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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

Publié le 23 Janvier 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay

Le cavalier anatomisé d'Honoré Fragonard - Musée Fragonard à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort

Le cavalier anatomisé d'Honoré Fragonard - Musée Fragonard à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort

Echenay, 1748  -  « René, fils légitime de Joseph Maranger et d’Anne Fournier est né le onzième octobre et a été baptisé le lendemain par moi curé soussigné (curé Voillot)» … Ses parents s’étaient unis le 30 octobre 1731 à Soulaincourt, village voisin.

Ainsi commence l’histoire de René Maranger (ou Marengé, suivant les actes) …

Si l’on ne sait rien de l’enfance de René, au moins peut-on penser qu’il fut un garçon intelligent, un élève appliqué, remarquable et remarqué. Aussi aura-t-il un destin bien différent de la plupart de ses petits camarades épincelois.

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RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

Portés par l'Esprit des Lumières, les élites sociales accordent dans la seconde moitié du XVIII siècle un intérêt grandissant aux questions scientifiques et économiques. Le courant physiocratique bouscule la « routine » et jette les fondements d'une démarche rationnelle concernant l'exploitation méthodique des ressources animales et végétales. En 1750, le naturaliste Buffon appelle de ses vœux la création d'une médecine animale délivrée de tout empirisme. Ces idées nouvelles sont portées par Turgot, Trudaine et Bertin, « ministre agronome », jusqu'au sommet de l'État soucieux de la conservation des espèces animales périodiquement frappées par des épidémies meurtrières. Il faut désormais user de thérapeutiques scientifiquement établies pour assurer la sauvegarde des troupeaux et des chevaux. La création des écoles vétérinaires trouve ainsi sa justification et Claude Bourgelat en est le maître d'œuvre. (Source : L'invention d'une profession : les vétérinaires au XIXe siècle - Ronald Hubscher – Persée)

Jusqu’à cette période, dans le monde animal, seuls les chevaux se voient porter de l’intérêt pour les services qu’ils rendent en matière militaire, de transport ou comme outils de travail. Les soins leur sont donnés par le « maréchal », profession réglementée regroupée en jurande, mais dont le savoir est bien empirique pour ce qui est des soins. Or, le XVIII siècle voit de nombreuses épizooties frapper indistinctement chevaux, bêtes à cornes, ovins ou même chiens, laissant la population dans de grandes détresses. Il est temps d’agir !...

Claude Bourgelat, qui naquit à Lyon le 27 mars 1712 et décéda à Paris le 3 janvier 1779, fut un écuyer et vétérinaire français du siècle des Lumières, ancien mousquetaire (1724/1729) puis écuyer du roi tenant (de 1740/1765) l’Académie d’équitation de Lyon alors fort renommée. Il fut le précurseur de l’institutionnalisation de l'enseignement vétérinaire, à travers la fondation des deux premières écoles vétérinaires du monde, qu'il impulsa à Lyon en 1761, puis à Maisons-Alfort en 1765. On peut également le regarder comme le fondateur de l’hippiatrique en France.

Par arrêt du Conseil du Roi en date du 4 août 1761, l'autorisation est donc donnée à Bourgelat d'ouvrir une école vétérinaire dans les faubourgs de Lyon « … où l’on enseignera publiquement les principes et la méthode de guérir les maladies des bestiaux, ce qui procurera insensiblement à l’agriculture du Royaume les moyens de pourvoir à la conservation du bétail dans les lieux où cette épidémie désole les campagnes… ».

Bourgelat sera porté par 3 idées-forces :

  • La différence entre la démarche empirique et le raisonnement scientifique,
  • La similitude entre la « machine humaine et la machine animale »,
  • L’opportunité de créer le métier de « médecin des animaux ».

 (Source : Wikipédia)

Même si la tension fut grande entre maréchaux-ferrants soucieux de préserver leurs prérogatives et le projet, un brevet de « Privilégié du Roy en l’art vétérinaire » est créé.

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RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

Et c’est à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort que l’on retrouve René Maranger vers 1770.

Sans doute remarqué pour ses capacités, son intelligence, son intérêt pour les animaux et le métier, pour sa persévérance aux études, mais vraisemblablement d’origine très modeste, il a obtenu une bourse grâce à une souscription faite par les seigneurs, chapitres, communautés religieuses et séculières, maitres de forges, etc… des environs de Joinville (52). Cette bourse sera gérée par l’intendant de Champagne, Gaspard-Louis Rouillé d’Orfeuil. Les bourses étant sous l’ancien régime le fruit d’initiatives privées, les fondateurs étaient en droit de définir les conditions d’attribution de la bourse qu’ils avaient créée. Ils souhaitèrent donc qu’en échange de cet avantage substantiel, René s’engage à s’établir à Joinville après l’obtention de son brevet. Il tiendra parole mais n’anticipons pas…

Que de chemin parcouru pour le jeune villageois depuis son village d’Echenay… Le voici aux portes de Paris, approchant personnalités et ministres venus visiter l’école, et dans la première école vétérinaire du monde tenue par Bourgelat !!  Ce dernier, pétri de valeurs morales et d’ambition pour son école, en publie le « Réglemens » en 1777, soit 2 ans avant sa mort, sorte de testament de son œuvre.

Il écrit *: « exigeant des élèves un ordre et une discipline sévères en ce qui concerne leur conduite et leurs mœurs, et d'autre part un régime et une méthode capables d'assurer leurs progrès dans les études qu'ils ont à faire (…) il a été arrêté ce qui suit ».

Dans l’organisation de l’Ecole, on distingue :

Le directeur général : Lui sont subordonnés l’inspecteur général, les inspecteurs, directeurs, professeurs, chefs, sous chefs, élèves ordinaires, régisseurs, concierges, domestiques, suisses et palefreniers.

