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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

LES DOUGHBOYS D'ECHENAY - AOÛT 1918

Publié le 23 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Guerre 1914-1918

Photo : site  lesaméricainsdegondrecourt.com

Photo : site lesaméricainsdegondrecourt.com

En juillet 1918, l’American Expéditionary Force (ou AEF, nom donné au corps expéditionnaire américain de la première guerre mondiale) participe à la 2eme bataille de la Marne, bataille décisive s’il en fut. Le 21 juillet, les troupes alliées entrent dans Château-Thierry et libèrent la ville.

Dix mois plus tôt, le 1er septembre 1917, John Pershing, Major Général commandant l’armée américaine en France, avait choisi Chaumont en Haute-Marne pour y installer son quartier général. L’idée était de se rapprocher du front, de réunir, former et entraîner les « Doughboys » avant leur envoi au combat.

La région environnant Chaumont fut découpée en secteurs nommés « Areas ». Deux de ces secteurs entouraient Echenay, Rimaucourt au sud et Gondrecourt au Nord.

En août 1918, après avoir participé à la bataille de Château-Thierry, la 3eme division US reçut l’ordre de se déplacer vers la « Gondrecourt Area ».

« Le 16 août, le Bataillon a reçu l'ordre de se rendre dans la région de Gondrecourt, et les compagnies "A", "B" et "C" partirent pour cette zone le 18 août. La société "D" a été laissée sous les ordres de C-l, pour nettoyer la zone de la Division. Cela a pris la semaine, et la compagnie a rejoint le bataillon à Echenay le 23 août. Ainsi s'acheva le travail du Bataillon sur la Marne.

Château-Thierry, le nom que nous aimons entendre donner à cette Campagne de la Marne, restera toujours le plus pittoresque et la plus intéressante des trois campagnes auxquelles le bataillon a participé. Malgré l’effort et la tension engendrées par le fonctionnement continu, hommes et équipements se sont magnifiquement acquittés de leurs tâches, et chaque ordre reçu a été rapidement et complètement réalisé, nonobstant les difficultés et les dangers qui ont accompagné sa réalisation.

Un officier a été perdu dans cette campagne, le capitaine Shaw, qui a été tué dans un accident de moto. Le nombre de victimes au bataillon était le suivant : Compagnie "A", un blessé ; Compagnie "B", un tué et sept blessés ; Compagnie "C", deux tués et deux blessés ; Compagnie "D", deux blessés. Un coup d'œil sur ce qui précède montre que la compagnie B a subi les pertes les plus lourdes. Il a établi un excellent record pour le bon fonctionnement des camions, qu'il n'a jamais perdu.

La petite ville d'Echenay était la résidence du « Motor Battalion » jusqu'au 5 septembre, la nuit où nous avons déménagé à Maxey (NDR : Maxey sur Vaise où se trouvait une autre « area »). Nous sommes restés à Maxey deux jours et avons déménagé de là à Bois-de-Boucq (54). C'est à partir de ce petit bois boueux et épais que le bataillon a opéré pendant l'offensive de Saint-Mihiel. » Source : History of the third division United States army in the world war for the period december 1, 1917 to january 1,1919 - Andernach-on -the-Rhine - february , 1919

Photo : site  lesaméricainsdegondrecourt.com

Photo : site lesaméricainsdegondrecourt.com

La suite, c’est par Emile Bertrand, l’instituteur d’Echenay, que nous l’apprenons.

« Un bataillon se logeait facilement et dans de bonnes conditions dans le village. Les troupes qui furent toujours très bien accueillies par la population se plaisaient beaucoup à Echenay.

Deux fois aussi, des troupes américaines séjournèrent dans la localité. Comme c’était en été, elles campèrent plutôt en dehors du village, les chefs seuls furent logés chez l’habitant. Néanmoins, de très bons rapports s’établirent entre les soldats alliés et la population. Les enfants surtout devinrent très vite leurs amis. Ces américains venaient de reprendre Château-Thierry et avaient perdus beaucoup de leurs hommes ; ils firent célébrer à Echenay un service pour leurs morts.

