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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

CAUCHEMARS DE GÉNÉALOGISTE - ECHENAY 1692 et 1907

26 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

CAUCHEMARS DE GÉNÉALOGISTE - ECHENAY 1692 et 1907

Qui n’a pas un jour galéré pour retrouver la piste d’un aïeul ?

Les conditions de vie, le travail, la misère ou simplement le gout de l’aventure poussaient parfois nos ancêtres à migrer vers des destinations lointaines.

Voici deux exemples qui illustrent bien ce cas de figure. L’un permettra peut-être à un généalogiste de retrouver son parent, l’autre restera une énigme.

CAUCHEMARS DE GÉNÉALOGISTE - ECHENAY 1692 et 1907

Ainsi Antoine GASPARD, « masson » limousin, est sans doute parti gagner sa vie en parcourant la France et a fini ses jours à Echenay en 1692. Pour ses descendants, il reste une chance de le localiser.

Cadastre d'Echenay 1836

Cadastre d'Echenay 1836

Pour l’inconnu d’Echenay de 1907, son voyage et les recherches le concernant s’arrêteront là ! Le bois communal où fut retrouvé son corps borde la route de Joinville à Nancy qui marque les limites entre la commune de Pensey et celle d’Echenay.

Rentrait-il au pays ou au contraire fuyait-il son ancienne vie ?... Était-il étranger comme le laisse penser la mitraille trouvée dans son porte-monnaie ?... Reste une description précise de son habillement.

Quelque part, deux généalogistes cherchent et un voyageur passe...

Source : AD 52

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LE GARDE DU CHÂTEAU D'ECHENAY - 1898

24 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

LE GARDE DU CHÂTEAU D'ECHENAY - 1898

En 1898, Gabriel de Pimodan décide de faire ce que nous appellerions aujourd’hui la « promotion » de son recueil de poèmes intitulé « Lyres et Clairons, le coffret de perles noires ». L’ouvrage parait en 1899 à Paris chez Léon Vanier, éditeur 19 Quai Saint Michel.

A l’époque, pas d’émissions littéraires ! On imagine alors l’ouvrage adressé à divers destinataires qui auront le privilège de le lire en avant-première et, pourquoi pas, d’en faire une critique flatteuse.

Parmi les destinataires se trouve le « Spectateur Catholique », périodique tourné vers les choses religieuses et qui dispose de bureaux à Paris et à Bruxelles. Puisque la revue se qualifie elle-même de « Mensuel de Science, d’Art et de Jugement religieux », on espère sans doute (lui ou son éditeur) trouver là une résonnance favorable.

Ce dernier arrive ainsi sur le bureau de F. NONNIGER. Mais, comme l’indique son préambule, « Le Spectateur Catholique laisse à ses rédacteurs liberté de tout style, et, avec l’honneur de leur responsabilité, liberté de toute pensée, en les limites de l’orthodoxie définie ou traditionnelle. » Aie !...

Au livre est jointe la carte de visite de Gabriel de Pimodan ! Erreur fatale!!!...

F. NONNIGER, en place de critique littéraire, écrit alors :

Poésies de Pimodan : lyres et clairons, le coffret de perles noires. Illustrations de Henry Baudot. (Paris : Léon Vanier).

« J’ai lu jusqu’au bout, à défaut du livre, la carte de visite de l’auteur. Et déjà c’est assez long : « Le Marquis de Pimodan, Duc de Rarécourt, Conseiller Général de la Haute-Marne, Maire d ’Echénay. »

« Quand... les conseils généraux de département, les conseils municipaux de village, les élections, les moissons, les vendanges, les semailles, me laissent deux mois seul et libre dans cette chère masure de Saint Point.., ma vie de poète recommence pour quelques jours. Vous savez mieux que personne qu’elle n’a jamais été qu’un douzième tout au plus de ma vie réelle ... »

Vous croyez que je cite le châtelain d’Echénay, que non, c’est de Lamartine. Mais servie par une adaptation aussi traîtresse des termes, l’humilité du poète n’est pas sans être humiliante pour le versificateur.

Plutôt non : pourquoi faire du mal ? Disons - et c’est vrai - de ces Poésies de Pimodan, que parmi les poètes estimés, Mr Coppée en écrivit d’aussi mauvaises et le R.P. Delaporte point de meilleures.

Pour gouverne signalons que le volume contient une photographie du manoir d’Echénay, efficace à inculquer au docile critique le goût d’y avoir son numéro pendant la saison des chasses...

Fenêtre sur la rivière, si on peut choisir... »

Voilà, la critique est tombée, piquante à souhait ! Nonniger aurait-il une dent contre les nobles ou les politiciens ? La seule carte de visite aurait-elle suffit à déchainer cette diatribe ?... L’opinion donnée me semble faire preuve de bien peu de tolérance pour un rédacteur de magazine chrétien. Les poèmes du châtelain sont-ils si mauvais ?... Les a-t-il lu ?...

Parmi eux, un a retenu mon attention. Je ne suis pas expert en poésie mais il me plait bien !

Il s’intitule « Coupe de bois » et il est dédié « A mon garde… qui ne le lira pas »

Vous allez tomber, mes vieux hêtres,

Plus blessés que d'illustres reîtres,

Mais conservant un air vainqueur,

Comme au retour des longues guerres

Les vaillants soldats de naguères

N'ayant rien d'entier, sauf le cœur

Vous allez tomber, pauvres ormes,

Avec vos feuillages énormes

Où chantait un peuple d'oiseaux ;

Vous allez tomber, mes grands frênes,

Mes aulnelles immenses, reines

En robe verte au bord des eaux.

Et vous surtout, chênes sublimes,

Qui rêvez, orgueilleuses cimes,

Seuls forts en ce siècle alangui !

Nobles chênes, où les prêtresses,

Les Gauloises aux blondes tresses,

Auraient jadis coupé le gui.

La forêt, pleine de mystère,

Conservait l'âme de la terre,

Le dieu Pan, sous ses frondaisons,

Le chèvre-pied, force féconde,

Dont le rut emplissait le monde

Et fécondait les horizons.

O Maître adoré du poète,

Du pâle rêveur, dont la tête

S'incline sous le poids des vers ;

Dieu des rimes, des harmonies,

Qui fus chanté par les génies

Et n'es plus rien dans l'univers !

Près de toi, les Hamadryades,

Les Faunes moqueurs, les Naïades,

Dansaient à l'ombre du grand bois,

Et, faisant craquer ton suaire,

Tu retrouvais le sanctuaire

Où l'on t'adorait autrefois.

De nouveau, tu vas disparaître.

Hélas ! et moi, ton dernier prêtre,

Je livre le temple aux mortels ;

Moi qui, dans le fond de mon âme,

Seul, peut-être, gardais ta flamme

Et seul honorais tes autels !

Tu vas mourir sous la cognée,

Avec la futaie indignée

Et les nymphes de la forêt.

Et je pleure, en lisant ce livre,

D'avoir, honteux, vendu pour vivre,

Le divin Pan, qui m'inspirait !

A cette époque, le garde en question s’appelle Nicolas WITTMER et il a 50 ans. Il décédera quelques années plus tard, en 1905. Pourquoi PIMDAN affirme-t-il que Nicolas WITTMER n’a pas lu ce poème ? Le fils « d’émigrés » Alsaciens savait au moins signer et son emploi chez le marquis lui donnait sans doute accès à ce livre. Mais ne faisons pas un second procès au Marquis !

