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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

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ANTOINE OU CUNY ?... - ECHENAY 1832

1 Décembre 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Nicolas est né le 10 septembre 1771 à Saulxures les Bulgneville (Vosges 88). Il aurait pu être manouvrier ou laboureur comme son père mais la grande histoire en décida autrement.

Quand on a vingt ans en 1791, qu’on dispose de la vigueur de la jeunesse, que les esprits bouillonnent autour de vous, il n’est pas possible de suivre la trace de ses ancêtres !

Et puis, la Nation est en danger…

Alors, Nicolas CUNY s’engage dans le 1er bataillon des Vosges qu’il incorpore le 10 aout 1791.

Dès lors commence une vie de militaire longue de 24 ans 3 mois et 4 jours qui l’amènera à traverser la France de long en large, mais aussi l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, la Russie, la Saxe, pour une carrière qui prendra fin sur un coup de canon à Arcis sur Aube le 21 mars 1814.

Mais revenons un peu en arrière…

Le 20 décembre 1792, quittant le 1er bataillon des Vosges, il intègre le 2e régiment de cavalerie. Il y fera toutes les campagnes jusqu’au 9 germinal An IX (30 mars 1801), date à laquelle il devient Grenadier à Cheval de la Garde. Sans doute n’est-il pas insensible au Premier Consul, son aîné de 2 ans. Et puis l’uniforme est beau…

Les Grenadiers à cheval de la Garde à Eylau. Huile sur toile d'Édouard Detaille, 1893, collection du musée Condé de Chantilly.

Les Grenadiers à cheval de la Garde à Eylau. Huile sur toile d'Édouard Detaille, 1893, collection du musée Condé de Chantilly.

L’Europe devient son terrain de jeu. Enfin, façon de parler… Déjà le 14 juin 1800, un Autrichien belliqueux lui assène un coup de sabre sur la tête. Mais les Vosgiens ont la tête dure !

Même les cosaques et les glaces de Russie n’auront pas raison de Nicolas. La Bérézina est plus large que le ruisseau de Conge qui baigne Saulxures mais elle ne l’empêchera pas de rentrer en France…

Du courage, il en a ! Les batailles, les bivouacs précaires, les longues marches, il connait ! Mais il encaisse ! L’armée, c’est sa vie, presque sa famille, bien qu’il soit marié avec Jeanne Rémy, native de Lezéville et qu’il ait un fils…

En 1813, Napoléon le remarque et lui donne la Légion d’Honneur.

ANTOINE OU CUNY ?... - ECHENAY 1832

Il lui faut alors remplir quelques formalités dont la présentation d’un acte de naissance.

Mais Cuny est-il son vrai patronyme ?

C’est là encore une des choses curieuses qui émaillent sa vie. Lui qui s’est toujours fait appeler Cuny, qui s’est engagé sous ce nom, découvre que son vrai nom est Antoine. Pourtant, tout Saulxures nommait son père Cuny et lui aussi, il l’affirme … Il s’avère en fait qu’il s’agissait d’un sobriquet ! Il faudra un acte de notoriété dressé par Monsieur Bernard, maire de Saulxures, pour confirmer que son vrai patronyme est Antoine et non Cuny.

Et puis son extrait de naissance remis à la Chancellerie indique faussement qu’il est né le 10 décembre 1769.

Peu importe, Antoine ou Cuny, 1769 ou 1771, l’important est de servir le « Petit Caporal » !...

L’Espagne, l’Allemagne, la Russie défilent sous les pas de son cheval durant plus de 10 ans. Sorte d’immortel…

Le 21 mars 1814, Nicolas est à Arcis sur Aube, fidèle, au côté de Napoléon qui livre bataille aux armées coalisées. Il ne le sait pas encore mais ce sera sa dernière campagne. Blessé d’un coup de canon, sa carrière de militaire se termine. Mais sabre ou canon, rien n’arrête Nicolas Cuny / Antoine !...

En novembre 1815, il est à Tours où les visites médicales se succèdent. Un premier examen révèle des rhumatismes, une faiblesse respiratoire et une aphonie régulière. Le chirurgien qui l’examine conclut qu’il est « entièrement usé par les fatigues de la guerre ». Un autre examen passé sous le contrôle du Comte Dumas de Polard confirme la chose. On le déclare bon pour la retraite.

On lui remet 21 francs 75 dus au titre du 2e semestre 1813 et 9 francs 42 pour le 1er semestre de 1814.

Peut-être est-ce après cette convalescence, sur la route du retour vers Saulxures les Bulgneville, qu’il fait halte à Echenay. Il est possible également, sa première épouse étant de Lezéville, qu’il ait décidé de revenir dans ce petit coin de Haute-Marne. C’est à Echenay qu’il rencontre Marguerite Collas. Elle n’est plus une « jeunette » (elle a 40 ans) mais le Grenadier à cheval n’est plus très fringuant non plus, on l’a vu ! De plus il est maintenant veuf de sa précédente épouse, décédée le 14 décembre 1815 à Paris IXe, et donc libre.

Le 12 juin 1816, il épouse Marguerite. Elle est cabaretière à Echenay. Il est loin du vacarme des champs de batailles mais il y a quand même un peu d’animation de temps en temps, quand les villageois viennent boire un coup ! Néanmoins, la vie est dure !

Le 5 novembre 1818, il fait écrire au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur par le maire d’Echenay, lettre contresignée par le Comte de Pimodan (pourtant certainement fervent royaliste), pour expliquer qu’il « est hors d’état de service militaire et en même temps, hors d’état de travailler [ ], qu’il ne jouit que de la bienfaisance de Sa Majesté Louis XVIII qui lui accorde une pension de 115 francs par an ce qui ne peux suffire à sa subsistance et à celle d’un enfant de 10 ans » (certainement son fils issu du premier mariage).

A-t-il était entendu ? Peut-être puisque la lettre figure dans son dossier. Mais comment accepte-t-il le fait que ses subsides lui soient octroyés par la Royauté alors qu’il a dédié sa vie d’homme à Bonaparte ? Sans compter le renversement populaire des gens, nombreux, déçus par l’Empire ! Dès 1815, des voix s’élèvent pour condamner l’épopée Napoléonienne.

Voici un exemple extrait de ce qu’on peut lire dans un livre de l’époque. La scène se passe dans un café du sud Haut-Marnais et l’auteur, qui préfère rester anonyme (on est jamais trop prudent !), « roule » pour le Roi :

Jérôme : C'est aujourd'hui Dimanche, j'ai la cocarde blanche à mon chapeau, pourquoi ne la portes-tu pas au tien?

Anselme : Je compte, d'après tout ce que j'entends dire, qu'il faut encore attendre.

Jérôme : Qu'y a-t-il à attendre? Est-ce que nous n'avons pas notre bon Roi, est-ce que la paix n'est pas faite, est-ce que nos enfans ne sont pas revenus, est-ce que cette cocarde n'est pas celle que nous avons portée dans notre jeunesse ? [ ].

Anselme : J'en conviens ; mais depuis que Bonaparte est venu en France, qu'il a fait de si grandes choses avec la cocarde aux trois couleurs, depuis qu'on dit qu'il est prêt encore à revenir pour reprendre son trône, vois-tu, Voisin, on ne sait que faire.

Jérôme : Est-ce que tu donnes dans tout ce qu'on dit? [ ] Quand il étoit à Moscou avec 500 mille Français [ ], il a tout perdu et s'en est revenu seul: dix mois après, il étoit avec 400 mille hommes au cœur de la Saxe, il a encore tout perdu et a regagné seul Paris pour redemander des hommes et de l'argent. On lui en a donné tant qu'il en a voulu et cela n'a pas empêché que la France n'ait été envahie et que nous n'ayons été maltraités par des nuées de soldats étrangers. Il est revenu au mois de Mars de son Ile, on a eu la bêtise de croire que c'étoit pour notre bien, on lui a redonné hommes et argent ; Qu'en a-t-il fait? Dans une seule bataille, il a encore tout perdu, il a abandonné de nouveau son armée et a voulu se sauver avec les trésors de la France ; mais il a été pris par les Anglais et conduit dans une Ile qui est si loin de nous qu'il n'en reviendra plus, je t'en réponds.

Anselme : Cependant il a encore bien des gens pour lui, et il faut croire que son retour n'est pas impossible.

Jérôme : Mais qu'a-t-il donc tant pour lui? Ou des imbécilles qui raisonnent de ce qu'ils ne connoissent pas, ou des forcenés qui ne se plaisent qu'au désordre, ou des nouveaux enrichis qui n'en ont jamais assez et qui enragent de ne plus voler la nation. [ ]

Anselme : Néanmoins, on tient que Bonaparte est un grand homme et que s'il n'avoit pas été trahi, il auroit chassé l'ennemi et nous auroit fait plus de bien que nous n'avons essuyé de mal.

Jérôme : C'est là un conte, mon cher Anselme, auquel il n'est plus possible de croire, après tout ce que nous avons éprouvé. Bonaparte a régné dix ans ; il avoit bien assez de temps pour nous faire du bien, s'il en avoit été capable; Eh bien qu'a-t-il fait? La guerre aux hommes, à la religion, à nos bourses.

Anselme : Comment se fait-il néanmoins que tant de Gens le regrettent ?

Jérôme : Ceux qui le regrettent ont des motifs différens, mais ce n'est pas pour le bonheur de la France. [ ]

Anselme : Mais il y a aussi des militaires, bien de braves soldats qui regrettent son règne.

Jérôme : Ce sont des insensés qu'un faux amour de la gloire, l'esprit d'indiscipline, l'appât du butin et de l'avancement militaire enivrent encore et aveuglent; mais ils ne tarderont pas à reconnoître leur erreur.