Le curé catholique (NDR : Léon Japiot) et leur pasteur protestant y prononcèrent chacun un discours qui furent traduits par l’interprète. »  Source : AD52 - Instruction publique, Sciences et Arts. Fonds de l'Inspection académique – Divers - Histoire locale de la guerre Arrondissement de Wassy - Cotes extrêmes : 246 T 26

Photo : site  lesaméricainsdegondrecourt.com

Photo : site lesaméricainsdegondrecourt.com

Echenay ne fut qu'un passage vers le front pour ces soldats américains. Malgré la brièveté de leur séjour, leur départ laissa-t-il une belle en pleurs  au village ?... Nous ne le saurons pas ! wink

Sources complémentaires :

Site : lesaméricainsdegondrecourt.com

Page FB :  100 ans en Haute-marne

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BERTHELEVILLE, PETIT VILLAGE LORRAIN, UN CAS UNIQUE EN FRANCE ? - AN IX / 1853

Publié le 19 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Quand, au début des années 90, je découvris lors d’une balade « l’écart » de Bertheléville, je me souviens avoir eu l’impression instantannée d’avoir remonté le temps.

« Ecart », ce nom donné aux hameaux éloignés d’un village, est bien trouvé pour Bertheleville ! Quittant la D10, il faut s’engager sur l’un des 2 petits chemins maintenant goudronnés pour arriver au village. Par l’un, vous comprenez immédiatement être entré dans une petite cité ouvrière, par l’autre, qu’il y a un château.

L'un des 2 ponts de Betheléville

L'un des 2 ponts de Betheléville

Dans un cas comme dans l’autre, il vous faudra franchir la « Maldite » pour pénétrer dans le village. C’est ce petit cours d’eau qui faisait fonctionner la forge dont l’existence est avérée depuis au moins le XVIIeme siècle. Et puis il y a ces immenses forêts qui entourent le village et qu’on devine encore plus fournies que maintenant à des époques lointaines.

Une force motrice, du combustible, du minerai, tout était réuni pour une exploitation métallurgique…

Il devient alors évident que Bertheléville ne fut rien d’autre qu’un domaine agricole et industriel employant de nombreuses familles, qui à la forge, qui au domaine agricole.

Sans faire ici la généalogie des propriétaires du lieu, remontons quand même un peu le temps…

La famille des Salles était une famille noble française, aujourd'hui disparue, originaire de la province du Béarn dont une branche s'est implantée en Lorraine en 1476.

- Henri II des Salles, seigneur de Vouthon, colonel de deux régiments d'infanterie et de cavalerie de Louis XIII. Il a épousé en 1623 Marie-Magdeleine d'Aultry, dame de Génicourt, fille de Jean Vincent, baron d'Aultry et de Claude Merlin

- Louis des Salles, seigneur de Vouthon-Haut et de Vouthon-Bas, Génicourt, Condé, bailli de Bassigny, lieutenant-colonel du régiment de Marchin, conseiller d'État du duc de Lorraine, marié en 1665 avec Marie de Louviers, fille de Louis de Louviers, seigneur de Maurevert, Mongimont, etc., chevalier d'honneur de la reine,

- Louis II des Salles, comte des Salles, seigneur de Vouthon-Haut et Vouthon-Bas, Maurevert, capitaine au régiment de Boufflers, bailli de Gondrecourt, chambellan du duc de Lorraine. Il est marié en 1694 à Denise-Agathe de Louviers,

- Alexandre-Louis des Salles, comte des Salles, baron de Rorté, seigneur de Vouthon-Haut et de Vouthon-Bas, Betheleville, etc., capitaine au régiment d'Orléans, marié vers 1716 avec Marie-Louise de Beauvau, fille de Louis-Joseph de Beauvau, marquis de Noviant, maréchal de Lorraine et Barrois,

- François-Louis des Salles (1724-avant 1810), comte des Salles, seigneur de Vouthon, capitaine de cavalerie au régiment d'Harcourt et ayant participé à la bataille de Fontenoy, gouverneur du duc de Chartres, marié en 1754 avec Philippine-Élisabeth de Vimeur de Rochambeau, sœur du comte de Rochambeau (NDR : célèbre pour s’être illustré lors de l’indépendance américaine). Il a émigré sur la frontière suisse. Il est mort en un lieu et une date inconnue, avant 1810.

- Louis-Denis des Salles ( -1798), marquis de Niviant, baron de Rorté, seigneur de Bertheléville, Chermisey, etc., marié en 1751 avec Lucie de Rosières.

- Charles-Philippe des Salles (1701- ), chevalier des Salles, a eu trois enfants sans descendance.

