs répondirent : « Nous t’informons que ton frère, François Andoir, ci-devant curé de Montiers-sur-Saulx, est parti de Bar pour Rochefort dès le 15 du courant (3 juin), et que, quand bien même, au moment de la réception de ta lettre, son départ n’eût pas été effectué, nous n’aurions pu déférer à l’invitation que tu nous as faite de différer ».

Illustration empruntée au site pretres-deportes.rabanu.eu (voir en bas de page)

Illustration empruntée au site pretres-deportes.rabanu.eu (voir en bas de page)

Pendant que son frère réclamait ainsi inutilement un sursis à sa déportation, l’abbé Andoir était conduit d'étape en étape à Rochefort. Il y arriva sur la fin de juin, et fut embarqué sur les Deux-Associés. Après ce que nous avons dit, on devine toutes les souffrances qu’il dut y endurer. Nous savons, de plus, que l’administration lui confia le soin d’ensevelir les corps de ses confrères à l’ile d’Aix. Mais, quoique jeune encore, il ne put résister à tant de privations et de labeurs : il finit par tomber malade, et mourut dans la nuit du 20 au 21 août 1794 (le 4 fructidor an II), à l’âge de 37 ans. On l’enterra dans l’île Madame.

Et maintenant, il y a lieu de se demander : dans quelles dispositions M. Andoir quitta-t-il la vie ? Avant de mourir, il rétracta les deux serments qu’il avait prêtés, c’est-à-dire non-seulement le serment constitutionnel, mais encore le serment de liberté et d’égalité, que la plupart cependant, regardaient comme licite.

A propos de rétractations ainsi formulées in extremis, l’abbé Guillou rapporte et fait sienne la remarque suivante, exprimée dès 1800 par un confesseur de la foi. « Quand j’observe, disait-il, que tel et tel a rétracté son coupable serment avant la mort, je n’entends pas dire pour cela qu’il ait attendu aux derniers moments de sa vie pour faire sa rétractation : mais seulement que, certain qu’il l’a faite, je n’ai pu m’assurer si c’était avant la déportation ou sur les vaisseaux, soit en santé, soit en maladie, soit à l’article de la mort. En tout cas, la charité doit nous faire présumer que le plus grand nombre de ces rétractations tardives ont été sincères, et que la bonté de Dieu y aura eu égard ».

C’est par ces consolantes paroles que nous voulons terminer la biographie de M. Andoir.

Sources :

Les Prêtres de la Haute-Marne déportés sous la Convention et le Directoire, notes et documents par l'abbé A. Bresson – Langres - 1913

AD52 & 55

Et pour en savoir plus sur les sinistres pontons de Rochefort, cliquez sur le lien ci-dessous. 😉

Enfin, pour approfondir et lever un peu le voile sur les curés d'Echenay d'ancien régime, cliquez ci dessous

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RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

Publié le 9 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

En ce lundi 7 mars 1904, Fernand Claude Raymond Gabriel AUPROUX pousse la porte de la mairie de Poissons (52). Sa décision est prise, il va s’engager dans l’armée. Il ne le sait pas encore, mais il vient de faire le premier pas d’une carrière militaire atypique par les postes occupés.

Né le 14 janvier 1886 à Echenay (52), il est le fils du clerc de notaire Eugène Lucien Auproux et de Marie Louise Augustine Prudent. Peu après sa naissance, ses parents déménageront à Sailly (52) où son père travaille à l’étude de Maître Blondel, le notaire local. C’est donc là qu’il grandira. Ainé de la famille, il sera suivi de Louise Elise Lucie, Emile André, Suzanne Jeanne, Paul Barthélémy Gabriel et Yvonne Blanche, ses frères et sœurs.

Sa fiche de recrutement cantonal nous indique simplement qu’il mesure 1,68 m, blond aux yeux bleus et qu’il est vélocipédiste.

Forte de cette nouvelle recrue engagée pour 4 ans, l’armée le dirige sur le 144eme RI en garnison à Bordeaux où il devient immédiatement soldat de 2eme classe. Il faut bien commencer par le bas ! Hélas, il tombe malade quelques semaines plus tard et est réformé N°2 dès le 23 août 1904 pour pleurésie tuberculeuse. La fin d’un rêve ?... Non !

Le 8 octobre 1907, il est dirigé vers le 160eme RI où sont passés tant de gars du canton de Poissons avant lui. Passé caporal le 1er avril 1908, il devient sergent dès le 26 septembre et se rengage pour 2 ans dès le 14 janvier 1909. Promu sergent fourrier le 2 mai 1909, il se réengage pour un an le 11 mars 1911 puis encore pour un an le 12 janvier 1912.

Raymond a pris goût à cette vie militaire et il pose sa candidature la même année à l’Ecole Militaire d’Administration où il est admis et arrive le 1er octobre 1912. Il y est promu « Officier d’administration » de 3eme classe des services d’Etat Major et du recrutement le 23 septembre 1913 et est affecté provisoirement à la disposition du Gouvernement Militaire de Paris. Par décision ministérielle, il est affecté au bureau de recrutement de Saint Quentin et devient « Officier d’Administration » de 2eme classe le 1er octobre 1915.

Exerce-t-il sur Saint Quentin et a-t-il été muté plus tard ? Toujours est-il qu’il se trouve en garnison à Quimper (29) quand le journal Ouest-Eclair du 28 avril 1916 fait paraitre la publication du mariage de notre epinceloi avec Melle Marie GEORGE domiciliée à Chalon (51). Le mariage sera célébré à Chalon le 8 mai 1916.

Il sera ensuite affecté à l’Etat Major de la 2eme division d’infanterie le 29 juillet 1916 puis à l’Etat Major de la 10eme armée le 24 décembre 1918.

Nos troupes avançant vers l’Allemagne, il est ensuite versé à l’armée d’occupation du Rhin (17/10/1919) puis à l’Etat Major de l’armée du Rhin le 22/10/1919 où il restera jusqu’au 22 décembre 1921.

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C’est à ce moment que la carrière militaire de Raymond, déjà pas banale en soi (haut-commandement), va prendre une inflexion particulière… Sans doute remarqué pour des compétences hors du commun par ses supérieurs durant les années passées à l’Etat Major, il va être intégré à la très secrète « section du chiffre » par décret ministérielle du 23 décembre 1921. De quoi s’agit-il ?...

 

Créé par décret ministériel en 1912, la Section du Chiffre est le service chargé de protéger et de transmettre la correspondance militaire secrète et de décrypter les communications adverses.

« En effet, s’il existe un service du Chiffre français depuis le XVIIIeme siècle, il relève du ministère des Affaires étrangères et se charge uniquement des messages des diplomates français. Il n’existe ainsi pas de service du Chiffre dans l’Armée à l’époque de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et de nombreux historiens considèrent que cette absence a joué dans la défaite face aux Prussiens. Le monopole des Affaires étrangères tend à disparaître avec l’augmentation du nombre de messages chiffrés télégraphiés en Europe. La Sûreté générale crée un service de décryptement, dirigé par le commissaire Jacques Haverna dès 1904, afin de traquer les espions sur le sol français. De son côté, le ministère de la Guerre a pour habitude de créer des structures de déchiffrement temporaires en temps de guerre, et de se reposer sur les déchiffrements des Affaires étrangères en temps de paix. » Source : Renseignement et contre-espionnage – Eric Denécé

Il serait long de raconter ici l’histoire de la création de cette nouvelle section militaire. Disons seulement que si la cryptologie française avait de l’avance sur l’étranger, l’imminence d’un conflit imposait de doter l’armée de son propre service, que celui-ci fera de la France le pays le mieux préparé dans ce domaine à l’ouverture du conflit et que ses succès en feront un acteur majeur de la victoire.

