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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

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"MON FRÈRE" - AINGOULAINCOURT - 1907

20 Septembre 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Mon Frère

Ta carte nous a fait bien plaisir de recevoir de tes nouvelles. Je t’en renvoie une de la grande rue d’Echenay. Pour le moment nous nous portons bien ainsi que la famille. Le mari de Marie fait ses 28 jours à Toul au 39 Artillerie.

Mon Frère nous vous embrassons tous trois bien affectueusement.

A Morlot

La carte postale est adressée à

Monsieur Morlot Paul

Capitaine en retraite

A Bletterans – Jura

"MON FRÈRE" - AINGOULAINCOURT - 1907

Il me semblait plus facile de démarrer l’enquête par le destinataire. Un militaire, ça laisse des traces ! Bien m’en prit. Quelques clics et je découvre un Paul Morlot, décoré de la Légion d’Honneur. Il est né à Germisay (52) (tiens, tiens !) le 11 août 1853 d’Hubert Morlot et de Virginie Maranger. Les documents de la base Léonore indiquent qu’il est décédé à Bletterans - Jura le 24 mai 1929. Matches !...

Quelques mots sur Paul Morlot. Le 6 janvier 1875, il intègre le 91e RI comme soldat. Dès lors débute son ascension militaire : Il sera en Juillet 75 caporal, en Avril 1876 sergent-fourrier, en Décembre 1876 sergent, en Novembre 1878, sergent-major et en Juin 1881, adjudant.

Ayant montré des dispositions pour la vie militaire, il entre le 21 avril 1884 à l’école militaire d’infanterie et en sort sous-lieutenant l’année suivante. Le 44e RI lui ouvre alors ses portes en 1885 et il devient sous-lieutenant Porte-Drapeau en 1888.

1889 le voit passer Lieutenant de ce même régiment avant d’être nommé Capitaine au 10e RI en 1896.

Mais c’est le 18 mai 1899 que Paul est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur.

Source: Base Léonore

Source: Base Léonore

Bref, de quoi attiser la fierté de son frère A. Morlot.

Mais où peut bien être ce frère épistolier ?

Je cherche un village nommé Aing, Ding, Fing mais ne trouve rien. Un peu de découragement… Puis, d’un seul coup, vient l’éclair ! Aing, ce doit être Aingoulaincourt, village à deux kilomètres d’Echenay. Un petit tour virtuel aux AD de Haute-Marne et…. Matches !!!

Source: AD52 - Recensement Aingoulaincourt - 1906

Source: AD52 - Recensement Aingoulaincourt - 1906

Ainsi A. Morlot se prénomme Auguste et est cultivateur. La tâche n’est pas moins noble. Il est bien le frère de Paul et est né le 4 mai 1849. Peut-être aurait-il aimé être militaire lui aussi avec ce second prénom, Napoléon !

Je ne sais pas qui sont Marie et « le mari de Marie » mais les 28 jours dont il est question sont la période d’exercices que doit effectuer chaque réserviste pour être en règle du point de vue militaire. Il est bien possible que Marie soit sa fille et qui aurait quitté la maison familiale comme le montre le recensement de 1906. Mais ?

Voilà. Je crois bien que la carte postale de m’apprendra plus rien mais ce fut un plaisir.

Comme toujours…

Sources:

AD52

Base Léonore

Site Combattant.14-18

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PILULES PINK POUR PERSONNES PÂLES - 1914

15 Mai 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

PILULES PINK POUR PERSONNES PÂLES - 1914

« Les femmes sont d’éternelles malades qui souffrent stoïquement en silence ».

« Les pilules PINK donnent aux femmes ce qui leur manque : du sang, des forces ».

Tout doux, Mesdames... Ces allégations ne sont pas de moi ! Ce sont des slogans publicitaires vantant les mérites de petites pilules vers le début du XXe siècle : les « pilules Pink pour personnes pâles » !

Je passerai sur l’histoire de cette firme qui connut une vraie success story (voir sur le net). Voici déjà longtemps que j’avais repéré cette annonce dans le journal « Ouest-Eclair » du 2 mai 1914 où un Haut-Marnais proche d’Echenay témoignait. Déjà, le titre est une promesse !

Heureux Maris : Heureux sont les maris qui, lorsque leur femme est malade, ont le bon esprit de lui faire prendre les Pilules Pink : La santé ne tarde pas alors à revenir.

Mr. A. Thuron, à Laneuville-aux-Bois, par Echenay Haute-Marne, écrit : Je suis heureux de pouvoir vous annoncer que ma femme a été très bien guérie par vos Pilules Pink. Son état était pour ainsi dire désespéré et pour moi je ne croyais pas à sa guérison. Profondément anémiée, elle souffrait cruellement, ne mangeait plus. Elle était si faible qu'elle ne prouvait plus s'occuper de son ménage. Maintenant elle est forte et peut de nouveau se livrer à ses occupations.

Les Pilules Pink sont en vente dans toute, les pharmacies et au dépôt Pharmacie Gablin, 23 rue Ballu, Paris; 3 fr. 50 la boite: 17 fr. 50 les six boites, franco.

Ouest-Eclair 2 mai 1914

Ouest-Eclair 2 mai 1914

L’annonce, présentée en publi-rédactionnel, est incluse au milieu de véritables articles, preuve d’une maitrise certaine en matière de publicité. Elle donne au texte un air si « vrai » ! D’autres annonces mettent l’accent sur d’autres vertus : « Contre la fatigue », « Mauvaises digestions », « Impuissance », « Idées noires », etc… bref une panacée assise par un flot de témoignages avec adresses, parfois même illustrés d’une photo du malade !!!

Alors, j’ai voulu en savoir plus ! Ce Mr Thuron, dont l’épouse avait si miraculeusement guérie grâce aux pilules PINK, existait-il vraiment ?

Une visite virtuelle aux Archives Départementales de Haute-Marne allait me fournir les renseignements recherchés.

Au recensement de 1906 apparait bien une famille Thuron à Laneuville aux bois, dont le chef de famille se nomme Alexandre. Et c’est la seule à porter ce nom. Bien ! Le témoignage semble donc fondé, en partie au moins ! Alexandre est né le 3 juillet 1864 dans ce même village et a donc 50 ans en 1914, moment où il écrit. Il est bucheron, comme son père qui, veuf, vit avec eux.

Son épouse, la pauvre malade, se nomme Marie Husson. Elle est née le 21 février 1866 à Gillaumé, village voisin de Laneuville. Ils se sont mariés à Mandres en Barrois (proche également) le 19 octobre 1889 où naquit leur premier enfant, Claire. Suivront Eugène et Jeanne qui naitront respectivement en 1891 et 1897 à Laneuville où la famille s’est donc installée.

Bref, les protagonistes semblent donc être bien réels ! Il resterait à savoir si Marie Husson fut bien malade mais ça, c’est une autre histoire !

Ces recherches m’ont amené à découvrir que d’autres généalogistes avant moi avaient cherché des confirmations de ces témoignages. Leurs résultats correspondent au mien. Les personnes, situées dans d’autres villes, existaient bien, les photographes également, à quelques petites erreurs près (n° de rue par exemple).