- Marie-Rosalie des Salles, mariée en 1724 avec Claude-François de Germigney

- Claude-Joseph de Germigney marié à Stéphanie-Catherine de Boisouzet d'Ormenans

  Amédée Louis de Germignay (  -1853), héritier de Bertheléville. (dont on reparlera plus loin.) Source : Wikipédia

Château de Bertheléville vers 1900, alors propriété de la famille Chaudron d'où son nom

Château de Bertheléville vers 1900, alors propriété de la famille Chaudron d'où son nom

On le voit, de la famille Des Salles, le domaine passa donc par alliance aux Germigney au XIXeme. Comme beaucoup de nobles fortunés (ils ne l’étaient pas tous, loin de là), les De Salles et leurs descendants virent, durant le siècle des lumières et le suivant, l’occasion de faire fructifier plus encore leur immense fortune en se lançant plus intensément dans l’industrie. A Bertheléville, c’est l’industrie du fer qui prédominait. Mais si le « capital » est une chose, le savoir-faire restait indispensable ! Il fallait donc s’entourer de gens compétents. C’est ainsi que l’on voit par exemple arriver à Bertheléville François-Stanislas Demimuid, maître de forge réputé. En 1838, l’exploitation est composée de 2 hauts fourneaux, 4 feux de forge et de bocards. Source : Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse - E. Henriquet et H. Renaudin – Stenay - 1838

« Les frères Demimuid doivent beaucoup à la Révolution. Ils sont nés au Bouchon où leur grand-père, leur père et leur oncle étaient souffletiers en bois, autrement dit fabricant de soufflets. C'est dire s'ils connaissent bien le milieu de la forge. Pierre Nicolas commence sa carrière professionnelle comme souffletier puis il est qualifié de négociant. Après la Révolution, il s’installe à Longeville où il transforme un moulin en forge, un petit établissement doté d’un feu et d’un marteau destiné à la production de fer en barre, forge qu'il développera progressivement. François-Stanislas dit Demimuid-Muel apprend le métier aux forges de Bazoilles (Vosges). Il épouse Marie-Anne Muel, la fille de Claude Muel qui a racheté l'usine avec son frère Florentin en 1808. Les frères Muel exploitent également à cette époque les usines voisines de Sionne et Villouxel. On le retrouve ensuite à Bertheléville comme régisseur des forges et fourneaux du marquis de Germigney. En quelques années, les frères Demimuid et leurs fils réunissent l’exploitation des forges et fourneaux meusiens de Demange-aux-Eaux, Bonnet, Haironville, Commercy, Longeville, ainsi que du haut-fourneau de Chavigny en Meurthe-et-Moselle et de Bienville en Haute-Marne. A la suite d’un partage entre les deux frères enregistrés le 19 octobre 1826, François Stanislas Demimuid reste le seul maître de la forge de Commercy et des moulins. Il conserve la moitié dans les hauts-fourneaux de Bonnet et de Demange-aux-Eaux ainsi que dans le bocard de Ribeaucourt. Il entreprend alors de développer l’usine en construisant de nouvelles halles mais sans augmenter sa capacité de production. Il y décède le 3 octobre 1834. » Source : LES FORGES DE COMMERCY DE 1706 à 1895 Par Pierre Briot, 2006

A la révolution, Bertheléville avait été élevé au rang de commune. Mais les années passent et le temps des petites forges est révolu. De plus, le problème de leur gigantesque consommation de bois soulève de plus en plus d’hostilité de la part des communes à l’heure où le bois est le seul moyen de chauffage et de cuisine journalière. Même si elles conservent parfois une activité, le temps est à l’industrialisation massive avec le charbon comme combustible et des gisements de minerai à grand rendement et à forte teneur. Il faudra donc pour beaucoup de ces propriétaires se recycler. C’est ce que fera M. De Germigney…

« Dans une autre partie du département se trouve le haras de M.le marquis de Germigney. C’est le plus redoutable concurrent qu’ait à craindre M. Bonvié sur l’hippodrome de Nancy. Possesseur d’un grand nombre de poulinière appartenant à la race deux-pontoise, il en a obtenu, avec quelques étalons anglais de Rosières, des produits dont la taille, la force, la distinction et les qualités laissent peu à désirer. Le haras de M. le marquis de Germignay est composé d’un grand nombre d’animaux qui trouvent une nourriture abondante et excellente sur le sol de la magnifique propriété de Bertheléville, située dans les environs de Gondrecourt. » Source : Des institutions hippiques et de l’élevage du cheval -par le Comte Achille de Montendre – Paris – 1840

Mais le plus insolite de cette histoire n’est pas ce site industriel conjugué à un vaste domaine agricole posé au milieu de rien…

L’incroyable, c’est qu’en 1853, à la mort d’Amédée-Louis de Germigney, ses héritiers décident de vendre le domaine et passe une annonce dans la presse de l’époque.

