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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

ECHENAY, C’EST L’AMERIQUE ! - 1789

25 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

 

Lafayette.jpg 

                                                                                                LAFAYETTE

 

 

Nous venons de fêter le 70 éme anniversaire du débarquement en Normandie et nous danserons prochainement  sur les places publiques pour le 225 éme  anniversaire du 14 Juillet.

 

Tout le monde connait les liens qui unissent la France et  l’Amérique depuis l’indépendance de cette dernière. L’action de la France y fut déterminante.

 

Pourtant, au départ, Louis XVI semble bien « tiède » pour se mêler directement à ce conflit.

Certes, les Anglais méritent  une leçon mais les finances royales sont au plus bas et le peuple français s’agite fortement. Il a donc des problèmes à régler urgemment dans son royaume. L’Amérique n’est pas vraiment sa priorité.

 

Mais c’est « le Siècle des Lumières » et l’esprit de liberté envahit les esprits.

 

Gilbert du Motier, plus connu sous le nom de Marquis de La Fayette, s’enflamme pour cette cause. Il faut dire qu’il a rencontré Benjamin Franklin en 1773, lors d’une visite à Paris de ce dernier pour plaider la cause des insurgents contre la domination anglaise. Ils sont devenus amis.

 

En 1777, La Fayette s’embarque pour l’Amérique malgré l’interdiction du roi et combat aux coté des insurgents. Revenu en France, il contribue  en 1779 à faire décider un appui officiel aux révoltés américains.

 

Alors, pourquoi le titre de cet article et comment peut-on dire qu’Echenay joua un (petit) rôle dans cette affaire ?

 

Pour comprendre, il faut faire un petit retour en arrière.

 

 Le 8 novembre 1684, Marie Marguerite de La Vallée de Pimodan (née en 1665) épouse Louis de Barbarin, comte de Reignac à Echenay. Pour mémoire, la famille de La Vallée de Pimodan a acheté la seigneurie d’Echenay en 1680. C’est même peut-être là  le premier acte enregistré à Echenay par cette famille depuis cette acquisition. Elle est fille de Charles Christophe de La Vallée de Pimodan et de Jeanne Catherine Midot.

 

De cette union naitront deux filles, Julie Céleste et Marie Louise Angélique.

 

 C’est Julie Céleste qui nous intéresse. Elle se mariera avec Charles Yves Thibault (1662-1771), Comte de La Rivière et aura une fille, Julie Louise Céleste.

 

Cette dernière se mariera avec Joseph de La Rivière, Comte de Corlay et aura à son tour une fille qu’elle prénommera… Julie.

 

 

Cette Julie, troisième de cette trilogie, épousera Michel  Louis Christophe Motier de La Fayette. Ils seront les parents de notre illustre La Fayette. 

 

L’arrière-arrière- grand-mère maternelle de LA FAYETTE était donc un peu Epincelloise.  CQFD

 

ascendance de LAFAYETTE

 

 

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ECHENAY VU DU CIEL DE 1836 A NOS JOURS

10 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Reperes Geographiques

Depuis le temps que je parle d’Echenay, je m’aperçois que je n’ai pas encore donné de vue complète du village.


 

Cet oubli est maintenat réparé. Cela permettra à mes lecteurs de se faire une idée plus précise du village qui me tient tant à cœur.  


Carte-echenay.JPG

                                                                                          Plan de situation

 

 

 

Vue-satellite-Echenay.JPG

                                                                     De nos jours

 


 

Vue-d-ensemble-du-village-en-1865.JPG

                                                          Plan Cadastral en 1836

 


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ECHENAY A L'EPOQUE ROMAINE

9 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Histoire

Le 18 mars 1877 s’éteignait Théodore Pistollet de Saint Ferjeux, Président de la Société historique et archéologique de Langres qu’il administrait depuis plus de 20 ans.

Passionné par l’époque romaine, il est connu pour avoir publié en 1852 une brochure de 56 pages sur « l’ancienne lieue gauloise », ancienne unité de mesure, qui posa longtemps problème pour interpréter les cartes romaines.

La lieue gauloise était formée de 1500 pas romains, c’est-à-dire, à priori, 2200 mètres.

