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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

L'ENTRE-DEUX GUERRES DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1920/1949

7 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Les établissements DUFAYEL

Les établissements DUFAYEL

Voilà maintenant une dizaine d’année que Lucie et Edouard sont descendus du train qui les avait amené de Haute-Marne. Après s’être mariés le 28 Août 1909 à Echenay, ils avaient décidé de faire le grand saut : Destination Paris !

Ils y avaient débarqué en pleine Belle-Epoque. Comme eux, des milliers de petits ruraux venaient tenter leur chance dans la ville-lumière. Ce Paris-là, c’était une autre planète pour ces villageois ! Pensez donc ! La tour Eiffel, les grands monuments, le métro, les trottoirs animés jour et nuit, les grandes brasseries, les élégantes, les grands boulevards et leurs grands magasins…

Mais la guerre de 14-18 est passée par là avec son cortège d’horreurs ! Pour oublier tout cela, il faut s’étourdir ! Alors, finie la Belle-Epoque, place aux Années Folles !

Et les grands magasins, c’est fou !… Surtout celui-là !

A deux pas de chez Lucie et Edouard, il y en a un justement : Les Grands Magasins Dufayel.

« Les plus vastes et les plus beaux du monde dans leur genre » dit la réclame.

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Lucie et Edouard s’y promènent de temps en temps.

Ce n’est pas un magasin comme les autres. Il est immense bien sûr (38000 m2), mais à l’inverse des autres, il n’est pas dans les beaux quartiers ! On ne peut pas le louper avec son dôme immense d’où un phare éclaire Paris la nuit, son théâtre, sa salle de cinéma, son décor tout simplement !

Un temple de la consommation ! Le cœur de la Goutte d’Or !

Son créateur, J.F Crespin, était certainement un commerçant né mais son successeur G.J Dufayel n’avait rien à lui envier !

Georges Jules Dufayel était né à Paris en 1855 [ ]. Âgé de 16 ans, il commence à travailler pour Jacques-Francois Crespin (1824-1888) au Palais de la Nouveauté à Paris, magasin fondé par Crespin en 1856 où se vendaient déjà meubles et articles usuels à crédit.

À la mort de Crespin en 1888, Dufayel a 33 ans. Associé très proche de Crespin, il prend la direction de l'entreprise. En 1890, nouvellement propriétaire, le Palais de la Nouveauté devient Les Grands Magasins Dufayel. Il se lance alors dans la vente de meubles à grande échelle. Avec l'architecte Gustave Rives, il agrandit le bâtiment et lui ajoute un théâtre, un hall de concert, et un jardin d'hiver, ce qui lui permit d'organiser des conférences, des réunions scientifiques, de projeter des films, ou de monter toutes sortes de spectacles pour attirer de nouveaux clients. La façade, ornée de sculptures d'Alexandre Falguière et Jules Dalou impressionnait d'autant plus qu'un dôme doté d'un phare surplombait l'ensemble.

Les Grands Magasins Dufayel situés dans un quartier populaire (ses concurrents, Les Galeries Lafayette, Printemps, Le Bon Marché, et Samaritaine sont implantés dans des quartiers plus aisés), permirent aux classes plus modestes d'acquérir des biens comparables à ceux que s'offrait la grande bourgeoisie. « [Le magasin] invitait les ouvriers à appréhender les achats comme une activité sociale, comme la bourgeoisie le faisait dans les grands magasins luxueux de Paris ».

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le grand intérêt de cet édifice fut de marier respect et plaisir. « L’entrée était ornée par des sculptures et des statues représentant des thèmes tels que « Le Crédit » et « La Publicité » et surmontée par un dôme de 55 m de hauteur. Dans l’immeuble se trouvaient 200 statues, 180 tableaux, colonnes, panneaux décoratifs, formes en bronze tenant des candélabres, faïences et verrerie peintes, et grands escaliers ; un théâtre avec des rideaux de soie, guirlandes en blanc et en or, et des miroirs immenses, permettait d’accueillir 3 000 personnes ».

Dufayel possédait de nombreuses affaires. Il était aussi son propre banquier (ainsi que celui de nombreux commerçants), vendait des assurances, et gérait une société de publicité, l'Affichage national Dufayel, qui inondait les murs de Paris d'affiches publicitaires.

Le truc de Dufayel, c’était le crédit. Très bien visé dans un quartier populaire ! Bien qu’il soit mort en 1916, l’affaire est toujours prospère.

Alors Edouard va s’y faire embaucher. Il aime bien les trucs modernes, Edouard ! Sûr qu’Echenay ou Mercy le Haut ne peuvent offrir cela !

Et puis il faut vivre. En 1919 et 1921 sont nés deux autres enfants. La famille est maintenant constituée de 7 personnes et il faut penser à déménager. La famille part dans le bas de la rue Clignancourt et y restera toujours.

Hélas, en 1930, les magasins DUFAYEL ne résistent pas à la grande dépression et ferment leurs portes. Il lui faut retrouver du travail. Je ne sais pas ce qu’Edouard trouvera à cette époque.

Mais le 10 juin 1938, il s’inscrit comme courtier en marchandises à la Chambre de Commerce de Paris. Il semble qu’en fait, il se soit mis à son compte, ayant conservé une partie de sa clientèle de bonneterie - sous-vêtements. Il part à la journée avec ses valises d’échantillons et prend quelques fois le train pour se rendre jusqu’en banlieue pour visiter ses clients.

Pour se dépayser un peu, ils ont acheté un petit terrain à Sarcelles, summum de la réussite d’un petit employé. Ce n’est pas encore l’immense cité qui fera la Une des journaux télévisés mais un paisible village à quelques kilomètres de Paris. Bref, le lieu idéal pour la détente et le farniente !

Après y avoir construit un petit cabanon, toute la famille s’y retrouve pour passer des week-ends agréables. Edouard jardine un peu tandis que Lucie vaque à ses occupations. Les enfants qui ont grandi les rejoignent avec leurs copains pour des journées-soirées animées comme le prouvent les photos que j’ai pu réunir.

La vie s’écoule, tranquille mais toujours difficile. Il y a bien longtemps que Lucie a cessé de travailler ! Pour faire face, Edouard devra poursuivre son activité professionnelle quasiment jusqu'à sa mort en 1949. Il faut bien « faire bouillir la marmite ». Il prend sa retraite le 1 juillet 1942 à 60 ans, en pleine seconde guerre mondiale. Le cœur n’y est plus ! Même les chevaux qu’il aimait tant, il ne les regarde plus : ils sont maintenant montés par des uniformes vert de gris.

Miné par la maladie (toujours ses graves problèmes pulmonaires), il s’éteint en septembre 1949. Lucie lui survivra 30 ans.

Edouard LEFORT

Edouard LEFORT

C’est marrant !...

Lui qui aura connu la rudesse de la vie campagnarde du XIXe puis l’agitation de la capitale, qui aura traversé deux guerres abominables, qui aura participé (très modestement) à quelques grandes nouveautés du XXe siècle, le voici maintenant, à l’aube du XXIe siècle , sur Internet !!!

Un peu Highlander, le grand-père Edouard, non ?...

Sources :

Documents et photos familiaux

Wikipédia

Pour ceux qui voudraient en savoir plus...

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