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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

"A ECHENAY, ON A PAS DE PÉTROLE MAIS"... CA AURAIT PU ! - ECHENAY 1955

Publié le 26 Avril 2018 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Echenay-Epoque Moderne

Produits pétroliers français de Pechelbronn - Musée du pétrole MERKWILLER-PECHELBRONN

Produits pétroliers français de Pechelbronn - Musée du pétrole MERKWILLER-PECHELBRONN

« C'est à la Libération que l'essor de l'exploitation pétrolière dans l'hexagone, avec les premiers résultats positifs importants, s'est très rapidement affirmée [ ]. C’est la mécanisation fulgurante des armées en 1914 qui a mis en place la prospection pétrolière sérieuse en France, avec des moyens considérables. Ceux-ci initialement étatiques. En effet, la France avait failli de peu, une des causes, perdre la première guerre mondiale faute de ressources pétrolières nationales.

Cet effort allait mener à la découverte du micro-gisement de Gabian dans l'Hérault, triomphe des géologues. La portée pratique et psychologique était sans commune mesure avec la fort modeste découverte. C'était le second gisement trouvé en France, après Pechelbronn ; tout était donc possible dans le pays ; mais on était encore loin des quelques millions de tonnes par an. » (Source : Pierre Louis MAUBEUGE : Comme une odeur de pétrole (La recherche du pétrole en France, des origines à 1945) - Edition Pierron, Sarreguemines.)

Les premières investigations « poussées » montreront que le bassin parisien et le sud-ouest de la France présentent les plus grandes chances de succès.

En ce qui concerne le bassin parisien, c’est « entre 1923 et 1927, sous l’impulsion de l’Office national des Hydrocarbures, [que] l’exploration pétrolière débute sur la structure de surface la plus visible du bassin : l’anticlinal du Pays de Bray. La sismique est, à cette époque, peu performante, peu connue en France et le seul outil pour guider l’implantation de forages est la géologie de surface. [ ]

La recherche ne débutera vraiment qu’à partir de 1951, avec une mission régionale utilisant la gravimétrie, la sismique réflexion et la sismique réfraction. Cette mission fut confiée par le BRP (Bureau de Recherches pétrolières) à l’IFP (Institut français du Pétrole). À partir de 1952, les premières demandes de permis sont déposées par la RAP (Régie autonome des Pétroles) et la CEP (Compagnie d’Exploration pétrolière) entre le centre du Bassin parisien et la Lorraine (permis Châlons et Nancy).

L’année 1953 est marquée par la réalisation de deux forages majeurs. Le forage de Vacherauville implanté près de Verdun, sera réalisé dans un but stratigraphique. Celui de Courgivaux situé en Brie, au Nord de Provins, est implanté sur une petite structure sismique, également visible en gravimétrie. » (Source : Quatre-vingts ans d’exploration pétrolière dans le Bassin parisien - Franck Hanot)

Trois dates seront importantes :

« En 1952, l'Institut Français du Pétrole, à qui le Bureau de Recherches de Pétrole a confié une étude de pré-reconnaissance, publie une conclusion favorable sur les possibilités pétrolières du Bassin. La Régie Autonome des Pétroles et la Société Nationale des Pétroles d'Aquitaine sollicitent les premiers permis de recherche.

En 1954, le premier forage profond de la Régie Autonome des Pétroles dans le centre du Bassin, Courgivaux I, met en évidence les premiers indices d'huile dans les formations jurassiques. Ce résultat encourageant est bientôt confirmé par la mise en production, pour peu de temps il est vrai et dans des conditions économiques défavorables, au mois de juillet de la même année, du sondage Pays-de-Bray 101 foré par la même société.

En 1958, la Société PETROREP découvre, grâce au sondage Coulommes I, le premier gisement économiquement exploitable du Bassin de Paris. » (Source : Historique des Recherches de Pétrole dans le Bassin de Paris par J. LAVIGNE)

Source : Journal Officiel du 14 janvier 1955

Source : Journal Officiel du 14 janvier 1955

Une prospection généralisée est alors lancée sur tout le versant Est du bassin parisien. Située à son confins, la région autour d’Echenay fait donc l’objet d’une campagne de recherches à partir de 1955.

