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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

ca s'est passe pres d'echenay

DANS LES PAS DE JEANNE D'ARC - Veme CENTENAIRE - 1429 / 1929

Publié le 15 Avril 2021 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

La découverte d’un vieil article paru dans La Revue des Jeunes (Organe de pensée catholique d’information, d’information et d’action) du 25 mai 1929, me donne l’occasion de m’éloigner (mais pas complétement) du village d’Echenay, sujet de mon blog. Je vous laisse le découvrir… Il intéressera peut-être Lorrains et Hauts-Marnais. Quand journalisme, grande histoire et généalogie se rencontrent ! Le texte de l’auteur est ici reproduit en italiques. 

DE LA MEUSE A LA MARNE, PREMIERS JALONS SUR LA ROUTE D’ORLEANS"

"PAGNY-SUR-MEUSE, à 14 kil. de Vaucouleurs, le 22 février 1929, vers midi.

Le village minime, d’aspect gris et peu accueillant. Pourtant ce cabaret : Au rendez-vous des cheminots. J’y entre. La tenancière, grosse mère rouge, et sa fille plus pâle. Salle où brûlent plusieurs lampes électriques, car la dépense est forfaitaire, et le soleil ne se montre pas si souvent ! Il y en a aujourd’hui, j’aperçois au mur une fresque due à quelque épigone (imitateur) du douanier Rousseau : c’est le quai de la gare, le train va partir, et l’on y hisse à bout de bras une voyageuse de format encombrant pour laquelle put poser mon hôtesse.

Un couvert est déjà mis. Arrive et s’installe à deux pas de moi un gas (sic) de l’Est, 45 ou 50 ans, mutilé. Il a un crochet de fer nickelé en place de main droite. Nous causons :

- Parle-t-on des fêtes qui auront lieu demain à Vaucouleurs, de la chevauchée de Jeanne d’Arc ?

- Pas beaucoup. Jeanne d’Arc, tout le monde la connaît. On a été à Domrémy, on a vu la basilique. Et puis il fait trop froid.

La mère des cheminots, accoudée au comptoir interrompt :

- En mai, il y aura des fêtes à Orléans, et mes filles y iront.

Un roulement. Le tambour du village bat sa caisse au carrefour et annonce que le feu est au bois.

- Oui, il y a une heure que je le sais, dit le mutilé. Quelque gamin qui aura allumé une cigarette. On va tous y aller.

- Comment l’éteindrez-vous ? en faisant des tranchées pour le circonscrire ?

- Vous l’avez dit. Çà nous connaît, hein ? les tranchées. Et en frappant dessus avec des baguettes.

Le bois, propriété de la commune ici comme dans toute la Lorraine, qui de temps immémorial ne se chauffa pas autrement. Chaque habitant en a sa part gratuite, soit qu'il aille la couper lui-même, soit que la commune s’en charge pour tous à raison d’une redevance due par chacun. Jeanne a connu ce régime. Chaque foyer qui se fonde y a droit, et on les compte ainsi avec vérité par feu. (Cet usage existe encore à Echenay et se nomme l’affouage)

J’apprends cela par le mutilé, bel homme au regard droit, vêtu de velours, demi garde-chasse, demi régisseur. Le Lorrain me parle des Flamands, des gas du Nord qu'il a appris à connaître pendant la guerre et qu’il aime ; puis de sa fille qui est au couvent à Dijon. [ ]

Il se plaint de l’abandon de la victoire, de l’Alsace qu’on n’a pas su comprendre, des Français du Midi, bons seulement pour être fonctionnaires, - et là détestables, - qu’on y a envoyés.

A la sortie de Pagny, trois petites filles sautent au soleil sur la route encore durcie par le gel, et chantent : « Ça va bientôt être le printemps... » Elles recommencent le rondeau de Charles d'Orléans sans s’en douter. Ainsi furent ces trois amies de Domrémy, Jeannette, Mengette, Mauviette (ces 2 dernières, amies très proches de Jeanne d’Arc).

Je longe la Meuse. Prairies à demi inondées et glacées ; ondulations relevées en coteaux boisés ; petits villages où diminue la population et dont certaines maisons sont écroulées.

Vaucouleurs s’annonce par la fine aiguille d’ardoise qui surmonte son clocher. Elle aussi se présente d’abord comme un village, il y a des tas de fumier devant les maisons (qui se nomment « usoirs ») dans la rue qui n’est que la continuation de la route. Puis elle prend le caractère d’une petite ville, moins que le Charmes de Barres, mais elle lui ressemble. Toujours le même principe : un château sur un coteau qui commande le fleuve ; des maisons dans le bas, enveloppées par une plus faible enceinte que celle du château ; et par la suite des temps, hors même de cette enceinte se sont construits d’autres logis. Le « castel » de Vaucouleurs, disait Jeanne.

Longeant à droite l’église, qui est collée sur le flanc du coteau, j’y entre. Voûtes peintes, architecture gréco-romaine. Une jeune fille arrange l’autel où se voit la statue de Jeanne d’Arc debout, moitié bergère et moitié pèlerine. Elle me fait voir tout près la statue de Notre-Dame des Voûtes qui était jadis dans la chapelle castrale devant laquelle pria la Pucelle. Une tête insignifiante a remplacé l’ancienne ; le corps disparaît sous des mousselines que la jeune sacristine écarte pour me montrer une entaille faite à hauteur des genoux par quelque brise-image. Vierge du XIIIe siècle, assise, et qui portait un Jésus.

Par des degrés branlants bordés de maisons, je monte à la butte où s’élevait le château.

La chapelle castrale reconstruite en pierre blanche se profile sur le beau ciel bleu d’hiver. Parmi les cottes bleues aussi des compagnons qui s’affairent, une soutane : le doyen de Vaucouleurs, M. Chaupin, septuagénaire qui sort de maladie. Pour respirer un air moins froid, il tient devant sa bouche un foulard noir.

Pour l'origine de cette photo, voir à la fin les "sources"

Pour l'origine de cette photo, voir à la fin les "sources"

Accueilli comme ami d’Achille Glorieux, il me fait descendre à la crypte par l’escalier ancien placé le long de l’édifice et auquel un autre correspond sur l’autre flanc ; tous deux communiquent par un étroit couloir sur lequel, au centre et sous le chœur, s’ouvre la crypte.

Parmi les témoins de l’histoire de Jeanne d’Arc, en est-il un plus authentique ? Rien n’a changé ici. Un carré voûté en ogives, dont les arceaux retombent au centre sur un massif pilier, et aux murs sur des chapiteaux à faible saillie. Dans le haut, deux petites fenêtres-soupiraux, ogivales, aux vitres serties de plomb. Sous chacune il y avait place pour un autel, et la statue de Notre-Dame des Voûtes était entre les deux. Sans doute fut elle mutilée quand la chapelle fut ruines avec le château, et cette crypte transformée en une bergerie, - ce qui dura jusqu’en 1867. [ ]

De ce coteau, l’on a une vue étendue sur la vallée de la Meuse et ces prairies toujours inondées qui mettent les pieds dans l’eau au bas de Vaucouleurs, - sur les coteaux boisés, sur tant de villages semblables à Domrémy quitté. Jeanne demeure un instant près du tilleul aujourd’hui millénaire ou peu s’en faut, un bel arbre déjà alors. [ ] La porte de France, voûte à plein cintre, coiffée de tuiles existe toujours, alors que le rempart est rompu, le fossé comblé. Rien d’une porte de forteresse à la Vauban, mais capable de résister. Une voûte congère qui a des assises, de la profondeur, sous laquelle on peut tenir ; même enfoncée la porte de bois dont les gonds tournent dans deux grosses pierres qui, à droite et à gauche, sont parties intégrantes de la voûte. Elle n’est pas bien haute. Un cavalier de haute taille se baisse pour ne pas heurter le cintre.

Jeanne débouche par-là, le 23 février vers trois heures, vêtue de gris et de noir, jupe courte sur ses guêtres, talonnant déjà son cheval. On ne reverra jamais une grisette comme cette pucelle.

Le chemin est montant, malaisé, neigeux par endroits ; les feuilles mortes se sont accumulées au pied des haies dépouillées ; aucune pousse verte n’annonce encore le printemps. Les horizons se déploient vastes et nus. Grisaille des bois, qu’éclaircit parfois le tronc lisse, svelte et blanc d’un bouleau. Sur cette toile grise, des sapins sont brodés en soie verte au plumet. Monts et vaux. Pas des chevaux. Vol de corbeaux. S’envole une pie criarde en robe impartie, noire et blanche. On entend une hache qui taille sa part dans le bois.

Assez vite, le soleil couchant ; puis la lune luit faiblement. Cendres en rond des feux de bergers ou de bûcherons ; et cette rouge braise, le cœur de Jeanne sur le bûcher éteint de Rouen.

L’auberge Jacquin, à Houdelaincourt, nuit tombée. Y entrent juste avant moi deux personnes emmitouflées, dont l’une se révélera l’hôtesse. Jacquin allait refermer la porte sur elle.

- Il n’y a plus personne ?

- Si, quelqu’un encore. Pouvez-vous me loger ?

- Et sans doute vous donner à dîner ?

- Naturellement.

- C’est la patronne qui va vous le dire.

Rapide examen. Assentiment. Au fond une grande cheminée à manteau de pierre, mais elle ne sert plus que de passage au tuyau de la cuisinière installée au milieu de la pièce. S’y chauffe un grand garçon bien découplé, marchand de bois, vais-je apprendre. La mère de l'hôtesse apprête des gardons pêchés par Jacquin dans la rivière. Deux petites filles, et leur sœur bébé, sage dans son haut fauteuil.

Nous nous asseyons tous à la même table de famille. Chère exquise : les gardons arrosés de vin rouge, aussi bons qu’aloses de Loire, pommes de terre accommodés à la crème. Une tourte un peu lourde, mais où il est entré du beurre et des œufs.

Le matelas de dessous de mon lit est de plume à l’ancienne mode. L’hôtesse m’a dit :

- Je ne vous mets pas d’eau dans la cuvette, elle gèlerait.