Il ne me semble pas surprenant que Gabriel de Pimodan ait écrit un poème dédié à un de ses employés. J’y vois une preuve d’attachement à ses administrés. Il avait déjà précédemment écrit un poème sur le facteur d’Echenay, Henri Rouge.

Le terroir, la campagne autour du village, les gens du pays l’inspiraient. D’ailleurs, quelle chance pour moi, qui m’autoproclame historien d’Echenay, puisqu’il me donne matière à écrire !

Et j’ajouterai le fait que si le garde en question fut le frère de mon arrière-grand-père, cela ne change rien à mon jugement !!! lol

Sources :

AD52

Digithèque de l’Université Libre de Bruxelles

Le Spectateur catholique, tome IV, Bruxelles ; Paris, Juillet 1898 – Décembre 1898 (n°19-24).

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"PEPPONNE ET DON CAMILLO" A ECHENAY ? - 1905

21 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

"PEPPONNE ET DON CAMILLO" A ECHENAY ? - 1905

La loi de séparation des Églises et de l'État fut adoptée le 9 décembre 1905 et le rapporteur était le député républicain-socialiste Aristide Briand.

Le débat agitait la société Française depuis longtemps déjà. Le premier acte avait eu lieu en 1794 et durant tout le XIXe siècle, cléricaux et anticléricaux (le terme naît à cette époque) s’étaient affrontés, souvent assez durement.

Les élections de 1902 sont un triomphe pour le parti radical-socialiste, allié aux socialistes de Jaurès dans le Bloc des gauches. En juin 1903, une majorité de députés décide qu'il y a lieu de débattre d'une éventuelle séparation et constitue une commission dont Aristide Briand est élu rapporteur. (Wikipédia)

Journal Officiel du 22 avril 1905 (Gallica)

Journal Officiel du 22 avril 1905 (Gallica)

A la 2eme séance du 22 avril 1905 de la chambre des députés et dans le cadre du débat sur le projet de loi auquel participe Jean JAURES, Albin ROZET, député de la Haute-Marne, dépose sur le bureau de la Chambre une pétition signée par 73 habitants de la commune d’Echenay. Un mot sur Albin ROZET : Il fut député de la Haute-Marne de 1889 à sa mort survenue en 1915 dans un accident d’automobile, chose peu fréquente à l’époque.

Bien que je n’ai pas retrouvé cette pétition, il ne faire guère de doute que les signataires s’opposent à cette loi. Ce seul jour, 10 autres députés français déposent également une pétition allant dans le même sens.

La communauté Epinceloise n’a pourtant pas toujours manifestée son attachement à la religion.

En 1843, l’abbé GARNIER, curé d’Echenay, écrivait à son évêque sur des faits de 1842 :

« Le quatrième dimanche de l’Avent, tout paraissait désespéré pour le jubilé. Les femmes mêmes, contre leur coutume, ne venaient à la prière qu’en très petit nombre et pas un homme n’y avait encore mis le pied. Au désespoir, à la vue du mépris que je croyais remarquer en tout le monde pour la grâce offerte, j’ouvre, à la sainte messe, mon cœur à la paroisse avec une telle expression de douleur, que chacun reste interdit, sans que je m’aperçoive de l’impression produite. »

Vous l’avez compris par la dernière phrase, l’affaire trouva un dénouement heureux. Le « retour » de la foi religieuse à Echenay se fit -il à ce moment-là ? (Pour les plus curieux, voir ci-dessous)

Toujours est-il qu’au recensement de 1906, Echenay comptait 57 ménages et 182 habitants dont 75 avaient moins de 20 ans. Restait donc 107 habitants que l’on peut considérer en âge de s’exprimer. Environ 70% de la population avait donc signé cette pétition, marquant ainsi son attachement à l’église et à son représentant local !

Ceux qui auraient pu être les « Don Camillo et Peppone » Epincelois étaient Léon JAPIOT, desservant, et Gabriel de RARECOURT-PIMODAN, maire et châtelain du village. Je ne pense toutefois pas qu’il en fut ainsi car Gabriel de PIMODAN ne peut absolument pas être qualifié d’anticlérical, lui dont le père est mort au service du pape.

En 1906, les sœurs de la rue des ponts étaient Adelaïde PERREY, institutrice libre, et l’infirmière Anna Dallory prodiguait ses soins aux habitants du village. Sont-elles ensuite parties en Suisse comme nombre de leurs consœurs de la congrégation de « La PROVIDENCE » ou se sont-elles sécularisées ?

Je penche plutôt pour cette dernière hypothèse car les plus « anciennes » du village parlaient encore avec ferveur des sœurs qui leur faisaient l’école.

Aujourd’hui, il n’y a plus de curé résidant à Echenay et là, la République n’y est pour rien !

Sources :

Gallica : Journal Officiel

AD52

Assemblée-Nationale.fr

Wikipédia

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ANDRÉE JACOT OU "LA MÉMOIRE VIVE D'ECHENAY" - 2013

17 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Il arrive parfois de très curieuses et bonnes surprises. S’il est toujours agréable de découvrir de nouveaux éléments pour enrichir sa découverte d’un village, il est fort rare detrouver un témoignage sonore couplé à une retranscription écrite.

La connaissance des temps passés intéresse de plus en plus de monde et certaines institutions ne s’y trompent pas. La mémoire de nos anciens est devenue Patrimoine immatériel. Quoi de plus naturel quand l’Unesco classe, par exemple, des Savoirs-Faire comme patrimoine immatériels.

La découverte que je viens de faire est intéressante à plus d’un titre.

D’abord, même si je ne connais pas la personne en question, son récit est émouvant. Que seraient nos anciens sans cette dimension humaine ? Une suite de noms, de dates sans âme ? Inimaginable pour moi ! Ensuite, ce discours permet d’enrichir nos connaissances sur l’histoire du village en plaçant les gens et les faits dans un contexte vivant. On est bien loin de la recherche historique locale en archives. On pénètre des intimités. Cette personne a côtoyé mes aïeux. A travers elle, je vois ce qu’ils ont vu. Enfin, la multitude de petits faits ou personnages évoqués sont comme des pièces d’un puzzle qui viennent compléter la vue d’ensemble que l’on pouvait avoir de leur vie quotidienne. A ce titre, son témoignage est inestimable !

Nous devons au Conseil Régional de Champagne-Ardenne ce qui va suivre. C’est lui qui a mandaté l’Association Le son des choses pour collecter ces informations. Le témoignage dactylographié représente 14 pages. Il est donc impossible à reproduire ici. Toutefois, puisque différents thèmes sont abordés, je synthétiserais donc après une courte présentation.

Andrée Marie Mathilde JACOT est née le 9 juillet 1910 à Echenay. En 2013, elle a 103 ans et toute sa tête lorsqu'elle répond aux questions de l’enquêteur Julien ROCIPON (de l’Association Le Son des Choses). Des souvenirs, elle en a ! Et les détails qu’elle fournit sont justes dans la majorité des cas. Parfois un peu hésitante, elle se reprend toujours rapidement. Mariée en 1932 à Roger THIRY, elle exercera plusieurs métiers, sera gérante de petits magasins « Les Ecos » avant de terminer sa carrière dans une usine de seringue pour prise de sang.