Voici approximativement la zone de prospection envisagée.

"A ECHENAY, ON A PAS DE PÉTROLE MAIS"... CA AURAIT PU ! - ECHENAY 1955

En 1955, un forage profond est réalisé à Germisay, village situé à quelques kilomètres au sud d’Echenay. Il atteindra la profondeur de 2157 mètres, traversant de nombreuses couches géologiques. Faute de pétrole, ce forage produira de l’eau salée (salinité et débit inconnus) vers 2200 m. (Source : Rapport de l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire - Potentiel géothermique du site de Meuse/Haute-Marne RT/PRP-DGE/2014-00067)

 Log lithostratigraphique synthétique du forage GERMISAY 1 - 1955

Log lithostratigraphique synthétique du forage GERMISAY 1 - 1955

Toutefois, le sous-sol autour d’Echenay continuera d’intéresser géologues et gouvernement. Le futur site d’enfouissement des déchets radioactifs de Bure (55) n’est qu’à 2 kilomètres à vol d’oiseau au nord d'Echenay…

A Echenay, « On a pas de pétrole mais on a des idées !... »

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LE JOUR OU LA TERRE TREMBLA - ECHENAY - 16 NOVEMBRE 1911

Publié le 24 Avril 2018 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Echenay-Epoque Moderne

Tremblement de terre de Bâle - 1356

Tremblement de terre de Bâle - 1356

Dans la soirée du jeudi 16 novembre 1911, vers 22h00, les habitants d’Echenay connurent une grosse frayeur. Certains avaient déjà retrouvé leur lit quand ils furent réveillés par une étrange sensation. Mais qui donc pouvait bien « hocher » (secouer) ainsi leur lit ?... Il s’agissait en fait d’un léger tremblement de terre !

Si ces effets, bien que nettement perceptibles, n’entrainèrent aucun dégât dans notre petit village, ils causèrent néanmoins un effroi bien compréhensible dans toute l’Alsace-Lorraine et sa périphérie.

Naturellement, l’information fut relayée par tous les journaux de l’époque, de l’Aube à l’Alsace (soit tout le grand Est) pour ce qui concerne la France.

En fait, ces secousses sismiques furent ressenties dans toute l’Europe Centrale, l’épicentre se situant bien plus à l’Est. La Suisse, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie furent touchées, plus ou moins sérieusement.

Est Républicain - 20 novembre 1911

Est Républicain - 20 novembre 1911

Est Républicain - 21 novembre 1911

Est Républicain - 21 novembre 1911

Si ce genre d’événements nous semble rare, l’Est de la France en a pourtant connu assez régulièrement comme le montre le témoignage ci-dessous :

« C'est principalement la Lorraine Méridionale, celle qui touche à la Bourgogne et à la Franche-Comté, qui a été affectée par les séismes au cours des temps historiques. Tandis que pour le nord de la France des renseignements précis sur les tremblements de terre émanent de l'année 330, ce n'est qu'en 1094 l'on trouve pour la Lorraine l'indice d'une première observation ; et encore..., la date seule, sans distribution géographique, est-elle enregistrée ! Il en est de même pour un séisme du 13 mars 1189 dont nous ignorons totalement les détails. Au XVe siècle encore, la chronique du Doyen de Saint-Thiébaut de Metz indique qu'en l'année 1356, le jour de la Saint-Luc (18 octobre), la terre « croula » à Metz et dans la région. Il faut arriver à l'année 1682 pour rencontrer de précieux documents sur les phénomènes sismiques du mois de mai. Les principaux centres affectés sont : Metz, Nancy, Remiremont, Plombières, Langres, Chaumont ; avec prolongements, d'une part vers le nord du Morvan, par Tonnerre, Auxerre, d'autre part vers le Lyonnais par Vesoul, Dole, Châlons, Mâcon.