La stratégie publicitaire des pilules PINK, basée sur ces testimoniaux, s’avérait certainement très efficace ce qui explique sans doute son succès au fil des années.

Marie Husson, guérie, reprit certainement le chemin des bois pour aider son mari, lui évitant ainsi d’avoir à utiliser les fameuses Pilules PINK pour personnes pâles !!!

Dame, un bucheron ne prend jamais de pilules roses !...

Malheureusement, il est possible qu’elle ait eu besoin quelques années plus tard de ces petits cachets pour tenter d’effacer le souvenir de son fils Eugène décédé le 27 octobre 1918, quelques jours avant l’armistice, d’une mauvaise grippe contractée au service de la patrie.

La note de Jules Renard le 7 septembre 1907 dans son journal au sujet d’une pauvre femme épuisée s’appliquerait bien à Marie Husson : « Tout de même, à la quatrième page d’un journal, elle a lu une annonce qui lui rendra peut-être des forces. Elle va prendre des pilules Pink. C’est son dernier espoir. Comment le lui ôter ? »

Sources :

AD 52

Mémoires des Hommes

Gallica BNF

Shp-asso.org

Persée.fr – article pharm

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LA TRAGIQUE HISTOIRE DE PAUL TISSERAND, HAUT-MARNAIS FUSILLE -1916

5 Février 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Une fois n’est pas coutume ! Je vais aujourd’hui m’éloigner d’Echenay pour relater un fait qui agite l’actualité Franco-Française de ces derniers mois.

Paul Lucien Tisserand est né le 27 août 1895 à Bourbonne les Bains. Il est le fils d’ Auguste Théophile Tisserand, vannier ambulant et de Marie Céline Vifry, journalière. Il est né dans la maison de sa grand-mère maternelle. Je ne sais rien de sa jeunesse.

 

Tisserand.JPG

Le 3 août 1914, le tocsin sonne au clocher de l’église de Leuchey, petit village au sud de Langres, à la limite de la Côte d’Or. C’est là que l’on retrouve Paul Tisserand. Il est alors ouvrier agricole ou domestique de ferme, suivant les documents.

Le 18 décembre 1914, il est incorporé au 10 eme Bataillon de Chasseurs à pied (10e BCP) et arrive au corps le lendemain en qualité de Chasseur de 2eme classe.

Il serait long et fastidieux de retracer toute la campagne du 10 eme BCP jusqu’à la date qui nous intéresse. C’est en Mars 1916 que va commencer l’histoire de Paul Tisserand.

A compter du 1 mars 1916, le 10 eme BCP entame sa montée au front par la maintenant célèbre « Voie Sacrée ». Le Bataillon traverse en autos les villages d’Erizé, Chaumont, Issoncourt, Heppes, Souilly, autant de noms qui résonnent comme des explosions d’obus, pour finalement arriver au Fort des Regrets (le bien nommé ?...) vers 12h30, à l’ouest de Verdun  le 6 mars. Curieusement, le bataillon cantonne sur des péniches sur le canal de la Meuse à 1 km au nord d’Haudainville.

Le 7 mars, à 17 heures, il quitte sa halte fluviale, dernier repos avant l’enfer. La destination ? Le fort de Souville à Fleury devant Douaumont, non loin de Douaumont. Après 2 jours d’approche, ils arrivent au fort.

Le 10 mars 1916, à 22 heures, ordre est donné à la réserve de la 13e division d’infanterie dont le 10e BCP fait partie de prendre position entre le fort de Souville et la batterie de l’Hopital.

Paul appartient à la 3eme Compagnie.  Les 3e et 6e Cie sont chargées de prendre position au sud de la route, en échelon et à droite, abritées derrières les talus.

Dès lors, « le bataillon est soumis à un bombardement très violent de la part de l’artillerie lourde ennemie ».

Le 11 mars, vers 18 heures, le bataillon quitte ces positions et rejoint le ravin au sud du fort de Souville. « Pendant la journée, le bataillon a été soumis au feu intense de l’artillerie lourde ennemie ainsi qu’aux gaz lacrymogènes ».

Bilan de cette journée, 7 morts, 16 blessés.

 

T6.JPG

 

Montplonne (Meuse), le 13 avril 1916 vers 13 heures :

 

« Accusé, levez-vous ! »

 

Paul Tisserand, un mètre soixante-cinq, cheveux noirs, yeux châtains et visage ovale avec une fossette au menton, se lève.

Sous la présidence du général de Boissoudy commandant la 43e Division d’Infanterie, le conseil de guerre composé du commandant Schalck du 149e RI, président, du commandant Collet du 158e RI, du capitaine Guicherd du 3e BCP, du sous-lieutenant Belcaix du 3e BCP et de l’adjudant Gault du 158e RI rend sa sentence :

Le conseil délibérant à huis-clos, le Président a posé les 6 questions, conformément à l’article 132 du code de justice militaire, ainsi qu’il suit :

L’accusé Tisserand Paul Lucien, chasseur du 10e BCP, 3e cie, est-il coupable d’avoir le onze mars 1916, aux environs du fort de Souville, abandonné son poste ?

Ledit abandon a-t-il eu lieu sur un territoire en état de guerre ?

L’accusé Tisserand est-il coupable d’avoir le 12 mars 1916 entre Haudainville et l’emplacement de sa compagnie aux environs de Souville abandonné son poste ?

Ledit abandon a-t-il eu lieu sur un territoire en état de guerre ?

A-t-il eu lieu en présence de l’ennemi ?

 

Sur la 1e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 2e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 3e question : Oui, à la majorité de quatre voix contre une

Sur la 4e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 5e question : Oui, à l’unanimité

Sur la 6e question : Oui, à la majorité de quatre voix contre une

 

En conséquence, le Conseil condamne à l’unanimité le chasseur Tisserand à la peine de mort [ ].

Le défenseur de Paul Tisserand, l’officier Schoumacker de la 43e DI, n’a rien pu faire…

 

Montplonne (Meuse) – 14 avril 1916,  6 heures du matin – Route de Nant – Extrait du Procès-verbal d’exécution à mort –

 

[ ] Le condamné ayant [été] placé au lieu de l’exécution, nous Viriot Henry, officier d’administration de 3e classe, greffier dudit conseil de guerre, avons donné lecture du jugement précité.

Le condamné a été passé par les armes, conformément aux règlements militaires par un piquet du 10e BCP et est tombé mort ainsi que l’a constaté le médecin-major commis à cet effet.  [ ]

1164 personnes assistent à son exécution. 28 officiers, 119 sous-officiers et 1045 caporaux et chasseurs.  Et comme le veut le règlement, il est passé par les armes  par un peloton issu de son bataillon !!!

 

Mais comment en est-on arrivé là ? Voici les faits retenus contre lui

 

" Le 11 mars 1916, la 3e Cie du 10e BCP à laquelle appartenait le chasseur Tisserand était en réserve de Division  aux abords du fort de Souville. A un moment qui n’a pu être précisé – le rapport  en effet indique que c’est dans l’après-midi et Tisserand prétend que c’est dans la matinée – l’inculpé quitta son unité, s’esquivant sans attirer l’attention.

Il se rendit dit-il au fort de Souville pour y chercher de l’eau laissant là son sac et son fusil. Il reconnait n’avoir demandé aucune autorisation pour s’absenter.

