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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LE CHOLERA DANS LE VALLAGE - 1832 ET 1854

8 Mai 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

En 1832, puis 1854, la France doit faire face à une forte épidémie de choléra.

 

C’est la première fois depuis bien longtemps que l’on a à subir une telle catastrophe de santé (épidémie de peste par exemple). Le drame, c’est que cette maladie, bien que connue, est nouvelle en France, du moins à une telle ampleur. En conséquence, causes et traitement posent bien des questions.

 

La première description historique par un Européen est faite en 1503 par un officier de Vasco de Gama, qui décrit une épidémie de diarrhées cataclysmiques rapidement mortelles (en 8 heures) et provoquant 20 000 morts à Calicut (Inde). Limitées initialement à l'Asie (Inde, Chine et Indonésie), les épidémies se développent au XIXe siècle en véritables pandémies qui atteignent le Moyen-Orient, l'Europe et les Amériques.

Sept pandémies sont recensées :

  • première pandémie (1817-1825) : partie de l'Asie elle touche l'Afrique orientale et à partir de 1823 l'Asie Mineure et dans la foulée, la Russie, et l'Europe.
  • deuxième pandémie de choléra (1826-1841) : l'épidémie se propage à partir de la Mecque vers l'Égypte puis l'Europe.
  • troisième pandémie (1846-1861) : l'épidémie partie de la Chine touche le Maghreb (en particulier l'Algérie) puis l'Europe.
  • quatrième pandémie (1863-1876) : elle touche l'Europe du Nord, la Belgique en 1866, puis la France, l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud.
  • cinquième pandémie (1883-1896) : l'épidémie diffuse à partir de l'Inde vers l'est et l'ouest sur plusieurs continents.
  • sixième pandémie (1899-1923) : à partir de l'Asie, l'épidémie se répand en Russie et de là en Europe centrale et occidentale.
  • septième pandémie (depuis 1961) : la septième pandémie, partie de l'Indonésie en 1961, envahit l'Asie (1962), puis le Moyen-Orient et une partie de l'Europe (1965), et s'étend ensuite en 1970 au continent africain, et en 1991 à l'Amérique latine.

Source : Wikipédia

 

 

La Haute-Marne sera particulièrement touchée par ce fléau, la mortalité s’y trouvant multipliée par trois, voire quatre par rapport à la normale. Naturellement, la région de Joinville ne fait pas exception.  

 

J’ai trouvé deux témoignages, un par grande pandémie, pour illustrer cette catastrophe dans notre petit coin. La seconde nous fait bien entrevoir l’extrême gravité de la maladie.

 

Le scorbut asiatique qui sévit maintenant dans presque toute la France, fait depuis quatre mois les ravages les plus considérables dans mes environs. Sur le nombre des malades, il est prouvé qu'il y a jusqu'à présent un quart de victimes dans les villages de Thonnance, Susannecourt, Poissons, Charmes, etc., etc., etc., et pour le moins le tiers à Wassy, Rupt, Fronville, Montreuil, Les Chères, etc., etc.

On compte dans ces communes environ deux cents morts sur six cent cinquante individus qui ont été frappés.

Les autres communes ont moins souffert, mais toujours selon la même proportion.

Ma chance a été plus heureuse : sur deux cents qui m'ont été confiés, deux seulement ont succombé. Mon procédé ayant donc toujours eu la plus parfaite réussite, les personnes qui me sont redevables de la vie m'ont engagé à le mettre au jour.

 

Source : « Moyen simple avéré spécifique dans une partie de la Haute-Marne contre le flèau de Calcutta – Scorbut Asiatique (Choléra) ou manière infaillible de prévenir cette maladie et de s’en guérir sans avoir recours à la médecine »

Par Jean-Victor REGNIER, Officier de Santé – Paris - Imprimerie de P. Dupont et G. Laguionie, Rue de Grenelle- St Honoré- 55.

1832.

 

 

En 1854, dans le département de la Haute-Marne, où j'eus l'honneur d'être envoyé en mission

par S. Exe. M. le ministre de l'agriculture et du commerce pour traiter les malades; ce département était alors ravagé par une horrible épidémie de choléra et de suette, qui en quatre mois, de juin à septembre, enleva plus de dix mille personnes sur une population totale d'environ deux cent quarante mille âmes.

 

Partout où il m'était permis de traiter moi-même cette affection redoutable, je recueillais journellement par écrit les importants détails que .me fournissait l'examen continuel des sujets atteints.

Je notais avec le plus grand soin les symptômes et les accidents divers, à chaque heure pour ainsi dire dans les cas fort graves, successivement et de façon à pouvoir assez fréquemment

me rendre compte d'avance de leurs résultats, et les combattre en conséquence avec

plus de chances de succès.