Toutefois, son application menait souvent à des erreurs. De Saint Ferjeux démontra qu’une lieue de 2415 mètres, soit environ 200 mètres de plus, s’appliquait avec une très grande précision à différentes voies du pays.

En ce qui nous concerne, il nous laisse une carte de notre région ou apparaissent les principales traces de l’époque romaine. On découvre la présence d’un tumulus situé entre Echenay et Saudron. L’élément est mince pour un « historien amateur » comme moi. Peut-être correspond-il aux traces d’occupation ancienne dans le bois de Chatez  détaillés par Denis Schmitter?

Et puis, on constate qu’Echenay était peu éloigné de l’importante route romaine menant de Langres (Andemantunnum) à Naix aux Forges (Nasic), passant par Cirfontaine en Ornois (le trait rouge).

 

 

carte-moderne-Pistollet.png

 

legende-pistollet.png

Pour ses recherches sur la lieue gauloise, Saint Ferjeux travaillait, entre autre, sur la table de Peutinger, aussi appelée table théodosienne. Cette carte est une copie du XIII siècle ou figurent les routes et les principales villes de l’empire romain.

Naturellement, Echenay n’y figure pas mais on y trouve Andesina (Grand) représenté par le temple au centre, Tullio (Toul) juste en dessous et Nasic (Naix aux Forges), à gauche au milieu, qui étaient des villes importantes pour les romains.

 

table-peutinger.png

 

Peut-être trouverai-je un jour d’autres informations à communiquer sur cette période de l’histoire ? Il me plait de croire qu’il y a encore des choses à découvrir.

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CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE A ECHENAY - 1784

9 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #La famille PIMODAN

Le promeneur qui visite le cimetière d’Echenay ne peut manquer les tombes de la famille de Pimodan. Appuyées contre le mur extérieur du chœur  de l’église, elles attirent immanquablement le regard et l’une d’entre elle peut susciter la curiosité.

 

019.JPG

 

Un Pimodan, Chevalier de Malte ? … Voilà de quoi nourrir un nouvel article sur Echenay.

Et bien non, pas un Pimodan mais trois!

Mais situons d’abord le contexte :

L’ordre de Saint Jean de Jérusalem doit son origine aux croisades, qui avaient attiré en Orient une multitude d’Européens professant le christianisme avec ferveur et entièrement disposés à délivrer les chrétiens de l’Asie des persécutions que les musulmans leur faisaient éprouver.

Ce fut le pape Urbain III, Français de nation, qui prêcha la première croisade au concile de Clermont en Auvergne, vers la mi-novembre 1095.

De vocation hospitalière, il deviendra militaire, en plus de sa fonction première, pour défendre les pélerins malades et les protéger des Sarrasins. Expulsé de Terre Sainte, il rejoindra Chypre avant de conquérir Rhodes. Il devient une grande puissance maritime qui protége la Méditerranée des attaques venant du sud. Mais expulsé de Rhodes, il rejoint Malte par la volonté de Charles Quint, soucieux de leur accorder un refuge. D’où son nom.

Pour entrer dans l’ordre à titre de Chevalier, il fallait faire preuve de quatre quartiers de noblesse du coté paternel et de quatre quartiers du coté maternel. Cet aspect n’était donc, si je puis dire, qu’une simple formalité pour la famille de Pimodan comme pour la plupart des maisons les plus illustres et les plus anciennes de France dont la noblesse chevaleresque (c’est-à-dire de nom et d’armes) et l’origine se perdait dans la nuit des temps. Elles avaient été les premières à servir sous la bannière de l’ordre.

 

Voici les trois personnages en question :

 

Pierre Christophe de Rarécourt de La Vallée de Pimodan, celui du cimetière, fut reçu le 16 avril 1744.

Adélaide Charles Joseph de La Vallée de Pimodan, reçu le 5 novembre 1768

Louis Auguste de La Vallée Pimodan, fut reçu le 30 mai 1735 dans l’ordre. Attardons nous sur lui:

 

Chevalier Profès de l’ordre de Malte, il sera nommé plus tard Commandeur du Grand Prieuré de Champagne à la commanderie de Bonnevaux. Demeurant à Echenetz , il sera bien involontairement la cause d’un procès dans la dernière décennie de l’ancien régime de par sa qualité de Chevalier Profès.

