Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

GABRIEL DE PIMODAN A SAINT-CYR - 1875

26 Juillet 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Apprenant le décès de son mari, Mme de Pimodan avait dit à ses enfants: « Vous aussi, vous serez soldats ». Lourd héritage que Gabriel de Pimodan assumera, suivant en cela les traces de ses aïeux dans la carrière militaire. Il entre en 1875, à St Cyr, dans la 60e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1875-1877), nommée promotion « Dernière de Wagram ».

On peut imaginer la fierté de la famille en découvrant son nom dans la liste des admis, parue au Journal Officiel. 

L’effectif de cette promotion est de 353 membres (351 français et 2 étrangers dont 1 japonais). 

Il est possible de se faire une idée précise de ces deux années grâce au livre-témoignage du baron René Jean Toussaint-Maizeroy(1856-1918) qui faisait partie de la même promotion. Plus tard, démissionnaire lui aussi, il sera un auteur assez prolifique, sous le pseudonyme de René Maizeroy. Il nous conte ainsi les différentes étapes de cette période : 

Le départ du domicile, émouvant pour toutes la famille puis l’arrivée à St Cyr. 

A St Cyr, toutes les enseignes des boutiques, toutes les clôtures sont couronnées par le même titre, invariable : « Fournisseur de l’Ecole ». Il y a les repus qui ajoutent un mélancolique « ex » et les nouveaux dont le nom s’allonge avec des dimensions faméliques. On sent que toutes ces industries se sont incrustées comme des limaces aux flancs raidis de la grande caserne monacale qui bouche l’horizon de ses quatre ailes régulièrement alignées. Elles vivent toutes de ce ventre-là. ( ) 

Voici enfin l’école : 

La porte franchie, on suit une vieille allée de tilleuls trapus, contournés, qui s’entrelacent pour former une voute feuillue. Il semble que ce soit un cloitre bas, sans soleil, bâti devant le pavillon carré de la grande marquise. Un pavillon tout coquet, tout tapissé de jeunes verdures que dominent des urnes d’où jaillissent des flammes de marbre qui se courbent ardemment vers le palais de Versailles. ( ) 

Mais vient un moment redouté : le premier contact. 

Avez-vous jamais suivi du regard les courses aventureuses d’un pauvre bouchon abandonné le long du ruisseau pendant une averse ? L’avez-vous vu tourner, rouler, se heurter aux pavés sous les eaux limoneuses qui l’entrainent sans trêve, n’importe où ? Il en est de même le premier jour de l’entrée à St Cyr. 

Le dernier baiser d’adieu échangé dans la cour d’honneur, la visite du docteur vous ayant classé dans (une) noble catégorie ( ), à travers des cours, des corridors interminables, on est conduit par un tambour raillard dans une grande salle blanchie à la chaux.

Le plancher, les tables, les fenêtres, tout déborde de bottes, de linge, de schakos, d’uniformes.

Des relents de cuir, de vêtements renfermés, s’évaporent de ce capharnaüm informe.

Des officiers apparaissent de ci, delà, assis sur des chaises dépaillées, l’air maussade, parlant et jurant très haut.

Le premier acte de la comédie commence. Une répétition de Guignol. On entend que des exclamations brusques à droite, à gauche, devant, derrière : « par ici, les chemises ! – Et celles-ci vous vont-elles ? – Le numéro 12 à celui-là !- S’il fallait écouter tout le monde, on en finirait plus, jeune homme ! ». ( ) 

Sans savoir, sans parler, on passe des mains du linger dans celles du tailleur, de celles du tailleur dans celles du bottier, du bottier au capitaine, du capitaine à l’adjudant.

La métamorphose n’était pas assez complète : l’adjudant vous livre au perruquier de l’endroit. Un bonhomme d’une drôlerie superbe, celui-là ! Petit avec des moustaches épaisses de garde municipal, jacassant sans cesse et qu’on surnomme le capitaine Bulle. ( )

Pauvres cheveux d’autrefois ! Ou sont-ils ? Sur le plancher crasseux avec tous les rêves de la première joie. ( ) 

Trainant nos paquets cahin-caha, par les marches sales des escaliers, nous sommes montés sous les combles, dans le dortoir. Le gouvernement nous loue ce cinquième pour deux ans.