Le corps enseignant : Il est composé de professeurs, chefs, sous chefs et il sera choisi parmi « ceux qui marqueront le plus de zèle, de soin et d'attention pour la discipline, le plus de talent pour l'enseignement, les mœurs les plus pures, la conduite la plus irréprochable, le caractère le plus doux et le plus liant ».

Les élèves : Ils devront avoir de 16 ans minimum à 30 ans maximum « vu le peu de flexibilité de leur compréhension après ce nombre d'années ». Ils devront savoir lire et écrire. Ils devront présenter des certificats de vie et mœurs en bonne et due forme. Ils doivent être internes, surveillés par les professeurs qui résident également à l'école. Etant ici « pour former d'habiles maréchaux, on ne peut accepter des gentilshommes qui exigeraient des professeurs des attentions qui nuiraient aux véritables élèves ». Les études étant gratuites, on exige un engagement formel de remboursement si les brevetés allaient s'établir dans une région autre que celle qui a fourni la bourse. Les élèves étrangers sont admis, mais doivent avoir le même niveau et subissent le même traitement. Les élèves militaires seront « encasernés ».

La conduite journalière dans les écoles : Tous les exercices de la journée se font au son de la cloche : lever, messe, travaux, repas, travaux, retraite dans les chambres.

Lever à 5 h ou 6 h en hiver. Déjeuner : 6 h 45 appel, messe et retour dans les différents services. Défense de paraître en pantoufles ou mal peignés sous peine de punition. Défense d'aller dans les chambres pendant les heures de travail. Pansements à 9 h ; à 11 h détente ou occupations utiles ; à 12 h réfectoire avec défense d'entrer dans les cuisines, fin du repas, retour dans les salles avec appel ; à 18 h pansements et nettoyage des salles ; 19 h souper ; 22 h coucher ; 22 h 15 extinction des feux. Défense de « chanter dans les chambres, d'avoir des chiens qui infecteraient nécessairement leur habitation ». Dimanche, fêtes, jeudi et Saint Eloi : jours de congé, sorties en uniforme et avec une permission imprimée ; « fréquenter les cabarets et hanter des lieux suspects est interdit sous peine d'arrêts, prisons puis expulsion pour ceux qui découcheraient ».

* Source : Le règlement de l'école vétérinaire d'Alfort en 1777 et ce qui a changé en 2004 par Maurice Durand Docteur vétérinaire, 161 bis, rue Salengro 37000 Tours

On le voit, avec Bourgelat, on ne rigole pas !...

Mais il avait aussi compris que pour tirer le meilleur de chaque élève, il fallait créer une saine émulation, les mettre en compétition mais également les placer régulièrement sur le devant de la scène, dans la salle dite « des concours », pour récompenser leurs efforts (façon également « d’asseoir » son école). Il multiplie donc les concours auxquels assite « le gratin » du royaume, Bertin en tête, secrétaire d’état et ami (ils s’étaient connus à Lyon et Bertin avait appuyé Bourgelat dans la création de ses écoles).

C’est donc lors d’un de ces concours dont le thème était « de la démonstration des muscles du cheval » que Marangé fut primé*… Sans doute en retira-t-il beaucoup de fierté. * Source : AD 51 – C457

Ses études arrivant à leurs termes, René devint enfin « Privilégié du Roy en l’art vétérinaire » et revint s’installer en Champagne comme il l’avait promis…

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RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

C’est dorénavant « sur le terrain » que René Marangé va exercer son art. On peut le suivre par petites touches…

En septembre 1775, une épizootie s’empare de la Champagne. Elle débute dans l’écurie de la veuve Clément à Laneuville à Bayard (52) où avaient séjourné des chevaux de relais venant des provinces méridionales. Son expansion est fulgurante. Le pouvoir demande à M. Grignon, correspondant des Académies des Sciences et Belles Lettres de Paris de se rendre sur place pour juger de la catastrophe et tenter d’y trouver remèdes. Il se fait donc accompagner localement dans ses tournées par les sieurs Maranger et Pertat (installé à St Dizier 52) et ils mettent « en usage les moyens indiqués par le gouvernement ». Le résumé qui est fait de leur tournée fait apparaitre des démarches scientifiques, avec analyses des faits, des symptômes, hypothèses de transmission, évaluation de différents remèdes et autopsies fréquentes de bêtes mortes afin de juger des organes attaqués par le mal.

Source : Exposé des moyens curatifs et préservatifs qui peuvent être employés contre les maladies pestilentielles des bêtes à cornes – par le Dt Vicq d’Azir – Paris 1776

Chacun y va alors de ses publications dans les gazettes scientifiques très à la mode pour diffuser ses observations, trouvailles et préconisations et sans doute un peu aussi pour se faire « un nom ». C’est dans l’une d’elles que l’on retrouve René en fâcheuse position dans une affaire entre hommes de sciences :