C’est donc à l’issue du conflit que Raymond rejoint cette organisation aux effectifs assez réduits et très discrets. Il va de soi que les membres du Chiffre sont tenus au secret et ne doivent pas parler de leur travail à leurs proches ou aux autres militaires qu’ils sont amenés à côtoyer en dehors du bureau du Chiffre. Source : Renseignement technique et secret militaire : le Chiffre français pendant les premiers mois de la Grande Guerre - Agathe Couderc dans Stratégique 2014/1 (N° 105).

Les années passent et je perds un peu Raymond.

Il devient « Officier d’Administration » de 1ere classe le 25 septembre 1925 puis est nommé Capitaine le 9 juillet 1929. Par décret du 25 décembre 1929, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur ce qui marque certainement l’excellence de son travail au sein de la section.

Pour quelles raisons écrit-il alors le 3 janvier 1930 au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur « Par application de la circulaire ministérielle du 10 mai 1926, j’ai l’honneur de vous rendre compte que je demande à ne pas recevoir de la Grande Chancellerie l’insigne de la décoration de Chevalier de la Légion d’Honneur, grade auquel j’ai été nommé [ ] » et que le Lieutenant-Colonel Portzert, chef de la section du chiffre vise le courrier et ajoute « demande régulière » ? Secret de barbouze militaire !

Si son dossier de la Chancellerie et sa fiche militaire n’apportent pas d’autres renseignements sur sa carrière militaire, le journal « L’action Française » du 26 décembre 1937 nous indique qu’il est nommé au tableau d’avancement du cadre spécial de l’Etat Major au grade de Commandant et le journal « L’Excelsior » du 26 décembre 1938 nous informe qu’il a bien pris rang à ce grade.

Alors domicilié 8 rue Rochebrune à Paris (11e ar), il s’éteint le 12 mai 1959, vraisemblablement à l’hôpital Cochin. Il y est alors qualifié de Chef de Bataillon en retraite, ce qui confirme bien son grade de commandant.

Belle histoire que celle de notre épinceloi propulsé d’Echenay à l’Etat Major de l’armée comme agent du renseignement militaire et l’un des 4 natifs d’Echenay à avoir reçu la Légion d’Honneur !

Je terminerai en remerciant particulièrement Monsieur Gérard Seimbille (ggen sur Généanet) pour l’autorisation qu'il m'a donnée d’utiliser la photo de son ancêtre. Je me permets de reproduire ici une partie du message qu'il m'a adressé suite à ma demande : " J’ai en mémoire mes visites chez lui (Ndr Raymond) dans le 11ème et des épées qui y étaient accrochées au mur. Mon père avait été le voir quand il était en Allemagne après la guerre et il me racontait les bêtises qu’ils faisaient ensemble". Or, par un curieux hasard, il se trouve que j’ai eu l’occasion par le passé d’aider ce père aujourd’hui décédé pour sa généalogie épinceloise. Ce dernier avait eu l’extrême gentillesse de me recevoir chez lui pour me remercier lors d’un de mes passages dans sa région et je n'ai pas oublié l'excellent accueil qu'il m'avait réservé.

Sources :

AD52 / AD88 / AD75

Base Léonore

Gallica

Retronews

Geneanet : Arbre de Mr SEIMBILLE

Et d’autres sites web

Pour découvrir les 3 autres décorés de la Légion d'Honneur d'Echenay, cliquez ci dessous

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JOSEPH FABERT ET ALEXINE GUERRIN - ECHENAY 1923

Publié le 6 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Le Petit Provençal - 26 octobre 1923

Le Petit Provençal - 26 octobre 1923

« On a gagné ! » hurla Joseph dès que le facteur rural se fut éloigné un peu.       « Quoi ?... » lui répondit Alexine.      « On a gagné ! Au tirage au sort ! »;      « Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?... ».       « Mais à la Séquanaise !... Au tirage au sort mensuel de la Séquanaise ! A nous les sous !»

Joseph Marius et Constance Alexine Guerrin se sont mariés le 24 février 1906 à Annonville (52), petit village au Sud-Est de Poissons, le chef-lieu de canton dont Echenay fait aussi partie.

Né le 3 juillet 1880 à Echenay, il est le fils de Jules Isidore Fabert et de Julia Marie Groscolas. De son coté, Constance Alexine est la fille de Jean Baptiste Louis Guerrin et de Maria Célénie Chalin et est née le 24 janvier 1889 à Annonville.

Un peu plus tôt, alors domestique résidant à Montier en Der (52), il avait été déclaré « bon » pour le service malgré un frère sous les drapeaux. Joseph n’avait en effet pas produit les pièces nécessaires en temps voulu. Il avait donc commencé d’effectuer son service militaire au 160e régiment d’infanterie (15 novembre 1901) quand il en fut dispensé et envoyé dans la disponibilité (21 septembre 1902), la déclaration ayant été faite postérieurement à son incorporation.

Lucien (°1908), Marie Louise (°1910) et Léon (°1914), les premiers enfants du couple, sont nés quand l’ordre de mobilisation vient chercher Joseph. Rappelé au 79e RI qu’il rejoint dès le 3 août, il est promu caporal le 21 mai 1915 mais est blessé le 28 juillet suivant d’une petite plaie pénétrante au coude droit par un éclat d’obus. Guéri, il passe ensuite successivement au 29e RI (6 nov. 1916), au 116e RI (16 sept. 1917) puis au 5e Régiment du Génie le 5 novembre 1918. La guerre terminée, il est mis en congé illimité de démobilisation le 28 janvier 1919 et rejoint Echenay où le couple est établi.

 

Après Lucien, Marie Louise et Léon, naîtront Denis (°1918), Suzanne (°1920), Armande (°1922) et Andrée (°1923).

Est-ce pour assurer l’avenir de leurs 7 enfants que notre chef-cantonnier et Alice ont pris ce bon de capitalisation ? Sans doute…

La Séquanaise était un groupe d'assurances français basé à Besançon qui proposait ce type de contrat. « [Il] se matérialisait par un titre, nominatif ou au porteur, qui ne comportait pour son possesseur aucune obligation. Il lui assurait à l'expiration d'une période qui variait selon les sociétés de quinze à trente-trois ans, un capital déterminé. Le titre comportait, généralement après la deuxième année de versement, des valeurs de rachat progressives qui étaient égales au terme du contrat, au montant du capital assuré. Chaque mois un tirage au sort avait lieu, entraînant pour les titres sortants le remboursement anticipé du capital promis. Enfin, dans certaines entreprises, des participations aux bénéfices étaient prévues au profit des adhérents. ». Source :  GEORGES HAMON - Renseignements statistiques sur les sociétés de capitalisation - Journal de la société statistique de Paris, tome 71 (1930), p. 60-70

Joseph et Alexine n’ont donc pas eu à attendre le terme de leur contrat pour toucher le capital qu’ils espéraient, grâce à la sortie du numéro de leur bon au tirage au sort du 15 octobre 1923.