C’est une longue salle aux plafonds bas comme ceux d’une soupente, aux murs blanchis à la chaux, sur lesquels les punaises écrasées ont imprimé des sillons roussâtres. Les lits alignés profilent leurs arêtes rigides. Des cases carrées, clouées au plâtre des cloisons tracent des angles d’ombre sur la blancheur des traversins. Un bahut en bas noirci est placé au chevet. Au fond, dans le lavabo, un robinet s’égoutte monotonement, et son pschtt affaibli tintille comme une plainte d’agonie. Il me semble qu’on va enterrer quelqu’un dans cette salle froide, silencieuse, qu’un ciel gris de fin d’octobre éclaire à peine de quelques lueurs vagues. Les lits ont des reliefs géométriques de cercueil. ( ) 

Pimodan devient  un « melon ». On surnomme ainsi les élèves de première année. Le nom vient, dit-on, de ce qu’ils entraient jadis à l’école le jour de la saint Mellon.

 

Puis vient L’Astique, une scène très amusante de la grande machine en plusieurs tableaux qui se joue entre les quatre murs de l’Ecole. Drôles seulement pour ceux qui regardent de loin ! ( )

Chacun plie, replie, tire ses draps, brosse, crache, frotte, en couvant d’un regard découragé les matelas qui débordent de l’alignement avec des lassitudes molles, la poussière impalpable qui blanchit à nouveau le fourniment et le schako, et les bottes, les affreuses bottes, qui ne veulent pas reluire. ( ) 

Les causeries se prolongent de plus en plus à la courte récréation du soir. Des groupes commencent à se former. On se tutoie cordialement. On cherche des amis dans le tas des camarades, car les anciens vont arriver à la fin de semaine. Ainsi ne parle-t-on que des brimades prochaines et de la véritable vie d’école dont cette rentrée claironne le premier chapitre. ( )

 

Les « anciens » arrivés, les brimades (bizutage) commencent et  l’enseignement peut démarrer. Les leçons d’escrime par exemple : 

La salle d’armes est rectangulaire, barrée d’une double colonnade qui forme une sorte d’allée au bout de laquelle, perdu dans un entassement de drapeaux tricolores, le buste jovial du maréchal Canrobert sourit sur un socle de bois peint. ( ) Les murs sont constellés de masques et de fleurets s’écartant les uns des autres avec la symétrie d’un éventail ouvert. ( ) 

Quoique bacheliers, nous ne connaissons pas la philosophie de l’escrime. ( ) C’est un système nouveau que notre maitre, l’adjudant Lepied, se charge de démontrer chaque année par un simple petit discours : ( ) 

« N’oubliez pas les principes fondamentaux de l’escrime, les principes sans lesquels le plus malin ne sera jamais qu’un ferrailleur de quatre sous… Je recommence pour ceux qui auraient l’oreille dure… Le sentiment du fer ; le coup d’œil, le départ du pied ; le respect du sexe et la tradition dans le progrès… »

 

Puis, c’est les cours au manège : 

Les leçons d’équitation ont lieu le soir. Les langues jaunes de quelques becs de gaz éclairent la monotone procession qui, durant trois quarts d’heure, tournent et retourne entre les quatre murs du manège, réglée par les claquements secs de la chambrière et les ordres ennuyés d’un mar’chi.

Au trot ! Au galop, sacrebleu ! Les grandes rosses allongent le cou, reniflent bruyamment et leurs lourds sabots soulèvent des paquets de poussière dans le sable épais. Tous les pauvres cavaliers malgré eux, perchés tant bien que mal sur des selles plates sans étriers, arrondissent le dos, crispent les mollets contre les flancs épais du cheval, et, les pieds ouverts, les coudes en éventail, tirent désespérément sur les brides. Et derrière la chevauchée caricaturale dansent des ombres démesurées, massives, d’où s’enlève parfois l’effarement brusque d’un geste peureux et la courbure d’un torse avachi. ( )

 

Beaucoup ne sont pas habitués à ce rythme soutenu. 