ARTS UTILES-

Le Mémoire concernant l'Epizootie, inséré dans notre Journal du premier Août, page 165, a donné lieu à une juste réclamation de la part de M. Brasdor, professeur Royal en Chirurgie, Artiste célèbre, qui unit au talent confirmé par le succès, l'amour de sa profession, & le zèle du citoyen. II publia, vers le commencement de cette année, des Conjectures les Maladies épizootiques qui ravagent nos Provinces méridionales ; elles portent sur un principe incontestable ; mais il eut l'attention d'avertir que l'application & les conséquences pourroient n'avoir rien de solide.  L'irritation méchanique exercée sur des surfaces sensibles, peut produire dans l'économie animale les plus grands désordres. Voilà le principe. Voici l'application. Dans la maladie contagieuse qui attaqua les chiens en 1763, M. Brasdor trouva des vers dans le nez de plusieurs de ces animaux. L'analogie qu'il a vue entre les symptômes de l'épizootie actuelle, & les symptômes qu'il avoit observés dans la maladie des chiens, lui a fait soupçonner qu'il pourroit aussi y avoir des vers dans le nez des bœufs mais, comme il n'a pas été à portée de vérifier ce soupçon, & qu'il étoit de la plus grande importance de découvrir la cause d'un fléau si funeste, il a publié ses Conjectures sans aucune espèce de prétention, & uniquement pour engager à faire des recherches relatives à son idée. « Ma spéculation, dit-il en finissant, n'est peut- être qu'un rêve ; mais c'est le rêve d'un citoyen : la grandeur du fléau, & l’inutilité de tout ce qui a été fait jusqu'ici, me serviront d’excuse. »

Quelque respectable que fût le motif de M. Brasdor, quelque précautions qu'il eût prises pour se mettre à couvert de toute espèce de critique, néanmoins, dans la Gazette de Santé, ses conjectures furent attaquées par M. Grignon, comme une vraie assertion étayée de preuves, affirmée et soutenue par des observations mal appliquées : M. G. traita la conjecture d'absurde, de présomption impardonnable, &  M. Brasdor a répondu avec beaucoup de phlegme & de douceur à ces critiques -peu modérées - dans le Journal de Médecine du mois d’Août dernier.

Mais, dans le temps qu'il se défendoit d'un côté, il étoit attaqué de l'autre par les Auteurs du Mémoire inséré dans notre Journal, & qui nous a été adressé par le Ministre. Persuadés que M. Brasdor avoit affirmé que la maladie épizootique étoit une maladie vermineuse ; séduits par l 'animosité d'autrui, ils se sont permis contre lui des expressions hasardées. M. Brasdor s'en est plaint à M. Bourgelat, qui en a écrit à MM. Maranger & Pertat, Elèves de l'Ecole Vétérinaire, Auteurs du Mémoire.

Ceux-ci n'ont pas plutôt apperçu leur erreur, qu'ils l'ont rétractée & M. Bourgelat, en renvoyant leur réponse s'exprime ainsi : « Vous verrez que ce que nous avions prévu est très juste, & que l'erreur des deux Elèves n'est due qu'à M. . . . Quoi qu'il en soit, vous me ferez plaisir de prier MM de Castilhon d'insérer dans leur Journal la Lettre de MM. Maranger & Pertat car il importe que la réparation soit publique. C'est ainsi que vous trouverez, dans les Elèves, comme dans le Maître, la preuve des sentiments qui vous sont dus, & qu'ils ont pour vous ».

 Lettre de MM. Maranger & Pertat à M. Brasdor

« Monsieur,

M. Bourgelat vient d'ajouter à toutes les obligations que nous lui avons, celle de nous éclairer sur une erreur que nous avons commise dans les réflexions jointes au détail que nous avons donné sur l'épizootie de la Neuville-à-Bayard. La publicité de notre Mémoire nous rend encore plus coupables envers vous : aussi nous empressons nous de réparer une faute que vous pardonnerez, sans doute, Monsieur, lorsque vous saurez que nous habitons des campagnes dans lesquelles nous sommes privés de tous les secours que nous retirerions de la lecture des bons Ouvrages, & où il semble que des écrits misérables, & des recettes monstrueuses parviennent jusques dans les chaumières  des paysans pour ajouter aux ravages des fléaux différents qui leur enlèvent leur bétail. Nous n'avions point lu, Monsieur, vos Conjectures sur la maladie épizootique qui règne dans les Provinces méridionales du Royaume, & nous n'en avons parlé que sur le rapport très infidèle qui nous a été fait par des personnes auxquelles nous n'avons malheureusement accordé que trop de confiance.

Voilà notre excuse, Monsieur, vous la trouverez, sans doute trop faible, parce que nous ne devions pas ignorer qu'il est bien dangereux d'en croire trop légèrement à la parole des hommes. Vous devez penser néanmoins que nous n'aurions eu garde de donner, comme une assertion positive de votre part, des idées que vous avez publiées à titre de conjectures, si votre Brochure nous avoit été connues & nous osons compter fur votre indulgence. Notre zèle nous fait espérer, Monsieur, que vous ne nous refuserez pas les témoignages que nous vous en demandons en nous encourageant dans les travaux pénibles auxquels nous nous sommes consacrés : elle nous apprendra à être plus prudents à l'avenir.

Nous sommes, avec toute la considération due à vos lumières, & avec tout le respect possible, Monsieur, Vos très humbles & très obéissants serviteurs, signé, tant pour Maranger que Pertat, Artistes Vétérinaires, Brevetés par S. M. pour la Province de Champagne.

Joinville le 23 Août 1776. »

Au-delà de cette querelle (où tout le monde d’ailleurs tente d’arrondir les angles des susceptibilités personnelles, voir plus loin), notons tout de même que suite à leurs interventions, la maladie fit ensuite « peu de progrès et [put] même être considérée comme entièrement détruite ».

Source : Journal des Sciences et des Beaux-arts – Tome 3 – 1 juillet 1777

Pierre Brasdor (naissance en 1721 d’une famille pauvre dans la province du Maine) fut un savant et un habile chirurgien, farouche partisan de l’inoculation et ayant travaillé sur le traitement de l’anévrisme. Il s’était également intéressé à l’art vétérinaire bien avant que cela fut dans l’air du temps.

Source : Bibliothèque Interuniversitaire de Santé - biusante.parisdescartes.fr

Brasdor était donc quelqu’un de reconnu et l’on comprend les précautions prises par Bourgelat, Marangé et Pertat.

