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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LA GUERRE DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1914/1919

6 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Le 3 Août 1914, il y a foule vers la gare du Nord. Bien plus que 22 ans plus tard, pour la première grande transhumance des congés payés…! Il faut dire que ce jour-là, le transport est « offert » par l’état !

Edouard n’a pas eu à faire un long chemin pour rejoindre la gare. Il a sans doute pris le métro à Château-Rouge pour en descendre Gare du Nord. Et cela ne l’a pas trop dépaysé puisque moins d’un mois plus tôt, il y travaillait encore.

Il n’hésite pas, son Ordre de Mobilisation lui indique clairement la marche à suivre :

Le deuxième jour de la mobilisation (soit le 3 août), il est tenu de se rendre à midi aux « départs » de la gare du Nord pour être de là dirigé sur sa destination, Verdun. On lui demande d’emporter des vivres pour un jour. La durée du voyage…

Arrivé là-bas, il devra se présenter au quartier C de la caserne Villars. Mais l’armée, il connait !

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Il s’était engagé en 1902 pour 4 ans et avait rempilé pour 2 de plus en 1906. Il est Maréchal des Logis au 2eme Hussards. Mais là, les choses sont différentes… Il ne suffira plus de s’entrainer, de défiler, de parader du haut de son cheval… Maintenant, il faudra faire la guerre, la vraie, contre ces Boches qui humilient la France depuis plusieurs décennies !

Il rejoint donc les « Chamborant » au quartier de Villars.

Cet illustre régiment créé en 1735 sur ordre de Louis XV, initialement dirigé par le Comte Esterhazy, fut de toutes les campagnes de le Révolution et de l’Empire. C’est en particulier durant la guerre de Sept Ans, sous les ordres de son colonel, le marquis de Chamborant, qu’il devient si célèbre que, dans toute l’armée, on appelle les cavaliers du régiment : « Les Chamborant », du nom de leur chef qui conservera son commandement trente années durant.

Mais en 1914, leur rôle est principalement de faire de la reconnaissance. Devançant les autres régiments, ils doivent reconnaitre le terrain, informer l’état-major de l’avancement de l’ennemi, rendre compte de ses forces et de leurs situations géographiques.

La mission est capitale, fort dangereuse puisque très exposée car effectuée par de petits groupes de cavaliers qui s’infiltrent en territoire occupé par l’ennemi, tout ça sans pouvoir compter sur un quelconque soutien.

Les escarmouches sont fréquentes et toujours très meurtrières. En face, les Allemands ont envoyé leurs Uhlans pour jouer le même rôle. Quand elles se produisent, il n’y a pas de quartier : On tue les soldats et on essaye de faire prisonnier leur chef pour le ramener aux lignes arrières afin de le faire parler. Les armes sont le sabre et le révolver, impliquant presque toujours le corps à corps…

A son arrivée au corps, Edouard est détaché au 365e Régiment d’Infanterie comme Eclaireur.

Le 365e RI s’était formé à Lille. Il se mobilise en 2 jours (2 et 3 août 14) et s’embarque en deux trains quittant Lille (gare St André) pour Verdun le 4eme jour de la mobilisation, soit le 5 août. Ils arrivent dans la nuit du 5 au 6 août et le régiment finit sa nuit à la caserne du Faubourg Pavé. Le 6, il prend ses cantonnements à Sommedieue, dans la banlieue Sud-Est de Verdun.

C’est sans doute là qu’Edouard les rejoint !

Il est bien difficile de retracer précisément le parcours d’un petit Maréchal des Logis, éclaireur de surcroit. Tout juste peut-on l’imaginer quelque part en avant du régiment, du moins tant que dura la guerre de mouvement. Quel fut son rôle une fois que les deux armées se furent enterrées pour des années ?...

De cette ignorance, quelques informations émergent quand même !

Edouard restera affecté au 2eme Hussards durant toute la durée du conflit. Toutefois, à compter du 30 novembre 1917, il est mis en subsistance au 365e RI. Ses états militaires font état de 2 blessures en février 1915 et Janvier 1919 dont l’une pour un coup de pied de cheval ! Il sera soigné à l’hôpital de Dunkerque du 5 au 15 janvier 1919, puis à Andard – Maine et Loire-, certainement en convalescence.

Beaucoup moins grave qu’une blessure de shrapnel !... C’est néanmoins durant le conflit qu’il sera atteint, comme bien d’autres, de lésions pulmonaires qui le handicaperont le reste de sa vie (gaz ou conditions de vie ?).

Des documents du « Ministère des pensions, des primes et des allocations de guerre » en ma possession indiquent qu’on lui reconnait un « Emphysème pulmonaire avec diminution de la respiration, inspiration humée, expiration prolongée, avec crachats matitunaux perlés grisâtres et bronchite aiguë » qui lui donnent droit à une pension temporaire de 10%, soit 366 francs. En 1926, le taux reconnut sera inférieur à 10% ce qui entraine la suppression de ladite pension.

La reconnaissance de la Nation n’est pas infinie ! Peut-on dire qu’elle au moins ne manque pas d’air ?!...

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Du moins sera-t-il cité à l’ordre du 365e Régiment d’Infanterie le 30 novembre 1918 pour avoir été « au front depuis le début de la campagne, sous-officier consciencieux et dévoué, qui a toujours accompli vaillamment son devoir dans toutes les circonstances » (Ordre du Régiment N°224 du 30 novembre 1918). Le Hussard porta-t-il la Croix de Guerre qui lui fut remise ?...

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Le 24 février 1919, il est libéré et rentre à son foyer. Les gares défilent sous son regard fatigué et le chemin du retour lui semble bien long. Ça fait 5 ans qu’il est parti ! Mais lui au moins, il revient et Lucie et les enfants l’attendent avec impatience… Tout le monde s’est mis sur son 31. "Dame, Papa revient" !

Ses trois enfants le reconnaissent-il ? Surement pas sa fille, née le 1er janvier 1916 et conçue au cours d’une permission du printemps 1915.

Voilà la guerre de mon grand-père.

Sources :

Documents familiaux

Wikipédia

JMO du 365e RI – Mémoires des Hommes

L‘excellent site amicalechamboranthussards.fr

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