Parce qu’il était fatigué et pour éviter le bombardement assez violent qui ne cessait à l’endroit où était sa compagnie ainsi qu’il le déclare lui-même, il demeura au fort de Souville jusqu’au 12 mars à 1 heure du matin. A cette heure, il se décida à gagner son unité où son absence avait été constatée à 17 heures.

La compagnie étant partie, il l’a cherché dit-il et ayant pris son sac et son fusil à l’endroit où il les avait laissés, il revint vers un bois où il avait été en réserve auparavant.

Là, toujours d’après ses déclarations, il fut renseigné par le Lieutenant Mauginot sur l’emplacement de sa compagnie qui était partie au village de Fleury ;

Au lieu de la rejoindre, il regagna Haudainville où il savait dit-il trouver les cuisines roulantes de son bataillon.

Il fut rencontré le 12 mars à Haudinville par le sergent-major Chavarot de sa compagnie qui lui donna l’ordre de rejoindre avec la cuisine roulante. Parti avec la corvée, Tisserant s’esquiva de nouveau en cours de route aux environs de Verdun, il revint une seconde fois à Haudinville et se cacha dans le cantonnement d’un peloton de mitrailleuses du bataillon sans faire connaitre sa présence aux gradés. Il y resta ainsi jusqu’au 17 mars, tandis que ses camarades étaient en premières lignes.

Vraisemblablement poussé par la faim, il se présenta le 17 mars aux cuisines roulantes. Le chasseur Bruat, étonné de le voir à Haudinville lui conseilla de rejoindre la compagnie.

Celle-ci était relevée et était cantonnée aux casernes Bévaux ; Tisserand qui n’avait plus rien à craindre , la rejoignit le 18 mars après une absence de 6 jours après son abandon de poste.

Il a reconnu tous les faits et l’exactitude des déclarations faites au corps par les témoins Chavarot et Buat, ce qui nous a dispensé d’entendre ces derniers à l’instruction.

Les renseignements fournis sur Tisserand sont très mauvais, « sale, vicieux, d’un mauvais exemple, se faisant constamment porté malade pour se soustraire à son service ».

Son relevé de punitions n’est pourtant pas très chargé. Le casier judiciaire est à consulter.

Tisserand a fait preuve de lacheté et après un premier abandon de poste n’a pas cherché par sa conduite à la racheter ; au contraire il est resté six jours à Haudinville, se rendant compte de la faute qu’il commettait et évitant d’être découvert par les gradés du bataillon [ ]

 Fait au quartier général le 28 mars 1916"

 

Les interrogatoires de Paul Tisserand ne sont pas sensiblement différents de ce récit. Il présente certains faits de façons différentes. Ainsi si il passe le début de nuit du 11 au 12 au fort de Souville, c’est, dit-il, parce qu’il était interdit de sortir durant le bombardement. Il explique en partie son errance par le fait qu’il ne retrouve pas sa compagnie. Quand il rencontre le sergent-major Chavarot, il explique que l’heure n’est pas exacte, qu’à ce moment, il rencontre un camarade du 109e avec lequel il parle une heure et que pendant ce temps, la corvée est partie sans lui et qu’il fait maintenant nuit. C’est pourquoi il retourne vers Haudinville.  Au sujet de sa présence avec les mitrailleurs, il affirme ne pas s’être caché mais reconnait ne pas avoir prévenu les gradés de sa présence.

 

Tous ces éléments ne jouent évidemment pas en sa faveur. Son défenseur lui demande une fois de donner une version plus réaliste des faits !

Son casier judiciaire, demandé pour compléter le dossier, indique qu’il a été condamné pour vol et abus de confiance en août 1912 à un mois de prison avec sursis. Il a donc 17 ans à l’époque !

Ses états de services ne relatent qu’une nuit d’ivresse et qu’il a une fois refusé de prendre une douche et s’est esquivé. Ses compagnons le présentent comme « sale et puant » ! Tous ces faits sans rapport avec sa comparution ont certainement dû jouer en sa défaveur.

On est bien là dans l’image du « mauvais soldat », telle que les historiens la relèveront plus tard.

 

Pour essayer de comprendre mieux, je me suis penché sur la lecture du journal de marche du 10e BCP les jours concernés.  C’est un voyage en enfer…

 

11 mars 1916

T1

7 morts  - 16 blessés

 

12 mars 1916

T2.jpg

7 morts – 12 blessés

 

13 mars 1916

T3.jpg

6 morts – 4 blessés

 

14 mars 1916

T4.jpg

2 morts – 18 blessés – 3 disparus

 

15 mars 1916

1 mort – 2 blessés

 

16 mars 1916

15 morts – 77 blessés - 10 disparus

 

Curieusement, Paul Tisserand apparait ce 16 mars dans la liste des disparus avec en marge la mention « rentré au corps le [blanc] mars 1916 ». Or, on sait qu'il n'est revenu que le 18.

 

Tisserand-5---16-mars-1916.JPG

 

Alors que penser de toute cette affaire ?

 

D’autres ont jugé et Paul Tisserand a été fusillé. Il était célibataire. L’histoire tragique d’un gars de 20 ans broyé par la guerre, comme tant d’autres…

 

L’historique du 10e BCP, écrit en 1920, laissera une autre vision de ces jours terribles… La neige a, semble-t-il, tout recouvert. Mais pouvait-il en être autrement ?

 

T7.JPG

 

Paul Lucien Tisserand est à priori le seul fusillé de Haute-Marne durant la Grande Guerre. 

 

Sources :

Mémoires des Hommes : JMO du 10e BCP et JMO du 3e BCP – Dossier du fusillé Paul Tisserand

AD52

Carte postale ancienne DELCAMPE.fr

 

Gallica : Historique du 10e BCP - 1920

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ENCANAILLONS-NOUS! - 1895 - 1900

2 Août 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Toulouse-Lautrec.JPG                                                                           Valentin Le Désossé et La Goulue

 

Si je vous parle de Grille d’Egout, de Rayon d’Or, de La Mélinite ou de Trompe La Mort, vous avez surement du mal à me suivre.


Si j’ajoute Nini Patte-En-l’Air, Valentin le Désossé et La Goulue, là, vous avez déjà une idée !..

 

Tous et toutes fréquentent, dansent, vivent, dans les cabarets de Montmartre de cette fin de XIX eme, au Moulin-Rouge, au Rat Mort, au Moulin de la  Galette ou à l’Elysée Montmartre.


Un peintre-lithographe immortalise leurs vies, leur univers (qui est aussi le sien !) et nous laisse une évocation  de cette fameuse « Belle Epoque » qui passera à la postérité.


Il s’agit d’Henry de Toulouse-Lautrec.


Fils du comte Alphonse de Toulouse-Lautrec-Monfa, Henri descend d’une des plus vieilles familles de France.

 

Mais que vient-il donc faire dans le blog d’Echenay ?


C’est tout simplement qu’il descend par sa grand-mère maternelle, Louise d’Imbert du Bosc,  de la famille de La Vallée de Pimodan.


Son AR-AR-AR grand-mère n’est autre que Marguerite de La Vallée de Pimodan, fille de Louis Ignace, mariée début XVIIIème à Charles Victor d’Imbert du Bosc.