Source : « CONVERSATION POLITIQUE ENTRE DEUX PAYSANS DE LA HAUTE-MARNE, RETENUE ET PUBLIÉE EN MARS 1816, PAR UN OFFICIER DE LA GARDE URBAINE A LANGRES » - Chez LAURENT- BOURNOT Imprimeur – Libraire - 1816

Nicolas a-t-il entendu ce genre de discussion dans son cabaret d’Echenay ? Possible ! Son sang ne devait faire qu’un tour ! Enfin, la vie s’écoule. Une quinzaine d’années passe, misérablement…

Ce que des années de services sous les intempéries, des dizaines de milliers de kilomètres à pied et à cheval, des centaines d’Autrichiens, de Russes, d’Allemands n’ont pu réaliser, une microscopique bactérie l’a probablement fait.

Le 4 septembre 1832, à une heure du matin, le choléra qui sévit encore un peu à Echenay l’emporte. Nicolas a 61 ans. Son organisme est usé par tant de campagnes et la maladie a fait le reste.

Marguerite Collas, sa veuve, et Jean Antoine, son fils à nouveau parisien, se partagent respectivement 34,75 frs et 84,70 frs en paiement des arriérés de sommes dues au titre de l’année 1832.

Napoléon et l’Empire ne sont plus qu’un souvenir, Nicolas est maintenant un cadavre comme il en a tant vu… Sa « Bérézina » à lui !

De lui, il ne reste que quelques états de service.

ANTOINE OU CUNY ?... - ECHENAY 1832

Sources :

AD52

AD88

Base Léonore

Mémoire des Hommes - Parcours Individuels

Gallica

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LE DÉVOUEMENT DE LOUISE REMY - ECHENAY 1832

26 Novembre 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

LE DÉVOUEMENT DE LOUISE REMY - ECHENAY 1832

En 1832, le département de la Haute-Marne eut à faire face à un terrible fléau : le choléra.

Celui-ci se déclare d’abord à Paris à la fin de l’hiver puis se propage, lentement mais surement.

Dès le début avril, le Préfet de la Haute-Marne prend, à titre de précaution, des mesures pour limiter l’épidémie.

Le Préfet [de Haute-Marne] adressait, en date du 4 avril, aux maires du département, une circulaire dans laquelle il indiquait les précautions à prendre. Il nommait, dans chaque canton, des commissaires chargés de faire des tournées pour veiller à l'exécution des dispositions que sa circulaire contenait, et faisait publier, par ordre du gouvernement, une «Instruction populaire sur les principaux moyens à employer pour se garantir du choléra-morbus et sur la conduite à tenir lorsque cette maladie se déclare.

[Le choléra] qui, jusque dans les premiers jours de mai, avait épargné la Haute-Marne, allait y paraître.

Déjà, mais sous toutes réserves, les journaux avaient enregistré quelques alertes : « Le 26 avril, deux cas de choléra s'étaient déclarés à la campagne, sur des laboureurs, l'un à Manois et l'autre à la ferme de Saint-Hubert, près d'Andelot. Le 6 mai, un homme des environs de Joinville, ayant ressenti des coliques, s'était cru perdu.

En réalité, le choléra éclatait à Saint-Dizier le 7 mai et causait deux décès le 8. Le 9, un cordonnier tombait malade à Hoëricourt, il mourait douze heures après.

Au 8 juin, il y avait eu, à Saint-Dizier, 423 cas et 187 décès. A Villiers-en-Lieu, du 23 mai au 8 juin, 64 malades et 23 décès. En juin, la maladie s'étendant successivement à Wassy, Louvemont, Montier-en-Der, Villiers-au-Bois, Anglus, Sauvage-Magnil, Louze, Bailly, Rozières, Joinville, Ceffonds, les opérations du tirage au sort durent être ajournées

Fin juin, le choléra atteint Echenay. Jean Baptiste Jacquinot est la première victime. On l’enterre le 27 juin. Deux jours plus tard, Marie Madeleine Jacot le suit dans la tombe. C’est le début d’une longue série qui durera jusqu’au 29 juillet. Pas moins de 14 personnes seront emportées, soit un décès tous les 2 ou 3 jours. Fin juillet, « la faucheuse » décide de quitter Echenay après avoir moissonné son dû.

Au 8 août, l'arrondissement de Wassy (dont Echenay faisait partie) avait eu 82 communes atteintes, 4.294 malades, dont 1.313 décès, payant le plus lourd tribut. L’arrondissement de Chaumont avait eu 11 communes atteintes, 140 malades et 35 décès et celui de Langres, 4 communes atteintes, 109 malades et 66 décès.

En ces temps terribles, l’épidémie avait révélé les natures humaines : Dénonciations pour soupçons d’empoisonnement de l’eau, lynchage, meurtres, etc… avaient émaillé le quotidien des grandes villes. Sans doute en a-t-il été parfois de même dans certaines campagnes…

On sait maintenant qu’il fallait chercher ailleurs les raisons de cette tragédie.

« Malgré les circulaires administratives, malgré les recommandations des Commissions d'hygiène cantonales et communales, par la plus coupable incurie, les villages restaient dans un état de malpropreté révoltante. Les fumiers séjournaient devant les maisons, dans les rues fangeuses, et l'on n'avait aucun souci de curer les mares où croupissaient les boues infectes. Nul préparatif pour combattre l'épidémie; pas de service organisé pour le traitement des malades; pas de médicaments, pas de médecins, pas d'infirmiers; aussi, l'épidémie ne rencontrant point d'obstacles, propageait ses ravages avec toute la rapidité d'un torrent. On tombait dru sans possibilité de recevoir le moindre secours. »

« Sans doute, l'époque douloureuse que le département venait de traverser avait vu bien des faiblesses, mais il faut le dire à l'honneur de notre pays, elle avait compté nombre d'actes généreux. »

Louise Rémy, fille légitime Philippe Rémy et de Marguerite Labrouvois, est née le 28 avril 1765 et a été baptisée le lendemain.

Pour dire vrai, ce n’est pas la première fois que je croise la famille Rémy dans mes recherches. Une sœur de Louise, Marianne Rémy a eu une bien belle tombe au cimetière d’Echenay. Tombe qui avait retenu l’attention d’Emile Humblot, homme politique local et membre du Conseil supérieur des monuments historiques mais aussi inspecteur de la société française d'archéologie.

Mais revenons à Louise !

Le 20 thermidor An IV (7 août 1796), elle épouse François Bertrand, manouvrier âgé de 54 ans, de la commune également. Louise a alors 31 ans. Sans doute vécurent-ils une vie difficile avec leur condition de manouvriers.

Mais c’est en juin 1832 que Louise fera parler d’elle. Au moment de l’épidémie, elle a alors 67 ans…

« Une veuve Rémy-Bertrand, de la commune d’Echenay, s’était si particulièrement distinguée, que le Préfet lui fit remettre une récompense.

Durant toute l’épidémie, cette femme âgée et presque sans ressources avait donné ses soins aux malades, enseveli les morts que personne n’osait approcher. Elle avait été jusqu’à sucer le lait d’une femme nourrice atteinte du choléra et que l’engorgement des seins réduisait à un état alarmant. »

Comme le prédisait Andy Warhol, Louise Rémy aura eu son moment de célébrité puis retournera à son anonymat.

Le jeudi 23 janvier 1845, Louise s’éteint à l’âge de 80 ans. Ce sont un petit neveu par alliance et un voisin qui déclarent son décès à la mairie.

170 ans plus tard, je suis heureux de la remettre en lumière.

Acte de décès de Louise Rémy - Source: AD52

Acte de décès de Louise Rémy - Source: AD52

Marianne puis Louise…

Comme je le disais à la fin de mon article sur la tombe oubliée de Marianne, serait-il possible que les morts nous appellent parfois pour conter leur histoire ?

Sources :

  • Gallica
  • Annales de la Société d’histoire, d’archéologie et des Beaux-Arts de Chaumont – 2eme volume – 1900 / 1905
  • AD52
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CATHERINE KNITTEL, LA BONNE DU CURE - ECHENAY 1896

23 Mai 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Aujourd’hui, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme de 43 ans, Catherine Knittel. On avait bien déjà dû se croiser aux Archives Départementales de Haute-Marne en étudiant les recensements d’Echenay mais je n’avais jamais fait attention à elle. Elle est discrète, Catherine.

Il faut que je vous dise que c’est la bonne du curé, Léon Japiot. Pour être tout à fait précis, c’est à la bibliothèque-médiathèque de Nancy que nous avons fait connaissance. Oh, je vois bien ce que vous imaginez mais il n’en est rien ! Ce n’est qu’une relation virtuelle.

Et pour être tout à fait franc, c’est son avis de décès que j’ai trouvé dans un journal numérisé sur le site « Kiosque Lorrain ». On y trouve plusieurs titres de journaux anciens numérisés où la recherche est très aisée.

J’aime bien cette généalogie vagabonde. Je cherche sans savoir quoi, du moment que cela concerne Echenay ou ses habitants. Et parfois, je rencontre des Epincelois anonymes comme Catherine.

Acte de naissance de Catherine KNITTEL à Oberseebach - AD 67

Acte de naissance de Catherine KNITTEL à Oberseebach - AD 67

Elle était née le 5 septembre 1853 à Oberseebach (67), petit village près de Wissembourg, à la pointe Est de la France. Son père François y était laboureur et sa mère exerçait le métier de sage-femme.

Je ne sais rien de sa vie sinon qu’elle a remplacé Marie Jaquet, précédente bonne de ce bon curé Japiot entre 1891 et 1896 et qu’elle était célibataire.