Voici les extraits que j’ai choisis pour éclairer la vie villageoise de ce début de XXe siècle.

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

SA FAMILLE

Les parents d’Andrée sont Arsène Alphonse Gaston JACOT et Amélie Marguerite Marie GUILLAUME. Ils s’étaient unis à Echenay le 25 février 1905.

Elle évoque également à plusieurs reprises son frère. Ce dernier, Léon Bernard JACOT, avait bien 4 ans de plus qu’elle puisque né le 15 février 1906. Il se maria le 10 mai 1930 et décédera le 18 octobre 1965 à Nancy. Je ne sais pas si elle a eu d’autres frères et sœurs.

Plantons maintenant le décor de son enfance !

LA FERME DE SES PARENTS

J : Qu'est-ce qu'il faisait (NDA : son Père) comme champs, comme culture ?

T: Blé et avoine, et puis de la betterave pour les vaches. On avait une douzaine de vaches qui produisaient du lait, de la crème, du fromage, voilà. Puis on avait des moutons parce qu'y avait un berger de commune (NDA : exact, mon arrière-grand-père a exercé ce métier à Echenay. Sans doute le prédécesseur de celui qu’elle évoque. En 1906, le berger s’appelle Louis GUERIN) qui ramassait tous les moutons. Les petits manœuvres, les femmes de facteurs, les femmes, elles avaient une dizaine de moutons. Et nous, on en avait une quarantaine. Et tout ça , ça rentrait tous les soirs, chacun dans sa maison. Elles ne se trompaient pas, les brebis. Ouais.

J: Et vous aviez des chevaux ?

T: Ah oui. Il fallait pour cinquante hectares et puis encore les quelques champs que mon père avait à lui. Donc y avait six chevaux à la maison. Et dans les six chevaux, y avait deux juments poulinières, qui faisaient des petits poulains tous les ans. Mais ça réussissait ou ça ne réussissait pas, hein. Enfin, c'était comme ça.

J: Mais il y avait du travail ?

T: Beaucoup de travail. Ce n'était pas la même vie que maintenant que tout se fait avec des moteurs, et là, tout se faisait à la main.

J: Il y avait des ouvriers, des commis ?

T: Ah ben, on en a eu quand mon frère a été faire son service de dix-huit mois, il a bien fallu qu'on prenne un employé.

J: Et y avait quoi comme travail à la main à faire ?

T: Eh ben, qu'est-ce qu'y avait de fait à faire à la main ? Ben, on allait ramasser, y avait une lieuse pour faucher, le blé ou l'avoine, eh ben, fallait mettre en tas. Après il fallait rentrer dans un chariot et après la batterie. Avec un cheval qui montait sur, nous on avait un tripot, et le cheval qui montait sur un plateau tournant, il faisait marcher les courroies, et y avait quelqu'un pour couper les ficelles des gerbes. C'était beaucoup de travail, beaucoup de travail. Fallait aller piocher ces betteraves-là. Et quand on les récoltait au mois d'octobre, fin octobre, des fois commencement de novembre, on avait les doigts gelés. On coupait les feuilles et on les rentrait à l'abri pour tout l'hiver. On avait un coupe-racines, on mettait quatre-cinq betteraves dans le coupe-racines et on tournait la manivelle à la main, pour faire du mélange. C'est-à-dire il tombait des bons cartons des, des betteraves et avec la menue paille de la batterie qu'on avait, ah là, qu'on avait ramassée, quoi... Oh, vous savez...

J: Et avec les bêtes ?

T: Eh ben, oui, c'est justement. Les bêtes, on les emmenait l'été, elles allaient au parc. À l'arrière-saison, on allait un petit peu les garder dans les, ça s'appelait les regains, l'herbe qui avait un petit peu repoussé dans la prairie, on allait les garder. Et puis après, on les rentrait pour l'hiver. Elles allaient juste boire à l'abreuvoir, dans le milieu du village. Y avait un, un bel abreuvoir, elles allaient y boire une fois par jour, et puis on les rentrait à l'écurie. Elles avaient une chaîne autour du cou. Oui.

J: Et vous aviez des poules et des lapins ?

T: Oui. Les poules, elles étaient en liberté, elles rentraient chez tout le monde, hein, les poules on les rentrait dans leur maison, elles n'allaient pas ailleurs. Quand arrivait le coucher, elles repartaient dans leur maison. Et tout le monde avait des volailles, et les lapins ils étaient enfermés dans des caisses, pas pareil. Ah oui. Et on mettait une poule couver avec des œufs qu'elles avaient pondus et la mère, la poule, elle revenait avec ses petits poussins. Elle revenait manger et puis ses petits poussins, oui, tout ça, ça mangeait. Et ça n'allait pas chez les voisins.

Examinons maintenant l’importance du tas de fumier

J: Vous aviez un tas de fumier ?

T: Ah ben, le tas de fumier était dehors, mais souvent sous la fenêtre d'une chambre. Ah oui, y avait des tas de fumier sur toutes les maisons. Ah ben oui, ça c'est vrai. Alors les gens qui étaient propres relevaient comme il faut la paille, parce que les volailles dans la journée, elles avaient traîné, gratté, dans le tas de fumier. Voui, c'est vrai, c'est vrai. Oui, les tas de fumier.

J: Ça servait à quoi ?

T: Le fumier ? Ben, ils le mettaient dans un tombereau ou dans une charrette, et c'était pour faire de l'engrais dans les champs. Oui.

J: Et est-ce que l'on montrait à tout le monde son tas de fumier ? Est-ce qu'il montrait la richesse ?

T: Ben, c'est vrai que quand on mettait du fumier la production était meilleure, hein.

J: Et de montrer aux autres son tas de fumier ? Est-ce que plus on avait un gros tas de fumier, plus on était riche ?

T: Ah ben, ça, si on avait un gros tas de fumier, c'est qu'on avait beaucoup de bêtes. Et c'est qu'on avait beaucoup de travail. Si on avait un petit tas de fumier, c'est qu'on n'avait que deux vaches. Mais si on en avait une dizaine, tous les matins avec la brouette, une brouette plancher, fallait nettoyer le derrière des vaches. C'était sale, et on mettait tout ça dans le tas de fumier. Et le tas de fumier était dans la cour de la ferme.

J: C'était important que les autres voient le tas de fumier ?

T: C'était pas important, c'était partout pareil. Les manœuvres avaient quelques bêtes, ils avaient un tas de fumier. C'est, c'était naturel. C'était naturel.

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

L’ECOLE OU PLUTOT LES ECOLES

L’école des sœurs se trouvait rue des deux ponts, en direction d’Aingoulaincourt.

Vers 1911, une nouvelle école communale fut construite. Jusque vers les années 2000, l’école sera faite dans le même bâtiment que la mairie du village

J: Vous êtes allée à l'école à quel âge ?