C’était évidemment une très bonne nouvelle pour le couple que cette rentrée d’argent anticipée et il est probable que cela ait un peu aidé Alexine matériellement pour surmonter le coup que le destin allait lui porter 3 ans plus tard.

En effet, Joseph décède prématurément le 29 mars 1926. Alexine se retrouve donc seule pour élever ses enfants.

Le recensement d’Echenay de 1931 nous apprend que la veuve Fabert vit maintenant avec son aîné Lucien, cantonnier comme son père et qu’il a peut-être remplacé, et avec Suzanne, Armande et Andrée. Sans doute pour mettre « un peu de beurre dans les épinards », elle élève également Pierre Roche et Elisabeth Bonnat, deux enfants de l’Assistance Publique nés à Chaumont respectivement en 1926 et 1927.

On y apprend également que leur fils Denis a trouvé une place de domestique à Echenay chez le couple Capitain (cultivateurs) et que leur autre fils Léon s’est fait embaucher à Echenay comme domestique de culture chez Pierre Louviot et sa femme Berthe.

Ainsi va la vie !...

Le patronyme Fabert (variation de faber, représentant la forme latine de févre désignant un forgeron) n'est pas implanté en Haute-Marne depuis très longtemps. Il y arrive vers 1860. SI le père de Joseph est né en Meurthe et Moselle (Battigny), son grand père était originaire de Moselle (Hellering-lès-Fénètrange). Ce nom est maintenant indissociable du secteur et tout le monde connait par exemple Jean Fabert qui a tenu de très longues années le garage / station service entre Echenay et Pancey où ont du passer toutes les voitures, deux-roues et autres tondeuses et tronçonneuses du coin.

Et puis c’est parfois marrant la généalogie villageoise ! On y croise des gens que l’on a connus sans les chercher.

Quand vers 1970, en vacances à Echenay et apprenant à faire du vélo sans les mains devant le lavoir je m’en mettrai « une bonne » (vous savez, la fameuse histoire du 1er passage « sans les pieds », du 2eme passage « sans les pieds, sans les mains » et enfin du 3eme « fans les pieds, fans les mains, fans les dents !!!), c’est « la » Berthe Louviot (comme on dit ici) qui sera appelée à la rescousse pour me donner les premiers soins. Les villageois lui prêtaient en effet quelques compétences médicales qui rendaient bien service à la collectivité. Elle faisait les piqûres, les soins, un peu à mi-chemin entre infirmière et vétérinaire. wink

Droite comme un I sur son vélo d’un autre âge, pédalant à un train de sénateur, elle traversait alors le village et délaissait son mari Pierre toujours assis sur sa chaise devant leur maison quand le temps le permettait ainsi que ses chiens attachés dans la grange, deux espèces de « bergers » à poil long et blanc (et très sales et puants à mes yeux d’enfant !), qu’elle appelait « Les P’tis Chéris ».

Mais c’est une autre histoire, d’autres vies !

Sources :

Rétronews

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MARIE MATHILDE REGNAULT, VEUVE BERGDOLL - ECHENAY 1895 / 1900

Publié le 16 Février 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Rue Maujean - Wassy 52

Rue Maujean - Wassy 52

Marie Mathilde Regnault n’a fait que passer à Echenay.

Née le 28 novembre 1857 à Chevillon (52) de Charles Pierre Joseph Regnault, gendarme en ce même village, et de Marthe Eulalie Dorey, ce sont vraisemblablement les nécessités de la vie qui l’ont amené à travailler et à découvrir Echenay.

Le lundi 14 avril 1884, elle avait épousé à Wassy (52) Michel Barthélémy Bergdoll, professeur d’allemand au collège de Wassy et jeune veuf de Justine Julienne Zoé Multier.

Michel Barthélémy, lui, était né le 11 novembre 1852 à Forbach (57), fils de Jean Baptiste Bergdoll et de « dame » Catherine Lang.

De cette union entre « Monsieur le professeur » et « Mademoiselle la fille du commissaire » (eh oui, le gendarme Charles Pierre Joseph Regnault avait fait son chemin !) naquirent rapidement Antoinette Madeleine (°10 février 1885) et Charles Georges (°26 juillet 1886). Comme il convenait à l’époque, Marie Mathilde ne travaille pas et s’occupe de ses deux enfants.

La vie s’écoule, sans doute tranquille. En 1892, la maitrise de la langue allemande permet à Michel Barthélémy d’être nommé « Interprète de réserve » par décret de Sadi Carnot, le Président de la République de l’époque. (JORF du 17 février)

Mais le 27 juin 1893 au matin, après 9 ans de mariage seulement, Michel Barthélémy décède à son domicile du 7 rue Mauljean à Wassy. Maladie, mort subite, je ne sais pas… Toujours est-il que Marie Mathilde se retrouve jeune veuve avec deux jeunes enfants et sans emploi.

Elle se met donc en quête d’un travail et elle rentrera aux Postes et Télégraphes.

Embauchée à la poste de Wassy comme employée, elle y reste quelques temps puis sera mutée en début d’année 1895 au bureau de poste d’Echenay en qualité de receveuse et en conservant son salaire de 1000 francs (Bulletin mensuel des postes et télégraphes France. Ministère des postes – Annexe au bulletin mensuel des Postes et Télégraphes – Février 1895). C’est là que je la retrouve dans le recensement de 1896 en compagnie de son fils Georges mais sans Madeleine. Elle remplaçait à Echenay Mr Gallois qui lui partit à Vitry La Ville (51) (L’Indépendant Rémois – 8 février 1895). En novembre 1899, Marie Mathilde voit son traitement passer à 1200 francs (Bulletin mensuel des postes et télégraphes France. Ministère des postes – Annexe au bulletin mensuel des Postes et Télégraphes – Novembre 1899).

La poste de Lusigny - Il est très probable que la femme de cette carte postale oblitérée en 1918 soit Marie Mathilde Regnault, veuve Bergdoll.

La poste de Lusigny - Il est très probable que la femme de cette carte postale oblitérée en 1918 soit Marie Mathilde Regnault, veuve Bergdoll.

Fin 1899 (ou au tout début de 1900), Marie Mathilde quitte déjà notre petit village d’Echenay. Elle est mutée à Lusigny (10), toujours comme receveuse du bureau de Postes (L'Écho de l'arrondissement de Bar-sur-Aube - 1 février 1900). L’usage des P&T veut en effet que les fonctionnaires ne restent pas trop longtemps dans un même lieu afin de ne pas nouer trop de liens avec la population locale. Il en était de même par exemple avec les percepteurs dont toute une liste a défilé à Echenay…

Le recensement de 1901 la fait donc effectivement apparaitre à Lusigny mais cette fois en compagnie de sa fille et sans Georges. Il semble en effet que ce dernier soit interne au Lycée de Troyes où, bon élève, il truste les prix :

  • Prix du mérite, prix de langue française, prix de thème latin et accessit en récitation en 1901 ;
  • Prix de langue française, version latine, thème latin et version grecque, thème grecque et histoiregéographie en 1902 ;
  • Prix version latine et thème latin en 1903 ;
  • Prix histoire moderne et géographie, et d’allemand (!) en 1904 (voir la Tribune de l’Aube et Le Petit Troyen).