Où travaillât t-elle avant ? Est-elle tombée malade lors d’un séjour à Nancy ? Toujours est-t-il que Catherine Knittel est décédée le 1er novembre 1896 à l’hôpital de Nancy à l’âge de 43 ans.

Acte de décès de Catherine KNITTEL à Echenay - AD52

Acte de décès de Catherine KNITTEL à Echenay - AD52

Le mercredi 4 novembre 1896, l’Est Républicain reprend les informations de l’état civil de Nancy et publie la nouvelle de son décès. Mais qui s’intéresse à une bonne de curé, Alsacienne égarée en Haute-Marne et qui décède en Meurthe et Moselle ?

Avis de décès -L'Est Républicain du mercredi 4 novembre 1896

Avis de décès -L'Est Républicain du mercredi 4 novembre 1896

Ce n’est que le 9 décembre que René Isidore Louviot, adjoint au maire d’Echenay, procédera à la transcription de son acte de décès envoyé par les services d’état civil de Nancy. Et comme un curé ne peut rester seul, Louise Rouillaux remplacera Catherine à la cure.

J’aime ces rencontres fortuites. C’est autant de petites pièces de l’immense puzzle de l’histoire d’Echenay dont j’aimerais tout connaitre. Mais il faut rester lucide, cela ne se peut !

Disons que « j’voudrais ben, mais j’peux point ! »

Mais tout cela servira peut-être un généalogiste amateur recherchant une bonne de curé Alsacienne.

Sources :

AD52 – Recensements et Etat civil

AD67- Etat civil

Kiosque Lorrain.fr - L’Est Républicain du 4 novembre 1896

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ANDRÉE JACOT OU "LA MÉMOIRE VIVE D'ECHENAY" - 2013

17 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Il arrive parfois de très curieuses et bonnes surprises. S’il est toujours agréable de découvrir de nouveaux éléments pour enrichir sa découverte d’un village, il est fort rare detrouver un témoignage sonore couplé à une retranscription écrite.

La connaissance des temps passés intéresse de plus en plus de monde et certaines institutions ne s’y trompent pas. La mémoire de nos anciens est devenue Patrimoine immatériel. Quoi de plus naturel quand l’Unesco classe, par exemple, des Savoirs-Faire comme patrimoine immatériels.

La découverte que je viens de faire est intéressante à plus d’un titre.

D’abord, même si je ne connais pas la personne en question, son récit est émouvant. Que seraient nos anciens sans cette dimension humaine ? Une suite de noms, de dates sans âme ? Inimaginable pour moi ! Ensuite, ce discours permet d’enrichir nos connaissances sur l’histoire du village en plaçant les gens et les faits dans un contexte vivant. On est bien loin de la recherche historique locale en archives. On pénètre des intimités. Cette personne a côtoyé mes aïeux. A travers elle, je vois ce qu’ils ont vu. Enfin, la multitude de petits faits ou personnages évoqués sont comme des pièces d’un puzzle qui viennent compléter la vue d’ensemble que l’on pouvait avoir de leur vie quotidienne. A ce titre, son témoignage est inestimable !

Nous devons au Conseil Régional de Champagne-Ardenne ce qui va suivre. C’est lui qui a mandaté l’Association Le son des choses pour collecter ces informations. Le témoignage dactylographié représente 14 pages. Il est donc impossible à reproduire ici. Toutefois, puisque différents thèmes sont abordés, je synthétiserais donc après une courte présentation.

Andrée Marie Mathilde JACOT est née le 9 juillet 1910 à Echenay. En 2013, elle a 103 ans et toute sa tête lorsqu'elle répond aux questions de l’enquêteur Julien ROCIPON (de l’Association Le Son des Choses). Des souvenirs, elle en a ! Et les détails qu’elle fournit sont justes dans la majorité des cas. Parfois un peu hésitante, elle se reprend toujours rapidement. Mariée en 1932 à Roger THIRY, elle exercera plusieurs métiers, sera gérante de petits magasins « Les Ecos » avant de terminer sa carrière dans une usine de seringue pour prise de sang.

Voici les extraits que j’ai choisis pour éclairer la vie villageoise de ce début de XXe siècle.

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

SA FAMILLE

Les parents d’Andrée sont Arsène Alphonse Gaston JACOT et Amélie Marguerite Marie GUILLAUME. Ils s’étaient unis à Echenay le 25 février 1905.

Elle évoque également à plusieurs reprises son frère. Ce dernier, Léon Bernard JACOT, avait bien 4 ans de plus qu’elle puisque né le 15 février 1906. Il se maria le 10 mai 1930 et décédera le 18 octobre 1965 à Nancy. Je ne sais pas si elle a eu d’autres frères et sœurs.

Plantons maintenant le décor de son enfance !

LA FERME DE SES PARENTS

J : Qu'est-ce qu'il faisait (NDA : son Père) comme champs, comme culture ?

T: Blé et avoine, et puis de la betterave pour les vaches. On avait une douzaine de vaches qui produisaient du lait, de la crème, du fromage, voilà. Puis on avait des moutons parce qu'y avait un berger de commune (NDA : exact, mon arrière-grand-père a exercé ce métier à Echenay. Sans doute le prédécesseur de celui qu’elle évoque. En 1906, le berger s’appelle Louis GUERIN) qui ramassait tous les moutons. Les petits manœuvres, les femmes de facteurs, les femmes, elles avaient une dizaine de moutons. Et nous, on en avait une quarantaine. Et tout ça , ça rentrait tous les soirs, chacun dans sa maison. Elles ne se trompaient pas, les brebis. Ouais.

J: Et vous aviez des chevaux ?

T: Ah oui. Il fallait pour cinquante hectares et puis encore les quelques champs que mon père avait à lui. Donc y avait six chevaux à la maison. Et dans les six chevaux, y avait deux juments poulinières, qui faisaient des petits poulains tous les ans. Mais ça réussissait ou ça ne réussissait pas, hein. Enfin, c'était comme ça.

J: Mais il y avait du travail ?

T: Beaucoup de travail. Ce n'était pas la même vie que maintenant que tout se fait avec des moteurs, et là, tout se faisait à la main.

J: Il y avait des ouvriers, des commis ?

T: Ah ben, on en a eu quand mon frère a été faire son service de dix-huit mois, il a bien fallu qu'on prenne un employé.

J: Et y avait quoi comme travail à la main à faire ?

T: Eh ben, qu'est-ce qu'y avait de fait à faire à la main ? Ben, on allait ramasser, y avait une lieuse pour faucher, le blé ou l'avoine, eh ben, fallait mettre en tas. Après il fallait rentrer dans un chariot et après la batterie. Avec un cheval qui montait sur, nous on avait un tripot, et le cheval qui montait sur un plateau tournant, il faisait marcher les courroies, et y avait quelqu'un pour couper les ficelles des gerbes. C'était beaucoup de travail, beaucoup de travail. Fallait aller piocher ces betteraves-là. Et quand on les récoltait au mois d'octobre, fin octobre, des fois commencement de novembre, on avait les doigts gelés. On coupait les feuilles et on les rentrait à l'abri pour tout l'hiver. On avait un coupe-racines, on mettait quatre-cinq betteraves dans le coupe-racines et on tournait la manivelle à la main, pour faire du mélange. C'est-à-dire il tombait des bons cartons des, des betteraves et avec la menue paille de la batterie qu'on avait, ah là, qu'on avait ramassée, quoi... Oh, vous savez...

J: Et avec les bêtes ?

T: Eh ben, oui, c'est justement. Les bêtes, on les emmenait l'été, elles allaient au parc. À l'arrière-saison, on allait un petit peu les garder dans les, ça s'appelait les regains, l'herbe qui avait un petit peu repoussé dans la prairie, on allait les garder. Et puis après, on les rentrait pour l'hiver. Elles allaient juste boire à l'abreuvoir, dans le milieu du village. Y avait un, un bel abreuvoir, elles allaient y boire une fois par jour, et puis on les rentrait à l'écurie. Elles avaient une chaîne autour du cou. Oui.

J: Et vous aviez des poules et des lapins ?

T: Oui. Les poules, elles étaient en liberté, elles rentraient chez tout le monde, hein, les poules on les rentrait dans leur maison, elles n'allaient pas ailleurs. Quand arrivait le coucher, elles repartaient dans leur maison. Et tout le monde avait des volailles, et les lapins ils étaient enfermés dans des caisses, pas pareil. Ah oui. Et on mettait une poule couver avec des œufs qu'elles avaient pondus et la mère, la poule, elle revenait avec ses petits poussins. Elle revenait manger et puis ses petits poussins, oui, tout ça, ça mangeait. Et ça n'allait pas chez les voisins.

Examinons maintenant l’importance du tas de fumier

J: Vous aviez un tas de fumier ?

T: Ah ben, le tas de fumier était dehors, mais souvent sous la fenêtre d'une chambre. Ah oui, y avait des tas de fumier sur toutes les maisons. Ah ben oui, ça c'est vrai. Alors les gens qui étaient propres relevaient comme il faut la paille, parce que les volailles dans la journée, elles avaient traîné, gratté, dans le tas de fumier. Voui, c'est vrai, c'est vrai. Oui, les tas de fumier.

J: Ça servait à quoi ?

T: Le fumier ? Ben, ils le mettaient dans un tombereau ou dans une charrette, et c'était pour faire de l'engrais dans les champs. Oui.

J: Et est-ce que l'on montrait à tout le monde son tas de fumier ? Est-ce qu'il montrait la richesse ?