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Mais les choses ne se passaient pas toujours aussi bien et les progrès de la science n’étaient pas toujours reçus par les paysans avec la considération qu’ils auraient mérités. Quelques années plus tard, René se déplace vers Chaumont :

« L’an mil sept cent quatre vingt un le onze du mois d’octobre nous soussigné René Marangé privilégié du Roi en L’art vétérinaire établie en résidence à Joncherie (Jonchery 52) certifions que nous ayant rendu à la paroisse de Laharmand et ayant rendu à l’étable de la Ve (veuve) nicolas Briot laboureur demeurant à Laharmand  et ayant sommé à son fils de nous montrer un bœuf qui avait été par nous reconnu malade depuis près de quinze jour, il nous aurait répondu que je pouvais m’aller me faire etc,  que j’étais un sacré etc, si qui m’ayant si fort courroucé je lui ait donné un coup de petite verge au travers le corps et s’ayant jandarmé de nouveau il m’a poussé la porte au nez en jurant et blasphémant et poussant mil imprécations dont je puis denommer pour témoins les  nommés Jean Malaires laboureur demeurant au faubg de l’eau de Chaumont et Jean Lagranche laboureur audit Laharmand ce dont nous avons dressé procès verbal à Laharmand ce jour et an que depuis ils ont déclaré ne savoir signé.

Marangé

Et en marge : Un des témoins nous a déclaré en présence du sindic qu’il avait oüie du dénommé cy dessus ses injures qui nous avait été faite et qu’il ne voulait pas signer attendu dit-il que il a des affaires avec eux ce dont le sindic a signé avec nous. » Source : AD52 – F444

Le bœuf a-t-il été sauvé et la maladie enrayée dans la paroisse ? Nous n’en saurons rien.

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RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

René parcourt donc la campagne environnante dans l’exercice de sa profession où il soigne indistinctement bêtes à cornes, chevaux et ovins. Il y rencontre souvent le succès. En 1782, il se rend au château de Rouvroy sur Marne :

Le sIeur Marangé, Artiste vétérinaire à Joinville, a mandé le 8 Octobre de la même année, qu'appelé au château de Rouvroy, pour y voir une jument tourmentée de tranchées violentes, il avoit employé sans succès tous les moyens que la circonstance sembloit indiquer ; qu'il s'étoit enfin déterminé à administrer l'huile empyreumatique , d'abord à la dose de deux onces & demie dans une infusion d'absynthe & trois heures après à la même dose ; la première ayant beaucoup soulagé le malade (1), tous les accidens cessèrent ; il rendit, deux jours après un paquet d'œslres renfermés dans une capsule membraneuse, de la grosseur & de la forme d'un œuf de poule. Il n'a donc depuis, aucun symptôme de ces tranchées, auxquelles il étoit très sujet

( 1 ) Quel qu'ait été l'effet de l'huile empyreumatique administrée à cette dose , elle est cependant beaucoup trop forte; il y auroit certainement du danger pour le plus grand nombre de chevaux, à la donner dans cette proportion.

On le retrouve aussi à Joinville :

Le troupeau de moutons des Religieuses du couvent de la Pitié de Joinville, étoit affecté d'une maladie vermineuse, dont le principal symptôme étoit le flux par les naseaux, d'une humeur épaisse, quelquefois teinté de sang. A l'ouverture de ceux qui périssoient, on trouvoit dans les sinus frontaux & les fosses nasàles des vers très gros & très-multipliés ; la membrane pituitaire épaisse, enflammée, corrodée ; les poumons criblés de crinons. L'huile empyreumatique étendue dans une infusion de sarriette, donnée en breuvage & injectée dans les fosses nasales, triompha en peu de jours de cette maladie, dont le traitement avoit été confié au sieur Marangé.

Source : Traité des maladies vermineuses dans les animaux, par M. Chabert – Paris 1787

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On croise René également à différentes époques dans quelques documents conservés aux Archives départementales de Haute-Marne où il est cité à titre personnel ou comme « expert » en matière vétérinaire mais que je n’ai pas encore eu le loisir de consulter.

Par exemple :

- Ordonnances de décharge et de réduction des impositions en faveur des officiers privilégiés de l'élection de Joinville : Maranger (René), vétérinaire à Joinville (1777). Cotes extrêmes C 301

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- Communautés d'Ecot, Epizon, Esnouveaux, Essey-les-Ponts et Euffigneix • 1694-1789 

Ordonnances de décharge et de réduction des impositions en faveur des trop imposés, pour changement de domicile, pertes de bestiaux et de récoltes par suite d'épidémies grêle et inondations (1694-1789) ; rapport dressé le 1er octobre 1789, par M. Marangé, vétérinaire à Joinville et correspondance entre le bureau intermédiaire de l'élection de Chaumont, les officiers municipaux de la communauté d'Epizon, MM. Rouillé d'Orfeuil, intendant, et Marangé, vétérinaire, au sujet de la visite des chevaux attaqués de morve dans la commune d'Epizon ; Cotes extrêmes C 243

 

Par ailleurs, il est également cité pour ses observations de maladies animales à plusieurs reprises dans le « Cours complet d'agriculture pratique, d'économie rurale et domestique, et de médecine vétérinaire » de l'abbé Rozier paru en 1809.

 

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RENÉ MARANGER, "PRIVILÉGIÉ DU ROY EN ART VÉTÉRINAIRE", BREVETÉ DE L'ECOLE DE MAISONS ALFORT - ECHENAY 1748 / JOINVILLE 1816

René Maranger s’éteindra le 25 octobre 1816 à Joinville, après environ 40 ans d'exercice et au terme d’une existence où la vocation avait surement une grande place. Mais celle-ci ne sera pas perdue et se transmettra à son fils Jean Baptiste César qui devint vétérinaire à son tour.