A la date du 16 juin 1682, le Journal des Savants, édité à Paris « par privilège du Roy », rend compte, en termes parfois primesautiers du « trembleterre » de la nuit du 11 au 12 mai. Vers 2 heures du matin, il écrivit lui-même son histoire sur les monuments et dans les institutions vosgiennes. Le journal signale, à Remiremont en particulier, l'effondrement de douze maisons et celui de l'église des Dames (aujourd'hui église Saint-Pierre). En outre, toutes les habitations ont souffert plus ou moins gravement. Il retrace la mort de deux jeunes filles et dépeint un tel effroi parmi la population qu'elle alla camper dans les prés et dans les bois. La terre s'ouvrit à la cote Maldoyenne et « donna passage — dit-on — à des flammes d'une odeur désagréable ».

Les dégâts ne furent pas moindres dans les pays d'alentour ; ils furent estimés à 500,000 livres, le Roi accorda un secours immédiat de 6000 livres. Il y a eu plusieurs personnes tuées à Plombières et au Valdage. Les secousses se renouvelèrent les jours qui suivirent. Les auteurs de l'époque indiquent comme sens de propagation : l'orient au couchant, ce qui est intéressant à noter pour nos conclusions.

Sur les séismes de 1684 et celui du 6 mars 1719, renseignements très imprécis. Mais à partir de 1735, les documents deviennent nombreux et nous fournissent matière à une étude très suivie.

1735. — 10 juin, 9 heures du soir. — Remiremont : secousse locale, accompagnée de bruits qui jetèrent l'épouvante.

 1755 — 9 décembre / 1756. — 18 février. Et 1757 - 6 et 18 janvier : Remiremont. A la dernière date, vers 5 heures 30 du matin, violent tremblement.

1780. — 31 octobre. — Séisme à origine dijonnaise, qui s'est poursuivie vers Vesoul et vers Bourbonne-les-Bains.

1783. — 6 juillet. — Séisme à origine dijonnaise encore, propagé jusque Verdun au nord.

1784. — 29 novembre, 10 heures du soir. — Bruits et secousses de quelques secondes, enregistrées à Remiremont et surtout Neufchâteau, Clefmont. Le Dauphiné, la Savoie, la Suisse occidentale, la Haute-Alsace furent aussi ébranlés. Un renouvellement se produisît le 5 décembre, affectant seulement la région de Neufchâteau (Bourlémont, Rouceux, Noncourt, Bazoiltes, Concourt, Saint-Blin.

 1805 . — 12 mai, 10 heures du matin. — Remiremont : bruits et secousses nord-est - sud-ouest.

1809. — 8 juin, 3 heures du soir— Remiremont : après un violent orage, secousses de plusieurs secondes.

1810. — 10 et 16 mars. — Séisme de Dijon à Bourbonne-les-Bains, par Is-sur-Tille, Selongey, Langres.

1821. — 7 octobre, 1 heure 30 du soir — Épinal, Bains-les-Bains, Xertigny, Plombières, Remiremont : bruits sourds avec déchirements brusques semblant se propager à la surface du sol. Durée : 30 secondes ; toutes les vitres furent brisées.

1822. — 19 février, 9 heures du matin. — Remiremont : secousses de quelques secondes.

1828. — 23 février- — Tremblements à Longuyon, Conflans, l'Est de Toul.

1829. — 7 août, 3 heures du matin.  Ebranlement vosgien : Sainte-Marie-aux-Mines comme centre, très violent à Saint-Dié. Direction nord-est - sud-ouest, de Strasbourg à Belfort,

1831. — Nuit du 29 au 30 janvier — Secousse de Remiremont et Gérard mer à Saint-Dié (sud-ouest - nord-est). Personnes projetées hors des lits, toitures effondrées.

1843. — 28 mars. —-Tremblement à Lunéville. Maisons effondrées et crevasses.

1850. — 4 octobre. - Secousses à Fays-Billot, Plombières et Bussières.

1851. — 12 juillet, — Tremblement violent avec Remiremont comme centre ; Châtel-sur-Moselle, Epinal, Bains-les-Bains, Plombières, Luxeuil-les-Bains, Corcieux furent affectés.

           —16 octobre. — Ébranlement léger dans les Vosges méridionales.