T: Ben, c'est vrai que quand on mettait du fumier la production était meilleure, hein.

J: Et de montrer aux autres son tas de fumier ? Est-ce que plus on avait un gros tas de fumier, plus on était riche ?

T: Ah ben, ça, si on avait un gros tas de fumier, c'est qu'on avait beaucoup de bêtes. Et c'est qu'on avait beaucoup de travail. Si on avait un petit tas de fumier, c'est qu'on n'avait que deux vaches. Mais si on en avait une dizaine, tous les matins avec la brouette, une brouette plancher, fallait nettoyer le derrière des vaches. C'était sale, et on mettait tout ça dans le tas de fumier. Et le tas de fumier était dans la cour de la ferme.

J: C'était important que les autres voient le tas de fumier ?

T: C'était pas important, c'était partout pareil. Les manœuvres avaient quelques bêtes, ils avaient un tas de fumier. C'est, c'était naturel. C'était naturel.

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

L’ECOLE OU PLUTOT LES ECOLES

L’école des sœurs se trouvait rue des deux ponts, en direction d’Aingoulaincourt.

Vers 1911, une nouvelle école communale fut construite. Jusque vers les années 2000, l’école sera faite dans le même bâtiment que la mairie du village

J: Vous êtes allée à l'école à quel âge ?

T: Ah, je suis allée à l'école de bonne heure. C'était une sœur qui nous faisait le, y avait deux écoles dans mon village. Y avait une école publique (NDA : Mme Thiry parle là de l’école des Sœurs) et une école laïque. Donc à l'école publique, c'était les filles qui allaient, naturellement, et à l'école laïque, c'était les garçons. C'était Monsieur BERTRAND (NDA : Voir plus loin) qui était maître d'école, un bon maître d'école. Et mon fils (NDA : Elle veut dire son frère) qui n'avait que huit ans, c'est lui qui a dit le discours qu'y a eu le onze novembre puisque la guerre était finie.

D’après ses souvenirs, il semble que ce soit son frère qui ait prononcé un discours lors de l’armistice du 11 novembre 1918. S’il avait bien 8 ans à la déclaration de guerre, elle se trompe ici. Son frère devait avoir environ 12 ans à cette époque. Toutefois, il est donc possible qu’elle ait eu un autre frère né vers 1913 ou 1914. L’état civil de ces années n’étant pas en ligne actuellement, difficile d’en savoir plus.

T : Monsieur LÉGER qui était maître d'école à ce moment-là prenait tous les gamins pour voir lequel qui dirait le mieux. Par cœur, hein ! Pas relire. Et ça a été mon gamin (NDA : Voir note précédente) qui n'avait que huit ans qui a lu le petit discours.

J: Vous aimiez l'école ?

T: Ah, ben, j'aimais bien l'école, oui. On allait chez, c'était une sœur qui nous faisait l'école. Puisqu'y avait eu la séparation de l'Église et de l'État. Elle était habillée en noir mais elle n'avait ni voile, ni rien, hein. Elle n'avait plus la coiffe des sœurs, ni rien. Elle était habillée en noir et voilà.

J: Et c'était comment, l'école ?

T: Ben, c'était très bien. Y avait des tables de quatre personnes, des grandes tables avec des encriers. Et puis fallait faire attention parce que ça faisait un brouillon (NDA : une tache) sur le cahier.

Ecole communale édifiée vers 1911

Ecole communale édifiée vers 1911

LA VIE QUOTIDIENNE

J: Donc vous êtes restée plus de dix ans à travailler chez vos parents ?

T: Oui. Ah, mais je, je revenais de l'école, il fallait que je, c'est, la cocotte était devant le feu, y avait pas de cuisinière à ce moment-là, hein, et il fallait refaire le feu et puis mettre un peu de braise sous la cocotte pour que ça cuise, parce que ma mère était partie dans les champs.

J: Y avait pas de cuisinière? (NDA : le meuble)

T: Ah non, nous n'avons eu une cuisinière qu'après la guerre.

J: Alors c'était quoi ?

T: Ben, c'était le feu à l'âtre. Y avait une cheminée, une plaque en fonte, et on mettait du bois.

J: Pour faire cuire tout ?

T: Pour faire tout, oui. Mais ma mère avait été apprise par ses parents, qui étaient cultivateurs aussi, mais elle savait faire du pain. Et dans toutes les maisons y avait un four à pain. Un four à pain qu'on mettait un fagot, deux fagots, pour chauffer le four. Il fallait se lever à quatre heures du matin. Bon, on avait mis la pâte en route, de la farine et de l'eau, et le matin, à quatre heures du matin, ma mère se levait avant d'aller traire les vaches, elle mettait ça dans des petites corbeilles avec un petit linge dedans. Elle mettait une poignée de pâte. Fallait laisser lever à la chaleur. Et elle allait soigner ses bêtes, traire, donner à boire, donner à manger à ses vaches. Elle ne s'occupait pas des chevaux. Et c'était mon frère, puisque c'était la guerre, c'était mon frère ou un employé qu'on prenait. Et puis alors, oui, eh ben, ma foi, le four, fallait tirer la braise de ce four avec un râteau exprès, on tirait la braise dans un gros récipient en fonte, et après on enfournait, on culbutait la pâte de sur une planche et on l'enfournait. On, on reprenait la planche puisqu'elle avait un grand manche, elle resaupoudrait un peu la planche, elle remettait une deuxième petite corbeille. Elle faisait huit pains, huit gros pains. Le pain était très bon, meilleur que celui du boulanger, et les voisines : -Vends-moi une livre de pain. Des fois, Maman se laissait faire mais fallait en conserver pour la semaine d'après. Ah, c'était très dur de travail, très dur de travail. Mais enfin, ça se faisait. Ça se faisait automatiquement.

J: Qu'est-ce que vous mangiez ?

T: Qu'est-ce qu'on mangeait ? Eh ben, ce qu'on avait, des pommes de terre, des carottes, des navets, de la salade, parce qu'on avait un jardin et on faisait tout ça. Alors tous les, ah, on avait un porc aussi. Et on tuait ce porc et on salait dans un grand saloir en bois le lard et puis les jambons. Et on faisait la soupe au lard presque tous les jours, si on veut. Alors un morceau de lard qui était des fois, du bon, bien maigre, des fois il était moins maigre, et puis, alors bon, on mettait ça dans, dans une marmite en fonte avec des poireaux, des carottes, des, et voilà, et ça cuisait devant le feu. Devant ce feu, qu'y avait pas de cuisinière. On mettait de la braise. Y avait trois pattes à ce pot, y avait trois pattes pour le tenir debout, qu'il ne tombe pas, et on remplissait d'eau. Et quand je revenais de l'école à onze heures, je ravivais le feu, les braisons, et je remettais le restant du pot qu'il cuise pour quand Maman rentrait à midi et les hommes aussi, pour manger. Voilà. Ah oui, on était occupés.

J: Y avait l'électricité ?

T: Ben, je ne sais pas en quelle année qu'on l'a eue, l'électricité. Je sais pas. Je me rappelle pas. De toute façon, quand j'étais gamine, que je revenais de l'école, y avait une petite lampe à gaz qui éclairait la cuisine. Et puis des lanternes avec un gros globe de verre pour les écuries. Et après, quand ma mère rentrait de traire les vaches et de leur donner à manger, elle venait allumer la lampe à pétrole qui était suspendue au plafond. Alors à ce moment-là, que j'avais une dizaine d'années, ça, sûr, y avait pas d'électricité. Je ne sais pas.

J: Et ça a changé quelque chose, l'électricité ?

T: Oh ben, c'est-à-dire c'était quand même le bonheur, quoi. Après, y avait plus à mettre du pétrole dans la lampe et, c'était quand même mieux. Y avait qu'à appuyer sur le bouton. On avait de la lumière dans les chambres. On avait de la lumière, c'était quand même mieux. Ah, ben oui.

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

LA VIE RELIGIEUSE

 

J: Vous avez eu une éducation religieuse ?

T: Oui.

J: Vous pouvez me raconter ?

T: Ah ben, on allait à la messe déjà tous les dimanches, père et mère, bien sûr pas pendant la guerre. Ma mère elle n'y allait peut-être pas non plus, la pauvre, elle avait du travail. Mais cette sœur qui nous faisait l'école, y avait un harmonium, on chantait les Kyrie, le Gloria, en latin, le Credo, l'Agnus Dei, le Pater Noster, et tout ça. Ah oui ! On avait un curé qui avait un presbytère. Oui, oui, oui. Ah, question religieux, on était très bien, très bien. Ah oui.

 

J: Et à l'église, les hommes et les femmes étaient mélangés ?

T: Ah, les hommes et les femmes étaient, non, les hommes avaient leur petite chapelle, et  les femmes en bas (NDA : Près du chœur.  Il faut noter que chaque famille avait son banc avec le nom gravé sur une petite plaque de cuivre. Elles sont maintenant pour la plupart effacées. L’église a été rénovée récemment et a retrouvé son lustre). Ah oui, c'était pas mêlé.  Notre église, elle était très, très, très bien. Il y avait le chœur, après y avait deux petites chapelles de chaque côté qui avaient le tabernacle dans le coin pour dire des messes, et on redescendait un escalier, et y avait la Sainte Vierge, l'autel de la Sainte Vierge, là, et le Saint-Joseph de l'autre côté, et l'allée dans le milieu. On avait une belle petite église à ÉCHENAY.

 

J: Et alors les hommes et les femmes ?

T: Séparés. Séparés : les hommes en haut (NDA : comprendre derrière) et les femmes en bas (NDA : Devant). Oui, oui, oui, oui. Oui. Maintenant c'est tout mêlé.