Il m’a été facile de retrouver cette famille d’hôteliers dans le recensement d’Houdelaincourt de 1926. Louis Paul Jacquin est né en 1893 dans ce village, sa femme, Marie Frussotte, en 1903 à St Joire. Les 2 grandes filles sont Simone, née en 1921, et Suzette en 1924. Le bébé dont parle Mabille se prénomme Micheline, née en 1928 (recens. 1931).

Ce matin du 23 février, sur la grand’route d’Orléans, elle s’appelle ainsi, et je suis encore en Lorraine, quoiqu’au seuil de Champagne, - sur la route qui traverse d’austères villages (Bonnet, Mandres), une auto croise le piéton et s’arrête. Achille Glorieux en descend ; nous nous donnons une poignée de mains qui vaut une accolade.

- Je m’attendais à vous voir, me dit-il, mais j’aurais voulu que vous ne fussiez pas seul à faire ces étapes. En tout cas, vous aurez ce soir le gîte qui vous convient. Passez par Echenay et Poissons ; prenez le chemin de traverse qui conduit à Saint-Urbain. Sinon l’abbaye tout entière, le logis des hôtes y existe encore ; son propriétaire actuel, M. Pierret, vous y attend.

Voici le village de Saudron, aux maisons coiffées de tuiles creuses. J’en avise une où, par la porte ouverte, je vois luire dans l'âtre un feu de bois. Midi approche, la soupe cuit entre l’homme et la femme, — ainsi jadis entre Jacques d'Arc et Zabillet Romée.

- Pour aller à Echenay, s’il vous plaît ?

- Par la gauche, du côté de l’église, mais attendez, dit l’homme, je vais vous donner un bout de conduite.

Nous dévalons ensemble un mauvais chemin caillouteux, passant devant le monument aux morts, - il y a trente noms pour cent-cinquante habitants. Nous franchissons un ruisseau (L’Orge).

- Montez maintenant droit devant vous. En haut, à la croix, vous prendrez à gauche. (Ce chemin empierré qui relie Saudron à Echenay existe toujours et sert à la desserte des parcelles agricoles. Il longe le site controversé dit « de Bure » – expérimentation de stockage de déchets nucléaires en passant par les anciennes prairies de Charfou)

Neige et glace. On peut avancer à pied, mais un cavalier serait forcé de tenir son cheval par la bride pour qu’il ne bronche point. Je me trouve sur une sente à peine tracée à travers un haut plateau d’où la vue s’étend au loin. Sur les champs où le blé sommeille, sonne cet angélus dont l’enfant de Domrémy aimait les cloches. Chemins de neige dans les bois, car elle n’y a point fondu. Ailleurs la terre est couleur de chaume ; un lièvre y peut courir sans être vu.

Point d’autre auberge à Echenay que le cabaret tenu sans enseigne par la femme du maréchal-ferrant. Je toque à la porte, j’entre. Deux ruraux en vêtements noirs du dimanche choppent à la même table où mangent trois ouvriers électriciens — on électrifie la région — et le compagnon forgeron qui supplée le vieil homme taraudé par de cruels rhumatismes. Les visages de ces gens sont encore ceux qu’a peints Lenain. Ils se rangent pour me faire place.

Tout de suite, j aiguille la conversation sur la chevauchée.

- Ça fait du bien au commerce où ça passe, dit sentencieusement un des hommes en noir, barbon dont la pensée à première vue prosaïque nécessite un commentaire.

- Il veut dire, m’explique un des électriciens que c’est de la vie. On a besoin d’un peu d’animation, par ici. Ce que c’est mort !

- Le fait est que je n’ai pas rencontré grand’monde sur la route, mais j’ai vu une drôle de bête. J’aurais dit un chien policier ; mais sans son maître, à une bonne distance du premier village rencontré ensuite, ça m’a étonné.

- Çà serait plutôt un des loups qu’on a vu sortir des bois cet hiver. Ils n’oseraient pas s’attaquer à un homme debout, mais faut pas tomber, ou on est perdu.

- Paraît, dit le jeune forgeron, reparlant de Jeanne d’Arc, paraît quelle elle a passé pas loin d’ici quand elle allait à Saint-Urbain. Elle a été à Soulaincourt, mais elle a évité Sailly.

Là-dessus, il retourne à sa forge. Et son patron, qui me fait vis à vis :

- Connaissez-vous la généalogie de Jeanne d’Arc ?

- Mon Dieu, comme tout le monde : les noms de ses proches.

- Mais les descendants de ses frères ? Eh bien, moi, j’ai vu une généalogie d’eux sur parchemin, et j’en suis. Ils s’appelaient du Lys, n'est-ce pas ? Vous voyez, je suis renseigné.

Je le regarde mieux : un français de soixante ans, sans nul trait caractéristique au physique ni au moral, si ce n’est peut-être, à travers sa résignation, un regret profond de ne plus pouvoir travailler.

Il a une autre tristesse. - Plus personne ici, me dit-il, plus de jeunesse. Les maisons s’écroulent, on ne les achète que pour les démolir. Sans les deux familles belges que le comte de Pimodan a installées dans ses fermes, ce serait le vide. (Il s’agit de la famille Allemeersch, originaire de la région d’Assebrouck, fermiers des Pimodan. En 1931, 9 personnes travaillent à la ferme, famille et employés).

- Et les gens du pays s’entendent bien avec ces Belges ?

- Ce sont des gens contre qui l’on n'a rien à dire, ils ne sont point désagréables. Le seul ennui c’est qu'ils ne parlent que flamand, les vieux, du moins. Quand ils viennent à la forge pour un cheval et qu'ils causent entre eux, c’est ennuyeux qu’on ne puisse pas les comprendre.

Je le quitte en songeant que c’est très bien d’électrifier ces campagnes à demi mortes, mais les galvanisera-t-on ? Les dernières paroles de cet arrière-neveu de Jeanne d’Arc sont pour m’exprimer un profond étonnement quand il apprend que je fais route à pied.

- Mais enfin, lui dis-je, l’immense majorité des Français sert dans l’infanterie ; et ensuite, ils ne veulent plus faire dix kilomètres !

- C’est pourtant vrai, me répond-il.

Il est très probable qu’il s’agisse de la famille de Pierre Leseur (°1887), charron d’Echenay. Sa fiche militaire nous apprend qu’en plus de cette activité métallurgique, il détenait un droit d’exploitation de buraliste et donc pourquoi pas, une activité de cafetier qu’aurait pu tenir son épouse Marie Thérèse.

Par un val solitaire, entre des bois de hêtres, de sapins et de charmes (vers Aingoulaincourt), je m’achemine vers Poissons, puis, au sortir de la petite ville, me retourne pour la voir d’ensemble. Un affluent de la Marne la traverse, un mont la domine où l’on a placé une statue de la Vierge. Deux clochers. Autrefois ceinte de remparts, Jeanne d’Arc dut la contourner dans cette nuit du 23 au 24 février où elle alla demander l'hospitalité aux moines de Saint-Urbain. (La Vierge domine le Mont Chatel et la rivière évoquée est Le Rongeant. Il existait alors 2 églises à Poissons, St Amand et St Aignan ; St Amand sera détruite quelques années après le passage de l’auteur, seule subsistera St Aignan).

Ce sont eux qui ont fait la route par laquelle elle s'engage et qui subsiste, quoique par endroits oblitérée jusqu’à être méconnaissable. De cinquante en cinquante mètres, des bornes se font vis à vis où devaient être plantées des croix de fer forgé, si, j’en crois les trous de bellement. On monte à flanc de coteau entre des vignes à gauche, et à droite une profonde vallée d’où s’élève une pente boisée. Impression grandiose de cette solitude aimée des méditatifs. C'est ensuite un bois où nuls pas ne marquent la neige, et un plateau où cessent les bornes, où le chemin n'est plus guère tracé. Puis on redescend par d’abrupts sentiers en lacets, comme en pays de montagne.

Dans la nuit, écrasée de fatigue, Jeanne va, résistant mal au désir de se laisser tomber sur l’encolure de son cheval. Parfois glisse entre les branches un renard ou un loup. Les hommes de Jean de Metz et de Bertrand de Poulengy se disent qu’on boirait volontiers un coup de vin ; ils savent qu’il y en a du fameux dans les celliers de l’abbaye. (Jusqu’à l’épidémie de phylloxéra du début du XXe siècle qui anéantit une large part de la vigne française, la région de Joinville était connue pour sa production de raisins viticoles. On en distingue encore les traces.)  

Et surgissent enfin les pauvres maisons de pierre grise, dominées ici comme à Poissons par deux clochers, celui de l’église abbatiale et celui de la paroisse. La petite troupe traverse le bourg, et tourne à gauche où s’entrevoit dans l’ombre l’ogive d’un portail. On heurte ; on n’attend guère. Passée une étroite cour intérieure, c’est le quartier des hôtes où le Père cellerier accueille les survenant harassés. Court repas à la flamme. Court sommeil jusqu’à l’heure où les cloches de mâtines réveilleront l’enfant désormais vouée à la peine et à l’honneur.

Par ce même chemin de Poissons viendront, en 1793, les énergumènes qui détruiront le couvent, pillant les celliers, n’épargnant que ce quartier des hôtes et que l’antique porche d’entrée, rougi par les incendies. (Quartier des hôtes rhabillé à la gréco-romaine au XVIIIe siècle, mais où des ogives mal murées attestent les antiques pierres demeurées en place, seulement retaillées.)

Cette nuit anniversaire, - à cinq siècles de distance, - nous sommes bien à la place même où Jeanne s’assit au foyer des Trinitaires. M. Pierret (à priori le propriétaire des bâtiments subsistants de l’abbaye – mention au recensement) nous montre sur la «taque» de fonte (la plaque de cheminée) le T, l’initiale emblématique de l’ordre qui, au nom de la Sainte Trinité, rachetait les croisés captifs en Terre-Sainte. (Jeanne, elle, ne sera point rachetée, mais vendue et revendue, passant de main en main, du bâtard de Wandonne à Jean de Luxembourg et aux Anglais).

La flamme ondoie sous l’ample manteau de la cheminée ; elle se tord et fait se lever des visions.