Aux étonnements des premières semaines, aux fatigues prolongées qui engourdissaient les plus forts, dans une somnolence lassée, à l’existence machinale rythmée par le timbre secs des tambours qui nous poussait comme de petits pioupiou en bois, du réfectoire à l’étude, du dortoir à l’amphithéâtre, succède peu à peu le réveil lent d’une métamorphose naturelle…

Nous recommençons à savoir rire. La jeunesse reprend ses droits et ceux qui ont été le plus échaudés par les brimades ruminent déjà la danse de caractère qu’ils feront sauter aux anciens à la saint sylvestre : - la seule date de l’an où les rôles hiérarchiquement imposés soient renversés.

La fête commence ( ) dans les dortoirs, après le coucher. Une vraie bataille épique que cet assaut du plateau de Pratzen. Les matelas sont entassés dans un coin en amoncellement informe qui monte jusqu’au plafond. Les ustensiles de campement, bidons et gamelles, servent d’instrument à l’orchestre. Les combattants en chemise sont armés de traversins. Le heurt bruyant des planches à astique imite le bruit de la canonnade : - une réduction Colas du tonnerre de Calchas, dans la Belle Hélène.

Et en avant la chaudronnerie !  Les becs de gaz sont éteints. La mêlée s’engage, les matelas roulent pêlemêle, s’éventrant sur le plancher, le chahut grossissant de plus en plus l’obscurité épaisse…

Mais tout à coup l’adjudant de service apparait sur le seuil de la porte entr’ouverte. Tous les combattants se précipitent aussitôt sur leurs lits, trainant sur le dos le premier matelas venu. Les lits se refont comme par enchantement, et l’on n’entend plus dans le silence lourd que des ronflements de chantre éclatant dans tous les coins…

 

Bon nombre des protagonistes finirent au poste de police. Pimodan est-il du lot ?

Le temps passe et les premières permissions de sortie arrivent. Puis le retour à la caserne. 

Que les jours d’hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le B A BA du métier, dans le Marchfeld (champ de manœuvre) que balayaient âprement les bises. Les pieds se momifiaient. Les mains bleuissaient. Les nez violacés s’emperlaient d’une éternelle gouttelette, car personne n’osait se moucher avant la berloque.

Et « Portez  …armes ! » et Présentez…armes ! » et « Croisez…ette ! », toute la litanie du conscrit, à laquelle fidèlement le fusil répond : « Ora pro nobis ! » (NDR :Priez pour nous) 

Chaque ancien instruisait « un melon ». ( ) 

Les  S’en moquent pas mal  commandaient très fort, débitaient au besoin des lambeaux de théorie, beuglaient, gesticulaient comme quatre, mais, le dos de l’officier tourné, remettaient placidement leurs mains dans les poches et bavardaient de la pluie, du beau temps et surtout de Paris.  

Les fanatiques ne savaient, ne comprenaient qu’une chose, la rigoureuse consigne et le règlement du 2 novembre 1833. Ils prenaient pour devise : Manœuvrer, manœuvrer toujours, sans une minute de repos, malgré le froid et la fatigue. 

Les trembleurs singeaient les fanatiques. Ils étaient les déshérités, ceux que le capitaine marquait d’une croix rouge sur son carnet, qui le dimanche espéraient sortir et voyaient invariablement la porte se refermer devant eux.

 

Le temps passe encore et le moral remonte. 

Le printemps a raccommodé la mécanique cassée. Le fusil n’a plus sa lourdeur ancienne qui meurtrissait rudement les épaules. Le sac est chargé de plumes.

C’est que maintenant on court les chemins et les bois. Le programme est changé. Les portes sont ouvertes au large.

 

Vient le temps des examens de fin d’année.

Examen d’équitation, d’art militaire, d’administration, de géographie, de fortification et de topographie puis enfin, les vacances. 

Mais le temps passe vite et c’est la rentrée. Les cours reprennent et le moral est en berne mais il faut s’y remettre. Alors, chacun pense aux permissions de sortie qui feront du bien. Si on n’est pas consigné !

Les légendaires tentations de saint Antoine, les souffrances éternisées du pauvre païen Tantale n’étaient rien en comparaison de ce qu’éprouvent chaque dimanche les malheureux qui sont consignés … 

Le supplice commence dès le réveil.