T: Ah, je suis allée à l'école de bonne heure. C'était une sœur qui nous faisait le, y avait deux écoles dans mon village. Y avait une école publique (NDA : Mme Thiry parle là de l’école des Sœurs) et une école laïque. Donc à l'école publique, c'était les filles qui allaient, naturellement, et à l'école laïque, c'était les garçons. C'était Monsieur BERTRAND (NDA : Voir plus loin) qui était maître d'école, un bon maître d'école. Et mon fils (NDA : Elle veut dire son frère) qui n'avait que huit ans, c'est lui qui a dit le discours qu'y a eu le onze novembre puisque la guerre était finie.

D’après ses souvenirs, il semble que ce soit son frère qui ait prononcé un discours lors de l’armistice du 11 novembre 1918. S’il avait bien 8 ans à la déclaration de guerre, elle se trompe ici. Son frère devait avoir environ 12 ans à cette époque. Toutefois, il est donc possible qu’elle ait eu un autre frère né vers 1913 ou 1914. L’état civil de ces années n’étant pas en ligne actuellement, difficile d’en savoir plus.

T : Monsieur LÉGER qui était maître d'école à ce moment-là prenait tous les gamins pour voir lequel qui dirait le mieux. Par cœur, hein ! Pas relire. Et ça a été mon gamin (NDA : Voir note précédente) qui n'avait que huit ans qui a lu le petit discours.

J: Vous aimiez l'école ?

T: Ah, ben, j'aimais bien l'école, oui. On allait chez, c'était une sœur qui nous faisait l'école. Puisqu'y avait eu la séparation de l'Église et de l'État. Elle était habillée en noir mais elle n'avait ni voile, ni rien, hein. Elle n'avait plus la coiffe des sœurs, ni rien. Elle était habillée en noir et voilà.

J: Et c'était comment, l'école ?

T: Ben, c'était très bien. Y avait des tables de quatre personnes, des grandes tables avec des encriers. Et puis fallait faire attention parce que ça faisait un brouillon (NDA : une tache) sur le cahier.

Ecole communale édifiée vers 1911

Ecole communale édifiée vers 1911

LA VIE QUOTIDIENNE

J: Donc vous êtes restée plus de dix ans à travailler chez vos parents ?

T: Oui. Ah, mais je, je revenais de l'école, il fallait que je, c'est, la cocotte était devant le feu, y avait pas de cuisinière à ce moment-là, hein, et il fallait refaire le feu et puis mettre un peu de braise sous la cocotte pour que ça cuise, parce que ma mère était partie dans les champs.

J: Y avait pas de cuisinière? (NDA : le meuble)

T: Ah non, nous n'avons eu une cuisinière qu'après la guerre.

J: Alors c'était quoi ?

T: Ben, c'était le feu à l'âtre. Y avait une cheminée, une plaque en fonte, et on mettait du bois.

J: Pour faire cuire tout ?

T: Pour faire tout, oui. Mais ma mère avait été apprise par ses parents, qui étaient cultivateurs aussi, mais elle savait faire du pain. Et dans toutes les maisons y avait un four à pain. Un four à pain qu'on mettait un fagot, deux fagots, pour chauffer le four. Il fallait se lever à quatre heures du matin. Bon, on avait mis la pâte en route, de la farine et de l'eau, et le matin, à quatre heures du matin, ma mère se levait avant d'aller traire les vaches, elle mettait ça dans des petites corbeilles avec un petit linge dedans. Elle mettait une poignée de pâte. Fallait laisser lever à la chaleur. Et elle allait soigner ses bêtes, traire, donner à boire, donner à manger à ses vaches. Elle ne s'occupait pas des chevaux. Et c'était mon frère, puisque c'était la guerre, c'était mon frère ou un employé qu'on prenait. Et puis alors, oui, eh ben, ma foi, le four, fallait tirer la braise de ce four avec un râteau exprès, on tirait la braise dans un gros récipient en fonte, et après on enfournait, on culbutait la pâte de sur une planche et on l'enfournait. On, on reprenait la planche puisqu'elle avait un grand manche, elle resaupoudrait un peu la planche, elle remettait une deuxième petite corbeille. Elle faisait huit pains, huit gros pains. Le pain était très bon, meilleur que celui du boulanger, et les voisines : -Vends-moi une livre de pain. Des fois, Maman se laissait faire mais fallait en conserver pour la semaine d'après. Ah, c'était très dur de travail, très dur de travail. Mais enfin, ça se faisait. Ça se faisait automatiquement.

J: Qu'est-ce que vous mangiez ?

T: Qu'est-ce qu'on mangeait ? Eh ben, ce qu'on avait, des pommes de terre, des carottes, des navets, de la salade, parce qu'on avait un jardin et on faisait tout ça. Alors tous les, ah, on avait un porc aussi. Et on tuait ce porc et on salait dans un grand saloir en bois le lard et puis les jambons. Et on faisait la soupe au lard presque tous les jours, si on veut. Alors un morceau de lard qui était des fois, du bon, bien maigre, des fois il était moins maigre, et puis, alors bon, on mettait ça dans, dans une marmite en fonte avec des poireaux, des carottes, des, et voilà, et ça cuisait devant le feu. Devant ce feu, qu'y avait pas de cuisinière. On mettait de la braise. Y avait trois pattes à ce pot, y avait trois pattes pour le tenir debout, qu'il ne tombe pas, et on remplissait d'eau. Et quand je revenais de l'école à onze heures, je ravivais le feu, les braisons, et je remettais le restant du pot qu'il cuise pour quand Maman rentrait à midi et les hommes aussi, pour manger. Voilà. Ah oui, on était occupés.

J: Y avait l'électricité ?

T: Ben, je ne sais pas en quelle année qu'on l'a eue, l'électricité. Je sais pas. Je me rappelle pas. De toute façon, quand j'étais gamine, que je revenais de l'école, y avait une petite lampe à gaz qui éclairait la cuisine. Et puis des lanternes avec un gros globe de verre pour les écuries. Et après, quand ma mère rentrait de traire les vaches et de leur donner à manger, elle venait allumer la lampe à pétrole qui était suspendue au plafond. Alors à ce moment-là, que j'avais une dizaine d'années, ça, sûr, y avait pas d'électricité. Je ne sais pas.

J: Et ça a changé quelque chose, l'électricité ?

T: Oh ben, c'est-à-dire c'était quand même le bonheur, quoi. Après, y avait plus à mettre du pétrole dans la lampe et, c'était quand même mieux. Y avait qu'à appuyer sur le bouton. On avait de la lumière dans les chambres. On avait de la lumière, c'était quand même mieux. Ah, ben oui.

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

LA VIE RELIGIEUSE

 

J: Vous avez eu une éducation religieuse ?

T: Oui.

J: Vous pouvez me raconter ?

T: Ah ben, on allait à la messe déjà tous les dimanches, père et mère, bien sûr pas pendant la guerre. Ma mère elle n'y allait peut-être pas non plus, la pauvre, elle avait du travail. Mais cette sœur qui nous faisait l'école, y avait un harmonium, on chantait les Kyrie, le Gloria, en latin, le Credo, l'Agnus Dei, le Pater Noster, et tout ça. Ah oui ! On avait un curé qui avait un presbytère. Oui, oui, oui. Ah, question religieux, on était très bien, très bien. Ah oui.

 

J: Et à l'église, les hommes et les femmes étaient mélangés ?