Leurs parcours d’études semblent avoir été assez similaires. « La Gazette Nationale ou le Moniteur Universel » du 12 mai 1808 nous apprend que le fils suit ses études à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, qu’il est en troisième année, élève aux frais du trésor public (donc boursier également), et que Son Excellence le Ministre de l’intérieur de Napoléon (Emmanuel Crétet) lui a remis solennellement le premier prix ! « Les Annales de l’Agriculture Française » (Tome 35 – 1808) complètent l’information en ajoutant qu’il a été « reconnu capable de se livrer à la pratique » et qu’il avait été nommé précédemment répétiteur adjoint en avril 1807 puis répétiteur (répétiteur = enseignant) en octobre de la même année.

Ses parents, René et son épouse Anne Voillot (parfois orthographié Voyot) en éprouvèrent-ils de la fierté ?... Nous ne le saurons pas !

Le fils épousera à Joinville Antonine Adéone Guibourt un peu plus d’un an après le décès de René et suivra donc la voie professionnelle  tracée par son père.

Du père « Privilégié du Roy en arts vétérinaires » au fils « Artiste Vétérinaire », nouvelle appellation du moment, il n’y a eu qu’un pas ou une foulée de cheval peut-être ?... 

commentaires

NICOLAS COLLIN, SIMON POIRSON ET EUSEBE MARANGE, 3 EPINCELOIS SOUS LA TERREUR - D'ECHENAY A PARIS - 1793/1795

Publié le 18 Janvier 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Echenay sous la Révolution

Quelques clichés concernant la recherche généalogique ont la vie dure. On entend souvent de la part de néophytes des choses comme « tout a brulé à la Révolution ! » ou encore « Bah, dans l’ancien temps, nos ancêtres quittaient rarement leur village ! ».

Mais les hommes et les femmes des siècles passés étaient-ils si différents de nous ? Bien sûr, la plupart d’entre eux sont restés sur le lopin de terre que leurs ancêtres leur avaient légué mais n’avaient-ils pas au fond d’eux même l’envie, l’ambition secrète de « voir du pays » ?...

D’autres ont pourtant franchi le pas, par goût ou par contrainte, souvent sans crier gare, et cela complique parfois la tâche du généalogiste soucieux de retrouver ses aïeux.

Toujours à la recherche d’Epincelois (habitants d’Echenay 52), migrants ou pas, j’en ai retrouvé trois à Paris et cela me donne l’occasion de battre en brèche ces affirmations…  

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Texte du décret des cartes de sûreté parisiennes

Texte du décret des cartes de sûreté parisiennes

En 1793, la république veut conquérir l’Europe au cri de « Liberté, Egalité, Fraternité » mais, coincée entre une coalition étrangère menaçante et une guerre civile intérieure, elle se sent bien fragile. Les opposants sont nombreux, cachés dans tous les replis de la société et ont tous les visages. Paris, où tout se décide ou presque, est plus que crispé… A qui faire confiance ? Comment contrôler la rue, là d’où tout est venu, cette rue si versatile et prompte à s’enflammer et à retourner sa veste ?...

Alors, on invente la Carte de Sureté, sorte d’ancêtre de notre carte d’identité actuelle et qui joue également un rôle de laissez-passer. Chaque parisien doit se faire enregistrer dans sa section, accompagné de témoins qui déclarent le connaitre, apportant en quelque sorte leur caution. "Par le décret du 21 mai, sanctionné par le roi le 27 juin 1790, l’Assemblée constituante créa 48 sections (divisions territoriales et administratives), pour remplacer les districts, mettant fin à la tutelle de l'État sur la commune de Paris. Bien que censées n'être que des circonscriptions électorales, elles jouèrent un rôle important dans la Révolution française : s'impliquant fortement dans le débat politique, elles prenaient des décisions formelles, leur conférant ainsi un rôle d'autorité municipale" (Wikipédia) et outrepassèrent fréquemment leurs prérogatives.

C’est dans ces registres que j’ai retrouvé 3 épincelois circulants dans la tourmente révolutionnaire parisienne. Honneur à l’ainé.

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Source: Généanet - AN F-7-4791 Paris (Paris, France) | 1793 - 1795 |

Source: Généanet - AN F-7-4791 Paris (Paris, France) | 1793 - 1795 |

Nicolas Collin, fils légitime de Louis Collin, laboureur, et de Jeanne Bissac est né le 21 décembre 1749 a été baptisé le lendemain par le curé Voillaume en présence de son parrain Nicolas Collin et de sa marraine Marguerite Bissac. Son père signe fièrement son acte de naissance.

La 15 mai 1793, il se présente au bureau de la « section Bonne-Nouvelle » dont dépend son nouveau domicile de la rue Beauregard. Il déclare exercer la profession d’employer (sic), avoir 44 ans, résider à Paris depuis 1768 et qu’il habitait précédemment Rue Notre Dame de Recouvrance. Il n’a donc déménagé que de 200/300 m.

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Source : Généanet - AN F-7-4796 - Paris (Paris, France)

Source : Généanet - AN F-7-4796 - Paris (Paris, France)

Simon Jean Chrisostome Poirson est né, lui, le 31 janvier 1760 à Echenay. Son père Pierre, marchand, et sa mère Marie Magdelaine Laurent avaient choisi Simon Breton et Jeanne Bissac pour parrain et marraine. Est-il parent avec Nicolas Collin par les Bissac ?...

Le 4 germinal an III (24 mars 1795), il déclare à sa section habiter dorénavant au 44 rue des prêtres, être âgé de 36 ans, être employé et n’être à Paris que depuis 12 mois. Il signe d’une signature élégante.