En voici le résumé :

Le sieur Abbé Garnier, pourvu du Prieuré de Saint Etienne de Beaugency et très certainement malade comme la suite semble l’indiquer, le résigna le 7 mars 1782 au sieur Abbé de Bréchainville (la résignation est la renonciation à un droit, une charge, en faveur de quelqu’un).

 

Cette démarche donne lieu à une procédure complexe. Il prit deux témoins pour attester sa volonté : Louis Auguste de La Vallée Pimodan, Chevalier Profès de l'Ordre de Malte, demeurant à Echenay  et Messire Louis Maurice de Thomassin, chevalier, marquis de Bienville, demeurant au château de Bienville.

 

Sa demande fut admise par la cour de Rome le 17 mars. L’abbé de Bréchainville pris donc possession le 15 mai de cette charge, après avoir obtenu l’arrêt d’exequatur et le visa de M. l’Evêque d’Orléans.

 

Toutefois, l’Abbé Garnier mourut au mois d’avril suivant, mois affecté aux gradués. Dom Baudin, fort déçu de ne pas avoir été promu en son temps, en demanda le bénéfice en vertu de ses grades et en obtint, le 12 octobre  1782, les provisions de l’évêque de Soissons comme Abbé de la Sainte Trinité de Vendôme dont ce prieuré dépend. Il prend possession de la charge le 18 janvier 1783.

 

Naturellement, l’Abbé Mollerat de Bréchainville se défend. Le procès devient inévitable et chacun défendra son point de vue :

 

Pour Dom Baudin, une procuration « ad resignandum », signée, entr’autres témoins, par un Chevalier Profès de l’Ordre de Malte, est-elle bonne et valable ? « Non » dit-il, car la déclaration de 1737 défend, à peine de nullité, d’admettre les novices et profès pour témoins de ces sortes d’actes.

 

Pour M. Courtin, défenseur de l’Abbé de Bréchainville, un mot suffit pour écarter ce moyen. La loi veut que les témoins soient mâles, âgés de de vingt ans, régnicoles (habitant d’un pays qui possède la nationalité de ce pays) et capables d’effets civils. Elle n’exclut donc que les religieux des ordres qui sont incapables d’effets civils. Or les Chevaliers de Malte ne sont point frappés de cette incapacité.

 

Mais pour M. Camus, défenseur de Dom Baudin, la résignation de l’Abbé de Bréchainville est nulle, car signée par un Chevalier Profès dans l’Ordre de Malte, qui est un véritable Religieux, puisqu’il est constant que ces Chevaliers font les trois vœux solennels de pauvreté, chasteté et obéissance ; qu’ils ne peuvent succéder aux biens propres de leur famille, ni transmettre les biens par eux acquis à leurs parents, ni disposer par testament, si ce n’est d’objets modiques à titre de récompense ; encore faut-il qu’ils aient obtenu la permission du Grand-Maître.

 

Courtin rétorque que, en prononçant ses vœux, le religieux, par ce seul fait, renonce à tout ; son abnégation est universelle et sans restriction. Le Chevalier de Malte peut, en faisant profession, se réserver l’usufruit de son patrimoine et il administre cet usufruit comme bon lui semble. Un religieux est frappé de l’impuissance la plus absolue de tester. Le Chevalier peut disposer, par testament, du quint de son pécule. Ainsi il exerce, même en mourant, l’acte qui caractérise le plus la vie et la liberté civile. Mais puisqu’il peut recevoir cette permission, la vie civile n’est donc pas entièrement éteinte en lui ; car un religieux ordinaire ne pourrait la recevoir ni de ses supérieurs, ni même du pape car elle serait déclarée abusive !

 

Le procès se poursuivra, ardemment, de part et d'autre. Il tournera toujours autour de cette possibilité ou non pour un Chevalier Profès de signer un tel type d’acte en tant que témoin.