Demain Weygand*, qui continua les croisés (fera comme) en Syrie, prendra la parole à l’ombre du seul des deux clochers de Saint-Urbain resté debout, et il dira la croisade de la sainte de la Patrie.

Puis, venus de la Meuse avec elle, avec elle aussi nous franchirons la Marne, et ce sera à Joinville.

- Ô destins inscrits dans les noms...

A. Mabille de Poncheville. »

 

* Il s’agit du Général Weigand, ancien bras droit de Foch, qui appuya les actions menées pour le culte de Jeanne d’Arc et devint plus tard Président de l’Association universelle des amis de Jeanne d'Arc.

Une recherche sur cette manifestation de St-Urbain dans la presse de l’époque m’a permis d’en connaitre le déroulement : Cérémonie présidée par Weigand, allocution par Mgr Rémond, aumônier de l’Armée du Rhin, inauguration de la plaque commémorative sur la façade principale de l’église, messe conventuelle sonnée à 10 heures (car jour de jeûne) – source : journal L’Intransigeant, 24 février 1929

Quelques mots sur André Mabille de Poncheville : Originaire de Valenciennes, journaliste, poète, critique littéraire, écrivain, historien, il fut l’auteur d’une soixantaine d’ouvrage et fut correspondant régulier de La Croix, du Figaro, du Télégramme et de La Libre Belgique avant la Seconde Guerre mondiale. Il décède en 1969.

De son côté, Achille Glorieux, né le 9 avril 1883 et mort le 24 février 1965 à Roubaix (Nord), était un gros industriel du textile. C’est à son initiative que fut célébré le Ve centenaire de « La chevauchée fantastique de Jeanne d’Arc », thème de diverses manifestations partout en France autour de 1930.

Ainsi s’achève ce périple de la Meuse à la Marne riche en détails. Il est bien rare qu’une narration de voyage donne suffisamment d’indices pour permette d’en retrouver les protagonistes. Et puis, tous les lieux évoqués, je les connais et les ai reconnus dans ses descriptions. Ce fut donc un plaisir que j’ai souhaité partager.

 

Sources principales :

- Rétronews: La Revue des jeunes, 25 mai 1929

- AD 52, 55, 88

- Site Maitron

- Généanet (Anne Chatignon)

- Gallica

- Wikipédia

Et peut-être d’autres que j’ai pu oublier de mentionner.

commentaires

OU IL EST QUESTION DE POMMES DE TERRE - LEZEVILLE 1764

Publié le 29 Avril 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Il y a longtemps déjà, lors d’une recherche sur mes ancêtres vivants à Lezeville (52) au XVIIIeme siècle, j’étais « tombé » sur un document qui attira mon attention. Il y était question de pomme de terre…

 

Mais avant d’évoquer ce document, attardons-nous un instant sur ce petit village haut-marnais dont la particularité est d’être à la « frontière » de la France, du Barrois et de la Lorraine, "posé" à quelques lieues seulement de l’actuel département de la Meuse et de celui des Vosges.

 

« Commune du canton de poissons, à 47 kms de Chaumont, au pied du mont Laloire, entre la Saulx et l’Ornain. Le territoire, qui est traversé par le chemin de grande communication N° 22 et par un chemin de grande communication, a 996 hectares d’étendue.

On trouve un étang au nord, à l’extrême limite du département. Le château est près du village. Cette commune, qui possède 255 hectares de bois et 22 de prés, à une population de 198 habitants. L’église, dédiée à St Esvres, a un desservant.

 

En 1789, cette église, qui avait Harméville pour annexe, était du diocèse de Toul, doyenné de Reynel. La paroisse dépendait de la généralité de Champagne, élection et bailliage de Chaumont, prévôté d’Andelot. La seigneurie était divisée entre deux laïques, MM Delavaux et Dupuis, qui tenaient, le premier la seigneurie de France, et M. Dupuis celle de Lorraine ; car, avant la réunion de cette province, il y avait cinq familles Barisiennes à Lezéville sur quarante qui formaient la communauté. Le curé était alternativement français ou lorrain et les barisiens ressortissaient de la prévôté de Gondrecourt.

 

Au XII et XIII siècle, Lezéville appartenait, comme Laneuville, à la famille d’Apremont, qui a donné le droit de pâture sur le territoire, et l’on y a trouvé des cercueils de pierre renfermant, avec des ossements, des armures et des vases de terre. Nous avons parlé, à l’article Laneuville, du camp romain qui est près de Lezéville. On prétend qu’il y avait aussi un château fort dans lequel la tradition place un châtelain du nom d’Euchère. » Source : Extrait de « La Haute-Marne Ancienne et Moderne » par Emile JOLIBOIS - Imprimerie et Lithographie Ve MIOT-NADANT – 1858 –

 

Mais voici le détail de ce document :

 

« Par l’examen que nous avons fait de la requeste présentée par les habitans de la partye francoise de Lezéville et pièces y jointes il nous paraît qu’ils sont bien fondés à se défendre de la demande contre eux formé par les Seigneurs et …….. dudit lieu et conséquament qu’ils peuvent être autorisés : ces Messieurs en qualité de Décimateurs(*) des menues dixmes (*) demandent la dîme d’un fruit que l’on nomme pomme de terre, fruit dont la culture n’est connue que depuis vingt années au plus, dans quelques paroisses du ressort de ce bailliage ou il est de principe dans la coutume du bailliage de Chaumont que ce n’est point le terrein qui est décimable mais le fruit, que tout fruit n’est pas décimable mais seulement ceux que l’usage y a assujettis et que les habitans cultivateurs peuvent emplantés ………… de leur terrein en fruits non décimables ; ou dans l’espèce la pomme de terre n’est point décimable puisque l’usage ne ly apoint assujetti à Lezéville, on a cultivé ce fruit que dans une partye des ……… Les habitants ont la faculté d’emplanter … le canton ……….. qui fait ……. du finage en fruits non décimables, dès lors les seigneurs ……nous paroissens mal fondés dans leur demande et qu’il y a justice a autoriser les habitans cy deffendu puisque …… sauf à se pouvoir d’une nouvelle autorisation sur lapel ………

 

A Chaumont le 11 février 1764 »

 

Pour mieux comprendre ce texte, reportons-nous encore une fois au « Lexique historique de la France d’Ancien Régime » :

 

Décimateur : Celui qui perçoit les dîmes d’une paroisse

 

Dîmes : Selon le droit canon, la dîme est prélevée « sur tous les produits des champs et des jardins, sur les produits du bétail, sur les profits de la pêche et des moulins à eau et à vent, sur les bénéfices de l’industrie, de la chasse, et même du métier militaire. » Mais très vite, les dîmes sont restreintes aux dîmes réelles portant sur les fruits de la terre et des troupeaux.

 

On distingue :

1)les grosses dîmes sur les revenus importants (froment, seigle orge, avoine et vin).

2)Les menues dîmes sur les légumes et les fruits des arbres.

3)Les dîmes de charnage sur le croît des animaux.

 

Autre nuance…

La dîme dite solite est une dime en usage depuis longtemps ; elle est dite insolite lorsque le décimateur la demande sur un revenu autrefois non concerné (ce qui est le cas ici de la pomme de terre !). Si une dîme insolite est perçue sans difficulté pendant 40 ans, elle devient dîme d’usage, donc solite (ce qui explique la réaction des habitants de Lezéville !).

 

Les planteurs de pommes de terre - Jean François Millet

Les planteurs de pommes de terre - Jean François Millet

 

On saisit ainsi beaucoup mieux ce qui anime les villageois de Lezéville.

Malgré les quelques mots que je n’ai pu déchiffrer, la demande en justice est claire. Il leur semble profondément injuste et contre les usages d’être imposés sur ce nouveau « fruit » et leur « requeste » semble être reconnue comme valable sur la base des dits « usages » en vigueur à cette époque.

 

L’intérêt de ce texte est évident : Il permet de dater assez précisément l’arrivée de la pomme de terre dans cette région à cheval sur la Champagne et la Lorraine vers les années 1745.

Sans doute eurent-ils quelques réticences au début à se laisser convaincre par ce « fruit » curieux poussant en terre mais nul doute qu’après quelques essais, ils en tirèrent un grand bénéfice alimentaire. Louis SIMON, paysan de la lointaine contrée du Maine n’écrivait-il pas dans ses mémoires quelques années plus tard « je ne dirai rien du bien immense que nous fait la pomme de terre » (voir le livre « Souvenir d’un villageois du Maine, Louis Simon » d’Anne Fillon).

 

A l’heure où les grandes périodes de disette sont encore des souvenirs très présents, l’arrivée de la pomme de terre a du paraître comme une aubaine pour une population craignant encore d’en subir les effets. Aussi sont-ils prêts à défendre leurs intérêts contre une imposition déjà lourde et qui, de plus, leur apparaît comme une injustice par rapport aux usages en vigueur.

 

Mais tout cela sera « balayé » par la révolution quelques décennies plus tard… 

 

Sources :

AD52 (j’ai hélas égaré la cote exacte, certainement en série B)

 

commentaires

BERTHELEVILLE, PETIT VILLAGE LORRAIN, UN CAS UNIQUE EN FRANCE ? - AN IX / 1853

Publié le 19 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Quand, au début des années 90, je découvris lors d’une balade « l’écart » de Bertheléville, je me souviens avoir eu l’impression instantannée d’avoir remonté le temps.

« Ecart », ce nom donné aux hameaux éloignés d’un village, est bien trouvé pour Bertheleville ! Quittant la D10, il faut s’engager sur l’un des 2 petits chemins maintenant goudronnés pour arriver au village. Par l’un, vous comprenez immédiatement être entré dans une petite cité ouvrière, par l’autre, qu’il y a un château.

L'un des 2 ponts de Betheléville

L'un des 2 ponts de Betheléville

Dans un cas comme dans l’autre, il vous faudra franchir la « Maldite » pour pénétrer dans le village. C’est ce petit cours d’eau qui faisait fonctionner la forge dont l’existence est avérée depuis au moins le XVIIeme siècle. Et puis il y a ces immenses forêts qui entourent le village et qu’on devine encore plus fournies que maintenant à des époques lointaines.