1855. — 25 juillet. — Grande secousse générale, partie de la Suisse, près des Sources du Rhône. Elle s'est propagée en France jusqu'à une ligne passant par Lyon, Dijon, Troyes, Verdun, Metz.

1858. — 16 octobre. — Remiremont : cinq fortes secousses avec roulement de tonnerre. Direction nord-sud. Au Saut de la Cuve, chalets lézardés et arbres déracinés.

1859. — 6 avril. — Secousses est-ouest à Plombières et Bourbonne.

1861. — 26 mars, 12 avril, 25 mai. Tremblements dans la région de Bourbonne sur un rayon de 15 kilomètres

1862. — 17 avril. — Séisme affectant la même région et plus particulièrement le nord-ouest vers Martigny jusqu'à une ligne allant de Chaumont à Mirecourt. Ressenti également à Dijon

           —19 juillet. — Répliques à Bourbonne et Fays-Billot.

1863. — 15 juillet. — Répliques à Bourbonne et Fays-Billot.

           — 4 octobre. — Secousse à Lure et environs.

1873. — 31 octobre. — Petit séisme à Nancy, Varangéville, • Saint-Nicolas, Dombasle-sur-Meurthe.

1879. — 17 septembre. — Tremblement anodin à Neufchâteau et sa région sud.

1882. — 13 septembre — Activité sismique dans les Vosges : Remiremont comme centre. Secousses assez violentes à Plombières et au Thillot.

1884. — 28 novembre. — Secousses à Bourbonne et le sud de la Haute-Marne.

1885. — 11 novembre. — Séisme à Vittel, Contrexéville, Martigny. Direction sud-ouest - nord-est.

1888. — 14 avril —Tremblement en Haute-Marne : Danrémont et Meuse - Montigny.

1891. — 17 février. — Violentes secousses de plusieurs secondes dans les Vosges, Saint-Dié comme centre ; localités les plus affectées : Provenchères, Fraize, Gerbépal, Arnould, Corcieux.

1903. — 6 août. — Secousses ressenties à Bussang, Saint-Maurice, Rupt-sur-Moselle, Le Thillot.

Le même ouvrage publie les lignes tectoniques sur lesquelles se propagent les secousses que je reproduis ci-dessous :

LE JOUR OU LA TERRE TREMBLA - ECHENAY - 16 NOVEMBRE 1911

 (Source : Les Tremblements de Terre en Lorraine et leurs relations avec la tectonique par GEORGES CORROY)

Le zonage sismique de la France de 2011 considère comme « très faible » les risques encourus en Haute-Marne. Il n’y a donc certainement pas lieu de s’inquiéter outre-mesure mais le 19 novembre 1911 a montré qu’un tel événement pouvait se produire à Echenay.

Carte des risques sismiques - 2011

Carte des risques sismiques - 2011

SOURCES :

Rétronews, Kiosque Lorrain pour les articles de presse

planseisme.fr/Zonage-sismique-de-la-France.

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JOSEPH BRULFERT - DE TAHITI A ECHENAY - 1841 / 1890

Publié le 22 Avril 2018 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans Ceux d'Echenay...

Tahitienne tatouée - 1869 - Paul Emile MIOT - Officier de Marine et photographe -

Tahitienne tatouée - 1869 - Paul Emile MIOT - Officier de Marine et photographe -

J’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog de quelques Epincelois, de souche ou d’adoption, qui ont eu des destins particuliers et qui ont voyagé bien loin de notre petit village Champenois. Les « Garolla » (Italie, Espagne, Argentine), « Pitois » (Espagne), « Wittmer » ou « Boussel » (Allemagne) ont vu du pays, parfois de leur plein gré, parfois pour cause de guerre.

L’homme avec lequel nous allons faire connaissance détient à ce jour le record d’éloignement du clocher de l’église Saint-Martin d’Echenay puisque ses pas (ou plutôt des bateaux !) l’ont mené jusqu’en Polynésie à une époque où voyager si loin était exceptionnel…

Joseph Horace Albert Adéodat BRULFERT (l’ordre des prénoms varie parfois suivant les sources) a vu le jour le 13 septembre 1841 à Saint Denis les Rebais (Seine & Marne), fils de Noël Joseph Brulfert et de Françoise Alexandrine Brulfert (même patronyme).  Pour l’anecdote généalogique, Noël et Françoise sont cousins germains. Son père deviendra maire de St Denis les Rebais deux ans plus tard (1843) et exercera ses mandats jusque vers 1855.

