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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

LOUIS MAIRE, UN EPINCELOI SOUS LE SOLEIL D'AUSTERLITZ - ECHENAY 1782, AUSTERLITZ 1806

Publié le 18 Février 2019 par Petite et Grande Histoire d'Echenay

LOUIS MAIRE, UN EPINCELOI SOUS LE SOLEIL D'AUSTERLITZ - ECHENAY 1782, AUSTERLITZ 1806

« La mort c'est rouge. Et puis c'est bleu... Et puis c'est froid. Et par-dessus tout, ça devient un silence !... La mort, c'est un silence de mort. » Le Colonel Chabert - Honoré de Balzac

Pourtant, tout avait commencé par du blanc. Il avait neigé dans la nuit. Mais il fallait y aller quand même, même si on avait peur, froid, et que ce n’était pas la première fois.

Au son du clairon, le 108eme régiment de ligne se met en marche sous les ordres du général de brigade Étienne Heudelet de Bierre. Plus en arrière, le général de division Louis Friant surveille le mouvement, lui-même épié par le Maréchal Davout. Presque la routine… Nous sommes le 2 décembre 1805 à Austerlitz. Napoléon n’a-t-il pas dit : « Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l’orgueil de nos ennemis » ?

Louis Maire est l’un des 1567 hommes du 108e régiment. Comme les autres, il avance, la gueule du Charleville pointée vers l’ennemi. L’unique coup tiré, il restera la baïonnette pour percer les corps. S’ensuivra un long corps à corps. Le combat s’engage. Dieu sait combien il durera… La plaine devient rouge et ça durera 9 heures.

Une seule pensée le taraude : Eviter les coups !

—

Couché à même le sol de la redoute, Louis Maire ouvre un œil. En un instant, il se souvient.

Les cris, les boulets, les coups, les 3 chevaux tués sous Friant durant la bataille mais qu’il a eu le temps d’apercevoir… Et cette jambe qui le fait atrocement souffrir. Mais au moins a-t-il été ramassé et amené ici, dans cette redoute de Brünn qui sert maintenant d’hôpital. Pour chasser la douleur, il pense à Echenay où il est né le 1 août 1782, à son père Nicolas, à sa mère Marguerite Collin.

Tout a commencé par cette conscription de l’an XII de l’arrondissement de Vassy (aujourd’hui Wassy 52) où il portait le numéro 2623. Le 2624, c’était Jean Baptiste Saget, un gars d’Effincourt. Le 2626, c’était Vincent Dupontnoël de Poissons, presque des voisins, et pleins d’autres gars d’un peu plus loin en Haute-Marne dont il ne se souvient plus vraiment. Fracture de la jambe a dit le médecin. A sa tête, Louis a compris que la blessure n’était pas belle, pas une simple fracture !

En guise de médicaments, peut-être de consolation, celui-ci lui a répété le discours de l’Empereur le soir de la bataille et qui court sur toutes les lèvres :

« Soldats ! Je suis content de vous. Vous avez à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes, commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers, sont les résultats de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute ; La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l'ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de la gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment, nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m'obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l'anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire « J'étais à la bataille d'Austerlitz », pour que l'on réponde, « Voilà un brave ». »

LOUIS MAIRE, UN EPINCELOI SOUS LE SOLEIL D'AUSTERLITZ - ECHENAY 1782, AUSTERLITZ 1806

Le 21 avril 1806, un pli arrive à la mairie d’Echenay…

« Extrait du registre de l’hôpital militaire de Brünn, place de Brünn, hôpital militaire de la redoute – extrait mortuaire –

Le directeur de l’hôpital militaire de la redoute soussignée, certifie à ceux qu’il appartiendra que le sieur Louis Maire de la 108eme de ligne, 3eme comp., fils de Nicolas Maire et de Marguerite Collin, né le 1 août 1782à Echenay département de la Haute-Marne, blessé à la bataille d’Austerlitz, entré audit hôpital le 14 du mois de frimaire de l’an 14 (soit 3 jours après la bataille) y est décédé ce jourd’huy 4 janvier en foi de quoi j’ai signé le présent à Brünn le 4 du mois de janvier – le directeur de l’hôpital militaire de la redoute - Gillet.

L’officier de santé soussigné employé audit hôpital certifie à ceux qu’il appartiendra que le sieur Louis Maire susqualifié est décédé audit hôpital à la suite de fracture de la jambe en foi de quoi j’ai signé le présent à Brünn le quatre du mois de janvier l’an 1806 - Vandael – Vu par le commissaire [ ? ] chargé de la police dudit hôpital

L’officier de la mairie d’Echenay ajoute : « Certifié conforme à l’extrait reçu par moi officier de l’état civil soussigné à Echenay le vingt un avril mil huit cent six - Harmand »

Louis n’a donc pas survécu à sa blessure et ce pli n’aura mis que 3 mois et demi pour parcourir les presque 1000 kilomètres qui séparent Brünn d’Echenay. Le soleil d’Austerlitz s’était couché pour lui.

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Monument de la Paix à Austerlitz dédié à toutes les victimes de la bataille

Monument de la Paix à Austerlitz dédié à toutes les victimes de la bataille

La bataille coûta aux Austro-Russes 15 000 tués ou blessés. La Grande Armée fit 30 000 prisonniers. Les Alliés perdirent une grande partie de leur artillerie sur les étangs dont la glace rompit pour diverses raisons. Côté français on déplora 1 305 tués et 6 940 blessés. L’empereur François II demanda un armistice qui lui fut accordé.

Les conséquences européennes de la bataille d’Austerlitz furent énormes. Elle porta un coup fatal au Saint Empire Romain Germanique qui s’effaça devant une Confédération du Rhin que dominait Napoléon. Deux frères de l’Empereur devenaient souverains en Europe : Louis à Amsterdam et Joseph à Naples où il se substituait aux Bourbons. (Le "soleil" d'Austerlitz ou la bataille des trois Empereurs - Jean Tulard)

Sources :

AD52

Mémoire des hommes - 108e régiment d'infanterie de ligne, 6 pluviôse an XII-3 frimaire an XIV [27 janvier 1804-24 novembre 1805] (matricules 1 à 3 000). SHD/GR 21 YC 782

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