Une force motrice, du combustible, du minerai, tout était réuni pour une exploitation métallurgique…

Il devient alors évident que Bertheléville ne fut rien d’autre qu’un domaine agricole et industriel employant de nombreuses familles, qui à la forge, qui au domaine agricole.

Sans faire ici la généalogie des propriétaires du lieu, remontons quand même un peu le temps…

La famille des Salles était une famille noble française, aujourd'hui disparue, originaire de la province du Béarn dont une branche s'est implantée en Lorraine en 1476.

- Henri II des Salles, seigneur de Vouthon, colonel de deux régiments d'infanterie et de cavalerie de Louis XIII. Il a épousé en 1623 Marie-Magdeleine d'Aultry, dame de Génicourt, fille de Jean Vincent, baron d'Aultry et de Claude Merlin

- Louis des Salles, seigneur de Vouthon-Haut et de Vouthon-Bas, Génicourt, Condé, bailli de Bassigny, lieutenant-colonel du régiment de Marchin, conseiller d'État du duc de Lorraine, marié en 1665 avec Marie de Louviers, fille de Louis de Louviers, seigneur de Maurevert, Mongimont, etc., chevalier d'honneur de la reine,

- Louis II des Salles, comte des Salles, seigneur de Vouthon-Haut et Vouthon-Bas, Maurevert, capitaine au régiment de Boufflers, bailli de Gondrecourt, chambellan du duc de Lorraine. Il est marié en 1694 à Denise-Agathe de Louviers,

- Alexandre-Louis des Salles, comte des Salles, baron de Rorté, seigneur de Vouthon-Haut et de Vouthon-Bas, Betheleville, etc., capitaine au régiment d'Orléans, marié vers 1716 avec Marie-Louise de Beauvau, fille de Louis-Joseph de Beauvau, marquis de Noviant, maréchal de Lorraine et Barrois,

- François-Louis des Salles (1724-avant 1810), comte des Salles, seigneur de Vouthon, capitaine de cavalerie au régiment d'Harcourt et ayant participé à la bataille de Fontenoy, gouverneur du duc de Chartres, marié en 1754 avec Philippine-Élisabeth de Vimeur de Rochambeau, sœur du comte de Rochambeau (NDR : célèbre pour s’être illustré lors de l’indépendance américaine). Il a émigré sur la frontière suisse. Il est mort en un lieu et une date inconnue, avant 1810.

- Louis-Denis des Salles ( -1798), marquis de Niviant, baron de Rorté, seigneur de Bertheléville, Chermisey, etc., marié en 1751 avec Lucie de Rosières.

- Charles-Philippe des Salles (1701- ), chevalier des Salles, a eu trois enfants sans descendance.

- Marie-Rosalie des Salles, mariée en 1724 avec Claude-François de Germigney

- Claude-Joseph de Germigney marié à Stéphanie-Catherine de Boisouzet d'Ormenans

  Amédée Louis de Germignay (  -1853), héritier de Bertheléville. (dont on reparlera plus loin.) Source : Wikipédia

Château de Bertheléville vers 1900, alors propriété de la famille Chaudron d'où son nom

Château de Bertheléville vers 1900, alors propriété de la famille Chaudron d'où son nom

On le voit, de la famille Des Salles, le domaine passa donc par alliance aux Germigney au XIXeme. Comme beaucoup de nobles fortunés (ils ne l’étaient pas tous, loin de là), les De Salles et leurs descendants virent, durant le siècle des lumières et le suivant, l’occasion de faire fructifier plus encore leur immense fortune en se lançant plus intensément dans l’industrie. A Bertheléville, c’est l’industrie du fer qui prédominait. Mais si le « capital » est une chose, le savoir-faire restait indispensable ! Il fallait donc s’entourer de gens compétents. C’est ainsi que l’on voit par exemple arriver à Bertheléville François-Stanislas Demimuid, maître de forge réputé. En 1838, l’exploitation est composée de 2 hauts fourneaux, 4 feux de forge et de bocards. Source : Géographie historique, statistique et administrative du département de la Meuse - E. Henriquet et H. Renaudin – Stenay - 1838

« Les frères Demimuid doivent beaucoup à la Révolution. Ils sont nés au Bouchon où leur grand-père, leur père et leur oncle étaient souffletiers en bois, autrement dit fabricant de soufflets. C'est dire s'ils connaissent bien le milieu de la forge. Pierre Nicolas commence sa carrière professionnelle comme souffletier puis il est qualifié de négociant. Après la Révolution, il s’installe à Longeville où il transforme un moulin en forge, un petit établissement doté d’un feu et d’un marteau destiné à la production de fer en barre, forge qu'il développera progressivement. François-Stanislas dit Demimuid-Muel apprend le métier aux forges de Bazoilles (Vosges). Il épouse Marie-Anne Muel, la fille de Claude Muel qui a racheté l'usine avec son frère Florentin en 1808. Les frères Muel exploitent également à cette époque les usines voisines de Sionne et Villouxel. On le retrouve ensuite à Bertheléville comme régisseur des forges et fourneaux du marquis de Germigney. En quelques années, les frères Demimuid et leurs fils réunissent l’exploitation des forges et fourneaux meusiens de Demange-aux-Eaux, Bonnet, Haironville, Commercy, Longeville, ainsi que du haut-fourneau de Chavigny en Meurthe-et-Moselle et de Bienville en Haute-Marne. A la suite d’un partage entre les deux frères enregistrés le 19 octobre 1826, François Stanislas Demimuid reste le seul maître de la forge de Commercy et des moulins. Il conserve la moitié dans les hauts-fourneaux de Bonnet et de Demange-aux-Eaux ainsi que dans le bocard de Ribeaucourt. Il entreprend alors de développer l’usine en construisant de nouvelles halles mais sans augmenter sa capacité de production. Il y décède le 3 octobre 1834. » Source : LES FORGES DE COMMERCY DE 1706 à 1895 Par Pierre Briot, 2006

A la révolution, Bertheléville avait été élevé au rang de commune. Mais les années passent et le temps des petites forges est révolu. De plus, le problème de leur gigantesque consommation de bois soulève de plus en plus d’hostilité de la part des communes à l’heure où le bois est le seul moyen de chauffage et de cuisine journalière. Même si elles conservent parfois une activité, le temps est à l’industrialisation massive avec le charbon comme combustible et des gisements de minerai à grand rendement et à forte teneur. Il faudra donc pour beaucoup de ces propriétaires se recycler. C’est ce que fera M. De Germigney…

« Dans une autre partie du département se trouve le haras de M.le marquis de Germigney. C’est le plus redoutable concurrent qu’ait à craindre M. Bonvié sur l’hippodrome de Nancy. Possesseur d’un grand nombre de poulinière appartenant à la race deux-pontoise, il en a obtenu, avec quelques étalons anglais de Rosières, des produits dont la taille, la force, la distinction et les qualités laissent peu à désirer. Le haras de M. le marquis de Germignay est composé d’un grand nombre d’animaux qui trouvent une nourriture abondante et excellente sur le sol de la magnifique propriété de Bertheléville, située dans les environs de Gondrecourt. » Source : Des institutions hippiques et de l’élevage du cheval -par le Comte Achille de Montendre – Paris – 1840

Mais le plus insolite de cette histoire n’est pas ce site industriel conjugué à un vaste domaine agricole posé au milieu de rien…

L’incroyable, c’est qu’en 1853, à la mort d’Amédée-Louis de Germigney, ses héritiers décident de vendre le domaine et passe une annonce dans la presse de l’époque.

Et c’est là qu’on découvre une situation exceptionnelle !!

Journal "le Constitutionnel" - 24 octobre 1853

Journal "le Constitutionnel" - 24 octobre 1853

Le domaine de Bertheléville couvre LA TOTALITE de la commune et de ce fait, la commune n’a donc QU’UN SEUL PROPRIETAIRE !! Les autres habitants du lieu ne sont donc que ses employés ou leurs familles, et sont également ses locataires !

« Dans le département de la Meuse, arrondissement de Montmédy, canton de Gondrecourt, il existe une commune appelée Bertheléville, qui appartient en totalité à un seul et même propriétaire, le marquis de G***, lequel réalise, en plein XIXe siècle, la fable du marquis de Carabas, et qui jouit d’un pouvoir à faire envie au despote le plus absolu.

Les habitants de cette commune sont tous ses employés et ouvriers des forges de Bertheléville, qui appartiennent comme tout le reste, à M. le marquis, ou ses bucherons, ses cultivateurs à gage ou ses domestiques. Il n’est pas seulement propriétaire de toutes les terres, il l’est aussi de toutes les maisons, qu’il ne loue point à l’année mais au mois ; et encore ses locataires prennent-ils l’engagement formel de laisser M. le marquis jouir seul des bois communaux d’un revenu de 50000francs, à charge à lui de les chauffer, de payer les contributions, les gardes, et de pourvoir aux autres dépenses communales.

M. le marquis est, quand il lui plait, maire de la commune ; dès que cela l’ennuie, il fait nommer à sa place un de ses employés. Inutile d’ajouter que l’adjoint et les autres membres du conseil sont toujours désignés, c’est-à-dire nommés par lui.

Enfin, M. le marquis est aussi propriétaire de la maison commune, de la maison d’école, du presbytère, et même de l’Eglise, et loue tous ces édifices à la commune moyennant une faible redevance annuelle, uniquement pour conserver son droit.

On voit que les seigneurs féodaux n’étaient guère plus puissants jadis : seulement, grâce à la liberté, le marquis de G*** sera toujours désormais bon prince, vu qu’autrement ses sujets le déposeraient, ce qu’ils n’eussent pu faire jadis. » Source : Histoire des paysans de 1200 à1850 - Joseph Eugène Bonnemère – Paris 1856

On vient de le voir, au fil des ans et des siècles, Bertheléville a connu des fortunes diverses et les recensements des XIXeme et XXeme siècles en font foi.

