Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

L'HISTOIRE D'UNE TOMBE OUBLIÉE - ECHENAY 1808

12 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

Une généalogie villageoise fait prendre parfois de biens curieux détours et la lecture d’un livre peut vous emmener plus loin que prévu !

Emile Humblot (1862-1931) est l’auteur de « Documents sur la Sculpture Religieuse du Pays Joinvillois et de la Haute-Marne – Croix et Dieux de Pitié » écrit en 1903. Homme politique, peintre, graveur, il était aussi membre de la commission des monuments historiques. Amoureux du Vallage, il consacre le présent ouvrage aux cimetières et croix de pitié dont voici un extrait.

Dessin d'Emile Humblot

Dessin d'Emile Humblot

«Il y a au cimetière d’Echenay deux croix de tombeaux que l’on ne saurait passer sous silence. […]

La deuxième croix de tombeau est à moitié enterrée. Elle frappe par sa structure et sa décoration.

Elle est composée d’un médaillon circulaire en creux que prolonge une croix dont les quatre bras sont à peu égaux. Deus oreillons décorés de feuillages en quart de cercle et concaves occupent la partie supérieure, tandis que les oreillons de dessous, pris comme les autres dans la masse de la pierre, descendent envelopper, comme une sorte de lyre, le médaillon inférieur. Les à-bouts sont décorés d’un petit carré saillant.

Sur le médaillon une inscription incomplète : CY REPOSE LE C/ DE DEFUNTE MARIANNE, EPOUSE DE DE PITOY, DECEDEE LE 21 SEPTEMBRE/ AGEE DE/.

Sur la hampe, un Christ informe, très peu en relief, a la tête et les mains énormes.

Pour la première fois, nous constatons que le point d’attache des mains est beaucoup au-dessous des épaules et de la tête. Au sommet, il ne subsiste de l’inscription INRI en relief dans un cartouche que ces trois lettres. Sous les pieds du Christ, une petite tête de mort avec deux tibias en croix. Sur la face postérieure est gravé en creux, d’un simple trait, le monogramme du Christ surmonté de la croix. Hauteur apparente de la croix 0,95 et largeur 0,50. »

Extrait de « Documents sur la Sculpture Religieuse du Pays Joinvillois et de la Haute-Marne – Croix et Dieux de Pitié » - Emile Humblot – 1903

A la lecture de ces quelques lignes, comment résister à l’envie de chercher l’identité de cette mystérieuse Marianne ? Mais comme le dit Humblot dans son introduction, « Est-il temps encore de réparer des ans l’irréparable outrage ? ». Au passage au cimetière d’Emile Humblot, vers 1900, il ne restait déjà plus que quelques débris. Que pourrai-je trouver ?...

Commence alors une recherche exhaustive dans les registres d’Echenay, avec pour base un prénom, Marianne et un nom d’épouse, Pitoy.

Finalement, il me suffira de quelques heures pour retrouver la trace de Marianne.

Acte de naissance de Marianne Rémi

Acte de naissance de Marianne Rémi

Marianne Rémy, son nom de naissance, est née le 13 novembre 1747 à Echenay. Elle est fille de Philippe Remy, jardinier, et de Marguerite Labrouvois.

Acte de mariage de Marianne Réemi

Acte de mariage de Marianne Réemi

Le 18 mai 1779, elle épouse Claude Pitoy.

Acte de décès de Marianne Pitoy

Acte de décès de Marianne Pitoy

Marianne s’éteindra le 25 septembre 1808, âgée de 61 ans (et non 51 comme le note l’officier d’Etat Civil). Et puis, l’histoire tourne au drame…

Ce dernier ajoute « avoir reconnu, accompagné des dits témoins, que la décomposition rapide du corps exigeait qu’il fut inhumé avant les vingt-quatre heures révolues et [avoir] permis que l’inhumation ait lieu aujourd’hui à six heures du soir ».

Sans doute quelques semaines plus tard, Claude Germain, anéanti, décide de faire ériger cette croix qui attirera l’attention d’Emile Humblot 100 ans plus tard.

Voici l’histoire de Marianne. Elle pourrait s’arrêter là…

Mais Pitoy, Pitois, ne se serait-on pas déjà croisé ?... Mais oui !

Au moment où Marianne trépasse (24 septembre 1808), son fils François meurt également en Espagne (16 septembre 1808). Marianne l'aurait-elle pressenti ? Il était soldat de l’Empire.

Claude Germain Pitoy ne le sait pas mais en 10 jours, il vient de perdre sa femme et son fils ainé.

Aujourd’hui, il ne reste rien de la tombe de Marianne.

Mais serait-il possible que certains morts nous appellent ?…

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article