Et c’est là qu’on découvre une situation exceptionnelle !!

Journal "le Constitutionnel" - 24 octobre 1853

Journal "le Constitutionnel" - 24 octobre 1853

Le domaine de Bertheléville couvre LA TOTALITE de la commune et de ce fait, la commune n’a donc QU’UN SEUL PROPRIETAIRE !! Les autres habitants du lieu ne sont donc que ses employés ou leurs familles, et sont également ses locataires !

« Dans le département de la Meuse, arrondissement de Montmédy, canton de Gondrecourt, il existe une commune appelée Bertheléville, qui appartient en totalité à un seul et même propriétaire, le marquis de G***, lequel réalise, en plein XIXe siècle, la fable du marquis de Carabas, et qui jouit d’un pouvoir à faire envie au despote le plus absolu.

Les habitants de cette commune sont tous ses employés et ouvriers des forges de Bertheléville, qui appartiennent comme tout le reste, à M. le marquis, ou ses bucherons, ses cultivateurs à gage ou ses domestiques. Il n’est pas seulement propriétaire de toutes les terres, il l’est aussi de toutes les maisons, qu’il ne loue point à l’année mais au mois ; et encore ses locataires prennent-ils l’engagement formel de laisser M. le marquis jouir seul des bois communaux d’un revenu de 50000francs, à charge à lui de les chauffer, de payer les contributions, les gardes, et de pourvoir aux autres dépenses communales.

M. le marquis est, quand il lui plait, maire de la commune ; dès que cela l’ennuie, il fait nommer à sa place un de ses employés. Inutile d’ajouter que l’adjoint et les autres membres du conseil sont toujours désignés, c’est-à-dire nommés par lui.

Enfin, M. le marquis est aussi propriétaire de la maison commune, de la maison d’école, du presbytère, et même de l’Eglise, et loue tous ces édifices à la commune moyennant une faible redevance annuelle, uniquement pour conserver son droit.

On voit que les seigneurs féodaux n’étaient guère plus puissants jadis : seulement, grâce à la liberté, le marquis de G*** sera toujours désormais bon prince, vu qu’autrement ses sujets le déposeraient, ce qu’ils n’eussent pu faire jadis. » Source : Histoire des paysans de 1200 à1850 - Joseph Eugène Bonnemère – Paris 1856

On vient de le voir, au fil des ans et des siècles, Bertheléville a connu des fortunes diverses et les recensements des XIXeme et XXeme siècles en font foi.

Pourtant, on s’étonnera encore de ce qui va suivre…

Dès 1732, un jugement opposant « le » Des Salles propriétaire de l’époque (qui souhaitait reprendre à son profit un tiers des bois communaux) et le Grand Maître des Eaux et Forêts de France nous apprend « qu’il est de [ ]connaissance que le village de Bertheléville est détruit depuis trois ou quatre années, que les maisons ont été débâties par l’ordre du sieur comte Dessales, les habitants dispersés, en sorte qu’il ne reste que le château et deux ou trois maisonnettes ou masures habitées par les forgerons ou autres personnes à ses gages : Ordonnons que les deux tiers des bois [ ] seront mis sous la main du Roy, distribués en 25 coupes pour être vendues au profit de sa Majesté, une par année [ ]…»

Bien sûr, ce jugement provoque la réaction du seigneur du lieu et des derniers habitants mais le pouvoir royal ne flanche pas. Il faudra attendre « un jugement arbitral du 10 juillet 1793 pour que la commune de Bertheléville soit réintégrée dans la propriété des 630 arpents qui avaient été réunis au domaine par ordonnance du Grand Maître de Champagne ;

Le ministre des finances approuve le jugement le 22 fructidor an IX et charge le préfet d’autoriser la rentrée en possession dès que la commune aura justifié qu’elle est repeuplée et composée de trente-deux chefs de famille au moins. Le 5 vendémiaire an X, le maire dresse un état de la population indiquant la présence de 36 chefs de ménage ; le 27 du même mois, le préfet autorise la commune à se mettre en possession des bois. Source : Histoire des forêts dans les hautes vallées de l'Ornain et de la Saulx - O. Toussaint - 1898