Pourtant, on s’étonnera encore de ce qui va suivre…

Dès 1732, un jugement opposant « le » Des Salles propriétaire de l’époque (qui souhaitait reprendre à son profit un tiers des bois communaux) et le Grand Maître des Eaux et Forêts de France nous apprend « qu’il est de [ ]connaissance que le village de Bertheléville est détruit depuis trois ou quatre années, que les maisons ont été débâties par l’ordre du sieur comte Dessales, les habitants dispersés, en sorte qu’il ne reste que le château et deux ou trois maisonnettes ou masures habitées par les forgerons ou autres personnes à ses gages : Ordonnons que les deux tiers des bois [ ] seront mis sous la main du Roy, distribués en 25 coupes pour être vendues au profit de sa Majesté, une par année [ ]…»

Bien sûr, ce jugement provoque la réaction du seigneur du lieu et des derniers habitants mais le pouvoir royal ne flanche pas. Il faudra attendre « un jugement arbitral du 10 juillet 1793 pour que la commune de Bertheléville soit réintégrée dans la propriété des 630 arpents qui avaient été réunis au domaine par ordonnance du Grand Maître de Champagne ;

Le ministre des finances approuve le jugement le 22 fructidor an IX et charge le préfet d’autoriser la rentrée en possession dès que la commune aura justifié qu’elle est repeuplée et composée de trente-deux chefs de famille au moins. Le 5 vendémiaire an X, le maire dresse un état de la population indiquant la présence de 36 chefs de ménage ; le 27 du même mois, le préfet autorise la commune à se mettre en possession des bois. Source : Histoire des forêts dans les hautes vallées de l'Ornain et de la Saulx - O. Toussaint - 1898

L’ironie de la chose était bien évidemment que commune et propriétaire ne faisaient qu’un et que, par une exception somme toute extraordinaire, la révolution redonna ainsi à un noble des biens qu’il avait perdus sous l’ancien régime ! Mais c’est cette reconstruction « imposée » du village, exécutée sans doute pour retrouver ses bois, qui nous donne aujourd’hui la possibilité de découvrir le lieu tel qu’il fut durant les 225 dernières années !!

Après la vente du domaine en 1853 (on devrait dire de la commune), les terres, bois et château seront dispersées entre divers acheteurs. « L’entité Bertheléville » n’existant plus, la commune sera supprimée et rattachée à Dainville en 1876. De Dainville aux Forges, la nouvelle commune prendra le nom de Dainville-Bertheléville. Quelques ménages continueront d’y vivre, le plus souvent d’ailleurs employés par les propriétaires successifs du château, comme un dernier clin d’œil au passé.

Bertheléville, ce symbole peut être unique en France de l’ancien régime pour avoir réussi à survivre à peu près sous la même forme plus d’un demi-siècle après la révolution, fait maintenant le bonheur de propriétaires, parfois étrangers, qui ont trouvé là un cadre exceptionnel pour leurs résidences secondaires. La porte dite « de France » (bien que curieusement tournée vers la Lorraine), le colombier, le château sont aujourd’hui classés aux Monuments Historiques depuis le 6 juillet 1990. L’église, ancienne chapelle castrale, reconstruite par les « Des Salles » est aujourd’hui en ruines et les restes du cimetière qui l’entoure abritent encore de façon lisible les sépultures de quelques habitants dont celles des derniers seigneurs du lieu…

Vive l’ancien régime, vive la république, vive la France ! wink

Autres sources :

Le site « la-lorraine-se-devoile.blogspot.com » pour les photos du lieu

Vouthon Haut et ses seigneurs – H. Labourasse – Bar Le Duc – 1890

Cartes postales déposées sur Généanet par soph555

Rétronews

Gallica

AD55

Mémoires de la Société d'archéologie lorraine – Tome XLV – 1895

 

Ayant égaré mes propres photos du village, je vous renvoie vers ce site pour le découvrir.

Actionnez "l'ascenseur" situé à droite pour faire défiler toutes les images.

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LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019

Publié le 29 Mai 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

L’histoire que je vais raconter aujourd’hui n’a rien à faire dans ce blog consacré à l’histoire d’Echenay et de ses habitants, les Epincelois.

Oui mais voilà, c’est une belle histoire !...

Il y a quelques jours, j’ai été contacté par Bérangère qui sollicitait mon aide pour une recherche assez particulière :

« Ce petit message pour savoir si tu accepterais de m'aider sur la demande de recherche d'un petit garçon de 10 ans qui s'appelle Arthur. Cette demande est absolument adorable et assez incroyable. La famille de petit Arthur a retrouvé une lettre. L’homme se nomme Cyprien Richeton et serait leur ancêtre ? Ce petit garçon est fasciné et a demandé de l’aide à sa maîtresse (ma sœur). Voilà, je trouve ça adorable et génial. Arthur n’a que 10 ans ».

Au message était joint le document suivant :

LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019
LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019

« Vous me dites que si j’ai besoin d’argent [mot manquant puis mots illisibles] 

donné par [mots illisibles] mais je n’en ai pas

besoin, je ne dépense pas beaucoup. Nous faisons trois fois l’exercice par

jour. Le samedi il faut frotter nos boutons, nos fusils, nos gibernes, nous

serons très chargés. On [mot rayé] m’a donné un habit, une veste, deux

pantalons, un caleçon, trois paires de guêtres et une paire de souliers [mot rayé]

une paire de bas et deux colle et une capote, trois brosses, une boite pour

mettre de la graisse et un caque de peau et un caque de toile pour

nous coucher et on m’a pris mon caque et ma veste et nous sommes

très chargés. Ma chère mère et mes frères et sœurs vous vous faites

bien mes compliments.

Cyprien [mot manquant] Richeton

Voila comme je suis habillé

A Strasbourg le 24 mai 1813 »

—

La recherche débutait…

D’abord, il convenait de trouver dans quelle région le patronyme Richeton était le plus répandu. Une recherche sur Généanet et Filae indiquait comme piste la Haute Marne et les Vosges.

Ensuite, à gauche du dessin, Cyprien a noté son nom. Dans la partie manquante apparaissent seulement le bas de lettres d’un deuxième prénom où il me semble distinguer Joseph…

LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019

Enfin, le ton de la lettre, la description du paquetage qui est faite, laissent entrevoir vraisemblablement une nouvelle recrue fraichement arrivée à Strasbourg en mai 1813 et le dessin de la lettre (exceptionnel !) montre clairement un soldat de l’infanterie de ligne.

Mais quels régiments avaient leurs dépôts à Strasbourg à cette époque ?...

Je découvrais alors que 8 régiments d’infanterie étaient stationnés là-bas : les 3e, 18e, 39e, 40e, 57e, 63e, 83e, 105e, 152e de ligne.

Il ne restait plus qu’à parcourir leurs registres de recrutement vers la période concernée dans l’espoir de découvrir un nommé Cyprien Joseph Richeton !

Et c’est dans le registre du 57e régiment d'infanterie de ligne (25 février 1813-19 mai 1813) que je trouvais notre homme !...

Cyprien Richeton était le fils de Claude Richeton (lui même né à Aigremont (52) le 24/9/1751) et d’Agnès Didier. Il était né le 16 septembre 1788 à Sauville (88). Le registre nous en livre une description sommaire : 1.60 m, visage rond, front élevé, yeux gris et cheveux châtains, il exerçait à Sauville le métier de cordonnier…

Conscrit N°49 de la liste du canton de Bulgnéville, il est recruté sous le matricule 13587 et arrive au corps le 3 mai 1813. C’est donc lors de sa préparation militaire qu’il écrit cette lettre à ses parents.

Voici son acte de naissance qui confirme bien qu’il se nommait en réalité Cyprien Joseph

LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019
Cyprien au recrutement cantonal de Bulgnéville (merci à Aurélie Mangin)

Cyprien au recrutement cantonal de Bulgnéville (merci à Aurélie Mangin)

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Après la campagne de Russie de 1812 qui a tourné « à l’aigre » et a décimé son armée, Napoléon doit toujours faire face à la sixième coalition et au soulèvement des états allemands qu’il avait soumis et qui ont rejoints la Russie. Ce sera la campagne d’Allemagne de 1813.

Il lance alors une nouvelle vague de recrutement dont fera partie Cyprien.

Après une série de victoires (dont aucune n’est décisive) et de revers, l’armistice de Pleiswitz est signé le 4 juin 1813 mais la diplomatie anglaise a travaillé en coulisses en offrant des millions de livres sterling aux coalisés pour les soutenir et qu’ils poursuivent la guerre. Le 11 aout, l’Autriche, elle aussi encouragée par les Anglais, déclare la guerre à la France et les hostilités recommencent.

Mais Cyprien dans tout cela ?...

Depuis mai, notre vosgien a traversé l’Allemagne sous la bannière de l’Aigle Impérial. Le 30 aout, il est à Kulm sous les ordres du général Vandamme. Avec 32 000 hommes de son camp, il s’oppose aux 54 000 Autrichiens, Prussiens et Russes du Général Barclay de Tolly.

Après la victoire de Dresde les 26 et 27 août, Vandamme a poursuivi les troupes alliées en retraite. Il rencontre l'armée d’Ostermann-Tolstoï près de la ville de Kulm (actuellement Chlumec, à 8 km d'Ústí nad Labem, en République tchèque). Nos jeunes recrues sont valeureuses mais, fatiguées et inexpérimentées, elles s’inclinent et battent en retraite. Pour les Français, il y eut 5 000 soldats tués ou blessés et entre 7 et 13 000 capturés, y compris Vandamme et 80 canons. Les coalisés eurent 11 000 soldats tués ou blessés.

Cyprien Joseph Richeton y est fait prisonnier. Si Vandamme fut libéré à la signature de la paix en 1814, on perd la trace de Cyprien… Simple soldat, son sort fut certainement bien différent de celui du général d’empire ! Fut-il sommairement exécuté comme cela arrivait parfois, vendu à des paysans ou déporté vers l’Est, on ne le saura pas… Et l’état civil de Sauville ne nous livre aucun renseignement sur un retour possible.

Reste-t-il quelque part ailleurs, enfouies dans de vieilles archives, des traces de Cyprien Richeton ?...

Au moins, il y a une belle histoire à la fin un peu triste à raconter à un enfant de 10 ans qui y trouvera peut-être une motivation pour s’intéresser à l’histoire en général et à celle de ses ancêtres en particulier !

LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019

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En janvier 1797, l’armée républicaine française se trouvait en Italie sous les ordres de Bonaparte. A « la Favorite », non loin de Rivoli, la 57eme demi-brigade (qui deviendra le 57eme régiment de ligne) fait des prodiges. Le lendemain, Bonaparte passant en revue les vainqueurs, s’arrête devant elle, la salue en se découvrant, et leur dit : « La terrible 57eme demi-brigade que rien n’arrête ! ». A partir de ce moment, le 57eme sera surnommé « le Terrible ».

Puis, le 7 septembre 1812, à l’occasion de la campagne de Russie, le 57ème RIL s’illustra à la bataille de la Moskowa - Russie en prenant la redoute de Semenofskoïe. Le lendemain, Napoléon autorise le 57ème de ligne à faire usage de boutons portant en relief une petite reproduction de la croix de la Légion d’honneur. Voilà un exemplaire des boutons que Cyprien frottait le samedi, dans son campement de Strasbourg, avant de partir vers sa destinée…

—

Mais tout est « terrible » dans cette histoire ! Cette lettre touchante d’un jeune soldat qui part vers son destin, le dessin qu’elle porte, l’histoire de Cyprien, la recherche et l’intérêt du jeune Arthur pour un vieux manuscrit et bien sûr le fait d’avoir pu identifier le soldat avec à priori si peu d’éléments et d’avoir réussi à retisser le lien de Cyprien avec la famille d’Arthur…

Sources :

Le document d’Arthur (Salut Arthur ! wink )

AD88 (et AD52 pour le père de Cyprien)

Mémoire des hommes

Résumé de l'historique du 57e régiment d'infanterie - Itier. Jean Baptiste Fulbert Arthur, Cyprien Jean Marie Émile Favatier – 1889

Généanet & Filae

Wikipédia

Et quelques autres sites…

LA RENCONTRE DE CYPRIEN ET ARTHUR - 1813 / 2019
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"MON FRÈRE" - AINGOULAINCOURT - 1907

Publié le 20 Septembre 2015 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Mon Frère

Ta carte nous a fait bien plaisir de recevoir de tes nouvelles. Je t’en renvoie une de la grande rue d’Echenay. Pour le moment nous nous portons bien ainsi que la famille. Le mari de Marie fait ses 28 jours à Toul au 39 Artillerie.

Mon Frère nous vous embrassons tous trois bien affectueusement.

A Morlot

La carte postale est adressée à

Monsieur Morlot Paul

Capitaine en retraite

A Bletterans – Jura

"MON FRÈRE" - AINGOULAINCOURT - 1907

Il me semblait plus facile de démarrer l’enquête par le destinataire. Un militaire, ça laisse des traces ! Bien m’en prit. Quelques clics et je découvre un Paul Morlot, décoré de la Légion d’Honneur. Il est né à Germisay (52) (tiens, tiens !) le 11 août 1853 d’Hubert Morlot et de Virginie Maranger. Les documents de la base Léonore indiquent qu’il est décédé à Bletterans - Jura le 24 mai 1929. Matches !...

Quelques mots sur Paul Morlot. Le 6 janvier 1875, il intègre le 91e RI comme soldat. Dès lors débute son ascension militaire : Il sera en Juillet 75 caporal, en Avril 1876 sergent-fourrier, en Décembre 1876 sergent, en Novembre 1878, sergent-major et en Juin 1881, adjudant.

Ayant montré des dispositions pour la vie militaire, il entre le 21 avril 1884 à l’école militaire d’infanterie et en sort sous-lieutenant l’année suivante. Le 44e RI lui ouvre alors ses portes en 1885 et il devient sous-lieutenant Porte-Drapeau en 1888.

1889 le voit passer Lieutenant de ce même régiment avant d’être nommé Capitaine au 10e RI en 1896.

Mais c’est le 18 mai 1899 que Paul est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

Source: Base Léonore

Source: Base Léonore

Bref, de quoi attiser la fierté de son frère A. Morlot.

Mais où peut bien être ce frère épistolier ?

Je cherche un village nommé Aing, Ding, Fing mais ne trouve rien. Un peu de découragement… Puis, d’un seul coup, vient l’éclair ! Aing, ce doit être Aingoulaincourt, village à deux kilomètres d’Echenay. Un petit tour virtuel aux AD de Haute-Marne et…. Matches !!!

Source: AD52 - Recensement Aingoulaincourt - 1906

Source: AD52 - Recensement Aingoulaincourt - 1906

Ainsi A. Morlot se prénomme Auguste et est cultivateur. La tâche n’est pas moins noble. Il est bien le frère de Paul et est né le 4 mai 1849. Peut-être aurait-il aimé être militaire lui aussi avec ce second prénom, Napoléon !

Je ne sais pas qui sont Marie et « le mari de Marie » mais les 28 jours dont il est question sont la période d’exercices que doit effectuer chaque réserviste pour être en règle du point de vue militaire. Il est bien possible que Marie soit sa fille et qui aurait quitté la maison familiale comme le montre le recensement de 1906. Mais ?

Voilà. Je crois bien que la carte postale de m’apprendra plus rien mais ce fut un plaisir.

Comme toujours…

Sources:

AD52

Base Léonore

Site Combattant.14-18

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PILULES PINK POUR PERSONNES PÂLES - 1914

Publié le 15 Mai 2015 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

PILULES PINK POUR PERSONNES PÂLES - 1914

« Les femmes sont d’éternelles malades qui souffrent stoïquement en silence ».

« Les pilules PINK donnent aux femmes ce qui leur manque : du sang, des forces ».

Tout doux, Mesdames... Ces allégations ne sont pas de moi ! Ce sont des slogans publicitaires vantant les mérites de petites pilules vers le début du XXe siècle : les « pilules Pink pour personnes pâles » !

Je passerai sur l’histoire de cette firme qui connut une vraie success story (voir sur le net). Voici déjà longtemps que j’avais repéré cette annonce dans le journal « Ouest-Eclair » du 2 mai 1914 où un Haut-Marnais proche d’Echenay témoignait. Déjà, le titre est une promesse !

Heureux Maris : Heureux sont les maris qui, lorsque leur femme est malade, ont le bon esprit de lui faire prendre les Pilules Pink : La santé ne tarde pas alors à revenir.

Mr. A. Thuron, à Laneuville-aux-Bois, par Echenay Haute-Marne, écrit : Je suis heureux de pouvoir vous annoncer que ma femme a été très bien guérie par vos Pilules Pink. Son état était pour ainsi dire désespéré et pour moi je ne croyais pas à sa guérison. Profondément anémiée, elle souffrait cruellement, ne mangeait plus. Elle était si faible qu'elle ne prouvait plus s'occuper de son ménage. Maintenant elle est forte et peut de nouveau se livrer à ses occupations.

Les Pilules Pink sont en vente dans toute, les pharmacies et au dépôt Pharmacie Gablin, 23 rue Ballu, Paris; 3 fr. 50 la boite: 17 fr. 50 les six boites, franco.

Ouest-Eclair 2 mai 1914

Ouest-Eclair 2 mai 1914

L’annonce, présentée en publi-rédactionnel, est incluse au milieu de véritables articles, preuve d’une maitrise certaine en matière de publicité. Elle donne au texte un air si « vrai » ! D’autres annonces mettent l’accent sur d’autres vertus : « Contre la fatigue », « Mauvaises digestions », « Impuissance », « Idées noires », etc… bref une panacée assise par un flot de témoignages avec adresses, parfois même illustrés d’une photo du malade !!!

Alors, j’ai voulu en savoir plus ! Ce Mr Thuron, dont l’épouse avait si miraculeusement guérie grâce aux pilules PINK, existait-il vraiment ?

Une visite virtuelle aux Archives Départementales de Haute-Marne allait me fournir les renseignements recherchés.

Au recensement de 1906 apparait bien une famille Thuron à Laneuville aux bois, dont le chef de famille se nomme Alexandre. Et c’est la seule à porter ce nom. Bien ! Le témoignage semble donc fondé, en partie au moins ! Alexandre est né le 3 juillet 1864 dans ce même village et a donc 50 ans en 1914, moment où il écrit. Il est bucheron, comme son père qui, veuf, vit avec eux.

Son épouse, la pauvre malade, se nomme Marie Husson. Elle est née le 21 février 1866 à Gillaumé, village voisin de Laneuville. Ils se sont mariés à Mandres en Barrois (proche également) le 19 octobre 1889 où naquit leur premier enfant, Claire. Suivront Eugène et Jeanne qui naitront respectivement en 1891 et 1897 à Laneuville où la famille s’est donc installée.

Bref, les protagonistes semblent donc être bien réels ! Il resterait à savoir si Marie Husson fut bien malade mais ça, c’est une autre histoire !

Ces recherches m’ont amené à découvrir que d’autres généalogistes avant moi avaient cherché des confirmations de ces témoignages. Leurs résultats correspondent au mien. Les personnes, situées dans d’autres villes, existaient bien, les photographes également, à quelques petites erreurs près (n° de rue par exemple).

La stratégie publicitaire des pilules PINK, basée sur ces testimoniaux, s’avérait certainement très efficace ce qui explique sans doute son succès au fil des années.

Marie Husson, guérie, reprit certainement le chemin des bois pour aider son mari, lui évitant ainsi d’avoir à utiliser les fameuses Pilules PINK pour personnes pâles !!!

Dame, un bucheron ne prend jamais de pilules roses !...

Malheureusement, il est possible qu’elle ait eu besoin quelques années plus tard de ces petits cachets pour tenter d’effacer le souvenir de son fils Eugène décédé le 27 octobre 1918, quelques jours avant l’armistice, d’une mauvaise grippe contractée au service de la patrie.