Pour cela je n'épargnais pas mes visites, ces accidents ou symptômes variant avec une telle

rapidité dans une seule journée et même d'heure en heure, que les remèdes convenables le matin se trouvaient être nuisibles à midi, etc., etc.

Aussi faisais-je alors jusqu'à six et huit visites dans les vingt-quatre heures, nuit et jour par conséquent; et c'est à cela, je le déclare, que je crois devoir les succès que j'ai obtenus, principalement pendant ma mission dans le département de la Haute-Marne; comme on peut le voir en lisant mon rapport adressé en 1854 à M. le ministre et à l'Académie impériale de médecine, j'obtins plus des deux tiers de guérisons sur cent cinq individus très gravement atteints du choléra asiatique, que je fus appelé à soigner, et je ne perdis pas un malade sur environ deux cents frappés de cholérine où de suette plus ou moins sérieuse.

 

Les symptômes généraux du choléra sont des selles et des vomissements fréquents d'abord, dans les deux espèces, précédés et accompagnés d'un malaise inexprimable, de resserrement à la région précordiale; faiblesse et lenteur du pouls, puis prostration du corps de plus en plus marquée, affaissement surtout marqué dans le choléra indien, où il est accompagné d'un refroidissement général et souvent de crampes et même de convulsions des membres, d'un amaigrissement très rapide, d'une absence plus ou moins complète du pouls, d'aphonie, etc.

Le malade arrive fréquemment au marasme complet dans l'espace de deux à trois jours; les

yeux enfoncés dans les orbites deviennent vitreux comme ceux d'un cadavre; le visage présente également cet aspect cadavéreux auquel on donne alors le nom de faciès cholérique pour le caractériser.

Le décubitus (Ndr: position d’un corps allongé à l’horizontal) est dorsal; il y a perte totale de connaissance, du moins en apparence; enfin, dans les cas très-graves, on observe tous les symptômes d'une mort véritable.

La cyanose commence souvent avant cette époque, mais se développe surtout à ce moment; où elle envahit, outre le tour des yeux et une partie du visage, les extrémités supérieures et inférieures, le dos, les fesses, etc.

 

La suppression des urines est plus ou moins totale ; le corps, glacé, est recouvert d'un liquide froid, poisseux; collant aux doigts ; les yeux sont entrouverts ; toute sensibilité est entièrement éteinte; et si les évacuations continuent par haut et par bas, elles se font de la même manière que s'écoulerait un liquide provenant d'une source inerte et sans ressort.

 

Le choléra asiatique est-il ou non contagieux?

Il est inutile de chercher à démontrer toute l'importance de la question qui va faire le sujet

de ce chapitre. Si nous pouvions parvenir à prouver d'une manière irrécusable la non-contagion du choléra asiatique, opinion qui est la mienne et que je crois être celle de la majorité des médecins, nous rendrions un service immense à la science et à l'humanité; en effet, comme je l'ai écrit ailleurs et comme nous le savons tous, la terreur qu'inspire aux populations cette funeste croyance à la contagion est une des principales causes, pour ne pas dire la principale, de la propagation et de l'extension des épidémies cholériques dans les lieux où apparaît la maladie.

Pendant ma mission dans le département de la Haute-Marne en 1854, j'en ai vu une multitude d'exemples bien frappants. Dès mon arrivée, à la fin de juin, je fus dirigé successivement par le préfet sur plusieurs villages infectés.

En entrant dans l'un d'eux, je me rendais aussitôt chez le maire, ou, à son défaut, chez le curé, qui s'empressaient de m'accompagner immédiatement aux maisons contenant des malades.

Or, ces maisons m'étaient de loin désignées par des groupes d'hommes rassemblés presque constamment devant leurs portes, et composés d'ordinaire de proches parents des malheureux atteints par l'épidémie, dont l'air morne et épouvanté prouvait la terreur.

Sur-le-champ je les interrogeais, et voici quelle était la substance de leurs réponses :

- Ah ! Monsieur, me disaient-ils, nous sommes tous perdus, la peste est dans la maison, nous

allons tous mourir!...

- Comment est-il possible, leur répliquais-je, que vous soyez assez bornés pour croire que si c'était la peste (peste est pour le peuple, on le sait, synonyme de contagion), j'entrerais chez vous sans la moindre crainte et irais m'y exposer à une mort presque certaine, moi qui, ne vous connaissant pas, ne peux jusqu'à ce point m'intéresser à vous"?...