L’ironie de la chose était bien évidemment que commune et propriétaire ne faisaient qu’un et que, par une exception somme toute extraordinaire, la révolution redonna ainsi à un noble des biens qu’il avait perdus sous l’ancien régime ! Mais c’est cette reconstruction « imposée » du village, exécutée sans doute pour retrouver ses bois, qui nous donne aujourd’hui la possibilité de découvrir le lieu tel qu’il fut durant les 225 dernières années !!

Après la vente du domaine en 1853 (on devrait dire de la commune), les terres, bois et château seront dispersées entre divers acheteurs. « L’entité Bertheléville » n’existant plus, la commune sera supprimée et rattachée à Dainville en 1876. De Dainville aux Forges, la nouvelle commune prendra le nom de Dainville-Bertheléville. Quelques ménages continueront d’y vivre, le plus souvent d’ailleurs employés par les propriétaires successifs du château, comme un dernier clin d’œil au passé.

Bertheléville, ce symbole peut être unique en France de l’ancien régime pour avoir réussi à survivre à peu près sous la même forme plus d’un demi-siècle après la révolution, fait maintenant le bonheur de propriétaires, parfois étrangers, qui ont trouvé là un cadre exceptionnel pour leurs résidences secondaires. La porte dite « de France » (bien que curieusement tournée vers la Lorraine), le colombier, le château sont aujourd’hui classés aux Monuments Historiques depuis le 6 juillet 1990. L’église, ancienne chapelle castrale, reconstruite par les « Des Salles » est aujourd’hui en ruines et les restes du cimetière qui l’entoure abritent encore de façon lisible les sépultures de quelques habitants dont celles des derniers seigneurs du lieu…

Vive l’ancien régime, vive la république, vive la France ! wink

Autres sources :

Le site « la-lorraine-se-devoile.blogspot.com » pour les photos du lieu

Vouthon Haut et ses seigneurs – H. Labourasse – Bar Le Duc – 1890

Cartes postales déposées sur Généanet par soph555

Rétronews

Gallica

AD55

Mémoires de la Société d'archéologie lorraine – Tome XLV – 1895

 

Ayant égaré mes propres photos du village, je vous renvoie vers ce site pour le découvrir.

Actionnez "l'ascenseur" situé à droite pour faire défiler toutes les images.

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RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

Publié le 9 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

En ce lundi 7 mars 1904, Fernand Claude Raymond Gabriel AUPROUX pousse la porte de la mairie de Poissons (52). Sa décision est prise, il va s’engager dans l’armée. Il ne le sait pas encore, mais il vient de faire le premier pas d’une carrière militaire atypique par les postes occupés.

Né le 14 janvier 1886 à Echenay (52), il est le fils du clerc de notaire Eugène Lucien Auproux et de Marie Louise Augustine Prudent. Peu après sa naissance, ses parents déménageront à Sailly (52) où son père travaille à l’étude de Maître Blondel, le notaire local. C’est donc là qu’il grandira. Ainé de la famille, il sera suivi de Louise Elise Lucie, Emile André, Suzanne Jeanne, Paul Barthélémy Gabriel et Yvonne Blanche, ses frères et sœurs.

Sa fiche de recrutement cantonal nous indique simplement qu’il mesure 1,68 m, blond aux yeux bleus et qu’il est vélocipédiste.

Forte de cette nouvelle recrue engagée pour 4 ans, l’armée le dirige sur le 144eme RI en garnison à Bordeaux où il devient immédiatement soldat de 2eme classe. Il faut bien commencer par le bas ! Hélas, il tombe malade quelques semaines plus tard et est réformé N°2 dès le 23 août 1904 pour pleurésie tuberculeuse. La fin d’un rêve ?... Non !

Le 8 octobre 1907, il est dirigé vers le 160eme RI où sont passés tant de gars du canton de Poissons avant lui. Passé caporal le 1er avril 1908, il devient sergent dès le 26 septembre et se rengage pour 2 ans dès le 14 janvier 1909. Promu sergent fourrier le 2 mai 1909, il se réengage pour un an le 11 mars 1911 puis encore pour un an le 12 janvier 1912.