T: Ah, les hommes et les femmes étaient, non, les hommes avaient leur petite chapelle, et  les femmes en bas (NDA : Près du chœur.  Il faut noter que chaque famille avait son banc avec le nom gravé sur une petite plaque de cuivre. Elles sont maintenant pour la plupart effacées. L’église a été rénovée récemment et a retrouvé son lustre). Ah oui, c'était pas mêlé.  Notre église, elle était très, très, très bien. Il y avait le chœur, après y avait deux petites chapelles de chaque côté qui avaient le tabernacle dans le coin pour dire des messes, et on redescendait un escalier, et y avait la Sainte Vierge, l'autel de la Sainte Vierge, là, et le Saint-Joseph de l'autre côté, et l'allée dans le milieu. On avait une belle petite église à ÉCHENAY.

 

J: Et alors les hommes et les femmes ?

T: Séparés. Séparés : les hommes en haut (NDA : comprendre derrière) et les femmes en bas (NDA : Devant). Oui, oui, oui, oui. Oui. Maintenant c'est tout mêlé.

 

J: Et y avait du catéchisme ?

T: Ah ben, oui ! Le jeudi, parce que c'était le jour de congé avant, de mon temps, hein.

Alors y avait la messe et le catéchisme après. Et le dimanche y avait la messe, on allait manger, et y avait le catéchisme, le chapelet, et les vêpres. Les vêpres qui étaient en quatre psaumes, et en latin. Et le Magnificat au bout. On redescendait, et on remontait dire une dizaine de chapelets  pour la prière du soir. Ah, mais la journée était bien occupée ! Oui. C'était très bien.

 

J: Et dans le village, y avait des personnes qui étaient un peu anticléricales ?

T: Oh, oui. Y a toujours, y en avait pas beaucoup. Y avait une famille, la famille XXXXXX qui était des gens qui n'aimaient pas l'église, qui étaient cultivateurs. Mais autrement tout le monde allait, tout le monde allait à la messe. Ben, les hommes n'y allaient pas toujours, hein, à la messe. Moi, mon père il y allait aux fêtes. Ma mère y allait tous les dimanches, quand elle pouvait. Et nous, ça, on ne manquait pas, hein. Mon frère et moi, fallait partir à la messe. Et le jeudi, au lieu de rester au lit, la messe était à sept heures, on se levait pour aller à la messe de sept heures. Et après, on avait le catéchisme. Voilà. Ah, mais c'était comme ça.

L'église du village. Devant le cimetière

L'église du village. Devant le cimetière

LA VIE SOCIALE

J: Quelle était la place de la femme à l'époque ?

T: Ben, la femme, elle a toujours bien aimé dominer le ménage, hein. De tout temps, je crois que la femme était plus heureuse si le mari la laissait faire. J'ai toujours vu ça dans tous les ménages.

J: C'est ce qui vous est arrivé ?

T: Ben, j'aimais bien gouverner mes affaires et, mais il fumait beaucoup, mon mari. Mais ça, je ne, y avait rien à faire. Moi, je ne fumais pas du tout. Enfin, que voulez-vous ? Le tabac avant tout. C'est vrai. Parce qu'y avait pas beaucoup d'argent dans ce temps-là.

J: Et le tabac coûtait cher ?

T: Ben, je me rappelle, c'était deux francs cinquante le petit paquet de gris, de tabac gris. Oui, deux francs cinquante.

J: Et quand vous vendiez un fromage, c'était combien ?

T: Oh, mais ça je me rappelle pas. Pas du tout. C'était ma mère qui s'occupait de ça, donc, elle en a plus donné qu'elle en a fait, qu'elle n'en a fait payer. Ah, je lui disais toujours : -Maman, économise donc ! Tu donnes à ces gens-là et puis tu n'auras pas... Ben, c'est vrai, ils ne la payaient pas, hein. Enfin, c'était comme ça dans ce temps-là. Parce qu'y avait pas de retraite pour les personnes âgées, hein. Eh ben, je lui disais : -Pourquoi que tu donnes à cette dame-là ? Tu sais que tu ne seras jamais payée, que ses enfants n'économiseront pas pour te payer. Eh ben, elle donnait quand même. Ah oui. C'était comme ça.

J: Et quand elle a été âgée, votre maman, vous l'avez prise chez vous ?

T: Oui. Elle a été, c'est-à-dire elle allait chez mes petites-filles, chez mon, les enfants de mon frère. Elle y allait y passer l'hiver. Et puis je sais pas qui a été malade, si ça a été mon frère ou si ça été les gamines cette année-là, elle est venue chez moi. Ah non, ils allaient en vacances, peut-être bien, enfin, elle est venue dans le mois d'août, moi je n'allais pas en vacances, et elle est décédée six mois après.

11 Novembre 2014

11 Novembre 2014

LA GUERRE 14-18

J: Votre papa, il a été blessé pendant la guerre ?

T: Ah ben, il a eu, il a eu les gaz, et des fois il restait huit jours au lit et il avait froid. Ma mère avait beau lui mettre des édredons, mais il avait froid quand même. Mais il n'a jamais voulu porter plainte parce qu'il aurait pu quand même toucher quelque chose, mais il était têtu. Et voilà, il aimait mieux rester huit jours, Maman me disait : -Tu vois, tu restes tes huit jours au lit, et il faut qu'on prenne un employé. Il vaudrait mieux quand même que tu te...

Mais il a été quand même une fois à DIJON ( NDA : Certainement pour se faire soigner), je crois, mais enfin, il aurait fallu qu'il suive, mais il faisait pas.

J: Et il en parlait ?

T: Ah, il parlait des fois de sa guerre. Oui. Oui. Ben, il nous racontait ses batailles quelquefois. Ah ben, comme il dit, la guerre, elle a fini le onze novembre, mais il dit : -J'en ai encore vu tomber à côté de moi, et il était plus du onze. Ben oui, ceux qui étaient en route. Et il s'est trouvé que lui n'a pas été pris. Mais enfin, il a eu les gaz.

LA GUERRE 39-45

Pendant la guerre, Mme RIGNY revient de Vauchassis -10 (où elle vient d’emménager) à Echenay chez ses parents.

J: Et les Allemands ?

T: Ben, ils étaient gentils, hein. Ils ne faisaient pas de mal, hein.

J: Vous pouvez me raconter la première fois que vous avez vu ?

T: Oh ben, à VAUCHASSIS, les Allemands ils occupaient une maison qui était dans le milieu du pays. Mais ils ne faisaient pas de mal, hein. Personne ne leur faisait du mal, et eux ils ne bougeaient pas non plus, hein. C'était un dépôt qui était là, mais...

J: Racontez-moi vos souvenirs.

T: Oh, ben, non, je, je veux pas rentrer dans des affaires que je ne connais pas.

J: Non. Vos souvenirs à vous.

T: Ben, c'est justement. Je, les Allemands je les laissais, et puis c'est tout. Ils étaient dans une maison dans le milieu du pays. Ben, on n'avait pas de contact avec eux, hein. Non.

J: Vos enfants allaient à l'école ?

T: Eh ben, oui. Ben, je sais, ça se passait très bien.

J: Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ? Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ?