 

Finalement, la justice tranchera. Cette procuration est nulle. L’ordre de Malte n’avait pris aucune part à cette contestation et la force de la loi l’emporta, dans l’esprit des juges, sur la considération  du corps respectable dont la capacité civile avait été débattue.

 

Par arrêt du 26 mars 1784, la procuration « ad resignandum » fut déclarée nulle et Dom Baudin fut gardé et maintenu en la possession du bénéfice au grand dépit de l’Abbé de Bréchainville.

 

Source :  - L’ORDRE DE MALTE - PAR M. DE SAINT ALLAIS – PARIS – 1839

                - CAUSES CELEBRES CURIEUSES ET INTERESSANTES AVEC LES JUGEMENTS QUI LES ONT DECIDEES –

                   TOME 115 – PARIS - 1774

 

 

 

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DE LA RONDEUR DE LA TERRE – 1760

9 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay et le Progrès

Dans le recueil « Les Sonnets de Pimodan » paru chez Léon VANIER, Éditeur,  19, Quai Saint-Michel à PARIS en 1898, Gabriel de Pimodan consacre son premier chapitre à l’astronomie sous le titre « Les mondes infinis ». Pas moins de 22 poèmes !...

 

Certes, les étoiles, les nébuleuses et les soleils flamboyants des galaxies lointaines ont toujours nourri les poètes et notre Epincelloi n’échappe pas à cette source d’inspiration.

 

Mais il me plait d’imaginer qu’il y a peut-être d’autres raisons : des souvenirs de discussions familiales par exemple, dans une famille ou la mémoire des aïeux joue un grand rôle ?

 

En effet, certains ancêtres du poète, proches de  « l’Académie Royale » se sont intéressés à l’astronomie en tant que science et il est possible que cela ait renforcé son inspiration.

 

Je vais tenter d’expliquer clairement cette supposition :

 

 « L'Académie des sciences doit son origine à la fois aux cercles de savants qui dès le début du xviie siècle se réunissent autour d'un mécène ou d'une personnalité érudite, et aux sociétés scientifiques permanentes qui se constituent à la même époque, telles l'Accademia dei Lincei à Rome (1603), la Royal Society à Londres (1645)…

 

En 1666, Colbert crée une Académie qui se consacre au développement des sciences et conseille le pouvoir en ce domaine. Il choisit des savants, mathématiciens (astronomes, mathématiciens et physiciens) et des physiciens (anatomistes, botanistes, zoologistes et chimistes) qui tiennent leur première séance le 22 décembre 1666 dans la bibliothèque du Roi, à Paris. Pendant ses trente premières années, l'Académie fonctionne sans statuts. »

L'Académie royale des sciences siège au Louvre ».

 

Intervient alors dans ce récit « Jean-Paul Grandjean de Fouchy, né le 10 mars 1707 à Paris et mort le 15 avril 1788 dans la même ville, [qui] est un astronome et auditeur à la Chambre des comptes. Le 31 août 1743, il est élu secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences. Il remplit cette fonction pendant une trentaine d’années. Il prononce 64 « éloges », dont celle de Louis Godin.

 

Source : Wikipédia

 

En effet, on retrouve l’éloge dans le tome 1er de  l’« Histoire de l’Académie Royale »  pour l’année 1760 et Grandjean de Fouchy, proche de Godin, nous narre la vie de ce dernier.

 

Qui est ce M. Godin qui nous amènera aux Pimodan ?

 

Wikipédia nous le présente :

 

Louis Godin, né à Paris le 28 février 1704 et mort le 11 septembre 1760 à Cadix, est un astronome français. Il est membre de l'Académie des sciences au titre d'adjoint géomètre le 24 août 1725, adjoint astronome le 11 août 1727, associé astronome le 4 juillet 1730, pensionnaire astronome le 24 août 1733. Louis Godin est devenu membre de la Royal Society le 27 mars 1735. Démissionnaire par suite de son établissement à Lima (Pérou), il est remplacé le 25 décembre 1745 par Cassini de Thury, puis réintégré à l'Académie sous le titre de pensionnaire vétéran le 15 juin 1756.