C'est parce que je suis bien sûr qu'il n'y à pas de danger que j'y vais; et si vous n'étiez pas aveuglés par une sotte frayeur, vous ne courriez pas plus de risque que moi.

 

A mon avis, en effet, la frayeur du choléra en est la seule contagion ; et ce fut à cette frayeur, poussée à l'extrême pendant l'épidémie chez les habitants de la Haute-Marne en 1854, qu'on dut principalement, j'en suis persuadé, l'affreuse mortalité dont ils furent victimes (plus de dix mille ont succombé sur une population totale d'environ deux cent quarante mille âmes).

Des discours analogues à ceux que je tenais à ces bons paysans étaient employés, je l'ai su, par les autres médecins envoyés aussi en mission cette années dans la Haute-Marne et les autres départements infectés de l'Empire; ils produisirent en générai sur eux un tel effet, que, cessant de s'effrayer, ils furent ensuite les premiers à soigner leurs parents et amis, dont auparavant ils se tenaient éloignés. Dès lors le nombre des Sujets atteints, de même que là mortalité, furent en diminuant de plus en plus jusqu'au commencement de septembre, époque à laquelle s'éteignit complètement l'épidémie.

 

 

Bien plus, les femmes, qui prouvèrent là encore combien elles valent mieux que nous, ayant toujours continué depuis le commencement à prodiguer leurs soins aux victimes du fléau sans jamais s'en éloigner comme avaient fait les hommes d'abord, furent beaucoup plus épargnées à  proportion que ces derniers.

Il en est de même de ses excellentes Sœurs de la Charité si dévouées et des médecins, dont peu périrent de cette épidémie (je ne connais qu'un exemple, ce fut au village de Doulevant).

 

Pendant l'épidémie de la Haute-Marne en 1854, où nous étions plus de vingt médecins et élèves envoyés de Paris, joints à tous ceux du département, et où, ai-je dit, périrent plus de dix mille personnes sur une population d'environ deux cent quarante mille âmes, un seul praticien mourut à ma connaissance de la maladie chez les individus appartenant à cette catégorie.

 

Deux fois jusqu'aujourd'hui, pendant ma vie médicale, j'ai été atteint d'un commencement du

véritable choléra indien, depuis qu'il m'est connu:

 

La première fois, ce fut à la Nouvelle-Orléans en 1832, au moment où y sévissait la terrible épidémie dont elle fut alors atteinte ; la seconde fois, c'était en France en 1854, dans le village de Doulevant, département de la Haute-Marne, où je me trouvais en mission pour traiter cette maladie, également pendant une des épidémies dont il est question dans ce livre.

La première fois, je tombai tout à coup malade, un soir que, exténué de fatigue, après une multitude de visites faites toute la journée aux cholériques, à l'apogée de l'épidémie qui ne nous donnait pas un instant de repos depuis près d'un mois, je venais de rentrer chez moi, vers dix heures, inondé par une pluie battante.....

Je ressentis d'abord des nausées, puis de violentes coliques, bientôt suivies d'abondantes déjections; et une sensation de forte construction très douloureuse dans la région de l'estomac, redoublant surtout au moindre contact, et accompagnée d'un inexprimable sentiment de douleurs générales, etc., etc.

Aussitôt je pris un lavement émollient, me mis au lit, et envoyai chercher cinquante grosses sangsues qu'on m'appliqua immédiatement sur toute la région épigastrique; en même temps, je me faisais pratiquer des frictions incessantes, et me contentais, pour toute boisson, d'avaler de temps en temps quelques gorgées de limonade à la glace, pour tromper la soif ardente qui me dévorait, sans cependant courir le risque de provoquer des vomissements.

Les sangsues tombées, on fit saigner les piqûres une partie de la nuit, puis on me couvrit le ventre d'un vaste cataplasme émollient..... Les nausées et l'oppression précordiale, de même que les douleurs générales, diminuèrent tellement que je pus m'endormir pendant quelques heures; je me réveillai à huit heures du matin le lendemain, n'éprouvant plus, d'une aussi vive attaque, qu'une grande faiblesse, qui ne m'empêcha pas de recommencer dans la matinée même mes visites en voiture. Le devoir devait passer avant tout, car en ce moment,

le nombre des malades et des mourants était véritablement immense, et les messagers chargés de nous conduire près des sujets en danger ne cessaient de se succéder.

Il ne me resta que quelques jours de cholérine, qui s'éteignit graduellement par les moyens appropriés et un régime convenable.

