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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

4 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Edouard

Edouard

Le 28 août 1909, l’unique cloche de l’église d’Echenay sonne à toute volée.

Forcément, c’est jour de mariage. Edouard épouse Lucie.

Lui (27 ans) est originaire de Mercy le Haut (1), petit village près de Longwy. Elle (21 ans), est une fille du pays. Enfin presque !... Elle y est née en 1888 mais son grand-père paternel, Alsacien pur jus, avait fui son village vers 1848 pour cause de trop grande misère. Les chemins de l’Est l’amenèrent dans cette région où ses descendants firent souche. Tous deux sont d’origine fort modeste.

Edouard s’était engagé dans l’armée en 1902, quittant définitivement sa campagne natale. Il intègre la cavalerie, au 18eme Régiment de Chasseurs et passera ensuite au 2eme Hussards. En 1906, il se réengage pour 2 ans.

Mais comment ces deux-là ont-ils pu se connaitre ?...

Une tradition orale veut qu’il soit venu dans ce coin perdu de Haute-Marne pour y acheter des chevaux pour le compte de l’armée. Pourquoi pas ? Le regard était fier, le cheval fringuant, l’uniforme était beau et l’acier du sabre qui battait à son côté étincelait ! Comment Lucie aurait-elle pu résister ?...

En prévision de ce mariage, Edouard quitte l’armée le 9 février 1909. Mais que peux faire, en ce début de siècle, un jeune homme de 27 ans, bientôt chargé de famille, qui ne sait que s’occuper des chevaux ? Mercy le Haut ou Echenay n’offrent que peu de perspectives.

Alors Edouard décide de faire le grand saut… Ce sera Paris !...

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

Pour obtenir la main de sa dulcinée, il lui faut un travail. En cette fin d’hiver 1908-1909, Edouard pousse la porte du 55 de la rue de la Chaussée d’Antin, un bel immeuble de 4 étages bâti en 1880, à un jet de pierre de l’Opéra Garnier. C’est un des immeubles-bureaux appartenant à la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE. Voilà le «rural » débarqué dans les beaux quartiers !

Il ne connait que les chevaux ?... La belle affaire ! Paris en regorge ! On estime leur nombre à 79000 en 1880 dans la capitale. Ils sont partout, livrent les marchandises, tirent les omnibus et surtout, ils véhiculent ces gens bien qui ne se déplacent qu’en fiacres ou en taxis.

A cette époque, la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE est déjà une vieille entreprise de taxis, à cheval ou à moteur. Relater son histoire serait un roman. Comme aujourd’hui, les besoins « primaires » sont dans la main des financiers. Or, le besoin de se déplacer en est un et les grands hommes d’affaire l’ont bien compris. Et il faut dire que les besoins des Parisiens sont énormes.

A titre d’exemple, la société possède en 1880, outre un patrimoine foncier considérable, 742 coupés et 490 victorias ou cab, 2044 chevaux… On imagine en 1909 !

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Après un entretien d’embauche où il n’a sans doute pas eu de mal à prouver son professionnalisme, il est embauché comme taxi métreur. Il est très vraisemblable qu’il fut affecté à l’entrepôt de la rue des Blanches-Portes ou à celui de la rue Vauvenargues près desquelles il habitait.

Vers cette époque, l’entreprise connait quelques soucis, non pas que ce ne soit pas rentable, mais les hauts dirigeants fondateurs, emportés par la folie spéculative, ont affaire avec la justice.

Quand Edouard entre à l’URBAINE, celle-ci est dirigée par 3 associés : Lefort (3), Kermina et Brissot. Kermina passera à l’histoire puisqu’il fondera un peu plus tard la Kermina Métropole G2, célèbre compagnie de taxis, qui participera à la non moins célèbre bataille de la Marne.

A son retour de noces, peut-être Edouard offrît-il une visite de la capitale en fiacre à Lucie, jeune paysanne Epinceloise, fraichement débarquée ?... On imagine le choc pour elle !

Les taxi-métreurs, en voiture à cheval ou en automobile, pour utiles qu’ils soient, ne sont pas très appréciés des Parisiens. Comme parfois encore aujourd’hui, ces derniers leur reprochent leur impolitesse, leur façon de conduire qui ne respecte pas les piétons et leur manie de surtaxer les courses, même si le taxa-mètre(2) voit le jour cette même année. De plus, la profession est dominée par les Corréziens et les Savoyards qui, sans doute, défendent leur business.

Est-ce pour cela qu’Edouard quitte la société le 31 décembre 1909 ? Je ne le pense pas !

LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

S’il quitte l’Urbaine, c’est pour entrer au « Métropolitain", révolution plus récente du monde des transports urbains, qui dû certainement lui procurer des revenus plus réguliers.

C’est qu’il est veut faire son trou à Paris, Edouard. Et il faut des sous pour élever les enfants qu’ils désirent. Comme toutes ces nouveautés sont créatrices d’emploi, il compte bien en profiter.

Il y arrivera et sera, modestement, dans d’autres aventures de ce début de XXe siècle. Mais enfin, le but est atteint : Paris lui assurera le minimum de sécurité que Lucie et lui cherchaient.

La guerre de 14 passera et l’épargnera. En bon militaire qu’il avait déjà été et qu’il redevint, il sera cité à l’ordre du régiment et obtiendra sa Croix de Guerre. Mais, ce sont d’autres histoires.

Décidément, j’aime bien ce petit couple aventureux !

Surement aussi parce que ce sont mes grands-parents !...

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  1. Le village deviendra tristement célèbre le 22 août 1914 lors de la bataille des Frontières qui verra les troupes Allemandes envahir la France. Au-delà de l’agression militaire proprement dite, les exactions commises sur les civils du village marqueront l’opinion publique Française.

Ce 22 août 1914 détient également le titre de « jour le plus meurtrier de toute la première guerre mondiale » et sans doute de toute l’histoire de France puisque pas moins de 27000 soldats Français y perdront la vie dans la journée.

2. En 1909, le « taxa-mètre », petite boite mécanique voit le jour. Cet ancêtre du taximètre est le premier compteur permettant d’établir le prix d’une course en tenant compte du temps et de la distance parcourue par le véhicule. Par évolution sémantique le mot « taxa-mètre » devient taxi-mètre, le véhicule qui en ait équipé devient lui le « taximètre automobile ». L’évolution linguistique de l’époque transformera « taxi mètre automobile » en « taxi ». Le taxi venait de naitre : un véhicule de type automobile équipé à son bord d’un taximètre, muni d’une autorisation administrative l’autorisant à stationner sur la voie publique en vue d’y prendre en charge des clients.

3. L’associé nommé Lefort de l’Urbaine n’est à priori pas de la famille. Je ne me suis jamais vraiment penché sur cette question mais si cela avait été le cas, nul doute que j’en aurais entendu parler.

Sources :

Cparama.com - forum

Taxi-taxi.com

Delcampe

Le cheval à Paris de 1850 à 1914 – Ghislaine Bouchet – Librairie Droz – Genève Paris -1993

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