 

Toulouse-Lautrec n’a jamais mis les pieds à Echenay et j’admets que le lien avec le village est ténu mais l’anecdote valait la peine d’être racontée !!

 

Source : Larousse, Généastar et Généanet 

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PASSAGE A ECHENAY DU 8e REGIMENT DE HUSSARDS - 1896

6 Octobre 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Très sympathique réception du 8éme régiment de hussards chez le marquis de Pimodan, Duc de Rarécourt, au château d’Echenay dans la Haute-Marne. Le colonel Garié et tous les officiers présents, qui, revenant des manœuvres, allaient à Verdun, ont bien voulu accepter à déjeuner et à diner. Les troupes n’ont pas été oubliées.

Pavoisement de drapeaux français et russes auxquels se joignait le drapeau japonais qui faisait sa première apparition dans la Haute-Marne. On sait que le frère du châtelain est attaché militaire de France à Tokio.

Source : Le Figaro – 18 septembre 1896

Sensible aux « choses militaires », Gabriel de Pimodan les reçoit donc à Echenay lors de leur passage.

Formés en 1793 pour les nécessités de la Révolution, les « Eclaireurs de Fabrefonds » sont créés à Nancy par Joseph Fabre, frère du célèbre Fabre d’Eglantine. Ils deviennent ensuite 9eme hussards, puis le 8eme hussards, participent aux guerres de la révolution puis de l’empire et s’illustrent souvent par leurs faits d’armes. Unité de reconnaissance et de renseignements, ils sont toujours aux avant-postes.

On les retrouve donc en Vendée, dans l’armée du Nord puis du Rhin, au Camp de Boulogne, à Austerlitz, Iéna, Wagram, en Russie et participent à la campagne de France. Mais il serait trop long d’évoquer toutes leurs campagnes, de la Révolution à l’Algérie du XXe siècle.

Dissous et reformés à plusieurs reprises, ils sont casernés à Verdun de 1893 à 1913 et sous les ordres de Jean Pierre Paul GARIE de 1889 à 1899. Voici l’essentiel de son parcours :

  • Né le 3 avril 1839 à Saint-Girons (Ariège)
  • Ecole Spéciale Militaire en octobre 1857
  • Sous-Lieutenant en octobre 1859. Lieutenant en août 1864
  • Capitaine en août 1870. Chargé de l'instruction au 2° dragons en 1877
  • Lieutenant-Colonel en février 1887 au 14° dragons
  • Chevalier de la Légion d'Honneur en juillet 1888
  • Reçoit le commandement du 8° hussards en 1889. Colonel en décembre 1893. Quitte le régiment en 1899

Source : amicale-8-hussards.com

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JEAN MERGEY, PAGE DE DESCHENETZ - 1554

20 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

"Jean, sieur de Mergey,  naquit en 1536, sous le règne de François 1er, à Harans-Mesnil en Champagne,  de Nicolas de Mergey et de Catherine, fille naturelle de la maison de Dinteville. Sa famille n’était pas riche; Il se trouvait le dernier de quatorze enfants et l’on crut devoir le destiner à l’état ecclésiastique.

Ayant perdu son père, il fut mis à l’âge de huit ans au collège de Troyes puis passa dans l’abbaye de Montier en Der afin d’y recevoir une éducation conforme aux vues que ses parents avaient sur lui.

Mais, il montra des gouts entièrement opposés : le récit des hauts faits d’armes qui avaient marqué l’époque de sa naissance enflamma son imagination. Il fallut donc que sa mère consentit à le retirer de Montier en Der. Hors d’état de lui procurer dans sa maison les moyens d’acquérir les nouvelles connaissances qui lui étaient nécessaires, elle le plaça près de Polisy, Bailly de Troyes, chef  de la maison de Dinteville dont elle était issue.

Polisy avait autrefois servi avec distinction ; Personnage accompli et orné de toutes les vertus et sciences autant qu’homme de son temps et qualité, il avait été  gouverneur de M. d’Orléans et ambassadeur pour le roi en Angleterre. Paralytique et impotent de tous ses membres, et ne pouvant plus à cette occasion demeurer à la cour, il s’était retiré chez lui et se mit pour son plaisir et exercice à bâtir cette belle maison de Polisy. Il employa ses loisirs à compléter l’éducation de son jeune parent, qui, par ses manières vives et enjouées, lui donnait des distractions agréables et dissipait la tristesse de son intérieur.

Lorsque cet intéressant élève eut atteint l’adolescence, il l’attacha comme page à  Deschenetz (NDLR : seigneur d’Echenay)  son frère, chevalier de l’ordre du roi, qui commandait une compagnie de 50 hommes d’armes dans les armées d’Henri II.

Ce fut en cette qualité que Mergey  fit, à l’âge de 18 ans la fameuse campagne  de 1554, et prit part à la victoire de Renty.

L’année suivante, Deschenetz le mit hors de page et, dans l’espoir de lui procurer un prompt avancement, il le plaça près du comte François de La Rochefoucault, lieutenant de la compagnie de gendarmes du duc de Lorraine, après lui avoir donné un bon cheval et 30 écus.

Mergey se dévoua entièrement à La Rochefoucault  ( )…"

 

Cela lui valut de nombreux tracas. La Rochefoucault, de zélé catholique passa dans les rangs des Huguenots suite à son second mariage avec Charlotte de Roye, proche des Coligny. Peu importe pour Mergey ! Il continue de servir son maitre.

 

 

"Mergey, peu familier avec les matières qui faisaient l’objet de controverses ne tenta jamais de s’en instruire : sans etre incrédule, il demeura indifférent ; et cette tiédeur, bien rare dans le siècle ou il vivait, le préserva du moins des passions qu’entraine le fanatisme."

 

Mais cela procura aussi à Mergey une vie exaltante, traversant en acteur, guerre contre l’Empire, guerre de religion,  la Saint Barthélémy, approchant au plus près roi, reine et princes.

 

A la fin de ses mémoires, il écrira :

"Pour moi, j’ai ce contentement d’avoir fidèlement servi mes maitres, et avec cela ferai la cloture de mon discours, suppliant ceux qui le pourront voir excuser et le sujet et le style, car je ne suis ni historien ni rethoricien ; je suis un pauvre gentilhomme champenois qui n’ai jamais fait grande depense au collége, encore que j’ai toujours aimé la lecure des livres.

 

Fait le 3 septembre 1613, et de mon age de 77ans, à Saint Amand en Angoumois"

 

Cet homme n’aura fait qu’effleurer Echenay, peut-être même n’y a-t-il jamais mis les pieds. Mais il aura servi quelques temps le seigneur du village.

 

J’encourage mes lecteurs à lire ses mémoires, forts riches en anecdotes et donnant une vision contemporaine des guerres internes et externes de cette fin du XVI siècle.

 

 

Source : Collection complète des Mémoires relatifs à l’histoire de France  -– M. Petitot – Libraire Foucault, rue de Sorbonne - 1823

 

 

 

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UN BANQUIER A ECHENAY - XIVéme SIECLE

9 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Héliot de Vesoul Les archives de la Côte d’Or à Dijon possèdent deux manuscrits hébreux en parchemin, cotés B10410 et B 10411. Ceux-ci contiennent les comptes d’une association de juifs dont le siège était à Vesoul et qui faisaient, dans un rayon assez étendu, d’importantes opérations de banque, de prêt, de commerce d’agriculture.