 

Lorsque, pour la seconde fois, je fus atteint du choléra en 1854, ce fut au même moment de la journée, au fort de l'épidémie de la Haute-Marne; et c'est après ma visite du soir que j'en ressentis les premières atteintes. Je rentrais à la maison du maire de Doulevant, M. Berthelin, chez lequel je logeais, lorsque tout à coup aussi j'éprouvai des symptômes analogues

à ceux que je viens de décrire; seulement, j'eus de plus que la première fois un vomissement assez copieux......

Il était près d'onze heures; j'envoyai éveiller une sœur de charité, qui par bonheur logeait comme moi au château de M. Berthelin, et qui avait aussi été envoyée dans la contrée pour l'épidémie.

 

Elle arriva avec l'empressement que mettent toujours à soigner les malades ces excellentes et

respectables femmes, l'honneur et la gloire de leur sexe.

Je la priai de me préparer un vaste sinapisme qu'on m'appliqua sur tout le ventre, dès qu'il fut

prêt, et pendant ce temps j'envoyai un domestique au village chercher des sangsues.

Il en rapporta quarante fort grosses ; on leva le sinapisme qui était resté près d'une demi-heure, et avait produit une rubéfaction complète. On lava le ventre avec soin, et on appliqua les sangsues qui prirent fort bien ; j'employais encore ici, comme on voit, une médication très analogue à celle dont je m'étais servi en 1832 avec tant d'avantage.

Le résultat fut exactement le même, il n'y eut plus de vomissements, mais seulement encore quelques selles, et dès le surlendemain je pus recommencer mes visites dans le village atteint par l'épidémie.

 

Les deux fois, c'était bien certainement du choléra asiatique à son début qu'il s'agissait; c'est

mon intime conviction, et je fis avorter la maladie par les moyens que j'employai dès l'abord et avec énergie.

 

 

Source : « Recherches sur le Choléra Asiatique observé en Amérique et en Europe »

par P.-F. THOMAS LONGUEVILLE, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris,

Chevalier de la Légion d'honneur, Membre titulaire de la Société médicale du 1er arrondissement

Correspondant de l'Académie impériale de Médecine et de plusieurs autres Sociétés Savantes Nationales et étrangères.

PARIS - J.-B.,BAILLIERE ET FILS – Libraires de l’Académie Impériale de Médecine - Rue Hautefeuille, 19

-1857-

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MR JEANMAIRE, CORRESPONDANT DE PRESSE - 1892

1 Mai 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Agriculture

La Gazette du village est un hebdomadaire français fondé par Victor Borie, publié à Paris et orienté vers le monde agricole et la population rurale, publié de 1864 à 1936.

La gazette a été sous-titrée successivement « journal républicain, politique et agricole », « politique et agricole », « journal agricole démocratique », « journal agricole d'information et de défense paysannes ».

Sa périodicité (traditionnellement, elle paraissait « tous les dimanches ») a été perturbée pendant les périodes de guerre.

 

Source : Wikipédia

 

Pour recueillir les informations nécessaires à la rédaction, le journal tisse un réseau de correspondants locaux en région. 

On y trouve ainsi la trace de M. JEANMAIRE, correspondant « des environs d’Echenay », qui nous donne un bref aperçu de l’année agricole 1892 des Epincellois :

Informations climatiques, rendement… Et puis, peut être une surprise pour certains, Echenay, terre de betteraves…

 

 

 

gazette du village 

 

La Gazette du Village - 22 Mai 1892

 

Haute-Marne : « Les blés sont généralement beaux, sauf ceux qui out été semés trop tard ou avec du blé provenant de la récolte de 1890, écrit M. Jeanmaire, des environs d'Echenay. Les dernières gelées ont causé beaucoup de mal aux arbres fruitiers.
Nous n'avons plus d'espoir que dans quelques pommes tardives.

Pour les prairies naturelles et artificielles, il faudrait de l'eau, la grande sécheresse et les froids ayant beaucoup retardé la végétation, il en est de même pour les avoines. »

 

La Gazette du Village - 13 Novembre 1892

 

Haute-Marne : « Les dernières pluies ont  beaucoup contrarié la fin des semailles d'automne ainsi que l'arrachage des betteraves écrit M. Jeanmaire des environs d'Echenay. Celles plantées dans un champ copieusement fumé ont, malgré la sécheresse, donné une récolte moyenne.

A ce sujet, j'ai essayé dans le courant de juin, de replanter dans les vides, des betteraves
disette, Mammouth et géante de Vauriac. Naturellement ces dernières n'ont pas atteint
le volume des premières levées, mais le résultat est satisfaisant car, il m'a permis
d’avoir une récolte légèrement au dessous de la moyenne qui sans cela eut été dérisoire.

 Les pommes de terre ont beaucoup donné. »

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