 

J: Et y avait du catéchisme ?

T: Ah ben, oui ! Le jeudi, parce que c'était le jour de congé avant, de mon temps, hein.

Alors y avait la messe et le catéchisme après. Et le dimanche y avait la messe, on allait manger, et y avait le catéchisme, le chapelet, et les vêpres. Les vêpres qui étaient en quatre psaumes, et en latin. Et le Magnificat au bout. On redescendait, et on remontait dire une dizaine de chapelets  pour la prière du soir. Ah, mais la journée était bien occupée ! Oui. C'était très bien.

 

J: Et dans le village, y avait des personnes qui étaient un peu anticléricales ?

T: Oh, oui. Y a toujours, y en avait pas beaucoup. Y avait une famille, la famille XXXXXX qui était des gens qui n'aimaient pas l'église, qui étaient cultivateurs. Mais autrement tout le monde allait, tout le monde allait à la messe. Ben, les hommes n'y allaient pas toujours, hein, à la messe. Moi, mon père il y allait aux fêtes. Ma mère y allait tous les dimanches, quand elle pouvait. Et nous, ça, on ne manquait pas, hein. Mon frère et moi, fallait partir à la messe. Et le jeudi, au lieu de rester au lit, la messe était à sept heures, on se levait pour aller à la messe de sept heures. Et après, on avait le catéchisme. Voilà. Ah, mais c'était comme ça.

L'église du village. Devant le cimetière

L'église du village. Devant le cimetière

LA VIE SOCIALE

J: Quelle était la place de la femme à l'époque ?

T: Ben, la femme, elle a toujours bien aimé dominer le ménage, hein. De tout temps, je crois que la femme était plus heureuse si le mari la laissait faire. J'ai toujours vu ça dans tous les ménages.

J: C'est ce qui vous est arrivé ?

T: Ben, j'aimais bien gouverner mes affaires et, mais il fumait beaucoup, mon mari. Mais ça, je ne, y avait rien à faire. Moi, je ne fumais pas du tout. Enfin, que voulez-vous ? Le tabac avant tout. C'est vrai. Parce qu'y avait pas beaucoup d'argent dans ce temps-là.

J: Et le tabac coûtait cher ?

T: Ben, je me rappelle, c'était deux francs cinquante le petit paquet de gris, de tabac gris. Oui, deux francs cinquante.

J: Et quand vous vendiez un fromage, c'était combien ?

T: Oh, mais ça je me rappelle pas. Pas du tout. C'était ma mère qui s'occupait de ça, donc, elle en a plus donné qu'elle en a fait, qu'elle n'en a fait payer. Ah, je lui disais toujours : -Maman, économise donc ! Tu donnes à ces gens-là et puis tu n'auras pas... Ben, c'est vrai, ils ne la payaient pas, hein. Enfin, c'était comme ça dans ce temps-là. Parce qu'y avait pas de retraite pour les personnes âgées, hein. Eh ben, je lui disais : -Pourquoi que tu donnes à cette dame-là ? Tu sais que tu ne seras jamais payée, que ses enfants n'économiseront pas pour te payer. Eh ben, elle donnait quand même. Ah oui. C'était comme ça.

J: Et quand elle a été âgée, votre maman, vous l'avez prise chez vous ?

T: Oui. Elle a été, c'est-à-dire elle allait chez mes petites-filles, chez mon, les enfants de mon frère. Elle y allait y passer l'hiver. Et puis je sais pas qui a été malade, si ça a été mon frère ou si ça été les gamines cette année-là, elle est venue chez moi. Ah non, ils allaient en vacances, peut-être bien, enfin, elle est venue dans le mois d'août, moi je n'allais pas en vacances, et elle est décédée six mois après.

11 Novembre 2014

11 Novembre 2014

LA GUERRE 14-18

J: Votre papa, il a été blessé pendant la guerre ?

T: Ah ben, il a eu, il a eu les gaz, et des fois il restait huit jours au lit et il avait froid. Ma mère avait beau lui mettre des édredons, mais il avait froid quand même. Mais il n'a jamais voulu porter plainte parce qu'il aurait pu quand même toucher quelque chose, mais il était têtu. Et voilà, il aimait mieux rester huit jours, Maman me disait : -Tu vois, tu restes tes huit jours au lit, et il faut qu'on prenne un employé. Il vaudrait mieux quand même que tu te...

Mais il a été quand même une fois à DIJON ( NDA : Certainement pour se faire soigner), je crois, mais enfin, il aurait fallu qu'il suive, mais il faisait pas.

J: Et il en parlait ?

T: Ah, il parlait des fois de sa guerre. Oui. Oui. Ben, il nous racontait ses batailles quelquefois. Ah ben, comme il dit, la guerre, elle a fini le onze novembre, mais il dit : -J'en ai encore vu tomber à côté de moi, et il était plus du onze. Ben oui, ceux qui étaient en route. Et il s'est trouvé que lui n'a pas été pris. Mais enfin, il a eu les gaz.

LA GUERRE 39-45

Pendant la guerre, Mme RIGNY revient de Vauchassis -10 (où elle vient d’emménager) à Echenay chez ses parents.

J: Et les Allemands ?

T: Ben, ils étaient gentils, hein. Ils ne faisaient pas de mal, hein.

J: Vous pouvez me raconter la première fois que vous avez vu ?

T: Oh ben, à VAUCHASSIS, les Allemands ils occupaient une maison qui était dans le milieu du pays. Mais ils ne faisaient pas de mal, hein. Personne ne leur faisait du mal, et eux ils ne bougeaient pas non plus, hein. C'était un dépôt qui était là, mais...

J: Racontez-moi vos souvenirs.

T: Oh, ben, non, je, je veux pas rentrer dans des affaires que je ne connais pas.

J: Non. Vos souvenirs à vous.

T: Ben, c'est justement. Je, les Allemands je les laissais, et puis c'est tout. Ils étaient dans une maison dans le milieu du pays. Ben, on n'avait pas de contact avec eux, hein. Non.

J: Vos enfants allaient à l'école ?

T: Eh ben, oui. Ben, je sais, ça se passait très bien.

J: Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ? Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ?

T: Ah, ben ça, on peut pas vous dire qu'on n'a pas manqué. Mon gamin il rentrait de l'école, il me disait : -Maman, j'ai faim. -Eh ben, je disais, épluche des pommes de terre et mets-les sur le dessus de la cuisinière. Et puis quand elles seront, tu les retournes et tu les manges. Ça il, lui, mon garçon a souffert de la nourriture pendant la... Marie-Thérèse, l'aînée, elle ne mangeait presque pas, alors elle n'a pas souffert. Mais lui, mon gamin, il a souffert. Il était très grand. Il a manqué. Enfin, c'est comme ça.

J: Qu'est-ce qu'y avait à manger à l'époque ?

T: Ben, j'avais, on jardinait et on mangeait ce qu'y avait dans le jardin : poireaux... Y a, c'était pas facile de trouver de la graine encore. Pas facile du tout ! Ah ben, c'est comme ça, hein. On s'habitue. Mais enfin, pour les enfants, c'est embêtant.

J: Y avait un, vous, vous aviez encore des poules et des lapins ?

T: Ben, petitement, hein, parce que fallait trouver de la nourriture pour tout ça. Les cultivateurs, ils gardaient leurs grains et ils gardaient leur fourrage, alors, c'était pas facile, hein. J'ai retourné une année chez mes parents. Et, ah oui, et c'est là que mon mari s'est appris à taper du bois. Oui, c'est là qu'il s'est appris. Quand j'ai été, j'ai retourné à VAUCHASSIS, que j'ai retourné à ÉCHENAY. Voui. Et ma mère me disait : -Si ton mari est rappelé, qu'est-ce que tu feras à VAUCHASSIS ? Tu ne connais personne. Ben voui, j'y avais arrivé en trente-huit, le douze juillet. Le douze juillet mille neuf cent trente-huit. Et cette guerre, ma mère m'a dit : -Ton frère a une voiture, il va aller te rechercher. Et c'est ça, mon frère est venu me rechercher. Oui. Et lui, mon frère, il a parti à la guerre. Ça, lui il n'y a pas coupé.

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

LES PERSONNALITES DU VILLAGE

Madame THIRY évoque parfois les gens du village. J’ai souhaité apporter quelques précisions sur certains d’entre eux.

Monsieur BERTRAND fut bien instituteur à Echenay. Il semble être né en 1859 puisqu’un acte d’état civil de 1910 le dit âgé de 51 ans. On trouve par exemple sa trace le 19 juillet 1911 dans le Journal Officiel où il reçoit une médaille de bronze et une prime de 50 fr pour don de livres. Cette récompense s’appliquait aux instituteurs (trices) ayant rendus des services pour les cours d’adultes et d’adolescents ou pour participation aux œuvres complémentaires de l’école.

Très impliqué dans l’éducation des villageois, il est nommé Officier d’Académie le 5 septembre 1919 (J.0 de ce même jour). Pas étonnant dans ces conditions qu’il ait si fortement marqué la mémoire de Madame THIRY

Le Marquis de Pimodan n’est plus à présenter (Voir les articles du blog qui lui sont dédiés). Maire et Conseiller Départemental, il marqua fortement la vie locale. Erudit et proche de ses administrés, c’est LA personnalité locale. Ses titres de noblesse marquent également Madame Thiry :

J: Vous connaissiez le marquis ?

T: Ah ben, il, il se promenait. D'ailleurs, on avait sa petite ferme dans le milieu du village, cinquante hectares (NDA : Ses parents louaient des terres au Marquise en fermage). Et il avait la grosse ferme près de son château, qui avait deux cents, je crois, deux cent cinquante hectares. Oui. Oui.