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Source: Généanet - AN F-7-4791 Paris (Paris, France) | 1793 - 1795 |

Source: Généanet - AN F-7-4791 Paris (Paris, France) | 1793 - 1795 |

Le mardi 16 avril 1793, un jeune homme de 27 ans pénètre dans les bureaux de la « section des droits de l’homme » pour déclarer un changement de résidence. Il s’appelle Eusèbe Marangé, habite dorénavant au 108 rue vielle du temple. Il déclare son âge, être né à Echenay, être instituteur et résider à Paris depuis 1786. Il avait donc 20 ans à son arrivée à Paris.

Né le 21 juin 1766, il est le fils de Nicolas Marangé, maréchal-ferrant à Echenay et de Jeanne Labrouvoix, son épouse.  Il a eu pour parrain Joseph Poirson et pour marraine Anne Voilot.

Ainsi est-il donc peut-être parent avec Simon Poirson ?...

Le 28 frimaire an IV (19 décembre 1795), il se mariera à Paris avec Geneviève Dumoulin, fille de Charles Dumoulin et de Thérèse Françoise Mayrot. (AD75 V10E8 & V10E4 – Geneanet)

Hélas, il décède vraisemblablement en 1818… Le 21 août 1818, le notaire parisien Auguste Herbelin procède à l’Inventaire après décès d’Eusèbe Maranger, instituteur, à la requête de Renée-Victoire Muzelle, veuve de Pierre Jolibois, ancien instituteur également. (Cote : Arch. Nationales - MC/ET/LXX/904 – minutes août 1818)

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Exemple de carte de sureté

Exemple de carte de sureté

Qu’est ce qui a pu pousser tous ces hommes jeunes, voire très jeunes, à quitter Echenay ? L’attrait de la découverte, de la nouveauté ou fuir la misère, l’univers restreint et étriqué du village pour chercher une vie nouvelle à Paris ?...

Nicolas Collin a 19 ans quand il arrive à Paris, ville distante de 250 kms de son village. Eusèbe Marangé en a 20 et Simon Poirson 35. Il est possible, nous l’avons vu, qu’ils aient eu des liens de parenté. Se fréquentaient-ils, habitants tous le cœur de Paris ? Le premier a-t-il incité les autres à venir le rejoindre ?... Et comment ont-ils vécu cette période de la terreur et la révolution dans son ensemble ?...

Ils sont en quelque sorte les précurseurs de cet exode rural qui videra le village 100 ans plus tard, les premiers à rompre avec leur destiné tracée de petits agriculteurs ou de manouvriers.  La capitale a-t-elle répondu à leurs souhaits ? Autant de questions qui resteront sans réponse.

Paris n’est qu’une ville de provinciaux qui ont oublié qu’ils l’étaient et il me semble juste d’avoir remis « un peu de chair » sur ces hommes du village, bien qu'ils ne soient pas de ma famille.

Sources :

AD 52 pour l’état civil

Archives Nationales : Inventaire après décès d’Eusèbe Marangé

Geneanet : registres numérisés des cartes de sureté (merci aux bénévoles)

Familysearch

Persée : Un recensement parisien sous la Révolution. L'exemple des cartes de sûreté de 1793 - Faron Olivier - Grange Cyril - Mélanges de l'école française de Rome - Année 1999

Et d’autres sites annexes

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

Publié le 16 Janvier 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Les bateaux empruntés par les protagonistes de cette histoire

Les bateaux empruntés par les protagonistes de cette histoire

Le 23 décembre 1937, les cornes de brume du paquebot Normandie déchirent l’air d’Ellis Island, avant-port de New York où tant d’immigrés ont débarqué.

Ce n’est pas le premier voyage du Normandie (il a eu lieu le 29 mai 1935) mais pourtant, les habitués du port qui en ont pourtant vu d’autres ne peuvent s’empêcher de stopper leur travail et de jeter un regard vers ce roi des mers. Il vient d’ailleurs de reprendre récemment le convoité « Ruban bleu » récompensant le navire le plus rapide sur la traversée de l’Atlantique.

Emergeant des entreponts, une femme descend la passerelle et se soumet aux formalités d’immigration.

Elle remet alors son passeport numéroté QIV 2850 obtenu à Strasbourg le 12 août 1937, déclare aux employés se nommer Henriette Collin, être âgée de 69 ans, être née à Echenay (52), être femme au foyer, savoir lire et écrire mais ne parlant que français et se rendre chez sa fille, Mrs Von Rueden domiciliée 1914 Prospect Avenue à St Paul dans le Minnesota. Pointilleux, les douaniers prennent quelques notes, indiquent qu’elle mesure 5 feet 6 inches (soit environ  1,68m), qu’elle est de race blanche et a les cheveux blancs et les yeux bleus.

Mais pour savoir pourquoi Henriette vient aux Etats Unis, il va falloir remonter le temps !

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

Le 18 décembre 1868, Alexis Maur (parfois orthographié Mohr ou Maure suivant les documents), berger communal à Echenay, vient à la mairie du village déclarer la naissance de Charlotte Henriette Catherine sa fille, née de son épouse Hortense Sancier. Le maire Sylvestre Hurlier enregistre la naissance en présence de Joseph-Edmond Landéville, l’instituteur du lieu et d’Isidore Marangé, cultivateur, ces deux témoins non-parents.

Quelques années plus tôt était né le 8 mars 1861 à Baudignécourt (55) Ludovic Adrien Burton, fils de Constant Burton, manouvrier, et de Marie Bourlier son épouse. Baudignécourt, à mi-chemin entre Houdelaincourt et Demange aux Eaux, n’est distant que d’environ 25 kms d’Echenay.

Il était écrit que ces deux-là devaient se rencontrer… Ils se marièrent à Effincourt (52) le 30 juillet 1887.