Il est envoyé par Louis XV au Pérou en 1736 avec Charles Marie de La Condamine, Pierre Bouguer et Joseph de Jussieu pour conduire une mission scientifique afin de déterminer si, comme l'avait supposé Newton, la terre est renflée à l’équateur et aplatie aux pôles.

Il séjourne plusieurs années en Amérique du Sud, notamment à Lima où il est témoin du tremblement de terre de 1746. Il participe peu aux mesures et dilapide son argent. En 1744, ruiné, il se fait professeur et journaliste à l’université de Lima pour payer son retour. En Europe, tombé en disgrâce, il devient directeur de l'École de marine de Cadix. Il fait également un voyage au Portugal et assiste au tremblement de terre de Lisbonne en 1755.

 

Voici quelques extraits de cet éloge:

 

Louis Godin, Colonel d'Infanterie au service de Sa Majoré Catholique, Directeur de l'Académie des Gardes-Marine d'Espagne, des Académies Royales des Sciences de France, d'Angleterre, de Prusse & de Suède, naquit à Paris le 28 Février 1704, de François Godin, Avocat en Parlement & d'Élisabeth Charron.

Il fit ses études au Collège de Beauvais, & les fit avec le succès le plus brillant; une imagination vive & fleurie, jointe à une extrême justesse d'esprit & à une heureuse mémoire rendoient presqu'inutile à son égard cette multitude de règles qui fatiguent souvent plus l'esprit des Commençans qu'elles ne l’éclairent. [  ]

 

Le cours des humanités de M. Godin étant fini, la philosophie lui ouvrit une nouvelle carrière, en lui présentant une idée de toutes les sciences humaines […]

Bientôt l’astronomie eut attiré ses regards et fixé le choix du jeune philosophe et malgré les remontrances de son père, il sacrifia toutes ses autres occupations à cette étude favorite à laquelle il se livra entièrement & sans réserve [ ].

 

Dès que M. Godin fut entré à l’académie, on espéra de trouver une ressource dans ses talens, & on osa malgré sa jeunesse, le charger  [ ] de rassembler les ouvrages & les observations des différens académiciens & de les faire imprimer en un seul corps [ ].

Ce travail, qui occupa M. Godin pendant plusieurs années suffisoit sans doute pour occuper un homme tout entier ; il n’avoit cependant pas abandonné le ciel ni l’astronomie, & les Mémoires qu’il donna pendant toute la durée de cette édition en fournissent la preuve la plus compléte. [ ]

 

Nous voici insensiblement arrivés à l'endroit le plus intéressant de la vie de M. Godin : nous ne répéterons point ici ce que nous avons dit dans les Éloges de M. Cassini, Bouguer & de Maupertuis de la dispute qui s'éleva sur la détermination de la figure de la Terre. Cette question intéressait trop les Astronomes de l'Académie pour que M. Godin y pût être indifférent: il avoit donné dès l'année 1733 un moyen de décrire & de mesurer sur le terrain une parallèle à l'Equateur, & il y avoit  joint des réflexions sur la proportion de ces cercles dans les différentes figures qu'on pouvoit supposer au globe terrestre.

Il résultait de ces réflexions, que la nature de la courbe que suit chaque méridien étant inconnue, il étoit très difficile de la déterminer par la mesure de quelques degrés, à moins qu’on ne choisit ceux qui pourroient donner les plus grandes différences ; & que l’un de ces termes devant être certainement le degré le plus voisin de l’équateur, il étoit d’autant plus utile d’en entreprendre la mesure, que les circonstances locales permettroient peut être de déterminer immédiatement celui de l’équateur.

 

Nous demeurions alors ensemble, tous deux unis des liens de l’amitié, tous deux Académiciens, tous deux occupés des mêmes objets, il étoit assez naturel que nous nous fissions part réciproquement de nos idées : un de nos amis*, logé dans le même endroit, se plaisoit à prendre part à nos entretiens [  ].

 

L’astérisque, présente dans le texte, renvoie aux informations suivantes :

 

M. le Chevalier de Pimodan, frère de M. le Comte d’Echenay, grand Bailly & Lieutenant général pour le Roi, des villes & pays de Toul, oncle de M. le Marquis de Pimodan, aujourd’hui Cornette de la seconde Compagnie des Mousquetaires du Roi, & de M. de Pimodan, Chevalier de Malte, Officier au Régiment des Gardes-Françoises.