Le recensement de Saint Denis de 1846 nous apprend qu’il est le 4eme enfant du couple formé par Noël Joseph et Françoise Brulfert puisque l’ont précédé Joséphine Alexandrine, Alphonsine Désirée et Alexis Louis. Mais il aura également un petit frère, Aristide Socrate, de 3 ans son cadet. Et puis une généalogie trouvée sur Généanet ajoute Léonidas Auguste Homère Edmond Léopold et Angèle Maria à la fratrie.

Si je ne sais rien de son enfance, Joseph fut néanmoins certainement un enfant studieux puisque ses études le mèneront vers un doctorat de médecine. Son curieux prénom d’origine latine, Adéodat, qui signifie « donné par Dieu », aura-t-il joué un rôle dans son parcours ?...

Par faute de lieu de résidence au moment de l’appel sous les drapeaux et de disponibilité en ligne, je n’ai pas pu retrouver sa fiche Matricule qui renseignerait sur la décennie 1860/1870.

C’est le 3 novembre 1872 (il a donc 31 ans) qu’il présente et soutient sa thèse de doctorat sur un thème qui, s’il semble bien éloigné de la médecine (d’ailleurs il s’en excuse !), lui assurera une renommée internationale.

« Origine et disparition de la race polynésienne », tel est le titre qu’il choisit.

JOSEPH BRULFERT - DE TAHITI A ECHENAY - 1841 / 1890

Cette thèse, il la dédit, dans l’ordre, à ses frères et sœurs, à ses parents et à ses amis. Il n’oublie naturellement pas son président de thèse, le professeur Paul Pierre BROCA, alors éminent médecin, anatomiste et anthropologue français très renommé, professeur de clinique chirurgicale à la faculté de médecine de Paris, chirurgien de l’hôpital des Cliniques, membre de l’Académie de médecine du même lieu et Chevalier de la légion d’honneur.

Dans la décennie qui suit, cette thèse connaitra un fort retentissement en France et à l’étranger.

 Il faut dire que l’époque s’y prête bien. Après les premières descriptions assez « exotiques » des grandes découvertes géographiques de l’océan Pacifique (Tahiti n’a été découvert qu’en 1767, soit 100 ans plus tôt !), on est maintenant friand d’analyses plus scientifiques ! Et puis, en ce milieu du XIXeme, les ambitions coloniales sont maintenant avérées et mises en œuvre… Les « nègres, les sauvages et autres races inférieures » mobilisent l’attention des scientifiques et du grand public dans des publications ou articles de presse qui mèneraient aujourd’hui tout droit au tribunal du fait des termes employés mais que l’esprit de l’époque, tourné vers ces terres lointaines, adore. N’a-t-on pas découvert l’Eden, la « Nouvelle Cythère » ?...

Et dans cette région bénie où il suffit de se baisser pour se nourrir, d’où peuvent bien venir ces « sauvages » ? C’est la question que Joseph Brulfert se pose !

A l’époque, 3 opinions s’affrontent ! Certains prétendent qu’ils sont venus d’Amérique du Sud, d’autres d’Asie du Sud-Est. Joseph choisira, à l’instar de quelques autres, une autre option ! Les îles du Pacifique ne sont pour lui que les sommets émergés d’un continent océanique englouti !...

La première partie de sa thèse (21 pages sur 32) disserte sur ces origines possibles. S’il s’emploie à démonter les autres hypothèses (toujours respectueusement), sa position s’appuie sur l’observation des courants marins et des vents, les traditions locales orales, les embarcations utilisées depuis toujours par les habitants des îles, etc… qui d’après lui réfutent catégoriquement ces autres possibilités.