Quelques années passent encore et en 1907, au moment de son passage devant le conseil de révision, il est élève à l’école d’électricité et de mécanique industrielles où il obtiendra son diplôme d’ingénieur électricien (Le Petit Troyen 19 juillet 1907).

Comme tous les jeunes gens de sa génération, 1914 l’appellera sous les drapeaux et il fera la guerre au sein du service de télégraphie. Démobilisé, il se retirera à Paris dans un premier temps, puis au Pecq (78) en 1927.

Mais revenons à Marie Mathilde…

L’Annuaire administratif et statistique du département de l'Aube.de ce début de XXeme siècle nous permet de suivre un peu son parcours professionnel jusqu’à la 1ere guerre.

Celui de 1910 par exemple nous indique qu’elle est receveuse du bureau de Poste aux lettres et qu’elle est également préposée au bureau télégraphique où elle travaille avec un certain Gustave Bêgue, son porteur de télégrammes.

En février 1924, Marie Mathilde prend sa retraite après 30 ans et 5 jours de services (JO 7 février 1924).

Je n’ai pas retrouvé la trace de Madeleine…

Alors me direz-vous, pourquoi s’intéresser à une personne qui n’a fait que passer à Echenay et qui n’y avait aucun lien ?...

Simplement parce que Marie Mathilde fut, en tant que receveuse, la « patronne » de mon arrière-grand-père qui était l’un des facteurs ruraux d’Echenay et que j’ai toujours envie d’en savoir un peu plus sur son environnement et les gens qu’il a fréquenté.

Quels étaient leurs rapports professionnels, s’appréciaient-ils, Marie Mathilde et Georges ont-ils gardé un souvenir d’Echenay ?... Autant de choses que je ne saurai pas mais est-ce une raison suffisante pour ne pas chercher ? wink

Sources :

AD52

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Gallica

Retronews

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Emile Daujard - Echenay -1888 / 1960

Publié le 7 Février 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Emile Daujard - Echenay -1888 / 1960

La recherche qui va suivre a débuté à la lecture de ces petites annonces trouvées dans des journaux locaux. Qui était donc cet Emile Daujard cherchant à se placer ?

Emile Auguste Edouard naquit le 30 novembre 1888 à Thonnance Les Moulins (52), fils de Joseph Daujard, vigneron, et de Julie Quantin son épouse.

Si je ne sais rien de sa jeunesse, je le retrouve pour ses 20 ans dans les listes cantonales des conscrits.

C’est maintenant un grand blond (1.70m) aux yeux gris bleu, au front découvert et au visage coloré, garçon meunier de son état. Tout juste sait-on que de sa jeunesse villageoise, il a appris à soigner les chevaux et à conduire les voitures qui vont avec.

Déclaré bon pour le service, il est dirigé vers le 160eme RI où il arrive le 7 octobre 1909. Il obtiendra son certificat de bonne conduite. A noter que sa fiche matricule le prénomme Emile Auguste « Raymond » ( ?).

Comme tous les jeunes de sa génération, il est mobilisé le 2 aout 1914 et rejoint le 160eme où il avait fait son service. On peut imaginer que le départ fut peut-être un peu larmoyant puisqu’il avait épousé à Echenay le 23 avril 1914, soit 3 mois plus tôt, Marie Eugénie Trouillot…

La belle, qui se fera ensuite appeler Noémie ou Eugénie suivant les recensements, était née le 10 avril 1889 à Bavilliers, petite commune du Territoire de Belfort (90), fille de Jules Trouillot, garde barrière, et de Stéphanie Guinchard.

Où diable ces deux-là se sont-ils rencontrés ? Et surtout, sait-t-il seulement en montant dans le train qui l’emmène à la guerre qu’Eugénie est enceinte et donnera le jour en 1915 à une petite Rolande ?

En novembre 1914, le 160eme RI est engagé près d’Ypres en Belgique où Emile participe au combat de Saint Eloi, localité proche.

Au plus fort des combats des 9/10 et 11 novembre, Emile disparaît. La liste des morts, blessés et disparus de ces journées, portée au journal de marche du 160eme et pourtant longue de plusieurs doubles pages, ne fait pas apparaître son nom. Alors, mort, blessé ou disparu ?...

Emile Daujard - Echenay -1888 / 1960

C’est dans les fiches de la Croix Rouge qu’on le retrouve ! Fait prisonnier, il se retrouve au camp de Gardelegen, ville située entre Hanovre et Berlin. Il y passera les 5 années suivantes ! Le prix à payer pour connaitre sa fille (dont il ignore peut-être encore l’existence) et revenir vivant de cette boucherie.

Libéré puis rapatrié en janvier 1919, il rejoint Echenay. Peut-on imaginer les retrouvailles ?...

Des années 1921 à 1926, le couple et leur fille apparait dans les recensements d’Echenay. Dans ces deux recensements, Emile est cité comme garde particulier du Marquis de Pimodan et en 1926, son épouse est devenue la cuisinière du château des Pimodan.

On peut sans doute imaginer que le métier leur plait puisqu’ils en feront leur profession comme le montre les petites annonces.

En 1931, le couple ne semble plus habiter Echenay. Il faut savoir que Gabriel de Pimodan, le chatelain qui les employait, étant mort en 1924, le château a pris un demi-sommeil et le personnel sans doute licencié ou employé dans la résidence parisienne des Pimodan.

Le recensement de 1936 les voit réapparaitre à Echenay. Emile et son épouse sont respectivement maître d’hôtel et cuisinière d’un certain Plissan ou Plessan à Les Thilliers en Vexin (27).

On apprend par l’annonce de L’Est Républicain de 1938 qu’Emile devient veuf entre ce recensement de 1936 et la petite annonce qu’il fait publier en 1938.

Où ira-t-il travailler ?...

L’histoire pourrait s’arrêter là mais grâce aux mentions marginales de l’état civil, on apprend qu’il se remarie le 22 avril 1950 à Céline Marguerite Houdinet à Clermont en Argonne (55).

Et c’est dans cette localité qu’il décédera le 27 aout 1960.

Qu’est devenue la petite Rolande Daujard ? A-t-elle suivi les traces professionnelles de ses parents puisque le recensement de 1936 nous indique qu’elle est femme de chambre à Laffrey (en Isère ?) ?

Après tout, c’est une autre histoire que d’autres que moi raconteront peut-être un jour !...

Sources :

Retronew

Limédia Kiosque

AD 52

AD 88

AD 90

Mémoire des Hommes

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LA BONNE MINE DE PIERRE GARINOT, FACTEUR A ECHENAY - JUIN 1937

Publié le 19 Mai 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

LA BONNE MINE DE PIERRE GARINOT, FACTEUR A ECHENAY - JUIN 1937

Pierre Charles Garinot, fils de Nicolas Alexandre Garinot et de Marie Louise Thiéblemont, naquit à Pansey(52) le 31 mai 1902.

Le 9 novembre 1929, il épouse Suzanne Martin, née à Effincourt le 14 septembre 1909.