 

Source : Histoire de l’Académie Royale des sciences - 1760 –  Edité à Paris chez Panckoucke, Hôtel de Thou, rue  des Poitevins en 1777

 

Finalement, le souvenirs des ces discussions d'érudits au Louvre a-t-il traversé les années au fil de récits familiaux, transmis de père en fils?

Peut-être mais je ne le pense pas réellement. Gabriel de Pimodan trouvait seul son inspiration.

 

Cette évoquation ne m'a servi que de prétexte pour montrer qu'Echenay, petit village Champenois, pouvait s'enorgueillir de ses personnalités savantes qui, décidemment, étaient souvent bien proches des domaines novateurs de leur temps!

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DES TAUREAUX SUISSES - ECHENAY 1840

8 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay et le Progrès

DE L'AMÉLIORATION DE L'AGRICULTURE EN CE QUI CONCERNE LES BÊTES A CORNES.

Par M. le comte D'ESCLAIBES


Le touriste qui arpente aujourd’hui la campagne environnante d’Echenay découvre plus de champs cultivés que de parc à bêtes.  Il est vrai que le remembrement est passé par là, la crise de la vache folle aussi, et que les terres de la commune semblent plus propices à la culture qu’à l’élevage. Il reste bien quelques bêtes à corne de ci de là et il y a même eu à Echenay, il y a de ça quelques années, un élevage de bisons qui faisait le plaisir des promeneurs dominicaux.


Mais les agriculteurs de maintenant ont, pour la plupart, choisi la culture.


Dès le début du XIXe, nombreux ont été les propriétaires-éleveurs à faire des efforts importants pour améliorer l’élevage, progressant dans tous les domaines : alimentation, soins et sélection de la race.


En 1840, le comte d’Esclaibes (qui a déjà fait l’objet d’un article sur ce blog) livre son point de vue sur ce dernier point et cet avis nous intéressera au premier chef puisque la démonstration s’appuie sur une tentative du Marquis de Pimodan.


Le département de la Haute-Marne est l'un des plus retardés sous le rapport des perfectionnements agronomiques; il en est peu qui aient plus besoin que lui de recevoir l'impulsion agricole que l'on remarque si généralement en France depuis un certain nombre d'années. ( )

Une des principales dépenses qui ont été faites depuis quelque temps pour l'agriculture du département est relative à l'amélioration de la race bovine, pour laquelle on achète chaque année des taureaux suisses.


Celte dépense, à mon avis, ne produira pas les bons résultats qu'on en attend : car il est bien reconnu par les auteurs praticiens qui ont traité ce sujet  soit en France, soit en Angleterre, qu'il ne peut rien résulter d'avantageux de ce mode d'amélioration, et que les races du pays, bien choisies pour le but qu'on se propose, s'amélioreront plus sûrement et avec moins de dépenses par une abondante et bonne nourriture que par l'introduction de types étrangers dont les mâles producteurs seraient plus grands que les femelles, comme cela a lieu pour les taureaux suisses et les vaches de notre département.


S'il faut des exemples à l'appui de notre opinion, on peut en citer plusieurs pris dans le département et ailleurs; Il y a environ cinquante ans, M. de Pimodan fit venir à Echenay des taureaux et des vaches suisses de la plus grande beauté, qui firent l'admiration de tous les cultivateurs qui les virent. Ces magnifiques animaux furent traités avec luxe sous le rapport des soins et de la nourriture, et les taureaux furent donnés gratis aux vaches des habitans d'Echenay et des villages des environs, dans le but d'améliorer l'espèce du pays. Ces taureaux produisirent des veaux énormes ; mais on ne fut pas longtemps à reconnaître que les nouveaux élèves étaient beaucoup plus délicats et d'un entretien plus coûteux que ceux de la race pure du pays : ils ne pouvaient comme eux se nourrir sur les maigres pâturages des jachères, et il leur fallait un surcroît de nourriture qu'on n'avait pas toujours le moyen de leur donner.