T: Ah, ben ça, on peut pas vous dire qu'on n'a pas manqué. Mon gamin il rentrait de l'école, il me disait : -Maman, j'ai faim. -Eh ben, je disais, épluche des pommes de terre et mets-les sur le dessus de la cuisinière. Et puis quand elles seront, tu les retournes et tu les manges. Ça il, lui, mon garçon a souffert de la nourriture pendant la... Marie-Thérèse, l'aînée, elle ne mangeait presque pas, alors elle n'a pas souffert. Mais lui, mon gamin, il a souffert. Il était très grand. Il a manqué. Enfin, c'est comme ça.

J: Qu'est-ce qu'y avait à manger à l'époque ?

T: Ben, j'avais, on jardinait et on mangeait ce qu'y avait dans le jardin : poireaux... Y a, c'était pas facile de trouver de la graine encore. Pas facile du tout ! Ah ben, c'est comme ça, hein. On s'habitue. Mais enfin, pour les enfants, c'est embêtant.

J: Y avait un, vous, vous aviez encore des poules et des lapins ?

T: Ben, petitement, hein, parce que fallait trouver de la nourriture pour tout ça. Les cultivateurs, ils gardaient leurs grains et ils gardaient leur fourrage, alors, c'était pas facile, hein. J'ai retourné une année chez mes parents. Et, ah oui, et c'est là que mon mari s'est appris à taper du bois. Oui, c'est là qu'il s'est appris. Quand j'ai été, j'ai retourné à VAUCHASSIS, que j'ai retourné à ÉCHENAY. Voui. Et ma mère me disait : -Si ton mari est rappelé, qu'est-ce que tu feras à VAUCHASSIS ? Tu ne connais personne. Ben voui, j'y avais arrivé en trente-huit, le douze juillet. Le douze juillet mille neuf cent trente-huit. Et cette guerre, ma mère m'a dit : -Ton frère a une voiture, il va aller te rechercher. Et c'est ça, mon frère est venu me rechercher. Oui. Et lui, mon frère, il a parti à la guerre. Ça, lui il n'y a pas coupé.

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

LES PERSONNALITES DU VILLAGE

Madame THIRY évoque parfois les gens du village. J’ai souhaité apporter quelques précisions sur certains d’entre eux.

Monsieur BERTRAND fut bien instituteur à Echenay. Il semble être né en 1859 puisqu’un acte d’état civil de 1910 le dit âgé de 51 ans. On trouve par exemple sa trace le 19 juillet 1911 dans le Journal Officiel où il reçoit une médaille de bronze et une prime de 50 fr pour don de livres. Cette récompense s’appliquait aux instituteurs (trices) ayant rendus des services pour les cours d’adultes et d’adolescents ou pour participation aux œuvres complémentaires de l’école.

Très impliqué dans l’éducation des villageois, il est nommé Officier d’Académie le 5 septembre 1919 (J.0 de ce même jour). Pas étonnant dans ces conditions qu’il ait si fortement marqué la mémoire de Madame THIRY

Le Marquis de Pimodan n’est plus à présenter (Voir les articles du blog qui lui sont dédiés). Maire et Conseiller Départemental, il marqua fortement la vie locale. Erudit et proche de ses administrés, c’est LA personnalité locale. Ses titres de noblesse marquent également Madame Thiry :

J: Vous connaissiez le marquis ?

T: Ah ben, il, il se promenait. D'ailleurs, on avait sa petite ferme dans le milieu du village, cinquante hectares (NDA : Ses parents louaient des terres au Marquise en fermage). Et il avait la grosse ferme près de son château, qui avait deux cents, je crois, deux cent cinquante hectares. Oui. Oui.

T: Ah, ah, mais il passait dans son coupé dans le village. Ça dépendait duquel côté qu'il allait se promener. Il avait deux cochers (NDA : Un de mes grands oncles fut effectivement cocher du Marquis) et un homme de cour. Et une cuisinière, une femme de chambre, une aide pour faire la cuisine. Oh ! Alors il passait six mois à ÉCHENAY, l'été, et il repartait six mois à PARIS. Il remmenait son coupé et deux chevaux. Et il restait à ÉCHENAY un cocher, un cocher et deux chevaux. Ah, mais c'était de la noblesse. Ça n'existe plus, hein. Je n'en vois plus beaucoup des comtes.

Mme THIRY parle à plusieurs reprises des facteurs d’Echenay. En 1906, donc un peu avant sa naissance, le village compte effectivement 3 facteurs et un receveur des Postes. Le travail est dur et peu rémunéré. Un petit complément de salaire ne fait donc pas de mal !

T: Ah, quand j'étais enfant, pendant la guerre, ma mère prenait des hommes du village (NDA : Pour aider aux travaux de la ferme), comme les facteurs. C'était un petit village qui avait une poste, y avait trois facteurs. Alors le facteur il revenait des fois à une heure, il mangeait et il allait passer son après-midi chez ceux qui lui demandaient.

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Voilà pour ce témoignage exceptionnel. Moi qui, quand c’était possible, n’a jamais pensé à interroger ma Grand-Mère sur la vie villageoise, me voici comblé. Bien sûr, les extraits que j’ai choisis frustreront peut-être certains lecteurs. Mais il fallait bien faire un choix !

Toutefois je renvoie ceux qui le souhaitent vers l’intégralité du témoignage écrit et je joins un extrait verbal de celui-ci.

Nul doute que, comme moi, vous soyez séduit par cette petite Mamie, mémoire vivante de notre village d’Echenay.

Sources :

AD 52 : Actes d’état civils divers – Recensements – TD

Illustrations : Photothèque personnelle

Sans oublier le site du Conseil Général Champagne-Ardenne et l’Association « Le son des choses » pour ce travail de mémoire exceptionnel

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JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

16 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Faits Divers à Echenay

Plan de l'Exposition Universelle de Roubaix - 1911

Plan de l'Exposition Universelle de Roubaix - 1911

La recherche sur l’histoire d’un village, en particulier sur un fait divers qui y est lié, ne fournit pas toujours de solution aux questions que l’on se pose.

Il faut savoir admettre que l’on ne saura jamais ! Aussi, il est parfois tentant d’imaginer une réponse !

C’est ce que j’ai fait après avoir découvert une annonce dans le journal « Le Matin » du 2 Octobre 1911 où il est laconiquement question d’Echenay.

Les noms cités, l’événement, tout est vrai ! Comme tout cela ne prête pas à conséquence, j’ai décidé de publier « ma » version !

Et si c’était la bonne… La généalogie, l’histoire d’un village, c’est aussi rêver, non !... Alors, ouais, je vous emmène sur mon Scénic-Railway…

JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

Voilà, je m’appelle Emile Gilbert.

J’avais tellement insisté qu’ils ont fini par céder. A la réflexion, maintenant que j’y pense, ils en avaient autant envie que moi ! Depuis des mois, tous mes copains en parlaient. « Tu y es allé ?... » La question courrait sur toutes les bouches.

Mes parents ont attendu jusqu’à la fin de l’été. Insupportable attente ! Les journaux de la France entière en parlaient, c’était à Roubaix, à côté de chez moi, et il fallait attendre !

Enfin, un matin, nous voilà partis vers l’EXPOSITION UNIVERSELLE DE ROUBAIX.