Pierre devenu facteur, le couple réside à Echenay en 1936 où sont nés leurs deux enfants, Andrée (née en 1931) et Jean (né à1933).

A cette époque, les tournées de distribution sont bien longues et Pierre a parfois besoin d’un remontant…

Quoi de mieux alors qu’un verre de Quintonine ?...

La Quintonine, en vente dans toutes les bonnes pharmacies !

La Quintonine, en vente dans toutes les bonnes pharmacies !

Voici ce qu’on peut lire dans la presse de l’époque.

« Quand on fournit un travail assidu pendant toute l’année, on connait fatalement un jour ou l’autre une de ces périodes de dépression physique où l’on se trouve abattu, sans force et sans courage devant la tâche quotidienne.

C’est alors qu’une cure de Quintonine s’impose. Pour ceux qui travaillent et usent leurs forces dans le labeur quotidien, la Quintonine constitue en effet le moyen le plus sûr – et le moins couteux – de retrouver rapidement tous ces moyens comme de prévenir les défaillances.

Les trois raisons du succès de la QUINTONINE

Rien qu’en France, il se consomme à l’heure actuelle 12 à 15 millions de verres de Quintonine par mois. Ce succès de la Quintonine – succès on peut le dire sans précédent – s’explique tout naturellement :

  1. Par sa valeur thérapeutique. la Quintonine, grâce à sa formule très complète, agit de façon rapide, profonde et durable. Elle triomphe de toutes les dépressions, chez les jeunes comme chez les vieux, chez les femmes comme chez les hommes.
  2. Par son prix modique. Une vente annuelle par millions de flacons a permis de fixer et de maintenir à 4 F 95 seulement le prix de la Quintonine : c’est le moins couteux de tous fortifiants.
  3. Par son gout délicieux. La Quintonine est aussi agréable à déguster qu’un réel apéritif. Aussi, beaucoup de personnes en font-elles usage régulièrement.

 

Huit plantes dans le même fortifiant !

 

La Quintonine contient les principes actifs, non pas d’une seule plante, mais de huit plantes différentes : Quinquina, Kola, Ouassia de Guyane, Gentiane d’Auvergne, Ecorces d’oranges amères, etc…

Toutes ces plantes sont connues de longue date pour leurs vertus toniques, stomachiques, apéritives et stimulantes. Et le glicéro-phosphate de Chaux qui leur est associé vient encore renforcer la valeur reconstituante de la Quintonine.

On conçoit qu’une formule aussi complète puisse agir merveilleusement contre une foule de malaises : lassitude générale, manque d’appétit, nervosité, insomnies, idées noires, découragements, vertiges, éblouissements, migraines persistantes, etc…

 

Si vous vous sentez fatigué, déprimé, si vous travaillez sans gout, versez dans in litre de vin le contenu d’un flacon de quintonine. Le vin fortifiant que vous obtenez ainsi instantanément est délicieux, et c’est un régal d’en prendre un verre à madère avant chaque repas.

Dès le premier jour – mieux : dès le premier verre – votre appètit est stimulé. Puis, bien vite, toute sensation de lassitude disparaît. Vos muscles sont fortifiés. Votre sang régénéré s’enrichit de millions de globules rouges. Vos nerfs calmés, tonifiés, vous font retrouver enfin un sommeil paisible et réparateur. C’est un retour progressif – et définitif – à cette parfaite santé qui rend le travail facile et la vie joyeuse. »

Pierre Garinot en est tellement content qu’il témoigne le 2 juin 1937 dans le journal « La petite Gironde »…

LA BONNE MINE DE PIERRE GARINOT, FACTEUR A ECHENAY - JUIN 1937

En somme, avec Quintonine, le facteur Garinot avait bonne mine !

Il décédera à Chevillon (52) le 18 mars 1964 à l’âge de 62 ans, la Quintonine, malgré ses bienfaits, n’étant malheureusement pas un élixir de longue vie !

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

Publié le 16 Janvier 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Les bateaux empruntés par les protagonistes de cette histoire

Les bateaux empruntés par les protagonistes de cette histoire

Le 23 décembre 1937, les cornes de brume du paquebot Normandie déchirent l’air d’Ellis Island, avant-port de New York où tant d’immigrés ont débarqué.

Ce n’est pas le premier voyage du Normandie (il a eu lieu le 29 mai 1935) mais pourtant, les habitués du port qui en ont pourtant vu d’autres ne peuvent s’empêcher de stopper leur travail et de jeter un regard vers ce roi des mers. Il vient d’ailleurs de reprendre récemment le convoité « Ruban bleu » récompensant le navire le plus rapide sur la traversée de l’Atlantique.

Emergeant des entreponts, une femme descend la passerelle et se soumet aux formalités d’immigration.

Elle remet alors son passeport numéroté QIV 2850 obtenu à Strasbourg le 12 août 1937, déclare aux employés se nommer Henriette Collin, être âgée de 69 ans, être née à Echenay (52), être femme au foyer, savoir lire et écrire mais ne parlant que français et se rendre chez sa fille, Mrs Von Rueden domiciliée 1914 Prospect Avenue à St Paul dans le Minnesota. Pointilleux, les douaniers prennent quelques notes, indiquent qu’elle mesure 5 feet 6 inches (soit environ  1,68m), qu’elle est de race blanche et a les cheveux blancs et les yeux bleus.

Mais pour savoir pourquoi Henriette vient aux Etats Unis, il va falloir remonter le temps !

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

Le 18 décembre 1868, Alexis Maur (parfois orthographié Mohr ou Maure suivant les documents), berger communal à Echenay, vient à la mairie du village déclarer la naissance de Charlotte Henriette Catherine sa fille, née de son épouse Hortense Sancier. Le maire Sylvestre Hurlier enregistre la naissance en présence de Joseph-Edmond Landéville, l’instituteur du lieu et d’Isidore Marangé, cultivateur, ces deux témoins non-parents.

Quelques années plus tôt était né le 8 mars 1861 à Baudignécourt (55) Ludovic Adrien Burton, fils de Constant Burton, manouvrier, et de Marie Bourlier son épouse. Baudignécourt, à mi-chemin entre Houdelaincourt et Demange aux Eaux, n’est distant que d’environ 25 kms d’Echenay.

Il était écrit que ces deux-là devaient se rencontrer… Ils se marièrent à Effincourt (52) le 30 juillet 1887.

L’union était déjà consommée et le 22 février 1888, Augustine Marie Julia nait à Thonnance Les Joinville (52) du couple formé par Ludovic et Henriette. Ludovic est devenu mouleur, la région étant alors riche en fonderies et autres activités métallurgiques.

Quatre années plus tard, le 5 novembre 1892, naitra sur les bords de Marne à Gourzon (52) Marie Clémence Burton, du même couple. Ludovic est toujours mouleur et sans doute a-t-il trouvé là un travail un tout petit peu mieux rémunéré.

En mai 1897, le couple part s’installer à Villerupt en Meurthe et Moselle (54) sans doute à la recherche d’une vie meilleure (info fiche matricule de Ludovic). Mais la vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille…

J’ai retrouvé Ludovic seul à Foug (54) en 1911. Il est toujours mouleur et vit comme pensionnaire dans un hôtel de l’avenue de la fonderie tenu par Théophile Hu. Eloignement professionnel momentané  ou séparation, qu’advient-il de leur relation ? ...