Les vaches mêmes de M. de Pimodan, malgré la dépense journalière que l'on faisait pour elles, finirent par avoir si peu de lait, qu'on reconnut bientôt qu'elles ne présentaient aucun avantage. D'ailleurs il en périt plusieurs; on en engraissa pour la boucherie; enfin elles disparurent toutes en peu d'années, et ne laissèrent, non plus que les taureaux, aucune trace d'amélioration durable dans le bétail du pays.


Une erreur généralement répandue en France parmi les cultivateurs et parmi les personnes qui s'occupent de l'amélioration des bêtes à cornes, c'est de n'accorder de beauté à ces animaux qu'en proportion de leur grosseur.


Ainsi, lorsqu'une vache est très-grosse, on est à peu près certain d'entendre dire qu'elle est très-belle. Cette erreur est grave, parce qu'elle peut conduire ceux qui la partagent, et qui veulent spéculer sur l'éducation de ces animaux, à de fâcheux résultats.

Il faut d'abord admettre qu'en agriculture il n'y a de beaux animaux que ceux qui donnent le profit net le plus considérable, quelles que soient leur destination et leur forme.

Ainsi, de deux vaches destinées à la boucherie, si l'une pèse 600 livres de viande, tandis que l'autre n'en pèse que 350, en conclura-t-on qu'il a été plus profitable d'élever la première? On aurait grand tort, avant de connaître ce que l'une et l'autre ont coûté pour être amenées au poids qu'elles ont actuellement. En effet, si la plus grosse a dépensé le double de la petite, celle-ci aurait sur l'autre un avantage de 50 livres de viande, et aurait dû lui être préférée.


Je ne veux pas en conclure que les grosses vaches sont moins profitables que les petites; mais je veux faire sentir qu'en général les cultivateurs sont trop disposés à accorder, sans examen, aux gros animaux l'avantage sur les petits.


C'est par suite de cette disposition des esprits qu'on recherche les plus gros taureaux, afin d'augmenter la taille des veaux, croyant par-là améliorer la race, tandis qu'il est reconnu par les éleveurs les plus célèbres que chez les animaux, le mâle doit toujours être plus petit que la femelle pour produire des élèves de bonne nature, bien constitués, et donnant le profit le plus considérable. Un veau ou un poulain provenant d'un mâle beaucoup plus gros que sa mère, sera, en général, haut sur jambes; il aura le corps étroit, la poitrine serrée, une grosse tête, de gros os, les muscles faibles : ce sera, en un mot, une mauvaise bête, que les connaisseurs ne choisiront jamais.( )


En cette époque de grands progrès agricoles, une telle position ne pouvait qu’appeler des réponses à ces assertions. Un certain Mr Donniol relancera le débat :


M. le comte d’Esclaibes, en terminant ses réflexions critiques sur le croisement des vaches françaises avec des taureaux suisses, a prévu qu’il trouverait des contradicteurs ; ils seront, je pense,  encore plus nombreux qu’il ne le soupçonne. [  ]


Pour lui, l’élément principal de l’échec est la nourriture en jachères. La solution qu’il préconise est les prairies artificielles.


C’est donc à combattre ce mauvais système d’agriculture qu’il faut employer d’abord tous ses efforts et toute son influence. C’est à donner l’exemple de la formation des prairies artificielles que l’homme, qui veut faire progresser son pays, doit d’abord s’attacher. [  ]

S’il faut s’en rapporter au classement géologique du sol de la Haute-Marne, celui-ci est calcaire. Il a donc beaucoup d’analogie avec ceux de l’Aube et de la Côte d’Or. En ce cas, on ne saurait trop conseiller aux propriétaires de Haute-Marne la culture du sainfoin, dont on tire de si grands avantages dans d’autres parties de la Champagne, dans la Bourgogne et dans beaucoup d’autres lieux. Au surplus, comme il n’est pas de propagation de l’espece suisse ; on disait, comme M. le comte d’Esclaibes, qu’elle consommait trop et ne pouvait pas vivre dans les pâturages. Cette prétendue non-réussite n’a pas empêché plusieurs propriétaires du Puy de Dôme de s’en procurer, et ils n’ont eu qu’a se féliciter des bons résultats qu’ils ont obtenus. Je citerai, entre autres, M. Guerrier de Romagnac, à Besance, et M. Soalhat, à Saint Genest Champanelle, près Clermont-Ferrand.