T: Ah, ah, mais il passait dans son coupé dans le village. Ça dépendait duquel côté qu'il allait se promener. Il avait deux cochers (NDA : Un de mes grands oncles fut effectivement cocher du Marquis) et un homme de cour. Et une cuisinière, une femme de chambre, une aide pour faire la cuisine. Oh ! Alors il passait six mois à ÉCHENAY, l'été, et il repartait six mois à PARIS. Il remmenait son coupé et deux chevaux. Et il restait à ÉCHENAY un cocher, un cocher et deux chevaux. Ah, mais c'était de la noblesse. Ça n'existe plus, hein. Je n'en vois plus beaucoup des comtes.

Mme THIRY parle à plusieurs reprises des facteurs d’Echenay. En 1906, donc un peu avant sa naissance, le village compte effectivement 3 facteurs et un receveur des Postes. Le travail est dur et peu rémunéré. Un petit complément de salaire ne fait donc pas de mal !

T: Ah, quand j'étais enfant, pendant la guerre, ma mère prenait des hommes du village (NDA : Pour aider aux travaux de la ferme), comme les facteurs. C'était un petit village qui avait une poste, y avait trois facteurs. Alors le facteur il revenait des fois à une heure, il mangeait et il allait passer son après-midi chez ceux qui lui demandaient.

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Voilà pour ce témoignage exceptionnel. Moi qui, quand c’était possible, n’a jamais pensé à interroger ma Grand-Mère sur la vie villageoise, me voici comblé. Bien sûr, les extraits que j’ai choisis frustreront peut-être certains lecteurs. Mais il fallait bien faire un choix !

Toutefois je renvoie ceux qui le souhaitent vers l’intégralité du témoignage écrit et je joins un extrait verbal de celui-ci.

Nul doute que, comme moi, vous soyez séduit par cette petite Mamie, mémoire vivante de notre village d’Echenay.

Sources :

AD 52 : Actes d’état civils divers – Recensements – TD

Illustrations : Photothèque personnelle

Sans oublier le site du Conseil Général Champagne-Ardenne et l’Association « Le son des choses » pour ce travail de mémoire exceptionnel

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"A CEUX [D'ECHENAY] QUI ONT EXPOSE LEUR VIE POUR LA MONARCHIE" - XVIIe SIÈCLE -

16 Février 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

"A CEUX [D'ECHENAY] QUI ONT EXPOSE LEUR VIE POUR LA MONARCHIE" - XVIIe SIÈCLE -

Le 24 février 1670, Louis XIV décide la construction de l’Hôtel des Invalides pour abriter ceux de ses armées. La démarche, à priori altruiste, n’est pourtant peut-être pas dénuée d’arrières pensés !

Sa politique guerrière laisse en effet de nombreux infirmes sans ressources, souvent prompts à mendier ou à semer le trouble dans les rues du royaume. Et puis, il faut redorer un peu la pilule de l’armée : L’uniforme a certes son mérite, on peut clamer à la cantonade « J’y étais !...» mais à quoi bon si, blessé, vieux et incapable de gagner sa vie, le roi nous abandonne…

Alors, il décide que «ceux qui ont exposé leur vie et prodigué leur sang pour la défense de la monarchie (…) passent le reste de leurs jours dans la tranquillité ». Il faudra environ 36 ans pour terminer l’édifice et que l’édit prenne enfin vie. Mais qu’importent les raisons de Louis XIV ! Laissons-lui le bénéfice du doute !...

Situé à la campagne (Paris n’est pas encore cette ville que nous connaissons), l’hôtel accueille enfin ses pensionnaires. Il devient même un lieu de promenade où se mêlent anciens militaires, gens du peuple et de l’aristocratie.

Comme ces visiteurs du dimanche, c’est là que j’ai retrouvé la trace de trois Epincelois.

Ces quelques lignes trouvées au hasard sont une plongée dans l’univers militaire du XVIIe siècle, esquissant des vies à la manière des « Trois Mousquetaires » ou, plus tard, de ces fidèles grognards de l’Empire. Fragments qu’il sera difficile de compléter puisque l’état civil conservé d’Echenay ne commence qu’en 1680 !

Mais faisons leur connaissance :

"A CEUX [D'ECHENAY] QUI ONT EXPOSE LEUR VIE POUR LA MONARCHIE" - XVIIe SIÈCLE -

Reçu à l'hôtel le 26 Février 1699

Jean Baptiste dit Leschesnay, âgé de 70 ans, Natif de Leschesnay proche Joinville, Cavalier du Sieur de st Hulien, Regiment Royal Roussillon cy devant Runigny, Corna, et Plessis Praslin, ou il à Servi 32 ans, ainsi que porte son Certificat, et auparavant dit avoir servi 8 ans dans Mazarin, ses blessures et incommoditez le mettent hors de service, et est Catôlique

- Cavallier

- Le 22 mars 1707. Il est decedé a Belisle estant au détachement

Six lignes pour résumer 40 ans de carrière militaire ! Néanmoins, en extrapolant, on y apprend que Jean Baptiste est né vers les années 1630 ce qui en fait l’ainé de son roi. Soldat au Royal Roussillon depuis 32 ans, il y est donc vraisemblablement depuis sa création le 27 janvier 1667 puisque les dates correspondent (1667-1699). Peut-être même y -est-il depuis plus longtemps puisque le Royal Roussillon est issu du Catalan-Mazarin fondé en 1657 ?

Enfin, Belisle dont il est question semble être, d’après les archives des Invalides, Belle Ile en Mer (Le palais). Que faisait-il là-bas à son âge ?... L’état civil du lieu ne confirme pas le décès. Mais est-ce étonnant ?

Comme bien d’autres questions, celle-ci restera sans réponse ! Par exemple, que faisait-il dans ce régiment d’origine catalane levé par Mazarin ?...

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"A CEUX [D'ECHENAY] QUI ONT EXPOSE LEUR VIE POUR LA MONARCHIE" - XVIIe SIÈCLE -

Reçu à l'hôtel le 9 Juillet 1706

Claude Tisserant dit Montreüil, âgé de 46 ans, Natif de Deschasnay dioceze de Langres, Caporal du Sieur Dampiere, Regiment d'Agenois cy devant Normandie, ou il à Servi 19 ans, portez par son Certificat, et auparavant dit avoir Servi 2 ans dans Piedmont, est devenu asthmatique depuis trois ans ce qui le met hors de Service, Serrurier de son mestier, Catôlique

- Le 15 may 1711. Il est Décedé

Claude Tisserant est donc né vers 1660. C’est pendant la guerre de la ligue d’Augsburg que parait le régiment d’Agenois. Ce corps constitué par l’ordonnance royale du 4 octobre 1692 est donné à Antoine, comte de Choiseul-Beaupré, qui le conduit en campagne en Allemagne dès 1693. *

*Source : Revue de l’Agenais – Tome 46 – Année 1919

Le village de Chassey-Beaupré est situé à quelques kilomètres d’Echenay. Le recrutement s’est donc fait certainement en partie dans la région. Voici une partie du voile levée concernant l’appartenance de Claude à ce régiment !

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Charles Raton D'Eschenets paroisse de Bayancourt près Joinville, marié

Là, les renseignements sont laconiques. Tout juste peut-on, ce qui n’est pas rien, en déduire que Bayancourt existait encore un peu vers la fin du XVIIe siècle. Echenay a en effet été créé de la réunion de trois hameaux, Bayancourt, La Cannée et Epincelay. Il ne reste rien des deux premiers. Quelques sarcophages de pierre ont été trouvés il y a bien longtemps au lieu-dit Bayancourt.

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Nous n’en saurons pas plus de ces trois Epincelois ! Pourtant, il me plait de les imaginer au combat :

« En avant Montreüil !... »

« Avec toi, Leschesnay ! …»

Plus besoin d’Alexandre Dumas pour entendre les cliquetis des épées…

Sources :

Archives de l’Hôtel des Invalides

Gallica

Wikipédia

Ancestramil.fr

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LE GRENADIER DE L'EMPEREUR - ECHENAY-1808

4 Janvier 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Assaut-de-Saragosse.JPG                                                            Assaut de Saragosse - parJanuary Schudolski (Wikipédia)

 

Depuis le début d’Août 1808, tout n’est que poussière, fusillades, cris et invectives dans une odeur de poudre à canon.

Les remparts de Saragosse (Espagne) tremblent sous les assauts répétés du 14eme de ligne. La canonnade ne cesse jamais. Mais ces diables de paysans espagnols, enfermés dans la ville, ne faiblissent pas !

 

Uniforme grenadier manufacturesdelagrandearmee                                                                           

 Uniforme du 14eme de ligne

 

Du côté  Français, un grand sergent  d’un mètre quatre-vingt-neuf aux yeux bleus rend coup pour coup. Son uniforme bleu à col et manchettes rouges avec son plastron blanc est trempé de sueur.

Soudain, le plastron blanc se teinte de rouge et l’homme s’écroule. Au plus fort des combats, François Pitois, grenadier de l’Empereur, vient d’être touché.

 

Naissance-Francois-Pitois.JPG

 

Né le 14 aout 1780 à Echenay de Claude Germain Pitois et Marie Anne Rémi, ses parents s’étaient mariés au village l’année précédant sa naissance, le 18 mai 1779.

Bercé dans un premier temps par la Révolution, le jeune maçon d’Echenay a suivi l’ascension du « Petit Caporal » devenu Empereur et a rejoint l’armée le 7 ventôse de l’an XI (25 février 1803) en tant que grenadier. Il a intégré le 1er Bataillon du 14eme Régiment de ligne sous le matricule 73. 