Raymond a pris goût à cette vie militaire et il pose sa candidature la même année à l’Ecole Militaire d’Administration où il est admis et arrive le 1er octobre 1912. Il y est promu « Officier d’administration » de 3eme classe des services d’Etat Major et du recrutement le 23 septembre 1913 et est affecté provisoirement à la disposition du Gouvernement Militaire de Paris. Par décision ministérielle, il est affecté au bureau de recrutement de Saint Quentin et devient « Officier d’Administration » de 2eme classe le 1er octobre 1915.

Exerce-t-il sur Saint Quentin et a-t-il été muté plus tard ? Toujours est-il qu’il se trouve en garnison à Quimper (29) quand le journal Ouest-Eclair du 28 avril 1916 fait paraitre la publication du mariage de notre epinceloi avec Melle Marie GEORGE domiciliée à Chalon (51). Le mariage sera célébré à Chalon le 8 mai 1916.

Il sera ensuite affecté à l’Etat Major de la 2eme division d’infanterie le 29 juillet 1916 puis à l’Etat Major de la 10eme armée le 24 décembre 1918.

Nos troupes avançant vers l’Allemagne, il est ensuite versé à l’armée d’occupation du Rhin (17/10/1919) puis à l’Etat Major de l’armée du Rhin le 22/10/1919 où il restera jusqu’au 22 décembre 1921.

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C’est à ce moment que la carrière militaire de Raymond, déjà pas banale en soi (haut-commandement), va prendre une inflexion particulière… Sans doute remarqué pour des compétences hors du commun par ses supérieurs durant les années passées à l’Etat Major, il va être intégré à la très secrète « section du chiffre » par décret ministérielle du 23 décembre 1921. De quoi s’agit-il ?...

 

Créé par décret ministériel en 1912, la Section du Chiffre est le service chargé de protéger et de transmettre la correspondance militaire secrète et de décrypter les communications adverses.

« En effet, s’il existe un service du Chiffre français depuis le XVIIIeme siècle, il relève du ministère des Affaires étrangères et se charge uniquement des messages des diplomates français. Il n’existe ainsi pas de service du Chiffre dans l’Armée à l’époque de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et de nombreux historiens considèrent que cette absence a joué dans la défaite face aux Prussiens. Le monopole des Affaires étrangères tend à disparaître avec l’augmentation du nombre de messages chiffrés télégraphiés en Europe. La Sûreté générale crée un service de décryptement, dirigé par le commissaire Jacques Haverna dès 1904, afin de traquer les espions sur le sol français. De son côté, le ministère de la Guerre a pour habitude de créer des structures de déchiffrement temporaires en temps de guerre, et de se reposer sur les déchiffrements des Affaires étrangères en temps de paix. » Source : Renseignement et contre-espionnage – Eric Denécé

Il serait long de raconter ici l’histoire de la création de cette nouvelle section militaire. Disons seulement que si la cryptologie française avait de l’avance sur l’étranger, l’imminence d’un conflit imposait de doter l’armée de son propre service, que celui-ci fera de la France le pays le mieux préparé dans ce domaine à l’ouverture du conflit et que ses succès en feront un acteur majeur de la victoire.

C’est donc à l’issue du conflit que Raymond rejoint cette organisation aux effectifs assez réduits et très discrets. Il va de soi que les membres du Chiffre sont tenus au secret et ne doivent pas parler de leur travail à leurs proches ou aux autres militaires qu’ils sont amenés à côtoyer en dehors du bureau du Chiffre. Source : Renseignement technique et secret militaire : le Chiffre français pendant les premiers mois de la Grande Guerre - Agathe Couderc dans Stratégique 2014/1 (N° 105).

Les années passent et je perds un peu Raymond.

Il devient « Officier d’Administration » de 1ere classe le 25 septembre 1925 puis est nommé Capitaine le 9 juillet 1929. Par décret du 25 décembre 1929, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur ce qui marque certainement l’excellence de son travail au sein de la section.

Pour quelles raisons écrit-il alors le 3 janvier 1930 au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur « Par application de la circulaire ministérielle du 10 mai 1926, j’ai l’honneur de vous rendre compte que je demande à ne pas recevoir de la Grande Chancellerie l’insigne de la décoration de Chevalier de la Légion d’Honneur, grade auquel j’ai été nommé [ ] » et que le Lieutenant-Colonel Portzert, chef de la section du chiffre vise le courrier et ajoute « demande régulière » ? Secret de barbouze militaire !