Henriette, elle, est restée à Villerupt. Elle est servante rue Joseph Ferry chez Jules Collin, mouleur également (né le 4 janvier 1877 à Pont à Mousson (54)). Il vit avec son frère cadet Henri (°1887 Pont à Mousson) et les deux hommes vivent seuls. Jules a 9 ans de moins qu’elle et une relation s’installe entre eux.

La guerre de 14 / 18 passe… Jules Collin avait été exempté en 1898 pour « rétention permanente de l’annulaire droit avec déformation de la main » mais il fut quand même jugé apte en février 1917, la « machine à broyer » ayant besoin de soldats. Sa résidence étant « présumée envahie » (!!), il ne fut « pas touché par son ordre d’appel » ni par « un ordre de route » et échappa ainsi à la grande boucherie. Notons que 1919 le verra replacé dans sa situation d’exempté.

L’histoire pourrait en rester là mais c’est par Marie Clémence Burton, la cadette du couple Burton / Maur, que cette saga familiale va prendre forme. Flash-back…

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

En 1917, les Etats-Unis d’Amérique entrent en guerre à nos côtés contre l’Allemagne. A des milliers de kilomètres de la Haute-Marne et de la Meurthe & Moselle, un jeune homme de 26 ans se présente au bureau de mobilisation de sa circonscription.

Il se nomme Joseph William Von Rueden, est né à Faribault, petite bourgade au sud de Minneapolis le 5 avril 1891. Fils d’émigrés allemands (ironie de la situation !), il est de taille moyenne, plutôt fin, avec des yeux marrons et des cheveux bruns. Il déclare en outre être fermier et travailler pour ses frères.

Comme des centaines de milliers d’autres, il débarque en France quelques semaines plus tard et se retrouve certainement dans la région de Chaumont (52) où l’armée américaine a implanté son quartier général.

En 1919, il se trouve dans le secteur de Thiaucourt en Meurthe et Moselle. La guerre a pris fin mais elle n’est pas terminée pour Joseph. Il a été versé au « Graves Registration Service », structure militaire US nouvellement créée (et qui perdurera sous ce nom jusqu’en 1991) et dont le rôle sera de gérer l’identification des militaires retrouvés décédés au combat, d’enterrer décemment les victimes sur le sol français ou de faire rapatrier leurs dépouilles aux USA.

Joseph W Von Rueden et Marie Clémence Burton la cadette se fréquentent-ils durant cette période ? C’est plus que probable !

Toujours est-il qu’en été 1920, rentré aux Etats-Unis, Joseph pense toujours à Marie Clémence. Dès le 26 août, il fait une demande de passeport pour la France. Le motif ?... « Get married » (se marier) !!!

Le 18 septembre 1920, il quitte New-York et son pays à bord du « SS Léviathan », direction la France et Marie… Son passeport est valable 6 mois, au terme desquels il doit revenir aux States.

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Le 28 mars 1923, le « SS Georges Washington » s’amarre aux quais de New-York après un périple qui l’a mené de Breme (D) à NY, en passant par Cherbourg et Southampton (GB). A son bord, Joseph et Marie Burton devenue Mrs Von Rueden ; elle a 30 ans, déclare que sa dernière résidence en France est Bouillonville (54), que sa mère Mme Collin habite 23 rue Nicou à Piennes (54) (Henriette a donc changé de nom, ce que confirme le recensement de Landres (54) en 1921 et où habitent ensemble sa sœur ainée Julia et son mari ainsi que Jules Collin et Henriette, qualifiés de beau-père et belle-mère !). Elle déclare se rendre chez elle avec son mari, à Glenwood City dans le Wisconsin où ils habitent. Fidèles à leurs habitudes tatillonnes, les agents de l’immigration notent qu’elle n’est ni polygame ni anarchiste (si elle l’était, elle l’aurait dit bien sûr !!!), qu’elle est en bonne santé physique et mentale, qu’elle mesure 1,60m et qu’elle est blanche aux yeux et cheveux bruns.

Quelques années plus tard, le recensement de 1930 indiquera que le couple habite désormais St Paul City, comté de Ramsey, banlieue de Minneapolis.  Joseph est dorénavant chauffeur de bus à la Motor Bus Co et Marie femme au foyer. Si le couple ne semble pas avoir d’enfants, ils hébergent néanmoins une pensionnaire (boarder), Tillie Boden, âgée de 30 ans.

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Dans cette Amérique profonde, Marie Clémence s’ennuie-t-elle de la France et de sa famille ? Je ne saurais dire mais il est certain qu’elle a revu plusieurs membres de sa famille et qu’elle les a accueillis chez elle. Ainsi, dès le mois de décembre 1923, sa sœur Julia et son beau-frère Camille Marchal viennent lui rendre visite. Ils ont pour cela emprunté le SS Majestic au départ de Cherbourg.

Julia est, nous l’avons vu, sa sœur ainée. Le 19 mai 1907, elle avait épousé à Villerupt (54) Camille Marchal, ouvrier de fonderie (l’immigration notera « smith » soit forgeron), garçon né à Pierrepont (54). En 1911, ils habitaient la cité de la butte à Villerupt et ils semblent alors habiter Landres (54).

On imagine les retrouvailles et les discussions qui s’ensuivirent… Marie Clémence leur vante-t-elle la vie dans son nouveau pays ou bien le couple Marchal est-il subjugué par celui-ci ? Quoi qu’il en soit, l’idée de vivre aux Etats-Unis germe dans leurs têtes et l’on retrouve le couple habitant St Paul, 200 Glencoe Street en 1926. Les 2 sœurs sont donc réunies mais pour peu de temps car un an plus tard, Camille et Julia habitent au 202 Hicks Street à Brooklyn (New York).

Mais ces deux-là ont encore la bougeotte ! Le 23 décembre 1930, Camille déclare à l’administration militaire travailler à la construction du barrage des Zardézas en Algérie (ce qui implique qu’il n’a pas demandé la naturalisation américaine !). Les travaux de ce barrage, conçu pour alimenter la région de Philippeville et irriguer les plaines environnantes, débutent effectivement en 1930 et se termineront par sa mise en eau en 1945.  Camille y est encore présent en 1932 mais je perds ensuite sa trace puisqu’il est libéré des obligations militaires en 1934. Que de chemin parcouru pour Julia depuis sa naissance à Thonnance-Les-Joinville !!

Naturalisation de Marie Clémence

Naturalisation de Marie Clémence

Comme on l’a aperçu au début de cette histoire sa maman, la fameuse Henriette, viendra lui rendre visite en décembre 1937. Était-ce la première fois ou parce que le 24 novembre 1937, âgée de 45 ans, Marie Clémence avait demandé et obtenu semble-t-il la nationalité américaine ? Quelques jours plus tard donc, Henriette débarquait à NY. A cette occasion, elle déclarait aux services d’immigration avoir l’intention de devenir citoyenne américaine et d’y résider de façon permanente.  Y resta-t-elle quelque temps ?... A voir !