Le principal personnage de l’association était Héliot (Elie) de Vesoul. Il semble être le chef des juifs de la Franche-Comté et c’est un personnage important, même au-delà de sa région.

« Et alors, quel intérêt  et quel rapport avec Echenay ? » me demanderait-vous.

 

Eh bien, nous nous situons vers 1300 / 1315. Il compte parmi ses clients comtes, barons, clergé, bourgeois et même hommes du peuple. La prospérité de sa maison date probablement de la guerre qui suivit le traité conclu en 1295 entre le comte Othon IV et Philippe le Bel. Les barons indignés de voir le pays livré à celui qu’ils considèrent comme l’ennemi héréditaire, se soulevèrent pour défendre leur indépendance. La guerre dura de 1296 à 1301. Ils la financèrent avec l’argent de l’Angleterre et celui des banquiers lombards et juifs.

Donc, Héliot et ses associés !

J’arrête là l’explication du contexte pour en venir à ce qui touche Echenay  (voir source pour plus de renseignements).

L’association a un correspondant à Echenay. Il se nomme Diaya, ou Diea, Diau et est un proche d’Héliot. Ces livres de comptes doivent donc contenir des informations sur ses débiteurs locaux.

Assez étonné dans un premier temps de cette présence dans un aussi petit village, elle n’est peut-être pas si incongrue. Il est vrai qu’à l’époque, la Champagne est une région assez prospère, riche de foires, à la frontière du royaume et qui commerce avec ses voisins. Bref, de quoi intéresser des financiers !

Et Echenay se trouve au milieu, entre Champagne, Bourgogne et Lorraine. Mais ce n’est qu’une hypothèse.

La guerre de Cent Ans arrêtera tout ça et, en 1321, Philippe le Long expulsera les juifs de France. Que deviendront Héliot et Diaya ?         

Hélas, nous n’en saurons pas plus pour l’instant. Il serait intéressant mais fastidieux « d’éplucher » totalement ces documents, écrits de plus en hébreu. Dommage !

Un jour, peut-être ?

Source : Revue des Etudes Juives 1884

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DES ALIENS DANS LE TUNNEL DE SOULAINCOURT

10 Mars 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

La destinée des ouvrages humains obsolètes est parfois étonnante. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer le tunnel de Soulaincourt qui servit de décor à un film avec Philippe Noiret et Sabine Azema (voir autre article).

J’ai découvert récemment qu’une autre utilisation lui avait été trouvée :

La conservation, la  protection et sa réhabilitation en faveur des populations de Chiroptères.

Mais qu’est-ce donc ? Quelques aliens extra-terrestres?

chauve-souris.png

 

 

« Les tunnels ferroviaires inutilisés peuvent constituer des sites d’hibernation précieux (EUROBATS, 2007).

Dans les tunnels ouverts aux deux extrémités, la température est trop fluctuante et l’air est trop sec pour les chauves-souris (EUROBATS, 2007)

Ces anciens tunnels ferroviaires sont aujourd’hui des sites importants pour la conservation d’espèces patrimoniales, que ce soit la Barbastelle d’Europe mais aussi une multitude d’espèces rares et menacées (CPIE, 2008)

Le tunnel de Soulaincourt présente les caractéristiques suivantes :

Longueur : 480m

Largeur à la base : 7 à 8m

Hauteur : 6 m

Il n’est pas visible depuis la route, à l’écart des villages de Soulaincourt et de Thonnance les-Moulins. Son Etat de conservation est très bon, avec des infiltrations limitées et des parois non fissurées. De plus, il n’y a pas à l’intérieur d’activités humaines.

Il a donc un bon potentiel chiroptérologique

A l’intérieur du tunnel :

-           Hivernage annuel de la Barbastelle d’Europe (4 à 9 individus de 2000 à 2008 – GEML & CPIE ; 19 à 25 en 2009 et 2010 - CPIE ) ;

-           Activité automnale importante (11 espèces identifiées - CPIE) ;

Mais les conditions sont  peu favorables au stationnement prolongé car il y a peu d’anfractuosités, de fortes variations journalières de la température et de l’humidité, un important courant d’air et une forte luminosité…

Par ailleurs, dans un proche périmètre, il y a plusieurs colonies de reproduction connues :

-          Eglise de Brouthières (Petit rhinolophe)

-          Château de Brouthières (Petit rhinolophe)

-          Château de Pancey (Sérotine commune)

-          Château d’Echenay (Petit rhinolophe)

 Un cloisonnement de l’édifice permettrait d’améliorer les conditions climatiques du tunnel et favoriserait l’hibernation des chauves-souris car les chiroptères recherchent tout particulièrement des cavités avec une température comprise entre 2 et 8°C en moyenne et un taux d’humidité proche de la saturation.

L’aménagement du tunnel assurerait sur le long terme la préservation voire la restauration des colonies de chiroptères sur le territoire.

Les travaux dureront 3 semaines (mi-août à mi-septembre 2010)

• Entreprise locale : REB & ELOI (Haute-Marne)

• Coût : 25 000 euro

Il s’agit de la mise en place de deux cloisons en bois à l’intérieur de l’édifice +

suivi des variations de la température, de l’humidité et des courants d’air avant

et après aménagement.

Résultat : stabilisation de la température à l’intérieur du tunnel

Hiver 09-10 : de -11,1°C à +9°C moyenne = +1,26 °C

Hiver 10-11 : de +3,6°C à +8,2°C moyenne = +6,06 °C (NB : hiver 10-11 anormalement doux)

Résultat : diversification des micro-conditions à l’intérieur de l’édifice avec maintien de zones froides pour les espèces peu exigeantes (Barbastelle) et de zones plus chaudes pour les espèces plus sensibles.

Humidité (données estivales)

Résultat : stabilisation et hausse du taux d’humidité moyen à l’intérieur du tunnel

Les premiers résultats

Humidité hivernale

Résultat : hausse généralisée et stabilisation du taux d’humidité à l’intérieur de l’édifice

Les premiers résultats

Hivernage de la Barbastelle d’Europe : effectif record de Barbastelles au cours de l’hiver 10-11 mais poursuite du suivi nécessaire pour vérifier si cette augmentation est due aux aménagements et/ou à une dynamique positive de cette espèce.

Pour la suite, la proposition est la pose de micro-gîtes (en bois, en béton de bois et poteries) fin 2011 pour favoriser l’hivernage d’autres espèces. Utilisation régulière des briques en « béton de bois » par la Sérotine commune (nouvelle espèce hivernante) et la Pipistrelle dès le 1er hiver. »

 Sources : CPIE Pays de Soulaines & Groupe Erelia GDF Suez

Ainsi, ce vieil ouvrage contribue à la sauvegarde de la faune. Les ouvriers Italiens et Français qui l’ont bâti en seraient bien étonnés !...

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HENRI II, ROI DE FRANCE A ECHENAY – 1552 –

20 Janvier 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Et si un roi de France s’était arrêté à Echenay ?

D’après Le Marquis de Pimodan, la chose est probable. Et puis, cela nous offre une description de la forteresse d’Echenay au XVI siècle.