L’union était déjà consommée et le 22 février 1888, Augustine Marie Julia nait à Thonnance Les Joinville (52) du couple formé par Ludovic et Henriette. Ludovic est devenu mouleur, la région étant alors riche en fonderies et autres activités métallurgiques.

Quatre années plus tard, le 5 novembre 1892, naitra sur les bords de Marne à Gourzon (52) Marie Clémence Burton, du même couple. Ludovic est toujours mouleur et sans doute a-t-il trouvé là un travail un tout petit peu mieux rémunéré.

En mai 1897, le couple part s’installer à Villerupt en Meurthe et Moselle (54) sans doute à la recherche d’une vie meilleure (info fiche matricule de Ludovic). Mais la vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille…

J’ai retrouvé Ludovic seul à Foug (54) en 1911. Il est toujours mouleur et vit comme pensionnaire dans un hôtel de l’avenue de la fonderie tenu par Théophile Hu. Eloignement professionnel momentané  ou séparation, qu’advient-il de leur relation ? ...

Henriette, elle, est restée à Villerupt. Elle est servante rue Joseph Ferry chez Jules Collin, mouleur également (né le 4 janvier 1877 à Pont à Mousson (54)). Il vit avec son frère cadet Henri (°1887 Pont à Mousson) et les deux hommes vivent seuls. Jules a 9 ans de moins qu’elle et une relation s’installe entre eux.

La guerre de 14 / 18 passe… Jules Collin avait été exempté en 1898 pour « rétention permanente de l’annulaire droit avec déformation de la main » mais il fut quand même jugé apte en février 1917, la « machine à broyer » ayant besoin de soldats. Sa résidence étant « présumée envahie » (!!), il ne fut « pas touché par son ordre d’appel » ni par « un ordre de route » et échappa ainsi à la grande boucherie. Notons que 1919 le verra replacé dans sa situation d’exempté.

L’histoire pourrait en rester là mais c’est par Marie Clémence Burton, la cadette du couple Burton / Maur, que cette saga familiale va prendre forme. Flash-back…

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

En 1917, les Etats-Unis d’Amérique entrent en guerre à nos côtés contre l’Allemagne. A des milliers de kilomètres de la Haute-Marne et de la Meurthe & Moselle, un jeune homme de 26 ans se présente au bureau de mobilisation de sa circonscription.

Il se nomme Joseph William Von Rueden, est né à Faribault, petite bourgade au sud de Minneapolis le 5 avril 1891. Fils d’émigrés allemands (ironie de la situation !), il est de taille moyenne, plutôt fin, avec des yeux marrons et des cheveux bruns. Il déclare en outre être fermier et travailler pour ses frères.

Comme des centaines de milliers d’autres, il débarque en France quelques semaines plus tard et se retrouve certainement dans la région de Chaumont (52) où l’armée américaine a implanté son quartier général.

En 1919, il se trouve dans le secteur de Thiaucourt en Meurthe et Moselle. La guerre a pris fin mais elle n’est pas terminée pour Joseph. Il a été versé au « Graves Registration Service », structure militaire US nouvellement créée (et qui perdurera sous ce nom jusqu’en 1991) et dont le rôle sera de gérer l’identification des militaires retrouvés décédés au combat, d’enterrer décemment les victimes sur le sol français ou de faire rapatrier leurs dépouilles aux USA.

Joseph W Von Rueden et Marie Clémence Burton la cadette se fréquentent-ils durant cette période ? C’est plus que probable !

Toujours est-il qu’en été 1920, rentré aux Etats-Unis, Joseph pense toujours à Marie Clémence. Dès le 26 août, il fait une demande de passeport pour la France. Le motif ?... « Get married » (se marier) !!!

Le 18 septembre 1920, il quitte New-York et son pays à bord du « SS Léviathan », direction la France et Marie… Son passeport est valable 6 mois, au terme desquels il doit revenir aux States.

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Le 28 mars 1923, le « SS Georges Washington » s’amarre aux quais de New-York après un périple qui l’a mené de Breme (D) à NY, en passant par Cherbourg et Southampton (GB). A son bord, Joseph et Marie Burton devenue Mrs Von Rueden ; elle a 30 ans, déclare que sa dernière résidence en France est Bouillonville (54), que sa mère Mme Collin habite 23 rue Nicou à Piennes (54) (Henriette a donc changé de nom, ce que confirme le recensement de Landres (54) en 1921 et où habitent ensemble sa sœur ainée Julia et son mari ainsi que Jules Collin et Henriette, qualifiés de beau-père et belle-mère !). Elle déclare se rendre chez elle avec son mari, à Glenwood City dans le Wisconsin où ils habitent. Fidèles à leurs habitudes tatillonnes, les agents de l’immigration notent qu’elle n’est ni polygame ni anarchiste (si elle l’était, elle l’aurait dit bien sûr !!!), qu’elle est en bonne santé physique et mentale, qu’elle mesure 1,60m et qu’elle est blanche aux yeux et cheveux bruns.

Quelques années plus tard, le recensement de 1930 indiquera que le couple habite désormais St Paul City, comté de Ramsey, banlieue de Minneapolis.  Joseph est dorénavant chauffeur de bus à la Motor Bus Co et Marie femme au foyer. Si le couple ne semble pas avoir d’enfants, ils hébergent néanmoins une pensionnaire (boarder), Tillie Boden, âgée de 30 ans.

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Dans cette Amérique profonde, Marie Clémence s’ennuie-t-elle de la France et de sa famille ? Je ne saurais dire mais il est certain qu’elle a revu plusieurs membres de sa famille et qu’elle les a accueillis chez elle. Ainsi, dès le mois de décembre 1923, sa sœur Julia et son beau-frère Camille Marchal viennent lui rendre visite. Ils ont pour cela emprunté le SS Majestic au départ de Cherbourg.