Si son dossier de la Chancellerie et sa fiche militaire n’apportent pas d’autres renseignements sur sa carrière militaire, le journal « L’action Française » du 26 décembre 1937 nous indique qu’il est nommé au tableau d’avancement du cadre spécial de l’Etat Major au grade de Commandant et le journal « L’Excelsior » du 26 décembre 1938 nous informe qu’il a bien pris rang à ce grade.

Alors domicilié 8 rue Rochebrune à Paris (11e ar), il s’éteint le 12 mai 1959, vraisemblablement à l’hôpital Cochin. Il y est alors qualifié de Chef de Bataillon en retraite, ce qui confirme bien son grade de commandant.

Belle histoire que celle de notre épinceloi propulsé d’Echenay à l’Etat Major de l’armée comme agent du renseignement militaire et l’un des 4 natifs d’Echenay à avoir reçu la Légion d’Honneur !

Je terminerai en remerciant particulièrement Monsieur Gérard Seimbille (ggen sur Généanet) pour l’autorisation qu'il m'a donnée d’utiliser la photo de son ancêtre. Je me permets de reproduire ici une partie du message qu'il m'a adressé suite à ma demande : " J’ai en mémoire mes visites chez lui (Ndr Raymond) dans le 11ème et des épées qui y étaient accrochées au mur. Mon père avait été le voir quand il était en Allemagne après la guerre et il me racontait les bêtises qu’ils faisaient ensemble". Or, par un curieux hasard, il se trouve que j’ai eu l’occasion par le passé d’aider ce père aujourd’hui décédé pour sa généalogie épinceloise. Ce dernier avait eu l’extrême gentillesse de me recevoir chez lui pour me remercier lors d’un de mes passages dans sa région et je n'ai pas oublié l'excellent accueil qu'il m'avait réservé.

Sources :

AD52 / AD88 / AD75

Base Léonore

Gallica

Retronews

Geneanet : Arbre de Mr SEIMBILLE

Et d’autres sites web

Pour découvrir les 3 autres décorés de la Légion d'Honneur d'Echenay, cliquez ci dessous

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JOSEPH FABERT ET ALEXINE GUERRIN - ECHENAY 1923

Publié le 6 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Le Petit Provençal - 26 octobre 1923

Le Petit Provençal - 26 octobre 1923

« On a gagné ! » hurla Joseph dès que le facteur rural se fut éloigné un peu.       « Quoi ?... » lui répondit Alexine.      « On a gagné ! Au tirage au sort ! »;      « Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?... ».       « Mais à la Séquanaise !... Au tirage au sort mensuel de la Séquanaise ! A nous les sous !»

Joseph Marius et Constance Alexine Guerrin se sont mariés le 24 février 1906 à Annonville (52), petit village au Sud-Est de Poissons, le chef-lieu de canton dont Echenay fait aussi partie.

Né le 3 juillet 1880 à Echenay, il est le fils de Jules Isidore Fabert et de Julia Marie Groscolas. De son coté, Constance Alexine est la fille de Jean Baptiste Louis Guerrin et de Maria Célénie Chalin et est née le 24 janvier 1889 à Annonville.

Un peu plus tôt, alors domestique résidant à Montier en Der (52), il avait été déclaré « bon » pour le service malgré un frère sous les drapeaux. Joseph n’avait en effet pas produit les pièces nécessaires en temps voulu. Il avait donc commencé d’effectuer son service militaire au 160e régiment d’infanterie (15 novembre 1901) quand il en fut dispensé et envoyé dans la disponibilité (21 septembre 1902), la déclaration ayant été faite postérieurement à son incorporation.

Lucien (°1908), Marie Louise (°1910) et Léon (°1914), les premiers enfants du couple, sont nés quand l’ordre de mobilisation vient chercher Joseph. Rappelé au 79e RI qu’il rejoint dès le 3 août, il est promu caporal le 21 mai 1915 mais est blessé le 28 juillet suivant d’une petite plaie pénétrante au coude droit par un éclat d’obus. Guéri, il passe ensuite successivement au 29e RI (6 nov. 1916), au 116e RI (16 sept. 1917) puis au 5e Régiment du Génie le 5 novembre 1918. La guerre terminée, il est mis en congé illimité de démobilisation le 28 janvier 1919 et rejoint Echenay où le couple est établi.