Ce dernier, voulant d’abord s’assurer s’il était vrai que cette belle race, si avantageuse pour la boucherie, était d’une nutrition si couteuse qu’on le disait, a intercalé dans son étable autant de vaches, espèce moyenne d’Auvergne qu’il y en avait de la Suisse. Elles ont été soumises au même régime ; elles ont mangé ensemble. Une expérience de plusieurs années lui a prouvé que les suisses se portaient aussi bien que les autres, et ne fournissaient pas une moindre quantité de lait. [   ]


L’arrondissement de Brioude (Haute-Loire), où est situé mon domaine, est une contrée où le sol est très divisé ; il y a ainsi un assez grand nombre de petites fermes et de petits propriétaires, dont la plupart ont deux, trois, quatre vaches de moyenne force employées à la culture de la terre. Après avoir adopté la formation des prairies artificielles, les habitans de cette localité ont essayé de mes taureaux suisses. Ils n’ont pas été long-tems à reconnaitre qu’il y avait profit à ces croisemens : ils vendaient auparavant leurs veaux 24 à 26 fr ; ils les vendent aujourd’hui 36 à 40, sans être forcés d’augmenter l’alimentation des mères.  [   ]


Je ne saurais terminer cet article sans adresser aussi à M. Yvart, directeur de l’école d’Alfort, les félicitations les plus empressées pour avoir amené en France la belle race anglaise, bien supérieure encore par son volume charnu à l’espèce suisse. [   ]

 

Tout ceci ne peut laisser M. d’Esclaibes indifférent : il répond.


Que M. Doniol ait l’obligeance de relire mon article, il verra que je parle des maigres pâturages d’il y a cinquante ans, et si, à cette époque, M. de Pimodan, que j’ai cité, n’avait pas à Echenay de prairies artificielles, il y avait des prairies naturelles en abondance et de la meilleure qualité. [   ]

Depuis cette époque, les essais infructueux dans le même genre ont-ils été tentés sans prairies artificielles, sans légumes, en un mot sans une nourriture choisie et abondante donnée à l’espèce suisse ?

Non, assurément, car il ne se trouve pas parmi les riches cultivateurs de la Haute-Marne des hommes si peu au courant de la science agricole, et ce ne sont pas de pauvres laboureurs qui font venir à leurs frais des animaux suisses.


Ce n’est que depuis six ans seulement que M. Donniol entretient l’espèce suisse : cela laisse la possibilité de croire qu’il reviendra plus tard à partager mon opinion actuelle ; car pendant plus long-tems j’ai cru mes animaux suisses profitables.

Malgré ma profonde convictions sur les désavantages de l’espèce suisse dans notre pays, j’ai voulu consulter un homme dont l’opinion, en fait d’économie rurale, est une autorité en Europe, j’ai écrit à M. de Dombasle. [   ]


Ce personnalité rejoint les arguments de M. d’Esclaibes, à savoir:  Pas d’avantage en matière de production laitière, grosse exigence de la race suisse en qualité et quantité de fourrage. Lui aussi a abandonné la race suisse et s’attache maintenant à faire progresser la race indigène. Si elle est bien nourrie, elle progresse de façon « à peine croyable » et devient supérieure « à tout ce qu’on peut espérer des vaches suisses ».

 

Alors, qui des deux protagonistes a raison ?


L’effervescence intellectuelle en matière de progrès agricoles de ces hommes marque le début d’une évolution qui ne s’est jamais arrêtée depuis. Les avancées ont été phénoménales, avec parfois des erreurs ou des catastrophes comme par exemple les farines alimentaires pour animaux ou les plantes OGM.


Deux siècles plus tard, les mêmes questions sont toujours d’actualité : Faire les meilleurs choix pour l’avenir !


Néanmoins, les Epincellois, en la personne de Pimodan, avaient bien compris les enjeux à venir.


 

Source : Le Moniteur de la propriété et de l’agriculture – 31 janvier 1840

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