Les camarades qui ont leur permission en poche se lèvent avant la claironnée de la diane, et on est condamné à les voir s’astiquer, se pomponner, se parfumer, brosser, rebrosser leur uniforme, à les entendre bavarder sur tous les tons de l’excellent déjeuner qu’ils vont se payer chez Durand, du beuglant l’on ira bailler une heure, des belles petites aux noms de romance, qu’ils accompagneront au Bois. Et patati…et Patata…

Puis c’est le silence morose qui suit le brouhaha confus des élèves sortis, les portes qui se referment, et la cour Wagram qui parait plus immense, plus morne avec la vingtaine d’élèves  éparpillée aux quatre coins.   

Le programme est chargé.

 

Le saint-cyrien qui termine sa seconde année est un peu pareil à ces hommes-orchestre. Il lui arrive, dans la même journée, d’être cavalier, fantassin, sapeur du génie, artilleur et saint-cyrien comme devant. 

Aux premiers jours d’été, les écoles à feu commencent dans le polygone.

Le tir a lieu au coucher du soleil, à cette heure tardive dont la lumière est si douce, ou la chaleur s’apaise, se fond en une tiédeur molle d’alcôve mi-close…

Le terre-plein étroit de la petite batterie déborde d’élèves qui se pressent autour des canons, affairés, suant, prenant au sérieux leurs rôles de pointeurs et de servants.

Et de quart d’heure en quart d’heure, les détonations se suivent… ( ) 

C’est tour à tour le déchirement strident des mitrailleuses, la note grave des pièces de campagne, le vacarme assourdissant des pièces de siège et le crachement des mortiers.

La butte, si verte auparavant, se lèpre de larges blessures jaunes. Les cibles s’affaissent, éventrées par des projectiles. Les tonneaux seuls restent intacts, arrondissant, dans les hautes herbes, leur panse rebondie qui semble narguer les gueules béantes des canons.

Cependant, soit par hasard, soit habileté d’un pointeur, le tonneau est quelquefois atteint par les projectiles.

Aussitôt, les clairons sonnent un rigodon, et la batterie entière pousse des hurrahs enthousiastes. L’exercice est terminé, et on s’occupe d’organiser le triomphe.

Le triomphe !... Que ce mot a d’altières résonnances, et quels souvenirs classiques il évoque ! 

Général, officier, anciens, melons, tout le monde est de la fête, en compagnie d’une prolonge d’artillerie et de quatre bons vieux chevaux blancs de trompette qui écarquillent démesurément leurs gros yeux étonnés… ( ) 

La prolonge est enguirlandée de feuillages et de fleurs. Les servants et les heureux pointeurs de la pièce qui a décroché la timbale, montent dans ce cadre de verdure et s’y groupent autour du tonneau peinturluré d’une couche tricolore.

Une garde d’honneur d’anciens forme la haie des deux côtés, et deux cavaliers conduisent les chevaux à la Daumont (NDR : attelage à quatre ou à six chevaux qui n'utilise pas de cocher, mais des postillons montés). Derrière le char, les anciens s’avancent par compagnies. Tous ont découpé les franges de leur épaulette gauche. Les fines-galettes ont des aiguillettes rouges.

Le major de queue (NDR : le dernier de la promotion) commande les deux bataillons avec un sabre d’officier et les épaulettes jaunes de l’infanterie de marine. 

Le cortège s’ébranle, et entre dans la cour Wagram par la porte de la carrière. A droite et à gauche, les melons sont alignés et agitent des branches vertes. Le Père Système (surnom donné à l’élève qui a le premier numéro matricule de la promotion)  caracole devant les rangs.

Le général, son état-major, les femmes des officiers en toilettes claires, sont assis sous le zingot (NDR : le préau). Alors, les hurrahs recommencent si forts, si prolongés, que les oreilles des chevaux pointent effarées… 

Les triomphateurs vont galamment offrir leurs bouquets à la générale. Les tambours et les clairons battent aux champs, tandis que le Père Système, descendu de cheval, grimpe quatre à quatre jusqu’à la salle de police et délivre les pauvres diables qui se morfondaient dans leur étroite cellule.

 

Quelques jours encore, et puis : 

Pékin de Bahut ! (la quille) Le rideau est retombé. L’interminable comédie en deux ans et tant de tableaux est finie, et la troupe s’en va pour ne jamais revenir.