En fait, comme Jeanne d’Arc, peut-être n’a-t-il fait qu’effleurer le village, mais qui était ce roi ?.  

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                                                                         Henri II

                        (Saint-Germain-en-Laye 1519-Paris 1559), roi de France (1547-1559).

Duc d'Orléans, il devient dauphin à la mort de son frère îné François (1536). Afin d'obtenir l'appui du pape dans ses entreprises italiennes, son père lui fait épouser Catherine de Médicis, nièce de Clément VII (1533). De ce mariage, il aura dix enfants, dont six survivront, parmi lesquels les futurs François II, Charles IX et Henri III.

Henri II continue la politique et l'œuvre de François Ier : à l'intérieur, il poursuit la construction de l'État moderne et la lutte contre le protestantisme, à l'extérieur, il reprend la guerre contre Charles Quint. Son règne, comme celui de son père, est marqué par le développement de l'absolutisme et de la centralisation monarchique, de charges nouvelles, favorisant ainsi le développement de la vénalité des offices, qui fait perdre à l'État ses moyens de contrôle sur les officiers devenus propriétaires de leurs charges.

Convaincu comme son père que l'unité de foi est indispensable à l'État, Henri II mène sans défaillance une politique de persécution des protestants. Mais cette politique de répression se heurte à un protestantisme organisé (réunion du premier synode national à Paris, 25 mai 1559) et renforcé par l'adhésion de nombreux nobles et de grands seigneurs (tel Antoine de Bourbon).

À l'extérieur, Henri II ne renonce pas à l'Italie, mais il porte aussi son effort sur la frontière du Nord-Est. Après avoir annexé le marquisat de Saluces (1548) et récupéré Boulogne sur les Anglais (1550), il reprend l'offensive contre Charles Quint : en 1552 il conclut avec les princes protestants allemands le traité de Chambord (15 janvier), qui lui permet d'occuper Metz, Toul et Verdun, dont il prend possession au cours d'une promenade militaire, le  « voyage d'Allemagne » (avril-juillet). Charles Quint tente en vain de reprendre Metz, défendue par le duc de Guise (octobre 1552-janvier 1553), puis, à la veille de son abdication, conclut avec Henri II la trêve de Vaucelles (février 1556).

Source : Encyclopédie Larousse

 

LA REUNION DE TOUL A LA FRANCE

En 1551 le roi s'allia aux princes protestants d'Allemagne ligués contre l'Empereur (NDR : ce qui ne manque pas « de piquant » puisqu’il combat le protestantisme en son royaume ! Mais guerre et politique permettent toutes les alliances !).

Le roi devait fournir une armée et de l'argent. Pour se dédommager il occuperait Cambray et les Trois Evêchés qu'il garderait comme vicaire de l'Empire. Henry chargea le duc de Nevers d'approvisionner les frontières champenoises, et l'orgueilleux Chapitre de Toul permit non seulement d'enlever ses grains, mais encore de mettre à Void une « garnison Française de 50 soldats » !

 Dès lors on vit les événements se précipiter. Le roi voulait s'assurer le concours ou du moins la neutralité des Toulois; au mois de janvier 1552, le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, s'avança jusqu'à Toul, et descendit dans l'abbaye de Saint-Mansuy, où Robert de Lénoncourt, évêque de Metz, et Toussaint d'Hocédy, se rendirent le même jour.

Ces prélats eurent le lendemain plusieurs conférences avec les chanoines et les bourgeois. Le cardinal qui était chargé des ordres du roi prit la parole et fit connaitre à l'assemblée que sa majesté ayant pris la résolution d'envoyer une armée dans l'Empire, pour en défendre la liberté, il la priait en son nom de mettre leur ville sous sa garde et sa  protection. L'assemblée jura « de reconnaitre pour toujours le roi en qualité de protecteur» sous la réserve des « droits et privilèges» de Toul. Les avant-gardes françaises campèrent dans les faubourgs au mois de février 1552, et les bourgeois, montés sur les remparts saluèrent de leurs acclamations les troupes qui défilaient devant la vieille cité impériale, comme pour rendre un dernier hommage à la liberté mourante.

 

Le 9 avril seulement, par une route que j'ai bien des fois suivie en songeant au passé, le roi Henry II part de Joinville-sur-Marne (NDR: Maintenant, Joinville en Vallage).

Joinville, entre ses coteaux chargés de vignes et couronnés de bois, garde le caractère riant et le climat de la « doulce France », mais bientôt la route actuelle qui longe d'assez près l'ancienne, monte à travers une foret triste et monotone, presque uniquement composée de chênes tortueux, puis tout à coup le vent d'Est vous coupe le visage, la foret protectrice s'arrête, le voyageur découvre un immense horizon. C'est le commencement des plaines lorraines, et sans doute Henry de Valois dut regretter à ce moment les splendeurs abandonnées, bien loin vers l'Ouest!

Le roi, néanmoins, continue sa route, aperçoit au milieu d'étangs jaunâtres les tours lugubres d'Echenay, et même s'y arrête probablement vers midi. Echenay (anciennement : principauté de Joinville ; aujourd'hui : Haute-Marne, canton de Poissons) n'a plus rien de féodal. En 1552, c'était une importante forteresse ; la visite royale, sans être historiquement prouvée, semble presque certaine. Le château dont j'ai pieusement écrit l'histoire, s'élève à mi-chemin de Joinville à Gondrecourt, où le roi coucha, et, bien que la route actuelle ne traverse pas le village d'Echenay, les troupes, qui font étape, s'arrêtent pour la grande halte au point le plus rapproché du château.

 

Puis Henry II s'en va par Vaucouleurs et Sorcy…

 

Source : La Réunion de Toul à la France- Marquis de Pimodan - Calmann Levi - 1885

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LE CHOLERA DANS LE VALLAGE - 1832 ET 1854

8 Mai 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

En 1832, puis 1854, la France doit faire face à une forte épidémie de choléra.

 

C’est la première fois depuis bien longtemps que l’on a à subir une telle catastrophe de santé (épidémie de peste par exemple). Le drame, c’est que cette maladie, bien que connue, est nouvelle en France, du moins à une telle ampleur. En conséquence, causes et traitement posent bien des questions.

 

La première description historique par un Européen est faite en 1503 par un officier de Vasco de Gama, qui décrit une épidémie de diarrhées cataclysmiques rapidement mortelles (en 8 heures) et provoquant 20 000 morts à Calicut (Inde). Limitées initialement à l'Asie (Inde, Chine et Indonésie), les épidémies se développent au XIXe siècle en véritables pandémies qui atteignent le Moyen-Orient, l'Europe et les Amériques.