La deuxième partie (10 pages) évoque plutôt les affections des iliens (endémiques et/ou épidémiques) en en dressant la liste (tuberculose, phtisie, éléphantiasis, etc…) mais en se bornant à en faire le constat, sans parler de traitements comme on pourrait s’y attendre de la part d’un médecin. Il insiste néanmoins sur les maux apportés par les étrangers, en particulier l’alcoolisme, la corruption des mœurs, … qui pourrait expliquer la baisse inquiétante de la population. On sent bien néanmoins le côté « social » du médecin que l’on retrouvera plus tard fortement affirmée.

 Mais me direz-vous, comment a-t-il acquis cette expertise des peuples polynésiens ?...

L'Astrée et la Sibylle au mouillage de Papeete - Au premier plan, le palais de la reine Pomare - 1870

L'Astrée et la Sibylle au mouillage de Papeete - Au premier plan, le palais de la reine Pomare - 1870

Ce sont les recueils des « Archives de la Médecine Navale » qui nous donnent la réponse. En août 1868, Joseph est cité, en provenance de Rochefort (17), pour un départ imminent vers l’Océanie à bord de différents bateaux. Il est alors aide-médecin auxiliaire et sans doute commence-t-il son ascension pour devenir plus tard chirurgien de marine.

Si l’on admet qu’un voyage à la voile dure environ 4 à 5 mois vers 1870 entre la Polynésie et la métropole (voir par exemple le rapatriement de Louis Sylvestre Morio en 1870), c’est donc vraisemblablement vers le début de 1869 que Joseph arrive à Taïti (comme orthographié dans la thèse). Pour cela, il a emprunté « la Poursuivante », « la Sibylle » et prend son poste sur « Le Chevert ».

Frégate La Sibylle à Papeete 1869

Frégate La Sibylle à Papeete 1869

 Il indique dans sa thèse qu’il a passé 2 ans à Taïti et qu’à cette occasion, il a franchi 6 fois durant cette période la ligne entre le 135° et le 150° méridien. Sa présence est par ailleurs attestée aux iles Gambier où, chirurgien de 3eme classe, il témoigne à un procès (Source : Les iles Gambier par Jean Paul Chopard – Brest - imprimerie de J. B. Lefournier ainé - 86, grand'rue – 1871).

Ce séjour dans le Pacifique le marquera profondément.

Revenu certainement en métropole fin 1871/début 72 et rendu à la vie civile, Joseph s’installe 22 cours des petites écuries à Paris Xe. C’est là qu’il rencontre Marie Gabrielle Hurlier. La demoiselle est originaire de Ronceux (Vosges) près de Neufchâteau où elle est née le 21 août 1848. Elle est la fille de François Sylvestre Hurlier, négociant, et de Aimée Justine Garnier. Plus tard, la famille Hurlier/Garnier s’installera à Echenay où Marie Gabrielle passera une partie de sa jeunesse.

Curieusement, à l’époque où Joseph rencontre Marie Gabrielle, celle-ci vit avec sa mère à Paris, 11 cours des petites écuries, son père étant resté à Echenay. Ainsi, dès 1866, ses parents semblent séparés, le recensement de cette même année indiquant que son père vit à Echenay avec sa propre mère en compagnie de Marie Gabrielle et d’une domestique, Amélie Gérard. 

Joseph et Marie Gabrielle sont donc voisins et l’on peut imaginer qu’ils se croisent quotidiennement dans cette petite rue si typique comme Paris en regorge.

Le 20 novembre 1873, ils s’unissent à la mairie du 10eme arrondissement. Un contrat de mariage est déposé chez Maître COTTIN, notaire à Paris, le 15 courant.

A compter de cette période, Joseph consacrera sa vie professionnelle à l’exercice de la médecine. Côté vie privée, l’année 1877 voit la naissance d’une fille, Marthe Thérèse.

Joseph a une idée très noble de la médecine. Si celle-ci soigne les corps, il veut aussi accompagner la vie des familles les plus démunies. C’est dorénavant pour les pauvres et les indigents qu’il veut œuvrer. En 1877 et après un rapport favorable de Paul Delasiauve, médecin en charge des bureaux de bienfaisance parisiens, Joseph est admis comme médecin titulaire d’un bureau de bienfaisance.