Quand nous sommes arrivés par la porte Flamande, mon cœur battait si fort ! Était-ce à cause de ces hommes noirs qu’on me présenta comme étant des Sénégalais ou les rires aux éclats en provenance du parc d’attractions à coté ?

JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

Non, à la vérité, ce n’était sans doute pas à cause de ces hommes venus d’Afrique ! Même si j’ai esquissé un mouvement de recul quand Mamadou Seck, le « chef du village », m’a posé la main sur l’épaule, je n’avais pas peur ! D’ailleurs, j’en ai revu quelques années plus tard… En revenant des tranchées, ils avaient les mêmes yeux hébétés que les autres ! S’ils faisaient peur alors, c’était par les récits terribles qu’ils racontaient avec leur drôle d’accent… S’ils avaient su qu’ils étaient là à Roubaix comme pour une sorte de reconnaissance du terrain …

JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

Non, moi ce qui me faisait rêver depuis le 7 février, c’était le LUNA PARK ! Je me voyais déjà dans le « Scenic-Railway », dans la « Joy Wheel ». Ah la Roue Joyeuse ! C’est là que j’ai aperçu pour la première fois les cotillons d’une fille ! La force centrifuge l’avait fait tomber, relevant sa robe et éparpillant ses longs cheveux ! Maman avait refusé d’aller sur le « Cake-Walk », sorte de navire reproduisant le roulis et le tangage d’un bateau, de peur d’être malade, préférant boire une coupe de Champagne à l’Avia-Bar. Moi, j’enchainais les tours de « Moulin Enchanté », de « Jardin Tremblant », de « Pont du Diable », de « Plongeur » avec Papa.

Maman nous regardait la plupart du temps, tenant fermement son ombrelle. Le seul manège où elle est montée était le manège des « Chevaux sauteurs ». Son envie à elle était d’aller voir « La SPHINGE » ! Cette danseuse, sorte de papillon nébuleux et incroyable, s’inspirait des chorégraphies de Loïe FULLER et de ses voiles fantasmagoriques.

JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

Vous imaginez bien que la journée passa comme un rêve. Bientôt, il fut temps de partir. Papa s’arrêtât au stand de la brasserie DELCOURT-SALEMBIER et Maman ne voulut pas partir avant de déguster un morceau de chocolat au stand MENIER. Pour ma part, j’eus droit à une pomme d’amour et un grand verre de limonade.

En nous dirigeant vers la sortie, mon père s’est arrêté au stand du journal « Le Matin ». Ils organisaient un concours de ballons voyageurs. J’ai inscrit mon nom sur la petite carte qui pendait au bout de la ficelle. Et puis je l’ai lâché ! Je n’ai pu retenir un « Oh » de surprise quand il s’est élevé dans les airs. Le vent l’a poussé vers l’est…

Quelques semaines plus tard, le 2 octobre 1911, j’ai appris par ce même journal qu’il avait été retrouvé à Echenay (Haute-Marne). Hélas, je ne saurai jamais par qui. Mon ballon avait parcouru 228 kms, emportant un peu de mes souvenirs joyeux. A ce moment, j’étais loin de m’imaginer que je passerai par la gare de Soulaincourt, située à 4 kms d’Echenay, quelques années plus tard en montant au front !

Le même jour, une tempête s’abattit sur Roubaix. De nombreux stands de l’exposition furent réduits à une masse informe de matériaux. Sombre présage !

Le 3 octobre 1911, L’Avenir de Roubaix-Tourcoing imprimait : « Nous sommes heureux d’apprendre que l’aimable directeur du « Luna Park » de l’Exposition de Roubaix vient d’obtenir à l’unanimité du jury , un diplôme d’honneur, récompense justement méritée pour l’édification du superbe parc d’attraction que tous nos lecteurs connaissent et qui peut rivaliser avec ceux des plus grandes cités. Toutes nos félicitations ».

JE VOUS EMMÈNE SUR MON SCENIC-RAILWAY - ECHENAY 1911

L’avenir… Parlons-en ! Trois ans plus tard, un vent d’Est soufflât sur la France. J’avais envoyé un ballon vers l’Est, le vent me ramenait une pluie d’obus ! Aujourd’hui, je suis vieux. Aux souvenirs des flonflons de la fête se mêlent des explosions assourdissantes, des éclairs formidables, des cris de douleurs et de peur… Mamadou Seck m’appelle… Suis-je à Roubaix où à Verdun ?

Décidemment, 1911, c’était vraiment la « Belle Epoque » !

J’espère que mon conte généalogique ne choquera pas les puristes. Il est de petites choses auxquelles il faut apporter coute que coute une réponse. Si cette histoire est inventée, tous les faits, les noms, les stands furent bien réels. On a bien le droit d’imaginer, non ?...

Sources :

Histoires de Roubaix.com : Articles L’Avenir de Roubaix-Tourcoing

Gallica : Jounal Le Matin du 2 octobre 1911

roubaix1911.blogspot.fr : Photos

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ABUS DE FAIBLESSE ET CRÉDULITÉ - ECHENAY 1858

2 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Faits Divers à Echenay

Les villages de nos ancêtres reflètent souvent pour nous un certain calme pastoral, une vie dure mais tranquille qui file doucement, sans heurt. En rester à cette impression serait trompeur ! Il arrivait parfois un événement qui venait rompre la monotonie du quotidien et qui nourrissait les discussions de la soirée.

J’en ai trouvé un qu’il m’a paru amusant de relater. Oh, rien de bien grave pour nous qui regardons les catastrophes du monde entier en direct mais suffisant, je pense, pour pimenter la vie des Epincelois de l’époque.

L’affaire débute à Bettoncourt le Haut, village situé à une quinzaine de kilomètres au sud du village de mes ancêtres mais trouvera sa conclusion Echenay. La voici :

TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE VASSY.

Audience du 17 mars 1858.

ESCROQUERIE — SORCELLERIE.

La femme du sieur Nicolas Collas, cultivateur à Bettoncourt, commune du canton de Poissons, est atteinte depuis dix ans d'une paralysie qui la retient presque toujours alitée.

Le 3 mars courant, elle était plus souffrante que de coutume et son mari était resté près d'elle pour lui donner des soins. Tout à coup, un homme convenablement vêtu entra dans sa maison.

« Vous voyez en moi, lui dit-il, le petit sorcier des Vosges ; je possède auprès de Saint-Dié un magnifique château dont je ne consens à m'éloigner que pour voler au secours de l'humanité souffrante. Votre bon ange m'a, cette nuit, informé de votre maladie; aussitôt je suis parti et me voilà; je viens vous guérir ».

Le noble châtelain avait oublié son équipage. Il voyageait à pied comme un vilain. Dans sa marche précipitée, il avait oublié de déjeuner. Il accepta sans façon le modeste repas qu'on lui offrit. En mangeant, il raconta avec emphase les innombrables cures qu'il avait opérées. Jamais aucune maladie n'avait pu résister à sa puissance. Il tenait d’un célèbre magicien italien le secret de les guérir indistinctement. Quand on souffre, on est confiant. La femme Collas crut à ses paroles. Sa joie était grande. Elle se voyait déjà, comme autrefois, parcourant les bois, les champs et les prairies.