 

Source : Souvenir d’un Saint-Cyrien – René Maizeroi – Nouvelle Edition – Paris – P. Ollendorff, Editeur - 1897

 

Voici la vie de Gabriel de Pimodan à St Cyr L’Ecole.

Il en sortira sous-lieutenant. Mais « tiraillé» par ses idées, il démissionne, quitte l’armée et se consacrera à l’écriture et à la vie politique comme on le sait.

Lire la suite

LE GENERAL DE PIMODAN A T-IL ETE ASSASSINE ? - 1860

21 Juillet 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #General de Pimodan

La mort du général de Pimodan a fait couler beaucoup d’encre en 1860 et dans les années qui ont suivi. On trouve dans la presse française de l’époque un flot d’informations qui relatent l’événement et qui permettent de s’en faire une idée précise.

Mais j’ai trouvé dernièrement une information dont je n’avais jamais eu connaissance.

L’assertion qui va suivre, troublante dans un premier temps, me semblait plutôt relever de la désinformation, coutumière en temps de guerre. Il me fallait en apprendre plus.

JOURNAL DE TOULOUSE - DERNIERES NOUVELLES

Il vient de paraitre une brochure qui fait scandale à Turin. Elle est intitulée : La Vérité sur les hommes et les choses de royaume d'Italie : révélations par J. A., ancien agent secret du comte de Cavour.

(Un) extrait est relatif à la mort du général de Pimodan :

« Je n’ai pas à faire l’histoire de cette courte campagne des Marches, dont l’issue ne pouvait être douteuse avec la supériorité de nos forces et les éléments de décomposition que nous avions glissés dans l’armée pontificale. Je me borne à mettre au grand jour un fait connu de quelques-uns, soupçonné de quelques autres, complétement ignoré du plus grand nombre.

Oui, le général de Pimodan est mort assassiné ! Au moment où il s’élançait à la tête de quelques hommes qu’il avait rallié pour charger une colonne piémontaise, un soldat, placé derrière lui, tira sur lui à bout portant. Ce soldat était ce Brambilla que j’avais quelques mois auparavant, fait engager à Rome. Il fut à son arrivée au camp piémontais, nommé maréchal des logis. Il est aujourd’hui en garnison à Milan. »

L’union ajoute :

On comprend que nous ne pouvons ni confirmer ni démentir cette anecdote. Nous nous bornerons à faire ( ) une réflexion que voici : il n’est pas douteux que le général de Pimodan a été frappé par devant et au visage dans la charge qu’il menait si vigoureusement contre les troupes piémontaises ; mais est-il possible qu’il ait été atteint par derrière en même temps par ce Brambilla que dénonce l’auteur de la brochure ? C’est, du reste, aux personnages que le révélateur nomme en toutes lettres à répondre à ces accusations hardies, si elles ne sont pas calomnieuses. Qu’ils parlent donc. Nous attendons leurs explications.

Pour extrait : A. PUJOL »

Source : Journal de Toulouse – Politique et Littéraire – Mardi 31 décembre 1861

J’ai trouvé sur le net la brochure en question. Toutefois, ne maitrisant pas l’italien, je n’ai pu en savoir plus. Un lecteur du blog pourra peut-être m’aider ?

L’information me semblait assez douteuse. Plusieurs proches du général ont vu le corps blessé et il n’est fait mention dans aucun témoignage d’une blessure dorsale. Par exemple, on trouve parmi bien d’autres récits:

On écrit de Rome, 30 septembre, au Monde:

S. Exe. Mgr le ministre des armes prévenu hier soir par une dépêche télégraphique de Civita-Vecchia de l'arrivée du corps de feu le marquis de Pimodan, général dans l'armée de Sa Sainteté, s'est rendu à six heures à la gare pour le recevoir.

La noble dépouille était accompagnée par M. le comte de Couronel, beau-frère du défunt, qui, de Berlin, était accouru à Loretta; par M. le comte de Mirepoix, lequel, par sa femme, fille du duc de Crillon, se trouve parent du défunt; par  M de Renneville, aide de camp du défunt, qui, sur le champ de bataille, n'avait pas abandonné son général blessé, et par M. le prince de Ligne, qui avait demandé et obtenu la permission d'aider M. de Renneville dans l'accomplissement des derniers soins prodigués au général.