La note de Jules Renard le 7 septembre 1907 dans son journal au sujet d’une pauvre femme épuisée s’appliquerait bien à Marie Husson : « Tout de même, à la quatrième page d’un journal, elle a lu une annonce qui lui rendra peut-être des forces. Elle va prendre des pilules Pink. C’est son dernier espoir. Comment le lui ôter ? »

Sources :

AD 52

Mémoires des Hommes

Gallica BNF

Shp-asso.org

Persée.fr – article pharm

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LA TRAGIQUE HISTOIRE DE PAUL TISSERAND, HAUT-MARNAIS FUSILLE -1916

Publié le 5 Février 2015 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Une fois n’est pas coutume ! Je vais aujourd’hui m’éloigner d’Echenay pour relater un fait qui agite l’actualité Franco-Française de ces derniers mois.

Paul Lucien Tisserand est né le 27 août 1895 à Bourbonne les Bains. Il est le fils d’ Auguste Théophile Tisserand, vannier ambulant et de Marie Céline Vifry, journalière. Il est né dans la maison de sa grand-mère maternelle. Je ne sais rien de sa jeunesse.

 

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Le 3 août 1914, le tocsin sonne au clocher de l’église de Leuchey, petit village au sud de Langres, à la limite de la Côte d’Or. C’est là que l’on retrouve Paul Tisserand. Il est alors ouvrier agricole ou domestique de ferme, suivant les documents.

Le 18 décembre 1914, il est incorporé au 10 eme Bataillon de Chasseurs à pied (10e BCP) et arrive au corps le lendemain en qualité de Chasseur de 2eme classe.

Il serait long et fastidieux de retracer toute la campagne du 10 eme BCP jusqu’à la date qui nous intéresse. C’est en Mars 1916 que va commencer l’histoire de Paul Tisserand.

A compter du 1 mars 1916, le 10 eme BCP entame sa montée au front par la maintenant célèbre « Voie Sacrée ». Le Bataillon traverse en autos les villages d’Erizé, Chaumont, Issoncourt, Heppes, Souilly, autant de noms qui résonnent comme des explosions d’obus, pour finalement arriver au Fort des Regrets (le bien nommé ?...) vers 12h30, à l’ouest de Verdun  le 6 mars. Curieusement, le bataillon cantonne sur des péniches sur le canal de la Meuse à 1 km au nord d’Haudainville.

Le 7 mars, à 17 heures, il quitte sa halte fluviale, dernier repos avant l’enfer. La destination ? Le fort de Souville à Fleury devant Douaumont, non loin de Douaumont. Après 2 jours d’approche, ils arrivent au fort.

Le 10 mars 1916, à 22 heures, ordre est donné à la réserve de la 13e division d’infanterie dont le 10e BCP fait partie de prendre position entre le fort de Souville et la batterie de l’Hopital.

Paul appartient à la 3eme Compagnie.  Les 3e et 6e Cie sont chargées de prendre position au sud de la route, en échelon et à droite, abritées derrières les talus.

Dès lors, « le bataillon est soumis à un bombardement très violent de la part de l’artillerie lourde ennemie ».

Le 11 mars, vers 18 heures, le bataillon quitte ces positions et rejoint le ravin au sud du fort de Souville. « Pendant la journée, le bataillon a été soumis au feu intense de l’artillerie lourde ennemie ainsi qu’aux gaz lacrymogènes ».

Bilan de cette journée, 7 morts, 16 blessés.

 

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Montplonne (Meuse), le 13 avril 1916 vers 13 heures :

 

« Accusé, levez-vous ! »

 

Paul Tisserand, un mètre soixante-cinq, cheveux noirs, yeux châtains et visage ovale avec une fossette au menton, se lève.

Sous la présidence du général de Boissoudy commandant la 43e Division d’Infanterie, le conseil de guerre composé du commandant Schalck du 149e RI, président, du commandant Collet du 158e RI, du capitaine Guicherd du 3e BCP, du sous-lieutenant Belcaix du 3e BCP et de l’adjudant Gault du 158e RI rend sa sentence :

Le conseil délibérant à huis-clos, le Président a posé les 6 questions, conformément à l’article 132 du code de justice militaire, ainsi qu’il suit :

L’accusé Tisserand Paul Lucien, chasseur du 10e BCP, 3e cie, est-il coupable d’avoir le onze mars 1916, aux environs du fort de Souville, abandonné son poste ?

Ledit abandon a-t-il eu lieu sur un territoire en état de guerre ?

L’accusé Tisserand est-il coupable d’avoir le 12 mars 1916 entre Haudainville et l’emplacement de sa compagnie aux environs de Souville abandonné son poste ?

Ledit abandon a-t-il eu lieu sur un territoire en état de guerre ?

A-t-il eu lieu en présence de l’ennemi ?

 

Sur la 1e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 2e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 3e question : Oui, à la majorité de quatre voix contre une

Sur la 4e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 5e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 6e question : Oui, à la majorité de quatre voix contre une

 

En conséquence, le Conseil condamne à l’unanimité le chasseur Tisserand à la peine de mort [ ].

Le défenseur de Paul Tisserand, l’officier Schoumacker de la 43e DI, n’a rien pu faire…

 

Montplonne (Meuse) – 14 avril 1916,  6 heures du matin – Route de Nant – Extrait du Procès-verbal d’exécution à mort –

 

[ ] Le condamné ayant [été] placé au lieu de l’exécution, nous Viriot Henry, officier d’administration de 3e classe, greffier dudit conseil de guerre, avons donné lecture du jugement précité.

Le condamné a été passé par les armes, conformément aux règlements militaires par un piquet du 10e BCP et est tombé mort ainsi que l’a constaté le médecin-major commis à cet effet.  [ ]

1164 personnes assistent à son exécution. 28 officiers, 119 sous-officiers et 1045 caporaux et chasseurs.  Et comme le veut le règlement, il est passé par les armes  par un peloton issu de son bataillon !!!

 

Mais comment en est-on arrivé là ? Voici les faits retenus contre lui

 

" Le 11 mars 1916, la 3e Cie du 10e BCP à laquelle appartenait le chasseur Tisserand était en réserve de Division  aux abords du fort de Souville. A un moment qui n’a pu être précisé – le rapport  en effet indique que c’est dans l’après-midi et Tisserand prétend que c’est dans la matinée – l’inculpé quitta son unité, s’esquivant sans attirer l’attention.

Il se rendit dit-il au fort de Souville pour y chercher de l’eau laissant là son sac et son fusil. Il reconnait n’avoir demandé aucune autorisation pour s’absenter.

Parce qu’il était fatigué et pour éviter le bombardement assez violent qui ne cessait à l’endroit où était sa compagnie ainsi qu’il le déclare lui-même, il demeura au fort de Souville jusqu’au 12 mars à 1 heure du matin. A cette heure, il se décida à gagner son unité où son absence avait été constatée à 17 heures.

La compagnie étant partie, il l’a cherché dit-il et ayant pris son sac et son fusil à l’endroit où il les avait laissés, il revint vers un bois où il avait été en réserve auparavant.

Là, toujours d’après ses déclarations, il fut renseigné par le Lieutenant Mauginot sur l’emplacement de sa compagnie qui était partie au village de Fleury ;

Au lieu de la rejoindre, il regagna Haudainville où il savait dit-il trouver les cuisines roulantes de son bataillon.

Il fut rencontré le 12 mars à Haudinville par le sergent-major Chavarot de sa compagnie qui lui donna l’ordre de rejoindre avec la cuisine roulante. Parti avec la corvée, Tisserant s’esquiva de nouveau en cours de route aux environs de Verdun, il revint une seconde fois à Haudinville et se cacha dans le cantonnement d’un peloton de mitrailleuses du bataillon sans faire connaitre sa présence aux gradés. Il y resta ainsi jusqu’au 17 mars, tandis que ses camarades étaient en premières lignes.

Vraisemblablement poussé par la faim, il se présenta le 17 mars aux cuisines roulantes. Le chasseur Bruat, étonné de le voir à Haudinville lui conseilla de rejoindre la compagnie.

Celle-ci était relevée et était cantonnée aux casernes Bévaux ; Tisserand qui n’avait plus rien à craindre , la rejoignit le 18 mars après une absence de 6 jours après son abandon de poste.

Il a reconnu tous les faits et l’exactitude des déclarations faites au corps par les témoins Chavarot et Buat, ce qui nous a dispensé d’entendre ces derniers à l’instruction.

Les renseignements fournis sur Tisserand sont très mauvais, « sale, vicieux, d’un mauvais exemple, se faisant constamment porté malade pour se soustraire à son service ».

Son relevé de punitions n’est pourtant pas très chargé. Le casier judiciaire est à consulter.

Tisserand a fait preuve de lacheté et après un premier abandon de poste n’a pas cherché par sa conduite à la racheter ; au contraire il est resté six jours à Haudinville, se rendant compte de la faute qu’il commettait et évitant d’être découvert par les gradés du bataillon [ ]

 Fait au quartier général le 28 mars 1916"

 

Les interrogatoires de Paul Tisserand ne sont pas sensiblement différents de ce récit. Il présente certains faits de façons différentes. Ainsi si il passe le début de nuit du 11 au 12 au fort de Souville, c’est, dit-il, parce qu’il était interdit de sortir durant le bombardement. Il explique en partie son errance par le fait qu’il ne retrouve pas sa compagnie. Quand il rencontre le sergent-major Chavarot, il explique que l’heure n’est pas exacte, qu’à ce moment, il rencontre un camarade du 109e avec lequel il parle une heure et que pendant ce temps, la corvée est partie sans lui et qu’il fait maintenant nuit. C’est pourquoi il retourne vers Haudinville.  Au sujet de sa présence avec les mitrailleurs, il affirme ne pas s’être caché mais reconnait ne pas avoir prévenu les gradés de sa présence.

 

Tous ces éléments ne jouent évidemment pas en sa faveur. Son défenseur lui demande une fois de donner une version plus réaliste des faits !

Son casier judiciaire, demandé pour compléter le dossier, indique qu’il a été condamné pour vol et abus de confiance en août 1912 à un mois de prison avec sursis. Il a donc 17 ans à l’époque !

Ses états de services ne relatent qu’une nuit d’ivresse et qu’il a une fois refusé de prendre une douche et s’est esquivé. Ses compagnons le présentent comme « sale et puant » ! Tous ces faits sans rapport avec sa comparution ont certainement dû jouer en sa défaveur.