Depuis cette date, François a participé à toutes les campagnes de Napoléon, grimpant lentement les échelons : Caporal le 27 septembre 1806 puis sergent le 14 mai 1808. S’il n’a pas eu la progression fulgurante de certains soldats de l’Empire, au moins a-t-il vu du pays !...

 

Pitois francois Carnet militaire

 

Mais ce 4 août 1808, dans la fureur de Saragosse, il est à terre, dans son sang, et blessé.

Evacué au terme d’un long voyage de 45 lieues (180 kms) dans  «Dieu sait quelles conditions», il rejoint l’hôpital Royal temporaire de Pampelune.

Le mois d’Août se passe sans qu’aucune amélioration de santé ne survienne.

Après avoir sillonné l’Europe, à bout de force, François Pitois s’éteint à l’hôpital Royal temporaire de Pampelune le 16 septembre 1808, à près de 300 lieues d’Echenay. Il venait d’avoir 28 ans.

Le 5 juillet 1809, presque un an après l’affrontement où François a perdu la vie, le ministère de la guerre adresse son avis de décès au maire d’Echenay. Celui-ci l’enregistre le 16 juillet.

 

Soldat-echenay-pampelune.JPG

 

Fallait-il mourir sous le soleil espagnol ?... L’histoire dira que non !...

Le siège de Saragosse, durant la campagne d’Espagne, dure de juin 1808 à août 1808, et se conclut par la levée du siège par les Français.

François Louis Dedon-Duclos est désigné en 1808, pour prendre le commandement en chef de l'artillerie du siège de Saragosse et de l'armée d'Aragon.

Il avait réuni un équipage de soixante bouches à feu et fait construire sur le haut Ebre un pont de bateaux destiné à faire communiquer entre eux les différents quartiers de l'armée. Le siège avait commencé vers la fin de juin. Après une première attaque qui fut repoussée, il y eut une sorte d'interruption causée par l'insuffisance des troupes.

Le 11 juillet les Français passèrent l'Èbre, grâce aux travaux exécutés par le général Dedon. La ville put être entièrement investie à la fin de juillet. Dedon établit sept batteries contre le couvent de Santa Engracia menaçant le front entre ce couvent et la porte del Carmen et en flanc le couvent des Capucins.

Le 1er août, le bombardement et un feu effroyable commencèrent. Ce feu dura jusqu'au 11. Des brèches étant ouvertes partout et l'assaut général commença. Après deux attaques repoussées, les assiégeants pénétrèrent dans Saragosse. Partagés en trois colonnes, ils éprouvèrent des pertes considérables et furent contraints de revenir à leur point de départ.

Le 7 août les Espagnols reçurent un renfort de 3 000 hommes et des munitions. Pendant huit jours le combat se prolongea de rue en rue. Les Français n'occupaient plus qu'un huitième de la ville. Les femmes espagnoles participaient, tout comme les hommes, au combat. On cite entre autres une femme du peuple nommée Augustina, la comtesse Zurita, jeune femme, belle et délicate, que l'on vit partout au milieu du feu le plus terrible, des bombes, des obus et de la mousqueterie.

Le 14 août le général Verdier, commandant les opérations de siège, fit rétrograder les troupes, les évènements qui suivirent la bataille de Baylen l'appelant sur un autre point.

Mais quatre mois plus tard, les maréchaux Moncey et Mortier entamaient le second Siège de Saragosse. (Wikipédia)

 

Sources :

 

AD52 / Mémoire des Hommes /Site Manufacture de la Grande Armée

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LA SUCCESSION DE SYLVIE LESEUR - ECHENAY 1907

28 Décembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Asile-Saint-Dizier.JPG

 

Où l’on voit que le coût des maisons de soins pour nos « anciens » n’est pas une question récente…

Asile d’aliénés Saint-Dizier -  Aliénée LESEUR Sylvie – Succession

Monsieur le docteur Mougeot, rapporteur, au nom de la quatrième commission donne lecture du rapport suivant :

« Le 12 décembre 1906, Mademoiselle Leseur Sylvie, originaire d’Echenay, est décédée à l’asile de Saint-Dizier. »

Sylvie Leseur, Marie Silvie (sic) pour l’état civil, était née le 30 septembre 1851 de Jean Baptiste Leseur et de Catherine Pierre à Echenay. Son père, Jean Baptiste, était charron au village. Elle a donc 55 ans légèrement passés à son décès. Ses parents s’étaient mariés le 22 décembre 1850. Elle est donc leur premier enfant.

« Pendant son séjour dans cet établissement, la pension de cette malade a été payée par le département de la Haute-Marne et par la commune d’Echenay dans les proportions suivantes :

Par le département : 1569,64 F

Par la commune :         255,46 F

Total :                          1825,10 F

Ces paiements ne constituent que des avances lorsque l’aliéné n’est pas mort dans l’indigence et, aux termes de l’art. 2101 du code civil, ces avances forment en faveur de département et de la commune une créance privilégiée.

L’actif de la succession de Melle Leseur Sylvie se compose de quelques immeubles d’une valeur approximative de 150 Francs.

En vue d’éviter les frais d’une liquidation judiciaire, j’ai invité les héritiers à me faire connaitre dans quelle mesure ils entendaient rembourser au département et à la commune les avances faites pour le paiement de la pension de leur parente.

Par un engagement du 17 mars dernier, ceux-ci ont offert une somme de 50 Francs qui a été acceptée par le Conseil municipal.

Conformément aux propositions de M. le Sous-Préfet de Wassy, je vous prie, Messieurs, de bien vouloir accepter cette offre et déclarer qu’il ne sera rien réclamé aux héritiers de Melle Leseur pour le surplus des avances faites.

Je vous prie, en outre, de bien vouloir décider que, dès que cette somme de 50 francs sera encaissée par Monsieur le Trésorier-Payeur Général, il sera délivré à la commune d’Echenay un mandat de la somme qui lui revient proportionnellement aux avances qu’elle a faite, soit 50 X 255,46 / 1825,10 soit 6,99 francs. »

Une discussion s’ensuit :

Toujours au courant des faits de sa commune, M. de Pimodan ajoute :

Il y a une erreur matérielle. Les héritiers ont offert l’actif de la succession, or celui-ci n’est que de 30 fr 50.

M. le docteur Mougeot –La commission accepte le chiffre de 30 fr 50.

 

Puis vient la délibération :

Sous le bénéfice de ces observations, les conclusions du rapport de la quatrième commission, mises aux voix, sont adoptées.

Après recherches, le docteur Mougeot semble être le maire de Saint-Dizier de l’époque.

L’acte de décès de Sylvie Leseur précise seulement « décédée rue du grand-pont ». Discret…

A cette date, les parents de Sylvie sont décédés (son père le 19 décembre 1899 à Echenay).

Catherine Pierre, sa mère, était décédée le 19 novembre 1862 en donnant naissance à son 4eme enfant, un enfant mort-né, auquel elle ne survécut que 7 heures.

Sylvie étant célibataire et sans enfant, la famille « héritière » se compose donc ainsi :

Adrienne Clarisse née le 30 octobre 1852

Edouard Nicolas né le 8 juin 1858

 Les 1825 Francs de 1907 représenteraient environ 755960 Euros actuels. Le prix d’un long séjour sans doute… Les 30,50 francs que la famille offre pour effacer la dette représentaient environ 12634 Euros actuels ! Vraisemblablement le plus que la famille pouvait faire !

Créé en 1824, l’hôpital psychiatrique est partie prenante de l’histoire de la ville de Saint-Dizier. Au fil des siècles, des guerres et des évolutions, il a permis aux hauts-marnais ayant besoin de soins et d’une prise en charge psychiatrique de trouver un lieu d’accueil près de chez eux.

 En 1916, l’écrivain André Breton demande son affectation au centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier en qualité de médecin auxiliaire. C’est en hommage à sa présence que le site de Saint-Dizier prit le nom d’André Breton en 1997.

 

Sources :

Rapports et procès-verbaux des séances du Conseil général de la Haute-Marne - Avril 1907

AD 52

France-inflation.com

 

CHHM.fr

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LES DANGERS DE L’ÉTANG D'ECHENAY - XVIII e -

23 Décembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

La carpe d’Echenay était sous Louis XV un met recherché. On dit que leur renommée à Paris égalait presque celle des carpes du Rhin. On les faisait voyager en leur mettant dans la bouche un morceau de pain imbibé d'eau-de-vie qui, parait-il, avait la faculté de les conserver fraiches.

Mais où nos ancêtres pouvaient-ils pêcher ? Pas dans la Saulx qui était plutôt une rivière à truites !

Non ! La vaste plaine qui s’étale devant la façade du château était autrefois un étang. La Saulx l’approvisionnait en amont vers Harméville puis emplissait doucement les douves, passait même en partie par un canal souterrain sous le château avant de poursuivre son chemin vers un deuxième étang au sud du village, vers Taillesacq et son moulin, où Jeanne d’Arc traversa la rivière de nuit un soir de 1429, évitant ainsi les Anglos-Bourguignons.

 

Etang-d-Echenay.JPG

 

Mais, si l’étang est un bienfait pour le village, il prend parfois son dû !

              

                                                                      -------------------------------------------------

 

« L’an mil sept cent vingt quatre le vingt troisiesme jour du mois de janvier le nommé Pierre Simon Tuillier de Gillaumé passant sur le petit pont du château Dechenez  environ les sept heures du soir tomba dans le fossé dessous les palles des moulins et fut malheureusement noyé son corps fut enterré le surlendemain dans le cimetière dudit Gillaumé avec les cérémonies ordinaires par moy curé en présence des témoins qui ont signés avec moy                    Claude Simon »

La tuillerie d’Echenay se situait vers l’étang bas au lieu-dit Taillesacq.