M. Cialdini (NDR : le général qui fut l’adversaire de Pimodan)a fait écrire sur le cercueil ces mots :

« Le général Cialdini à Mme la marquise de Pimodan :

le ire non vanno al di là del rogo. »  (Les colères ne vont pas au-delà du bûcher).

C'est un vers du Dante. Je ne serai pas le seul à trouver très déplacée laprétention de M. Cialdini. Il n'y a pas seulement une indélicatesse effroyable à cet homme de se poser comme généreux envers une veuve désolée, mais je trouve insultante cette citation emphatique, qui renverse complètement les rôles du glorieux mort et du brutal soldat sarde. En disant que ses colères ne vont pas au-delà de ce cercueil, ne croirait-on pas que le droit, l'honneur, la justice, la bonne foi, la valeur militaire, étaient du côté de M. Cialdini? » ( )

Pour extrait : A. POUCHAT.

Source : COURRIER DES ALPES – N°199 – Samedi 6 octobre 1860

Il semble fort peu probable que le comte de Couronnel, beau-frère du général, n’est pas souhaité voir le corps et/ou demandé des informations précises sur le décès du général à ceux qui se trouvaient avec lui sur le lieu des combats.

________________________________

 51 ans après, en 1911, la fameuse brochure soulevait encore des questions, comme le prouve cet article :

La Mort de Pimodan

Notre ami, M. Charles de Montazet, qui était sergent aux Franco-Belges lors de la bataille de Castelfidardo, publie dans l’Avant-Garde, organe de l'Armée pontificale, une intéressante lettre très documentée à propos des polémiques récentes soulevées au sujet de la mort du général de Pimodan et qui fixe définitivement un point d'histoire qui n'était guère contesté.

Mon cher Camarade

Dans votre numéro du 1 mars, vous avez publié une lettre du lieutenant Tuccimei.

Ce dernier s'appuie sur une brochure publiée après l'invasion des Etats pontificaux et qui va, à l'encontre des affirmations du général italien Castelli. Ce dernier nie formellement que Pimodan ait été assassiné.

Tuccimei, trop jeune pour avoir assisté a Castelfidardo, se demande qui donc faut-il croire ?

Personnellement, je suis entièrement de l'avis du général Castelli.

Un soi-disant agent du comte de Cavour publia en 1861 une brochure, qui fit peu de bruit. Ledit agent déclare qu'il réussit à faire engager dans l'armée pontificale un certain Bambilla (il n'est même pas sûr de l'orthographe du nom). Bref, ce Bambilla, placé au cours de la bataille derrière le général, lui tira un coup de feu entre les deux épaules. Pimodan tomba mortellement blessé.

 Examinons comment les faits se sont passés.

Pimodan, en conduisant une partie de ses troupes à l'assaut de la première ferme des Crocettes, reçut une blessure au visage. La seconde ferme fut prise et reprise. Le général rassembla derrière les bâtiments et les meules de paille les débris de sa brigade, pendant que l'artillerie du colonel Blumenstil, très habilement conduite, en tenait éloigné l'ennemi et lui faisait beaucoup de mal.

Pimodan veut tenter un dernier effort pour tâcher de se rendre maître de la position. Il ordonne un mouvement en avant. Comme il venait de dépasser les bâtiments de la ferme, il est accueilli par un feu de mousqueterie très nourri ; bien des nôtres sont mis hors de combat.

Pimodan est désarçonné et relevé par le capitaine Carpégna, son aide-de-camp. Il n'était nullement blessé par derrière, une balle de gros calibre avait pénétré dans l’aine. Le fait est indiscutable, son aide-de-camp et son officier d'ordonnance, le vicomte de Rainneville, ont toujours été formels sur ce point.

Si c'était même nécessaire, et s'il vit encore, on pourrait invoquer le témoignage d'un médecin habitant la région de Castelfidardo, qui avait aussi été appelé à donner des soins au général.

Ces derniers jours, un journal étranger publiait des informations les plus fantaisistes sur les derniers moments de Pimodan.

Nous l'aurions abandonné sur le champ de bataille. Un chirurgien piémontais aurait extrait la balle qu'il avait dans le corps ; en remerciement de ce service, ledit chirurgien aurait reçu comme souvenir l'épée du général. Aujourd'hui, cette épée serait au musée installé au château Saint-Ange !