Julia est, nous l’avons vu, sa sœur ainée. Le 19 mai 1907, elle avait épousé à Villerupt (54) Camille Marchal, ouvrier de fonderie (l’immigration notera « smith » soit forgeron), garçon né à Pierrepont (54). En 1911, ils habitaient la cité de la butte à Villerupt et ils semblent alors habiter Landres (54).

On imagine les retrouvailles et les discussions qui s’ensuivirent… Marie Clémence leur vante-t-elle la vie dans son nouveau pays ou bien le couple Marchal est-il subjugué par celui-ci ? Quoi qu’il en soit, l’idée de vivre aux Etats-Unis germe dans leurs têtes et l’on retrouve le couple habitant St Paul, 200 Glencoe Street en 1926. Les 2 sœurs sont donc réunies mais pour peu de temps car un an plus tard, Camille et Julia habitent au 202 Hicks Street à Brooklyn (New York).

Mais ces deux-là ont encore la bougeotte ! Le 23 décembre 1930, Camille déclare à l’administration militaire travailler à la construction du barrage des Zardézas en Algérie (ce qui implique qu’il n’a pas demandé la naturalisation américaine !). Les travaux de ce barrage, conçu pour alimenter la région de Philippeville et irriguer les plaines environnantes, débutent effectivement en 1930 et se termineront par sa mise en eau en 1945.  Camille y est encore présent en 1932 mais je perds ensuite sa trace puisqu’il est libéré des obligations militaires en 1934. Que de chemin parcouru pour Julia depuis sa naissance à Thonnance-Les-Joinville !!

Naturalisation de Marie Clémence

Naturalisation de Marie Clémence

Comme on l’a aperçu au début de cette histoire sa maman, la fameuse Henriette, viendra lui rendre visite en décembre 1937. Était-ce la première fois ou parce que le 24 novembre 1937, âgée de 45 ans, Marie Clémence avait demandé et obtenu semble-t-il la nationalité américaine ? Quelques jours plus tard donc, Henriette débarquait à NY. A cette occasion, elle déclarait aux services d’immigration avoir l’intention de devenir citoyenne américaine et d’y résider de façon permanente.  Y resta-t-elle quelque temps ?... A voir !

Le recensement de 1940 de St Peter, comté de Nicollet, non loin de Minneapolis, fait apparaitre une Henrietta Collin née en France et âgée de 68 ans (mais peut-être y a-t-il eu confusion entre son âge et son année de naissance) ce qui pourrait correspondre. Mais, et c’est plus embêtant, cette Henrietta(e) est hospitalisée dans les services des « femmes psychopathiques » (Womens Psychopatic). Est-ce notre Henriette ?...

World War 2 : Les japonais passent par Pearl Harbour, l’Amérique s’engage dans le conflit et l’année 1942 verra Joseph Von Rueden repasser par le bureau de mobilisation. Il a alors 51 ans. Il est très probable qu’il ne partit pas. Le bordereau qu’on lui remet alors concerne les hommes nés entre avril 1877 et février 1897 ce qui le place certainement dans ce qu’on appelle chez nous l’armée territoriale.

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L'HISTOIRE D'HENRIETTE MAUR ET DE SES 2 FILLES - ECHENAY 1868, MINNEAPOLIS 1920 ET NEW YORK 1937

L’histoire de tous ces protagonistes se brouillera ensuite faute de documents en ligne et/ou pour raisons de délais de communication et de confidentialité.

Joseph William Von Rueden s’éteindra le 24 mai 1968. Marie Clémence, sa petite française, le rejoindra 8 ans plus tard le 26 janvier 1976. Tous deux seront inhumés au cimetière national de Fort Snelling, Minneapolis, Hennepin County, Minnesota.

Sa sœur Julia était décédée le 27 mars 1945 à Chamouillay (52).

Et Henriette me direz-vous ?... Eh bien, elle mourra le 20 avril 1955 à Pont à Mousson (54). Son rêve américain n’aura eu lieu que partiellement… Et j’ignore ce qu’est devenu Jules Collin.

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Les villages natals de Joseph et Marie Clémence

Les villages natals de Joseph et Marie Clémence

A cheval entre deux mondes, quelles impressions ont-ils tous gardé de leurs séjours aux Etats-Unis et de leurs voyages transatlantiques ? La Haute-Marne et la Meurthe et Moselle de cette première partie du XXeme siècle étaient à des années-lumière de New-York, du Minnesota ou de l’Algérie coloniale. Tous ont connu les maisons de pierres de Haute-Marne au sol en terre battue, les cités ouvrières de M&M et les buildings New-Yorkais, les intérieurs « ouvriers » et les salons luxueux des paquebots même s’ils ne les ont aperçus qu’au travers des portes des coursives entre-ouvertes, l’immensité de l’Atlantique Nord et les petites rivières à truites de leur pays natal…

Retracer la vie d’Henriette et de Marie Clémence a été particulièrement délicat, celle d’Henriette notamment. Découverte par hasard, sa venue à New-York en 1937 éveilla mon attention puisqu’elle déclarait être née à Echenay, sans précision de son nom de jeune fille et alors qu’elle se présentait sous son deuxième nom de femme, ce que j’ignorais alors. Mais une épinceloise à NY, il fallait que j’en sache plus et il m’a fallu plusieurs semaines pour mettre en place les pièces du puzzle !

Henriette, « l’épinceloise insaisissable », ses filles et ses deux époux ne sont pas de ma famille mais l’histoire méritait vraiment d’être retracée et je ne regrette pas d’avoir pris le temps nécessaire !

Sources :

AD 08, AD 52, AD 54, AD 55, AD57 et AD88

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