Mais son engagement ne s’arrête pas là. En 1880, il est aussi « médecin de l’état civil » (de la 1ere circonscription du Xe arr) que d’autres appellent le « médecin des morts ».

« Médecin des morts : l’expression peut paraître surprenante, sinon absurde ; elle est pourtant celle qu’emploie la population parisienne pour désigner une catégorie de médecins attachée à la vérification des décès dans la capitale à partir de 1800. Cette fonction, inédite et presque unique en France pendant une grande partie du xixe siècle, répond à une nécessité, aujourd’hui oubliée : celle de s’assurer de la réalité des décès et éviter ainsi les inhumations prématurées. Elle constitue un des aspects de la médecine salariée qui se développe au XIXe siècle, autour de l’hygiène publique et de la police médicale. » (Source : hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-01526588/document).

Il interviendra sur un périmètre compris entre la rue Poissonnière et la rue du Faubourg St Denis (Source : Recueil des actes administratifs du département de la Seine N°31- 1880),  puis démissionnera de son poste en 1883, vraisemblablement pour la raison que nous allons découvrir maintenant.

En juillet de cette même année, il se présente, sur les instances de plusieurs de ses amis, à l’élection de conseiller-général du canton de St Denis Les Rebais en tant que Républicain. Il y fait face à Léon Chazal, conseiller général sortant et à Mrs Collette de Beaudicourt et Spié. Son programme ? En affaires, augmenter, terminer, améliorer les voies de communication, presser l’exécution du chemin de fer projeté, et enfin demander le dégrèvement de l’agriculture ; En politique, aider au développement de la république progressive. Bien que natif du pays, chose sur laquelle il insiste durant sa campagne, il ne passera pas le premier tour et se désistera pour Mr Spié (qui ne sera pas élu).

Mais l’homme est tenace ! Après son échec en Seine et Marne, il présente quelques années plus tard sa candidature au Conseil General de Haute-Marne d’où son épouse est (presque) originaire et où, à la surprise de plusieurs de ses adversaires mieux implantés que lui, il est élu en 1886 comme représentant du canton de Poissons (52) dont dépend Echenay. Il précède donc de quelques années Gabriel de Pimodan, autre Epincelois célèbre dans cette fonction.

Dès lors, il est probable que la famille Brulfert / Hurlier partage son temps entre la capitale (rue d’Hauteville) et Echenay comme semble le démontrer le recensement de cette même année. On peut noter qu’il n’y a pas de domestique à leur service.

Fidèle à son engagement, notre conseiller général du canton de Poissons dépose en août 1888, la requête qui suit lors de l’assemblée du CG et qui illustre bien la misère des campagnes de Haute-Marne pourtant alors assez riche comparée à d’autres régions françaises.

Source: Rapports et procès-verbaux des séances du Conseil général de la Haute-Marne - Août 1888

Source: Rapports et procès-verbaux des séances du Conseil général de la Haute-Marne - Août 1888

Joseph poursuit donc en Haute-Marne son projet d’aider et de soulager les plus démunis de ses concitoyens.  

Mais le 24 février 1890, en pleine fleur de l’âge, Joseph s’éteint… Il n’est âgé que de 48 ans. Voici ce qu’en disent les journaux.

JOSEPH BRULFERT - DE TAHITI A ECHENAY - 1841 / 1890

Il laisse donc une veuve et une orpheline de 14 ans. Les lois de l’époque obligeront à un conseil de famille où le père de Joseph (donc le grand-père de Marthe) sera nommé subrogé-tuteur de Marthe-Thérèse.

Cette succession est pour nous l’occasion de connaitre le patrimoine du couple sur Echenay et les communes avoisinantes.  Ce ne sont pas moins de 218 hectares environ, dont 177 de forêts et une maison et ses dépendances, qui seront vendus aux enchères en 7 lots (la vente en comprenant 8, le 8eme se situant en Seine & Marne) ! Cela place certainement Joseph Brulfert parmi les 2 ou 3 plus grands propriétaires terriens de la commune avec Gabriel de Pimodan, châtelain du village. Mise à prix du total : 155 000 francs, somme considérable pour l’époque. Et combien a-t-elle rapporté ?... (Source : Journal « L’Eclaireur de l’arrondissement de Coulommiers » du 11 mars 1891)

—

Je dois dire que je me suis posé une question à son sujet, question qui restera sans réponse :

Et si cet engagement au service des plus démunis en France n’était que le résultat d’une prise de conscience faite lors de son séjour à Taïti, cet éden terrestre corrompu par l’homme blanc sous prétexte de progrès comme il le dit à demi-mots ?...