Le général de La Moricière réfute la première assertion dans son rapport au ministre des armes. « Je rencontrai le général de Pimodan, mortellement blessé, qu'on transportait à l'ambulance établie près de la rivière ; j'échangeai avec lui quelques tristes paroles d'adieu. Ce malheur, plus grand que tous les autres, aggravait notre situation déjà tirés compromise.»

Les deux officiers d'état-major de Pimodan se mirent à la disposition du colonel Gudenhoven, qui prit le commandement de la brigade. Un détail de nature à intéresser les royalistes français en si grand nombre au service du Saint-Siège.

Le successeur de Pimodan était le fils du général comte Gudenhoven que l'empereur d'Autriche envoya à la frontière de ses Etats pour y recevoir, en 1883, la famille royale et la conduire au château de Prague. Quelque temps après, le même officier général représentait son souverain à Goritz, aux obsèques du roi Charles X.

Pimodan ne subit aucune opération et reçut d'abord les soins du docteur Vincenti, des

Franco-Belges, et de notre camarade Maestraten qui venait de finir ses études de médecine à l'Université de Louvain.

Le général fut transporté après la bataille, malgré sa prière : « Laissez-moi mourir sur le champ de bataille », à la villa Chiava, aujourd'hui propriété de la famille de Pimodan.

C'est là que, dans la nuit du 18 au 19 septembre, il rendit le dernier soupir.

Le capitaine Carpégna et Rainneville vinrent retrouver leur général et assistèrent à ses derniers moments.

Etant prisonnier au poste de grand'garde, établi sur la rive droite du Musone, j'ai eu l’occasion de causer avec Rainneville qui était venu en parlementaire, attendant l’autorisation de pénétrer plus avant dans le camp piémontais. Il était étreint par un vif chagrin, mais plein d'admiration pour l’attitude si courageuse de notre glorieux général. Il se demandait comment il était sorti sain et sauf d'une pareille tourmente.

 Quant à l'épée de Pimodan, elle repose dans l’intimité de la demeure familiale, comme l'a

si bien dit M. l'abbé Colombel, à Sainte-Clotilde, au cours de l’émouvante cérémonie du cinquantenaire de Castelfidardo.

L'ennemi n'a pas voulu conserver un pareil trophée : cette épée, il l'a rendue, il y a bien des années, à ceux qui sont si dignes de la conserver.

 

Ch. de MONTAZET

 

Source : L’EXPRESS DU MIDI – lundi 15 mai 1911

 

La vérité semble donc clairement établie.

Lire la suite

FER A DORER - XIXe SIECLE

7 Juillet 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #La famille PIMODAN

J’ai découvert récemment un catalogue de vente aux enchères organisée en Juin 2010 par l’étude LAFFON-CASTANDET.

Les objets proposés étaient suffisamment curieux pour attirer mon attention.

Des fers, encore des fers, toujours des fers…

« Mais de quoi nous parle-t-il ? »... direz-vous. Et bien de fers à dorer !

Outils de relieur, ils provenaient de l’atelier SIMIER, « relieur des rois de France ». Le fer à dorer est un outil de dorure sur cuir qui est utilisé par le gainier-doreur et par le relieur-doreur.

C’est en quelque sorte un sceau, destiné aux couvertures de livres exceptionnels que les écrivains renommés  n’hésitaient pas à utiliser pour les éditions rares de leurs œuvres, reliures cuir et impressions dorées.

La surprise fut qu’un lot était constitué de 2 fers à dorer aux armes des Pimodan.

fer-pimodan.JPG

 

 

On y retrouve les armes de la famille, annelet et moucheture d’hermine et deux P entrecroisés.

Plusieurs générations de  Pimodan furent écrivains. Il n’est donc pas étonnant qu’ils utilisent cet outil pour des éditions luxueuses. Si leurs livres semblent maintenant tombés dans l’oubli, ils ont connu un grand succès au début du siècle dernier.

Reste à trouver maintenant un livre « frappé » de cette empreinte ! Un lecteur pourra peut-être  me communiquer une photo ?

Source : Site Etude LAFFON-CASTANDET sur le net

Lire la suite