Sept pandémies sont recensées :

  • première pandémie (1817-1825) : partie de l'Asie elle touche l'Afrique orientale et à partir de 1823 l'Asie Mineure et dans la foulée, la Russie, et l'Europe.
  • deuxième pandémie de choléra (1826-1841) : l'épidémie se propage à partir de la Mecque vers l'Égypte puis l'Europe.
  • troisième pandémie (1846-1861) : l'épidémie partie de la Chine touche le Maghreb (en particulier l'Algérie) puis l'Europe.
  • quatrième pandémie (1863-1876) : elle touche l'Europe du Nord, la Belgique en 1866, puis la France, l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud.
  • cinquième pandémie (1883-1896) : l'épidémie diffuse à partir de l'Inde vers l'est et l'ouest sur plusieurs continents.
  • sixième pandémie (1899-1923) : à partir de l'Asie, l'épidémie se répand en Russie et de là en Europe centrale et occidentale.
  • septième pandémie (depuis 1961) : la septième pandémie, partie de l'Indonésie en 1961, envahit l'Asie (1962), puis le Moyen-Orient et une partie de l'Europe (1965), et s'étend ensuite en 1970 au continent africain, et en 1991 à l'Amérique latine.

Source : Wikipédia

 

 

La Haute-Marne sera particulièrement touchée par ce fléau, la mortalité s’y trouvant multipliée par trois, voire quatre par rapport à la normale. Naturellement, la région de Joinville ne fait pas exception.  

 

J’ai trouvé deux témoignages, un par grande pandémie, pour illustrer cette catastrophe dans notre petit coin. La seconde nous fait bien entrevoir l’extrême gravité de la maladie.

 

Le scorbut asiatique qui sévit maintenant dans presque toute la France, fait depuis quatre mois les ravages les plus considérables dans mes environs. Sur le nombre des malades, il est prouvé qu'il y a jusqu'à présent un quart de victimes dans les villages de Thonnance, Susannecourt, Poissons, Charmes, etc., etc., etc., et pour le moins le tiers à Wassy, Rupt, Fronville, Montreuil, Les Chères, etc., etc.

On compte dans ces communes environ deux cents morts sur six cent cinquante individus qui ont été frappés.

Les autres communes ont moins souffert, mais toujours selon la même proportion.

Ma chance a été plus heureuse : sur deux cents qui m'ont été confiés, deux seulement ont succombé. Mon procédé ayant donc toujours eu la plus parfaite réussite, les personnes qui me sont redevables de la vie m'ont engagé à le mettre au jour.

 

Source : « Moyen simple avéré spécifique dans une partie de la Haute-Marne contre le flèau de Calcutta – Scorbut Asiatique (Choléra) ou manière infaillible de prévenir cette maladie et de s’en guérir sans avoir recours à la médecine »

Par Jean-Victor REGNIER, Officier de Santé – Paris - Imprimerie de P. Dupont et G. Laguionie, Rue de Grenelle- St Honoré- 55.

1832.

 

 

En 1854, dans le département de la Haute-Marne, où j'eus l'honneur d'être envoyé en mission

par S. Exe. M. le ministre de l'agriculture et du commerce pour traiter les malades; ce département était alors ravagé par une horrible épidémie de choléra et de suette, qui en quatre mois, de juin à septembre, enleva plus de dix mille personnes sur une population totale d'environ deux cent quarante mille âmes.

 

Partout où il m'était permis de traiter moi-même cette affection redoutable, je recueillais journellement par écrit les importants détails que .me fournissait l'examen continuel des sujets atteints.

Je notais avec le plus grand soin les symptômes et les accidents divers, à chaque heure pour ainsi dire dans les cas fort graves, successivement et de façon à pouvoir assez fréquemment

me rendre compte d'avance de leurs résultats, et les combattre en conséquence avec

plus de chances de succès.

Pour cela je n'épargnais pas mes visites, ces accidents ou symptômes variant avec une telle

rapidité dans une seule journée et même d'heure en heure, que les remèdes convenables le matin se trouvaient être nuisibles à midi, etc., etc.

Aussi faisais-je alors jusqu'à six et huit visites dans les vingt-quatre heures, nuit et jour par conséquent; et c'est à cela, je le déclare, que je crois devoir les succès que j'ai obtenus, principalement pendant ma mission dans le département de la Haute-Marne; comme on peut le voir en lisant mon rapport adressé en 1854 à M. le ministre et à l'Académie impériale de médecine, j'obtins plus des deux tiers de guérisons sur cent cinq individus très gravement atteints du choléra asiatique, que je fus appelé à soigner, et je ne perdis pas un malade sur environ deux cents frappés de cholérine où de suette plus ou moins sérieuse.

 

Les symptômes généraux du choléra sont des selles et des vomissements fréquents d'abord, dans les deux espèces, précédés et accompagnés d'un malaise inexprimable, de resserrement à la région précordiale; faiblesse et lenteur du pouls, puis prostration du corps de plus en plus marquée, affaissement surtout marqué dans le choléra indien, où il est accompagné d'un refroidissement général et souvent de crampes et même de convulsions des membres, d'un amaigrissement très rapide, d'une absence plus ou moins complète du pouls, d'aphonie, etc.

Le malade arrive fréquemment au marasme complet dans l'espace de deux à trois jours; les

yeux enfoncés dans les orbites deviennent vitreux comme ceux d'un cadavre; le visage présente également cet aspect cadavéreux auquel on donne alors le nom de faciès cholérique pour le caractériser.

Le décubitus (Ndr: position d’un corps allongé à l’horizontal) est dorsal; il y a perte totale de connaissance, du moins en apparence; enfin, dans les cas très-graves, on observe tous les symptômes d'une mort véritable.

La cyanose commence souvent avant cette époque, mais se développe surtout à ce moment; où elle envahit, outre le tour des yeux et une partie du visage, les extrémités supérieures et inférieures, le dos, les fesses, etc.

 

La suppression des urines est plus ou moins totale ; le corps, glacé, est recouvert d'un liquide froid, poisseux; collant aux doigts ; les yeux sont entrouverts ; toute sensibilité est entièrement éteinte; et si les évacuations continuent par haut et par bas, elles se font de la même manière que s'écoulerait un liquide provenant d'une source inerte et sans ressort.

 

Le choléra asiatique est-il ou non contagieux?

Il est inutile de chercher à démontrer toute l'importance de la question qui va faire le sujet

de ce chapitre. Si nous pouvions parvenir à prouver d'une manière irrécusable la non-contagion du choléra asiatique, opinion qui est la mienne et que je crois être celle de la majorité des médecins, nous rendrions un service immense à la science et à l'humanité; en effet, comme je l'ai écrit ailleurs et comme nous le savons tous, la terreur qu'inspire aux populations cette funeste croyance à la contagion est une des principales causes, pour ne pas dire la principale, de la propagation et de l'extension des épidémies cholériques dans les lieux où apparaît la maladie.

Pendant ma mission dans le département de la Haute-Marne en 1854, j'en ai vu une multitude d'exemples bien frappants. Dès mon arrivée, à la fin de juin, je fus dirigé successivement par le préfet sur plusieurs villages infectés.

En entrant dans l'un d'eux, je me rendais aussitôt chez le maire, ou, à son défaut, chez le curé, qui s'empressaient de m'accompagner immédiatement aux maisons contenant des malades.

Or, ces maisons m'étaient de loin désignées par des groupes d'hommes rassemblés presque constamment devant leurs portes, et composés d'ordinaire de proches parents des malheureux atteints par l'épidémie, dont l'air morne et épouvanté prouvait la terreur.

Sur-le-champ je les interrogeais, et voici quelle était la substance de leurs réponses :

- Ah ! Monsieur, me disaient-ils, nous sommes tous perdus, la peste est dans la maison, nous

allons tous mourir!...