Après s’être restauré, le sorcier qui devait opérer ce prodige annonça l'intention de se mettre à l'œuvre. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il prend dans les plis d'un scapulaire dont il était porteur une feuille de papier sur laquelle sont tracés des caractères cabalistiques, et la dépose, entièrement déployée sur une table, en prononçant des paroles incompréhensibles pour tous puisqu'elles n'appartiennent à aucune langue. Ces paroles avaient bien leur vertu mais seules, elles ne pouvaient pas produire le résultat miraculeux annoncé.

Pour agir avec la certitude du succès, il fallait à l'opérateur deux pièces de 20 fr. et des bijoux en or, une chemise, un drap et un grand mouchoir rouge. Sur sa demande, ces objets lui furent remis. Alors il enleva la paralytique de son lit et la plaça sur une chaise où il parvint, non sans peine, à la faire tenir assise. Aussitôt, il se mit à genoux devant elle et récita cinq Pater et cinq Ave.

Sa prière terminée, il se releva, tira de sa poche deux petites boites en carton absolument semblables, les ouvrit, déposa dans l’une d’elle les bijoux et les deux pièces de 20 fr. , et dans l’autre une pierre arrondie, percée de plusieurs trous et d’une couleur indéfinissable.

Cela fait, il étendit la chemise sur une table, l’enroula sur elle-même, après avoir déposé les deux boites dans ses plis, et la plaça, ainsi disposée, sous les pieds de la malade. Il lui expliqua alors « comme quoi » le contact de ses boites avec la partie inférieure de son corps devait « nécessairement » amener la guérison. Cette explication, donnée d’une manière plus ou moins claire, parut entièrement satisfaisante aux époux Collas.

Ceux-ci se prêtèrent à tout ce que « le bienfaiteur de l’humanité souffrante », qui avait capté leur confiance, exigea d’eux. Tous deux, se joignant à lui, adressèrent les prières à Notre-Dame-de Délivrance. La femme se laissa emmailloter la tête dans le drap et dans le mouchoir rouge. Le mari ferma les yeux et s'appuya le front contre la muraille.

ABUS DE FAIBLESSE ET CRÉDULITÉ - ECHENAY 1858

Que se passa-t-il alors ? Le voici : l’opérateur enleva la chemise, s’empara adroitement des deux boites, et leur substitua avec l’adresse d’un escamoteur consommé deux boites de même forme et de même couleur : son but était atteint. Il rendit la vue à la femme Collas en la débarrassant des voiles épais et insolites dont il l'avait affublée, et permit à Collas de faire de ses yeux l’usage qui lui paraissait le plus convenable. Alors il déploya la chemise, en enleva les deux boites et les déposa l’une et l’autre dans une armoire. Ce dépôt opéré, il annonça que dix-huit jours devait s’écouler avant que la malade éprouvât un changement quelconque dans sa position, qu’il reviendrait à l’expiration de ce temps, qu’il se livrerait alors aux derniers actes qui devaient amener la guérison promise.

Aussitôt, il ferma soigneusement l’armoire, en prit la clé qu'il mit dans la doublure de son paletot, pour être certain qu'aucune « main profane » ne put toucher les boites merveilleuses et détruire le charme qu'elles renfermaient « dans leurs flancs. » Puis il partit, emportant les bénédictions de la malade et de son mari.

Bientôt, cependant, le fils des époux Collas arriva, revenant de ses travaux habituels. On lui raconta ce qui venait de se passer. Ce jeune homme, moins crédule que ses parents, entrevit une fraude. Il fit ouvrir l'armoire par un serrurier. S'étant saisi des deux boîtes, il reconnut qu'elles étaient vides. Il monta à chevalet se mil à la poursuite du magicien. Le lendemain, au matin, il le trouva dormant « du sommeil des justes » dans une auberge d'Echenay. Il n'hésita pas à l'éveiller.

Le maire, prévenu, intervint. Il fouilla les poches du sorcier et trouva dans l'une d'elles les deux pièces de 20 francs et les bijoux en or.

Cet homme se nomme Joseph Rémy. Il exerce la profession de marchand de lunettes ambulant. La gendarmerie de la brigade de Poissons, aux mains de laquelle il a été remis, l'a conduit devant M. de Morisson, procureur impérial à Vassy, qui l'a constitué prisonnier sous l'inculpation d'escroquerie.

Devant le Tribunal correctionnel, Rémy, pour sa défense, s'est borné à dire que si la guérison de la femme Collas n'a pas eu lieu, c'est qu'on l'a mis, en l'arrêtant, dans l'impossibilité d'achever cette œuvre; qu'il était de bonne foi en agissant comme il l'a fait, et que si, en réalité, il n'avait pas le pouvoir qu'il s'est attribué, la responsabilité de sa faute doit retomber sur la tête du magicien italien qui l'a trompé en lui livrant « le secret » dont il a fait usage.

Il a été condamné à un an et un jour de prison.

On se demande avec stupéfaction comment, en plein dix-neuvième siècle, il peut exister des gens assez peu éclairés pour croire aux sorciers et à leur puissance.

L’histoire peut prêter à sourire. La conclusion du journaliste en particulier. Pourtant, l’anecdote reste d’actualité. Il n’est que d’écouter les journaux télévisés ou d’ouvrir son journal. La crédulité, mais aussi la souffrance, peuvent amener à cette naïveté que l’on retrouve encore au vingt et unième siècle. Les charlatans ont sans doute encore de beaux jours devant eux !

Naturellement, j’ai cherché à identifier les protagonistes.

Au recensement de 1856, il n’y a pas moins de 9 foyers portant le patronyme COLLAS ou COLAS à Bettoncourt le Haut. Seuls quatre ont un fils en âge de raisonner et de monter à cheval pour poursuivre le voleur.

Toutefois, si l’on « suit » le chroniqueur judiciaire qui orthographie COLLAS avec deux L, un seul couple correspond. Il est formé de Nicolas, 60 ans, et de Thérèse, 55 ans, vivants avec leur fils Frédéric, 29 ans et l’épouse de ce dernier, Céline, 20 ans. Tous les autres COLAS de Bettoncourt n’ont qu’un L. Peut-on en déduire qu’il s’agit d’eux ? Probable mais pas certain !

Pour le maire d’Echenay qui accompagna le fils COLLAS pour l’arrestation du délinquant, la tâche est plus aisée. Il s’agit de Claude MARANGE qui exerça ses fonctions de 1854 à 1866.

Reste le couple d’aubergistes qui a réchauffé « la pie voleuse » par cette nuit de Mars.

Il est formé d’Etienne Hurlier, 70 ans, et de son épouse Marthe Gaillet, 69 ans.

Ainsi, ce 3 mars 1858, les Epincelois ont-ils eu un événement inattendu à commenter à la veillée !... On imagine sans peine les discussions où se mêlent raillerie et compassion, où les pièces de 20 fr. se transforment en lingots et l’image des bijoux volés qui scintillent dans les yeux des conteurs.

Pour une fois, l’escroc fut pris et les pauvres cultivateurs retrouvèrent les biens qui devaient constituer l’essentiel de leur fortune.

En fin de compte, le charlatan n’avait pas tort : Un ange veillait surement sur la famille COLLAS de Bettoncourt.

Sources :

Gazette des Tribunaux – Journal de Jurisprudence et des débats judiciaires –Samedi 3 avril 1858

AD 52

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