 

P1060080                                                                                  Le moulin du château 
 

                                                                           --------------------------------------

 

1719 - Le six décembre nait Claude Massonnet, fils de Jean et d’Elisabeth Cambrois. Le père est manouvrier au village. Baptisé le même jour, il a pour parrain Claude Fontaine et pour marraine Marie Mengeot.

Saint Nicolas, fêté le même jour, se penche sur son berceau.

 

1739 – Le 26 mai, Claude décide pour se rafraichir d’aller faire une promenade en barque sur l’étang. Le soir, Claude ne rentre pas. Deux jours plus tard, on retrouve son cadavre dans l’étang.

 

« L’an mil sept cent trente neuf le 28 may jour de fête-Dieu, le nommé Claude Massonnet garçon âgé de vingt deux à vingt trois ans ou environ, s’étant allé baigner dans le grand étang de la paroisse d’echenez avec une nacelle y est trouvé noyé deux jours après. Son corps après les formalités de la justice, a été inhumé dans le cimetière de ladite paroisse par moy curé avec les cérémonies ordinaires en présence des témoins qui ont signé avec moy                    Concelin curé »

Saint Nicolas est le patron des enfants mais Claude n’en était plus un ! En ce jour de fête-Dieu, aurait-il dû faire plus confiance au Bon Dieu qu’à son Saint ?...

             

Claude Massonnet

 

                                                                    -----------------------------------------

        

«  L’an 1744 le vingt sept septembre on a trouvé dans Letang dechenay un cadavre noyé dont la justice dudit lieu a fait la levée du proces verbal ledit jour La populace a vu leve le corps et reconnu M(aitre) Pierre nommé Pierre Marangé paroissien âge denviron vingt ans et le père Villaume cordelier de …?…. a demandé à la justice de l’inhumer au cimetiere dudit lieu du consentement du sr curé ce qui a été fait en présence des soubsignés avec moy curé » 

 

                                                                    ------------------------------------------

 

Les bonnes carpes d’Echenay ne survivront pas à l’ancien régime.

Finalement, les étangs seront asséchés vers la fin du XVIII et au début du XIXe.

Le grand étang deviendra une prairie où pâtureront les vaches du Marquis de Pimodan avant de devenir la plaine céréalière que nous connaissons.

 

Sources :

AD 52

Google Map

Photo perso

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HENRI ROUGE, FACTEUR RURAL A ECHENAY - 1888 & 1889

22 Décembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

facteur rural

 

Le 27 mai 1888, les cloches sonnent joyeusement. Jules Henri Rouge, 29ans et facteur rural, marie la belle Marie Julie Legrand, 22 ans à l’église Saint-Martin d’Echenay.

 

Le 17 juin 1889, les cloches sonnent joyeusement. Alice Alexandrine Désirée, la fille du facteur Rouge est née.

 

Le 2 septembre 1889, les cloches sonnent le glas. Alice ne connaitra pas son père. Il vient de décéder.

 

Touché par le deuil qui frappe la famille Rouge, Gabriel de Pimodan écrit :

 

A Monsieur Henry Rouge

 

Sans rechigner au kilomètre

Le petit facteur doit remettre

Les bulletins à l'électeur,

Le journal, les cours du fourrage,

L'annonce d'un nouveau cirage,

C'est tout profit pour le facteur.

 

L'été, quand la soif vous torture,

Faut-il gagner la courbature

Dans le sentier de la hauteur,

Et jusqu'à la dernière goutte,

Suer sang et eau sur la route,

C'est tout profit pour le facteur.

 

L'hiver, pataugeant dans la crotte,

Faut-il en retirant sa botte,

Se voir fait comme un malfaiteur?

Faut-il, rempli d'ardeur fervente,

S'en aller qu’il neige ou qu’il vente ?

C'est tout profit pour le facteur.

 

Mais on dit que la plus sévère

Fidèlement lui garde un verre,

Un sourire, un bonjour flatteur ;

Le jambon de la cheminée,

Le vin de la meilleure année,

C'est tout profit pour le facteur.

 

Même la jeune ménagère,

Pour lui se retrouvant légère,

Résiste mal au séducteur ;

Si la brise indiscrète apporte

Le bruit d'un baiser sous la porte,

C'est tout profit pour le facteur.

 

Enfin…mais l'histoire est scabreuse,

S'il remet à quelque amoureuse

Un mot de son adorateur,

Parfois si l'amante est volage

Et l’amant trop loin du village,

C'est tout profit pour le facteur.

 


 

Mais la vie continue: Eusebe Aubertin lui succédera...   LE FACTEUR RURAL A ECHENAY - XIX SIECLE

 

Sources :

LES SOIRS DE DEFAITES – Sourires d’une minute -  Poésies par le Marquis de Pimodan -  Paris- Calmann Levy Editeur – 1887

 

AD 52

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LA FAMILLE GUILLAUME-MASSONNET - ECHENAY 1903

27 Novembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Les familles nombreuses ont toujours fait l’avenir d’un pays. C’est sa richesse vive.


S’il n’est pas question de retracer l’histoire de toutes les familles nombreuses d’Echenay, au moins puis-je en citer une.


Nous sommes au tournant du XXème siècle.


Joseph Jean Baptiste Guillaume est né le 9 juin 1856 à Echenay de Dominique Nicolas et de Marguerite Louviot. Marie Appoline Massonnet est, elle, née le 22 juillet 1860 dans ce même village. Ses parents sont Nicolas et  Louise Dupongand.


Ils se sont mariés le 22 novembre 1882, toujours à Echenay.


Tout ça semblerait banal si, de cette union, ne s’etait formée une famille nombreuse.

 

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Loin d’Echenay, à Langres, Madame Marie-Françoise-Joséphine Chameroy, veuve de Monsieur Nicolas Plubel, a légué à son décès le 24 mars 1901 toute sa fortune au département de la Haute-Marne par l’intermédiaire de son notaire Me Emile Aubert.


Son testament est ainsi rédigé :


Je sousigné, Marie-Françoise-Joséphine Chameroy, veuve de Monsieur Nicolas Plubel, voulant exécuter les dernières volontés de mon bien aimé mari et honorer sa mémoire, ai fait mon testament de la manière et ainsi qu’il suit.


Je donne et lègue au département de la Haute-Marne un rente annuelle et perpétuelle de 12000 francs, à la charge par lui de distribuer de la manière ci-après les legs et prix que je constitue de la façon suivante, sous le nom de Fondation Plubel – Chameroy.


Premier et deuxième prix : Je constitue deux prix de chacun mille francs, pour les familles les plus nombreuses de cultivateurs, propriétaires ou fermiers, soit le père, soit la mère, ayant huit ou neuf enfants d’une conduite irréprochable et tous occupés aux travaux exclusivement agricoles ou viticoles.


Troisième et quatrième prix : Je constitue deux prix de chacun cinq cent francs, pour les familles de vignerons, soit le père, soit la mère, ayant huit ou neuf enfants d’une conduite irréprochable et tous occupés aux travaux viticoles. [ ]


Suivent encore des prix « de travail », de « vertu » (pour les filles), etc…


Madame Chameroy termine en disant « Notre but commun à mon époux et à moi est de multiplier et d’augmenter les travailleurs agricoles et viticoles, et c’est pour les attacher à la noble profession de l’agriculture, qui est la mère de toutes les industries, la plus moralisatrice, la plus hygiénique, que nous avons pensé à instituer ces quatorze prix. »


A Echenay, chez les Guillaume-Massonnet, la vie est rude. En 1903, ils ont 13 enfants à charge.  Mille francs, ça serait bien ! Aussi s’inscrivent-ils au concours de la même année.


Les prix sont remis lors de comices agricoles afin de répondre aux souhaits du couple Plubel – Chameroy qui souhaitent donner une notoriété publique à leur œuvre et exalter la profession.


Arrive le jour fatidique. Enfin, c’est la proclamation des résultats. La fanfare vient de jouer et le maitre de cérémonie monte sur l’estrade décoré de guirlandes multicolores de papier sous les applaudissements du public…


« Le premier prix est attribué aux époux Denizet-Lamiral, cultivateurs à Nully, canton de Doulevant, père et mère de 15 enfants vivants, ayant toujours habité la commune (demande N°84). »


Les époux Guillaume-Massonnet frémissent !


« Le deuxième prix est attribué à Monsieur Joseph Jean Baptiste Guillaume-Massonnet, cultivateur à Echenay, canton de Poissons, père et mère de 13 enfants vivants, habitant ladite commune depuis 46 ans (demande N°65) »


La famille Guillaume saute de joie et applaudit. Pensez, 1000 francs !!


« Le troisième prix est accordé à Monsieur Marguérard, vigneron à Anrosey, père de 10 enfants vivants… »


Qu’importe le troisième prix!... Les Guillaume n’écoutent plus et se congratulent ! Après avoir bu avec leurs amis quelques chopines de cet excellent vin de Saint-Urbain, ils reprendront le chemin d’Echenay. Pour sûr, les sabots seront légers…

 

 

Hélas, la famille sera cruellement touchée quelques années plus tard. Deux de leurs fils trouveront la mort lors de la grande guerre. Voir LE MORT OUBLIE D'ECHENAY ET LES AUTRES - 1914  


Sources :

AD 52 recensement de 1906

 

Compte-rendu du Conseil général de Haute-Marne  - Aout 1901 et Aout 1903

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