- Comment est-il possible, leur répliquais-je, que vous soyez assez bornés pour croire que si c'était la peste (peste est pour le peuple, on le sait, synonyme de contagion), j'entrerais chez vous sans la moindre crainte et irais m'y exposer à une mort presque certaine, moi qui, ne vous connaissant pas, ne peux jusqu'à ce point m'intéresser à vous"?...

C'est parce que je suis bien sûr qu'il n'y à pas de danger que j'y vais; et si vous n'étiez pas aveuglés par une sotte frayeur, vous ne courriez pas plus de risque que moi.

 

A mon avis, en effet, la frayeur du choléra en est la seule contagion ; et ce fut à cette frayeur, poussée à l'extrême pendant l'épidémie chez les habitants de la Haute-Marne en 1854, qu'on dut principalement, j'en suis persuadé, l'affreuse mortalité dont ils furent victimes (plus de dix mille ont succombé sur une population totale d'environ deux cent quarante mille âmes).

Des discours analogues à ceux que je tenais à ces bons paysans étaient employés, je l'ai su, par les autres médecins envoyés aussi en mission cette années dans la Haute-Marne et les autres départements infectés de l'Empire; ils produisirent en générai sur eux un tel effet, que, cessant de s'effrayer, ils furent ensuite les premiers à soigner leurs parents et amis, dont auparavant ils se tenaient éloignés. Dès lors le nombre des Sujets atteints, de même que là mortalité, furent en diminuant de plus en plus jusqu'au commencement de septembre, époque à laquelle s'éteignit complètement l'épidémie.

 

 

Bien plus, les femmes, qui prouvèrent là encore combien elles valent mieux que nous, ayant toujours continué depuis le commencement à prodiguer leurs soins aux victimes du fléau sans jamais s'en éloigner comme avaient fait les hommes d'abord, furent beaucoup plus épargnées à  proportion que ces derniers.

Il en est de même de ses excellentes Sœurs de la Charité si dévouées et des médecins, dont peu périrent de cette épidémie (je ne connais qu'un exemple, ce fut au village de Doulevant).

 

Pendant l'épidémie de la Haute-Marne en 1854, où nous étions plus de vingt médecins et élèves envoyés de Paris, joints à tous ceux du département, et où, ai-je dit, périrent plus de dix mille personnes sur une population d'environ deux cent quarante mille âmes, un seul praticien mourut à ma connaissance de la maladie chez les individus appartenant à cette catégorie.

 

Deux fois jusqu'aujourd'hui, pendant ma vie médicale, j'ai été atteint d'un commencement du

véritable choléra indien, depuis qu'il m'est connu:

 

La première fois, ce fut à la Nouvelle-Orléans en 1832, au moment où y sévissait la terrible épidémie dont elle fut alors atteinte ; la seconde fois, c'était en France en 1854, dans le village de Doulevant, département de la Haute-Marne, où je me trouvais en mission pour traiter cette maladie, également pendant une des épidémies dont il est question dans ce livre.

La première fois, je tombai tout à coup malade, un soir que, exténué de fatigue, après une multitude de visites faites toute la journée aux cholériques, à l'apogée de l'épidémie qui ne nous donnait pas un instant de repos depuis près d'un mois, je venais de rentrer chez moi, vers dix heures, inondé par une pluie battante.....

Je ressentis d'abord des nausées, puis de violentes coliques, bientôt suivies d'abondantes déjections; et une sensation de forte construction très douloureuse dans la région de l'estomac, redoublant surtout au moindre contact, et accompagnée d'un inexprimable sentiment de douleurs générales, etc., etc.

Aussitôt je pris un lavement émollient, me mis au lit, et envoyai chercher cinquante grosses sangsues qu'on m'appliqua immédiatement sur toute la région épigastrique; en même temps, je me faisais pratiquer des frictions incessantes, et me contentais, pour toute boisson, d'avaler de temps en temps quelques gorgées de limonade à la glace, pour tromper la soif ardente qui me dévorait, sans cependant courir le risque de provoquer des vomissements.

Les sangsues tombées, on fit saigner les piqûres une partie de la nuit, puis on me couvrit le ventre d'un vaste cataplasme émollient..... Les nausées et l'oppression précordiale, de même que les douleurs générales, diminuèrent tellement que je pus m'endormir pendant quelques heures; je me réveillai à huit heures du matin le lendemain, n'éprouvant plus, d'une aussi vive attaque, qu'une grande faiblesse, qui ne m'empêcha pas de recommencer dans la matinée même mes visites en voiture. Le devoir devait passer avant tout, car en ce moment,

le nombre des malades et des mourants était véritablement immense, et les messagers chargés de nous conduire près des sujets en danger ne cessaient de se succéder.

Il ne me resta que quelques jours de cholérine, qui s'éteignit graduellement par les moyens appropriés et un régime convenable.

 

Lorsque, pour la seconde fois, je fus atteint du choléra en 1854, ce fut au même moment de la journée, au fort de l'épidémie de la Haute-Marne; et c'est après ma visite du soir que j'en ressentis les premières atteintes. Je rentrais à la maison du maire de Doulevant, M. Berthelin, chez lequel je logeais, lorsque tout à coup aussi j'éprouvai des symptômes analogues

à ceux que je viens de décrire; seulement, j'eus de plus que la première fois un vomissement assez copieux......

Il était près d'onze heures; j'envoyai éveiller une sœur de charité, qui par bonheur logeait comme moi au château de M. Berthelin, et qui avait aussi été envoyée dans la contrée pour l'épidémie.

 

Elle arriva avec l'empressement que mettent toujours à soigner les malades ces excellentes et

respectables femmes, l'honneur et la gloire de leur sexe.

Je la priai de me préparer un vaste sinapisme qu'on m'appliqua sur tout le ventre, dès qu'il fut

prêt, et pendant ce temps j'envoyai un domestique au village chercher des sangsues.

Il en rapporta quarante fort grosses ; on leva le sinapisme qui était resté près d'une demi-heure, et avait produit une rubéfaction complète. On lava le ventre avec soin, et on appliqua les sangsues qui prirent fort bien ; j'employais encore ici, comme on voit, une médication très analogue à celle dont je m'étais servi en 1832 avec tant d'avantage.

Le résultat fut exactement le même, il n'y eut plus de vomissements, mais seulement encore quelques selles, et dès le surlendemain je pus recommencer mes visites dans le village atteint par l'épidémie.

 

Les deux fois, c'était bien certainement du choléra asiatique à son début qu'il s'agissait; c'est

mon intime conviction, et je fis avorter la maladie par les moyens que j'employai dès l'abord et avec énergie.

 

 

Source : « Recherches sur le Choléra Asiatique observé en Amérique et en Europe »

par P.-F. THOMAS LONGUEVILLE, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris,

Chevalier de la Légion d'honneur, Membre titulaire de la Société médicale du 1er arrondissement

Correspondant de l'Académie impériale de Médecine et de plusieurs autres Sociétés Savantes Nationales et étrangères.

PARIS - J.-B.,BAILLIERE ET FILS – Libraires de l’Académie Impériale de Médecine - Rue Hautefeuille, 19

-1857-

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