Mais après tout, peu importe les motivations profondes, l’œuvre qu’il a réalisée reste et ces quelques mots !...

« J’ai vécu dans ces pays de soleil et de lumière, j’ai causé à l’ombre des orangers avec leurs habitants, j’ai couru dans ces vallées semées de pommes d’or, citrons, limons, goyaves, évis, oranges, j’ai entendu le bruit de ces cascades, tantôt pluie douce et fine dont les eaux s’émiettent en mille et mille prismes étincelants, tantôt roulent avec fracas des éclats de rochers, des colonnes de granit, des arbres (vai mato), eaux terribles ! J’ai vu l’Indien, chargé de poids énormes courir en riant, sur ces montagnes à pic, dont chaque flanc domine un abyme. J’ai vu la jeunesse insouciante, couronnée de miri [basilic) et de tiare [gardénia), danser et chanter, folle et légère, devant nous, les maîtres ; je l'ai vue aussi, hélas ! chercher dans nos liqueurs, absinthe et bière surtout, une ivresse dégoutante que l'eau-de-vie d’orange ne procure pas assez vite. J’ai vu, les jours de payement des contributions, les hommes et les femmes venir là, au grand marché, chercher l’argent que notre sottise leur demande.

 

J’ai vu le mari exposer sa femme, j’ai vu ce peuple tombé avant d’avoir été élevé, cet enfant qui ne sera jamais homme ! Pensif sur le chemin, j’ai vu la race polynésienne descendre, vêtue de fleurs, dans la tombe, et je me suis dit : à ce pauvre peuple, j’apporterai un souvenir, à ces nations condamnées, un serrement de main, à ce pauvre moribond, une larme... » [ ]

 

« On prétend avoir amené des habitudes hygiéniques dans ces pays. Je demande lesquelles ? [ ] Le Polynésien est chez lui. Il a toujours le même ciel, le même soleil, la même nourriture, les mêmes usages, et il meurt. Laissez le nègre au Sénégal, au Congo, au Mozambique et il vivra ; laissez l’indien (d’Amérique) dans ses territoires de chasse et il vivra ; laissez le Polynésien chez lui, avec ses arbres, sa pêche, sa case, sa femme, ses fetii, il meurt et il mourra. »  

 

Triste constat d’impuissance et de rage à peine voilée qui induira peut-être encore plus son dévouement en France !...

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Quelques années plus tard, leur fille Marthe se mariera une première fois avec Frédéric Henri AYLE le 28 mai 1895.  Ils habiteront Menestreau en Villette (Loiret), apparaîtront sur « l’Annuaire Mondain » et divorceront en 1904. Marthe se remariera en décembre 1906 à la mairie du 17eme avec Richard Arthur Robert MEÏR et elle décédera le 22 décembre 1963 à Gardanne (Bouches du Rhône).

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Je n’ai pas pris la peine de chercher le destin de Marie Gabrielle Hurlier après le décès de Joseph, cette femme que tous les actes de l’état civil désignent « sans profession ». Quelque part, je m’en veux car, au bout du compte, c’était elle l’Epinceloise ! Un jour, sans doute, je le ferai… Et puis, tout au long de ces recherches, je me suis demandé si Joseph avait participé à la naissance de ma grand-mère le 19 janvier 1888 à Echenay. Peut-être…

 

Sources :

Gallica

Rétronews

Archive.org

Sites des AD 52, 75, 77 et 88

Site bernard-guinard.com

Généalogie de Denis Sarazin-Charpentier sur Généanet

Et sans doute d’autres que je regrette de ne pas avoir noté dans le feu de l’action.

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