On est bien là dans l’image du « mauvais soldat », telle que les historiens la relèveront plus tard.

 

Pour essayer de comprendre mieux, je me suis penché sur la lecture du journal de marche du 10e BCP les jours concernés.  C’est un voyage en enfer…

 

11 mars 1916

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7 morts  - 16 blessés

 

12 mars 1916

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7 morts – 12 blessés

 

13 mars 1916

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6 morts – 4 blessés

 

14 mars 1916

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2 morts – 18 blessés – 3 disparus

 

15 mars 1916

1 mort – 2 blessés

 

16 mars 1916

15 morts – 77 blessés - 10 disparus

 

Curieusement, Paul Tisserand apparait ce 16 mars dans la liste des disparus avec en marge la mention « rentré au corps le [blanc] mars 1916 ». Or, on sait qu'il n'est revenu que le 18.

 

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Alors que penser de toute cette affaire ?

 

D’autres ont jugé et Paul Tisserand a été fusillé. Il était célibataire. L’histoire tragique d’un gars de 20 ans broyé par la guerre, comme tant d’autres…

 

L’historique du 10e BCP, écrit en 1920, laissera une autre vision de ces jours terribles… La neige a, semble-t-il, tout recouvert. Mais pouvait-il en être autrement ?

 

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Paul Lucien Tisserand est l'un des deux fusillés de Haute-Marne durant la Grande Guerre. 

 

Sources :

Mémoires des Hommes : JMO du 10e BCP et JMO du 3e BCP – Dossier du fusillé Paul Tisserand

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Carte postale ancienne DELCAMPE.fr

 

Gallica : Historique du 10e BCP - 1920

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ENCANAILLONS-NOUS! - 1895 - 1900

Publié le 2 Août 2014 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Toulouse-Lautrec.JPG                                                                           Valentin Le Désossé et La Goulue

 

Si je vous parle de Grille d’Egout, de Rayon d’Or, de La Mélinite ou de Trompe La Mort, vous avez surement du mal à me suivre.


Si j’ajoute Nini Patte-En-l’Air, Valentin le Désossé et La Goulue, là, vous avez déjà une idée !..

 

Tous et toutes fréquentent, dansent, vivent, dans les cabarets de Montmartre de cette fin de XIX eme, au Moulin-Rouge, au Rat Mort, au Moulin de la  Galette ou à l’Elysée Montmartre.


Un peintre-lithographe immortalise leurs vies, leur univers (qui est aussi le sien !) et nous laisse une évocation  de cette fameuse « Belle Epoque » qui passera à la postérité.


Il s’agit d’Henry de Toulouse-Lautrec.


Fils du comte Alphonse de Toulouse-Lautrec-Monfa, Henri descend d’une des plus vieilles familles de France.

 

Mais que vient-il donc faire dans le blog d’Echenay ?


C’est tout simplement qu’il descend par sa grand-mère maternelle, Louise d’Imbert du Bosc,  de la famille de La Vallée de Pimodan.


Son AR-AR-AR grand-mère n’est autre que Marguerite de La Vallée de Pimodan, fille de Louis Ignace, mariée début XVIIIème à Charles Victor d’Imbert du Bosc.


 

Toulouse-Lautrec n’a jamais mis les pieds à Echenay et j’admets que le lien avec le village est ténu mais l’anecdote valait la peine d’être racontée !!

 

Source : Larousse, Généastar et Généanet 

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PASSAGE A ECHENAY DU 8e REGIMENT DE HUSSARDS - 1896

Publié le 6 Octobre 2013 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

Très sympathique réception du 8éme régiment de hussards chez le marquis de Pimodan, Duc de Rarécourt, au château d’Echenay dans la Haute-Marne. Le colonel Garié et tous les officiers présents, qui, revenant des manœuvres, allaient à Verdun, ont bien voulu accepter à déjeuner et à diner. Les troupes n’ont pas été oubliées.

Pavoisement de drapeaux français et russes auxquels se joignait le drapeau japonais qui faisait sa première apparition dans la Haute-Marne. On sait que le frère du châtelain est attaché militaire de France à Tokio.

Source : Le Figaro – 18 septembre 1896

Sensible aux « choses militaires », Gabriel de Pimodan les reçoit donc à Echenay lors de leur passage.

Formés en 1793 pour les nécessités de la Révolution, les « Eclaireurs de Fabrefonds » sont créés à Nancy par Joseph Fabre, frère du célèbre Fabre d’Eglantine. Ils deviennent ensuite 9eme hussards, puis le 8eme hussards, participent aux guerres de la révolution puis de l’empire et s’illustrent souvent par leurs faits d’armes. Unité de reconnaissance et de renseignements, ils sont toujours aux avant-postes.

On les retrouve donc en Vendée, dans l’armée du Nord puis du Rhin, au Camp de Boulogne, à Austerlitz, Iéna, Wagram, en Russie et participent à la campagne de France. Mais il serait trop long d’évoquer toutes leurs campagnes, de la Révolution à l’Algérie du XXe siècle.

Dissous et reformés à plusieurs reprises, ils sont casernés à Verdun de 1893 à 1913 et sous les ordres de Jean Pierre Paul GARIE de 1889 à 1899. Voici l’essentiel de son parcours :

  • Né le 3 avril 1839 à Saint-Girons (Ariège)
  • Ecole Spéciale Militaire en octobre 1857
  • Sous-Lieutenant en octobre 1859. Lieutenant en août 1864
  • Capitaine en août 1870. Chargé de l'instruction au 2° dragons en 1877
  • Lieutenant-Colonel en février 1887 au 14° dragons
  • Chevalier de la Légion d'Honneur en juillet 1888
  • Reçoit le commandement du 8° hussards en 1889. Colonel en décembre 1893. Quitte le régiment en 1899

Source : amicale-8-hussards.com

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JEAN MERGEY, PAGE DE DESCHENETZ - 1554

Publié le 20 Mai 2013 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ca s'est passé près d'Echenay

"Jean, sieur de Mergey,  naquit en 1536, sous le règne de François 1er, à Harans-Mesnil en Champagne,  de Nicolas de Mergey et de Catherine, fille naturelle de la maison de Dinteville. Sa famille n’était pas riche; Il se trouvait le dernier de quatorze enfants et l’on crut devoir le destiner à l’état ecclésiastique.

Ayant perdu son père, il fut mis à l’âge de huit ans au collège de Troyes puis passa dans l’abbaye de Montier en Der afin d’y recevoir une éducation conforme aux vues que ses parents avaient sur lui.

Mais, il montra des gouts entièrement opposés : le récit des hauts faits d’armes qui avaient marqué l’époque de sa naissance enflamma son imagination. Il fallut donc que sa mère consentit à le retirer de Montier en Der. Hors d’état de lui procurer dans sa maison les moyens d’acquérir les nouvelles connaissances qui lui étaient nécessaires, elle le plaça près de Polisy, Bailly de Troyes, chef  de la maison de Dinteville dont elle était issue.

Polisy avait autrefois servi avec distinction ; Personnage accompli et orné de toutes les vertus et sciences autant qu’homme de son temps et qualité, il avait été  gouverneur de M. d’Orléans et ambassadeur pour le roi en Angleterre. Paralytique et impotent de tous ses membres, et ne pouvant plus à cette occasion demeurer à la cour, il s’était retiré chez lui et se mit pour son plaisir et exercice à bâtir cette belle maison de Polisy. Il employa ses loisirs à compléter l’éducation de son jeune parent, qui, par ses manières vives et enjouées, lui donnait des distractions agréables et dissipait la tristesse de son intérieur.

Lorsque cet intéressant élève eut atteint l’adolescence, il l’attacha comme page à  Deschenetz (NDLR : seigneur d’Echenay)  son frère, chevalier de l’ordre du roi, qui commandait une compagnie de 50 hommes d’armes dans les armées d’Henri II.

Ce fut en cette qualité que Mergey  fit, à l’âge de 18 ans la fameuse campagne  de 1554, et prit part à la victoire de Renty.

L’année suivante, Deschenetz le mit hors de page et, dans l’espoir de lui procurer un prompt avancement, il le plaça près du comte François de La Rochefoucault, lieutenant de la compagnie de gendarmes du duc de Lorraine, après lui avoir donné un bon cheval et 30 écus.

Mergey se dévoua entièrement à La Rochefoucault  ( )…"

 

Cela lui valut de nombreux tracas. La Rochefoucault, de zélé catholique passa dans les rangs des Huguenots suite à son second mariage avec Charlotte de Roye, proche des Coligny. Peu importe pour Mergey ! Il continue de servir son maitre.

 

 

"Mergey, peu familier avec les matières qui faisaient l’objet de controverses ne tenta jamais de s’en instruire : sans etre incrédule, il demeura indifférent ; et cette tiédeur, bien rare dans le siècle ou il vivait, le préserva du moins des passions qu’entraine le fanatisme."

 

Mais cela procura aussi à Mergey une vie exaltante, traversant en acteur, guerre contre l’Empire, guerre de religion,  la Saint Barthélémy, approchant au plus près roi, reine et princes.

 

A la fin de ses mémoires, il écrira :

"Pour moi, j’ai ce contentement d’avoir fidèlement servi mes maitres, et avec cela ferai la cloture de mon discours, suppliant ceux qui le pourront voir excuser et le sujet et le style, car je ne suis ni historien ni rethoricien ; je suis un pauvre gentilhomme champenois qui n’ai jamais fait grande depense au collége, encore que j’ai toujours aimé la lecure des livres.

 

Fait le 3 septembre 1613, et de mon age de 77ans, à Saint Amand en Angoumois"

 

Cet homme n’aura fait qu’effleurer Echenay, peut-être même n’y a-t-il jamais mis les pieds. Mais il aura servi quelques temps le seigneur du village.

 

J’encourage mes lecteurs à lire ses mémoires, forts riches en anecdotes et donnant une vision contemporaine des guerres internes et externes de cette fin du XVI siècle.

 

 

Source : Collection complète des Mémoires relatifs à l’histoire de France  -– M. Petitot – Libraire Foucault, rue de Sorbonne - 1823

 

 

 

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