Le recensement de 1940 de St Peter, comté de Nicollet, non loin de Minneapolis, fait apparaitre une Henrietta Collin née en France et âgée de 68 ans (mais peut-être y a-t-il eu confusion entre son âge et son année de naissance) ce qui pourrait correspondre. Mais, et c’est plus embêtant, cette Henrietta(e) est hospitalisée dans les services des « femmes psychopathiques » (Womens Psychopatic). Est-ce notre Henriette ?...

World War 2 : Les japonais passent par Pearl Harbour, l’Amérique s’engage dans le conflit et l’année 1942 verra Joseph Von Rueden repasser par le bureau de mobilisation. Il a alors 51 ans. Il est très probable qu’il ne partit pas. Le bordereau qu’on lui remet alors concerne les hommes nés entre avril 1877 et février 1897 ce qui le place certainement dans ce qu’on appelle chez nous l’armée territoriale.

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

L’histoire de tous ces protagonistes se brouillera ensuite faute de documents en ligne et/ou pour raisons de délais de communication et de confidentialité.

Joseph William Von Rueden s’éteindra le 24 mai 1968. Marie Clémence, sa petite française, le rejoindra 8 ans plus tard le 26 janvier 1976. Tous deux seront inhumés au cimetière national de Fort Snelling, Minneapolis, Hennepin County, Minnesota.

Sa sœur Julia était décédée le 27 mars 1945 à Chamouillay (52).

Et Henriette me direz-vous ?... Eh bien, elle mourra le 20 avril 1955 à Pont à Mousson (54). Son rêve américain n’aura eu lieu que partiellement… Et j’ignore ce qu’est devenu Jules Collin.

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Les villages natals de Joseph et Marie Clémence

Les villages natals de Joseph et Marie Clémence

A cheval entre deux mondes, quelles impressions ont-ils tous gardé de leurs séjours aux Etats-Unis et de leurs voyages transatlantiques ? La Haute-Marne et la Meurthe et Moselle de cette première partie du XXeme siècle étaient à des années-lumière de New-York, du Minnesota ou de l’Algérie coloniale. Tous ont connu les maisons de pierres de Haute-Marne au sol en terre battue, les cités ouvrières de M&M et les buildings New-Yorkais, les intérieurs « ouvriers » et les salons luxueux des paquebots même s’ils ne les ont aperçus qu’au travers des portes des coursives entre-ouvertes, l’immensité de l’Atlantique Nord et les petites rivières à truites de leur pays natal…

Retracer la vie d’Henriette et de Marie Clémence a été particulièrement délicat, celle d’Henriette notamment. Découverte par hasard, sa venue à New-York en 1937 éveilla mon attention puisqu’elle déclarait être née à Echenay, sans précision de son nom de jeune fille et alors qu’elle se présentait sous son deuxième nom de femme, ce que j’ignorais alors. Mais une épinceloise à NY, il fallait que j’en sache plus et il m’a fallu plusieurs semaines pour mettre en place les pièces du puzzle !

Henriette, « l’épinceloise insaisissable », ses filles et ses deux époux ne sont pas de ma famille mais l’histoire méritait vraiment d’être retracée et je ne regrette pas d’avoir pris le temps nécessaire !

Sources :

AD 08, AD 52, AD 54, AD 55, AD57 et AD88

Familysearch

Find a grave

Et de nombreux autres sites annexes

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RENÉ CHARLES RAYMOND WAGNER, MILITAIRE DE CARRIÈRE & RÉSISTANT FFI - ECHENAY 1909

Publié le 12 Décembre 2018 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

RENÉ CHARLES RAYMOND WAGNER, MILITAIRE DE CARRIÈRE & RÉSISTANT FFI - ECHENAY 1909

René (prénom usuel) Charles Raymond Wagner naquit à Echenay le mardi 2 mars 1909, fils de Victor Wagner et de Matilde Bourlier.

Les recensements d’Echenay de 1906 et 1911 ne font pas apparaître cette famille et laissent présager qu’ils ne furent que de passage dans la commune. Ses témoins de naissance furent Auguste Jacquet, cultivateur et Emile Bertrand, instituteur dans la commune (non parents). Le père de René étant qualifié de domestique, on peut imaginer qu’il travaillait peut-être chez cet Auguste Jacquet, gros cultivateur d’Echenay…

Je ne sais rien de l’enfance de René ni des lieux où il a grandi et c’est en 1929 (il a donc 20 ans) que je commencerai ce récit.

Le 15 avril de cette année, il s’engage volontairement et est affecté au 309eme Régiment d’Artillerie. Le 6 février 1932, René épouse Andrée Marie Joséphine Picatto à Marnay sur Marne (52), fille de Louis, employé à la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est et de Marie Henriette Eugénie Chaudron, plumassière de son état. Le prestige de l’uniforme joua-t-il ? Qui sait…

La famille Picatto était originaire pour la génération précédente (Louis Picatto) de Réhon-Mexy (54) et précédemment d’Italie. Le couple Picatto /Chaudron s’était uni le 9 novembre 1901 à Marnay sur Marne, petite commune à mi-chemin entre Chaumont et Langres. C’est là que Marie Chaudron naquit en 1910. En 1911, ils n’ont que cette enfant avec eux à Marnay.

René restera au 309eme RA jusqu’au 10 mai 1936. Fera-t-il vivre à Andrée une vie de casernement ? Certainement.

Il sera ensuite affecté au bureau de recrutement de Troyes où la déclaration de guerre le surprend (il restera inscrit dans les registres jusqu’au 4 avril 1941).

Entrée du camp de La Courtine (23) en 1940

Entrée du camp de La Courtine (23) en 1940

C’est au camp de La Courtine (23) que l’on retrouve René après cette date. Ce camp créé en 1904 était alors très important et avait servi de lieu d’entrainement pour l’armée française entre les 2 guerres. Réutilisé par « l’armée d’armistice » sous l’autorité du gouvernement de Vichy, sa gestion en fut confiée au Général de Lattre de Tassigny entre 1940 et 1942. René y arriva donc le 5 avril 1941 et fut affecté au « Bureau de la place » du camp. Il y restera jusqu’au 10 janvier 44. Sans doute est-ce là, sous l’influence de ce grand chef militaire, que se renforça son désir de servir l’armée et son pays. Il a alors 35 ans, est militaire de carrière depuis 15 ans et il a connu la défaite, cette déroute militaire si rapide qu’elle a laissé des traces dans bon nombre d’esprits. Une nouvelle fois, les familles françaises étaient confrontées aux affres de la guerre, avec son lot de militaires tués, blessés, prisonniers, disparus, laissant des épouses et enfants dans la détresse et ayant besoin d’être secourues et aidées.

Mais que faire ? Créer un service social ?... Cette idée va faire son chemin ! Elle avait été tentée au niveau de la 14eme brigade motorisée avec un certain succès. Pour comprendre, laissons la parole au chef de corps de cette unité, le lieutenant-colonel Grévy :

"Dès la formation du régiment en février 1940, j’avais tenu à examiner personnellement, avec le chef de mon service de santé régimentaire le médecin-capitaine de réserve Pecker, tout le contingent, de façon à ne partir aux armées qu'avec des hommes valides et aptes au combat. Au cours de cette première prise de contact avec la troupe, nous avons tous deux constaté que le souci de la famille était à la base de nombreuses détresses morales. Aucun entraînement n'aurait su faire de ces hommes de vaillants soldats.