 

Après Lucien, Marie Louise et Léon, naîtront Denis (°1918), Suzanne (°1920), Armande (°1922) et Andrée (°1923).

Est-ce pour assurer l’avenir de leurs 7 enfants que notre chef-cantonnier et Alice ont pris ce bon de capitalisation ? Sans doute…

La Séquanaise était un groupe d'assurances français basé à Besançon qui proposait ce type de contrat. « [Il] se matérialisait par un titre, nominatif ou au porteur, qui ne comportait pour son possesseur aucune obligation. Il lui assurait à l'expiration d'une période qui variait selon les sociétés de quinze à trente-trois ans, un capital déterminé. Le titre comportait, généralement après la deuxième année de versement, des valeurs de rachat progressives qui étaient égales au terme du contrat, au montant du capital assuré. Chaque mois un tirage au sort avait lieu, entraînant pour les titres sortants le remboursement anticipé du capital promis. Enfin, dans certaines entreprises, des participations aux bénéfices étaient prévues au profit des adhérents. ». Source :  GEORGES HAMON - Renseignements statistiques sur les sociétés de capitalisation - Journal de la société statistique de Paris, tome 71 (1930), p. 60-70

Joseph et Alexine n’ont donc pas eu à attendre le terme de leur contrat pour toucher le capital qu’ils espéraient, grâce à la sortie du numéro de leur bon au tirage au sort du 15 octobre 1923.

C’était évidemment une très bonne nouvelle pour le couple que cette rentrée d’argent anticipée et il est probable que cela ait un peu aidé Alexine matériellement pour surmonter le coup que le destin allait lui porter 3 ans plus tard.

En effet, Joseph décède prématurément le 29 mars 1926. Alexine se retrouve donc seule pour élever ses enfants.

Le recensement d’Echenay de 1931 nous apprend que la veuve Fabert vit maintenant avec son aîné Lucien, cantonnier comme son père et qu’il a peut-être remplacé, et avec Suzanne, Armande et Andrée. Sans doute pour mettre « un peu de beurre dans les épinards », elle élève également Pierre Roche et Elisabeth Bonnat, deux enfants de l’Assistance Publique nés à Chaumont respectivement en 1926 et 1927.

On y apprend également que leur fils Denis a trouvé une place de domestique à Echenay chez le couple Capitain (cultivateurs) et que leur autre fils Léon s’est fait embaucher à Echenay comme domestique de culture chez Pierre Louviot et sa femme Berthe.

Ainsi va la vie !...

Le patronyme Fabert (variation de faber, représentant la forme latine de févre désignant un forgeron) n'est pas implanté en Haute-Marne depuis très longtemps. Il y arrive vers 1860. SI le père de Joseph est né en Meurthe et Moselle (Battigny), son grand père était originaire de Moselle (Hellering-lès-Fénètrange). Ce nom est maintenant indissociable du secteur et tout le monde connait par exemple Jean Fabert qui a tenu de très longues années le garage / station service entre Echenay et Pancey où ont du passer toutes les voitures, deux-roues et autres tondeuses et tronçonneuses du coin.

Et puis c’est parfois marrant la généalogie villageoise ! On y croise des gens que l’on a connus sans les chercher.

Quand vers 1970, en vacances à Echenay et apprenant à faire du vélo sans les mains devant le lavoir je m’en mettrai « une bonne » (vous savez, la fameuse histoire du 1er passage « sans les pieds », du 2eme passage « sans les pieds, sans les mains » et enfin du 3eme « fans les pieds, fans les mains, fans les dents !!!), c’est « la » Berthe Louviot (comme on dit ici) qui sera appelée à la rescousse pour me donner les premiers soins. Les villageois lui prêtaient en effet quelques compétences médicales qui rendaient bien service à la collectivité. Elle faisait les piqûres, les soins, un peu à mi-chemin entre infirmière et vétérinaire. wink

Droite comme un I sur son vélo d’un autre âge, pédalant à un train de sénateur, elle traversait alors le village et délaissait son mari Pierre toujours assis sur sa chaise devant leur maison quand le temps le permettait ainsi que ses chiens attachés dans la grange, deux espèces de « bergers » à poil long et blanc (et très sales et puants à mes yeux d’enfant !), qu’elle appelait « Les P’tis Chéris ».

Mais c’est une autre histoire, d’autres vies !

Sources :

Rétronews

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