Il fallait leur ôter leurs angoisses trop compréhensibles car si on pouvait leur demander le sacrifice de leur vie, il était juste de leur assurer que leur famille ne serait pas abandonnée. Il était nécessaire qu'ils sentissent la réalité de cette assurance, et qu'une personne à qui ils pussent parler et exposer leurs peines se substituât à eux pour défendre ceux qu'ils laissaient à l'arrière. Sur proposition du docteur Pecker, je me suis adressé à Madame Lacroix, directrice de l'Ecole des assistantes sociales à Paris. Dès le 13 mars 1940, Madame Lacroix obtenait un ordre de mission pour venir à mon cantonnement du Camp de Mailly. Le jour précédent, j'avais, à l'appel du soir des différents escadrons, annoncé aux hommes la création du service social régimentaire en leur expliquant brièvement le seul but recherché par moi pour l’apaisement de leurs soucis familiaux et qu'en dehors de moi, ce service s'occuperait de trouver du travail aux leurs, de regrouper les membres de leur famille évacués d'Alsace, de faire soigner les malades, surveiller la naissance de leurs enfants, etc.. Dès le premier jour, 37 cavaliers vinrent se présenter à Madame Lacroix. Dès son retour à Paris, Madame Lacroix se mit au travail non seulement pour les familles domiciliées à Paris et en banlieue, mais aussi pour celles des départements. Lorsque le 6 avril 1940 Madame Lacroix obtint un deuxième ordre de mission pour venir au cantonnement d'Eppe-Sauvage sur la frontière belge, elle fit part des heureux résultats de ses premières démarches. Et ce furent alors des dizaines et des dizaines d'hommes nouveaux qui vinrent trouver Madame Lacroix. Celle-ci devait revenir au régiment le 10 mai. Mais ce furent l'alerte et l’entrée en Belgique du 4e R.A.M. dont la cohésion parfaite était due en grande partie à la remarquable réalisation de cette œuvre sociale dirigée avec méthode, tact et enthousiasme par une femme d'expérience consommée et de grand cœur".

Ainsi donc, s’appuyant sur cette expérience, le Maréchal Philippe Pétain crée le « Service Social de l’armée de terre » par décret du 19 avril 1941 (paru au JO le 30/4). René Wagner y est versé le 11 janvier 1944.

RENÉ CHARLES RAYMOND WAGNER, MILITAIRE DE CARRIÈRE & RÉSISTANT FFI - ECHENAY 1909

Mais les choses « du terrain » ont bien changé… La France n’en peut plus de cette occupation sans fin, des humiliations, des restrictions qui l’accompagnent ; la résistance s’est structurée et est de plus en plus active, les américains et nos autres alliés vont bientôt débarquer… L’heure est à la revanche !

En août 1944, c’est dans l’Yonne qu’on retrouve René.

Le 20 août, il a rejoint le maquis de Méry-Vaux et participe à la libération d’Auxerre (89). Le 4 septembre, l’Yonne est presque totalement libérée et la jonction des maquisards avec la 1ere armée française et la 3eme armée américaine fera le reste dans ce département.

Le 25 Septembre sur ordre du Colonel Inspecteur Général des F.F.I. de la 1ère Armée Française, il est décidé la formation du « 1er Régiment du Morvan ». Il est composé des éléments d'une partie des maquis F.F.I. de l'Yonne, de la Nièvre, et même du Cher, auxquels s'étaient joints de nombreux patriotes bien décidés à participer à la libération du territoire national.

René s’y engage… Ce régiment est placé sous le commandement du Lieutenant-colonel Adrien SADOUL (surnommé CHEVRIER dans la résistance). Il comprend quatre bataillons de 500 hommes, plus sa compagnie Hors Rang, le 1er Bataillon (maquis Breval, maquis Merry-Vaux de la Puisaye), 2ème et 4ème bataillon (maquis des Isles Ménéfrier), 3ème bataillon (maquis FTP de la Nièvre et des bords du Cher). A noter que les régiments de la 1ère Armée Française comprenaient ordinairement 3 bataillons ; compte tenu de l'importance des effectifs recrutés, le régiment du Morvan en comptera 4.

Dès le 1er Octobre, le régiment se met en route pour rejoindre la 1ère Armée, il se rassemble dans la région N.E. de Dijon, puis est dirigé au sud de Besançon où il est mis à la disposition de la 1ère Division d'Infanterie motorisée du Général BROSSET (1ère DFL) du 10 Octobre au 19 Novembre 1944, ses bataillons sont dispersés dans les différentes brigades de la 1ère D.I.M. Vers le 15 novembre 1944, René quitte le 1er régiment du Morvan et redevient adjudant d’active au sein du Service Social d’Auxerre. Il ne participera donc pas à l’épopée qui mènera cette troupe jusqu’en Autriche…

En 1949, alors nommé au Service Social de l’armée de Dijon (caserne Vaillant), il s’en excusera presque en écrivant une lettre où il dit « Naturellement, j’ai peut-être été très peu de temps dans la résistance, mais je suis parti avec le 1er régiment du Morvan dans les Vosges ».

Ce n’est pourtant pas qu’on lui cherche des noises mais il s’agit alors pour lui de faire reconnaître sa campagne de 1944 et sa nomination au grade d’Adjudant-Chef que lui a octroyé le Lieutenant-Colonel Sadoul « dit Chevrier » le 5 octobre de cette même année 44. Ce dernier confirmera tous ces éléments par un courrier envoyé à l’administration militaire.

Que dire de plus sur la personne de René ?...

Le 12 octobre 44, le chef de bataillon Davanne commandant le 1er bataillon indique que « l’adjudant-chef René Wagner de la 3eme compagnie est indispensable dans son unité ».

Le 9 décembre 44, le lieutenant-colonel Chevrier (Sadoul) écrivait « J’ai l’honneur de vous faire savoir que l’adjudant-chef Wagner précédemment dans mon unité y a toujours donné satisfaction dans les emplois qu’il y a occupé ».

Militaire de carrière avant-guerre, il l’est resté après-guerre… Son dossier d’homologation de résistant FFI dont sont extraits la plupart des renseignements présentés ici est disponible au SHD de Vincennes sous la cote GR 16P 600214.

J’en profite pour remercier chaleureusement Monique Drouhin du groupe FB « Généalogie Paris – Île de France » qui a eu la gentillesse de se déplacer à Vincennes pour m’en adresser une copie.

René Wagner s’éteindra le 23 mars 1997 à Chaumont (52). Était-il repassé sur le lieu de sa naissance à Echenay au cours de sa vie et qu’est devenue son épouse ? Ont-ils eu des enfants ? L’histoire ne le dit pas mais il trouve aujourd’hui sa place dans ce que je nomme sur ce blog « Ceux d’Echenay »…

Sources :

 AD52 et SHD Vincennes

Wikipédia

Gallica – pour le JORF

Site « Rhin & Danube » - Anciens de la 1ere armée française du département de l’Yonne

biusante.parisdescartes.fr – Le premier service social de l’armée française

chemins de mémoire .gouv.fr – La 1ere division française libre

 

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