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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

GARDE-FORESTIER - Sous titré "Un Dimanche de Novembre"

26 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

 

Le forestier si svelte, avec ses hautes guêtres,

Sa tunique vert sombre et son képi léger,

Demi-chasseur, demi-fantassin fait songer

Aux élégants soldats que voyaient nos ancêtres.

 

Il est jeune, il échappe au poids lointain des maîtres,

Et dans les bois profonds il aime à se plonger,

Il est heureux... Pourtant un rêve mensonger

Le poursuit au milieu du cirque des grands hêtres.

 

Pourquoi les yeux levés vers le ciel bleu pâli,

Sent-il déjà son front se creuser d'un repli,

En suivant du regard le nuage qui passe?

 

Aujourd'hui, saint Martin, c'est la fête du bourg...

On dansera sans lui, car son âme est trop lasse

Le pauvre forestier souffre du mal d'amour...

 

LES SONNETS DE PIMODAN – Edition de 1898

 

 

PS : L’église d’Echenay est dédiée à Saint- Martin

 

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LA SAINTE PAUVRETÉ - G. de PIMODAN

26 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

 

En suivant les conseils sacrés où se précise
Le sublime idéal que, divin, tu conçus,
Si ce n’était pas trop d’orgueil, « ô » doux Jésus,
Je voudrais devenir un saint François d’Assise.


Par les plaines, 1es monts où l’air léger vous grise,
Les bruyantes cités, iraient, jamais déçus,
Mes rêves d’or, et, dans le grand ciel, aperçus,
Des séraphins tendraient leurs ailes à la brise...

 
Et, pauvre, ayant donné jusqu’à mon dernier sou,

Je passerais, traité par les hommes de fou,
Me faisant refuser du pain le long des routes,

 
En la bonne misère où, repoussant le fiel
De l’envie, et le poids de l’argent, et les doutes...
Je gravirai, joyeux, le dur chemin du ciel.


G. DE PIMODAN.

 

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APRES LE "GRAND SOIR" - G. de PIMODAN

26 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

 

Quand rien ne sera plus des sociétés pourries
Où nous agonisons ; quand on aura brûlé,
Depuis les parlements jusqu’aux gendarmeries,
Tout l’édifice ancien chaque jour ébranlé ;

Quand des « Princes » iront parmi les railleries,
Tendant la main, couchant sous un pont écroulé ;
Quand on verra « Crésus », employé des voiries,
Parmi les balayeurs être immatriculé ;

Quand, du lointain Oural aux flots de l’Atlantique,
Il ne restera rien, rien de l’Europe antique,
Rien des trônes, et des pouvoirs, et des autels,

Les hommes n’auront pas rapproché de leurs lèvres
La coupe du bonheur, où se calment les fièvres,
Et souffriront toujours de leurs maux immortels.

 

 

 Gabriel de PIMODAN, Les Sonnets de Pimodan.

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LA JEUNESSE DE JEANNE - 1895

26 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

 

Au milieu des senteurs des menthes et des sauges,

Alors qu’elle suivait les côtés des chemins

Ou les sentiers des bois, l’humble fille des Vosges

Rêvait, appréhendant de cruels lendemains.

 

Les grands bœufs mugissants qu’on menait vers les auges

Regardaient la bergère avec des yeux humains ;

Les rudes sangliers abandonnaient leurs bauges ;

Les loups, aux crocs sanglants, auraient léché ses mains.

 

Mais Jeanne, doucement, ordonnait aux mésanges

De suspendre leurs voix pour écouter les anges

Qui disaient Orléans, le sacre... et s’envolaient...

 

Ainsi, par les beaux jours comme par la tempête,

Notre libératrice allait, courbant la tête

Sous le rôle trop grand dont les Cieux l’accablaient.

 

 

 

Marquis de PIMODAN.

 

Paru dans L’Année des poètes en 1895.

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PRISONNIERS DE GUERRE A JOINVILLE - 1806

21 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

ulm

                                                                    Rédition d'ULM

 

 

A l’automne 1805, la guerre gronde à nouveau sur l’Europe.

 La Russie, l’Autriche, le Royaume de Naples et le Royaume-Uni forme la 3eme coalition et décident d’envahir la Bavière, alliée de la France.

Napoléon « propulse » donc son armée de Boulogne vers Vienne. A marche forcée, son avancé est époustouflante. Elle déferle sur l’Allemagne, s’oriente vers Ulm qu’elle prend, si l’on peut dire, par surprise, grâce à une stratégie audacieuse mais réfléchie.

Mack, l’opposant Autrichien,  préfère se rendre en voyant la partie perdue.

« Le 20 octobre, les soldats autrichiens défilent pendant cinq heures devant l'Empereur. Les fantassins capturés jettent leurs fusils, tandis que les cavaliers abandonnent leurs chevaux. Tous sont destinés à être emmenés captifs en France. Par-contre, les officiers autrichiens reçoivent de Napoléon Ier l'autorisation de garder leurs armes et de rentrer chez eux, à condition de ne plus se battre contre la France.

25 000 Autrichiens sont capturés, dont 18 généraux. 60 canons sont pris. Les Français, eux, ne comptent que 500 morts et 1000 blessés pour une bataille aussi décisive pour l'avenir de la campagne. En moins de quinze jours, la Grande Armée a mis hors de combat 60 000 Autrichiens et 30 généraux, sans compter la prise des canons. »

Source : Wikipédia

Tous ces prisonniers sont donc ramenés en France. On imagine facilement les conditions dans lesquelles se fait le voyage. Beaucoup succombent en route, le reste arrivant en piteux état sur leur lieu de détention. Arrivés en France, leur nombre important oblige à les disperser dans de nombreuses villes (nbre de prisonniers entre parenthèses)

 

Joinville, Chaumont (1044),  Langres (1044) mais aussi Sens (774), Avallon (408), Joigny (811), Auxerre (1355), St Florentin (25), Tonnerre (27), Chablis (12), Semur (398), Autun (1105), Chalon (985), Tournus (913), Macon (1109), Dijon, Beaune(665), Troyes (2055), Reims (1961), Vitry (1200), Etc.

 

Cela ne va pas sans poser de nombreux problèmes d’approvisionnement mais le principal souci est sanitaire. Beaucoup sont malades et cela inquiète les populations craignant toujours les risques d’épidémie. De nombreuses localités se plaignent au gouvernement.

 

Le ministre de l’intérieur décide donc en Février 1806 de mandater un médecin, Monsieur Des Genettes, Docteur et Professeur en médecine, Inspecteur Général du service de santé des armées et Officier de la Légion d’Honneur, pour faire le tour des localités ou sont emprisonnés les soldats autrichiens. Il doit faire un point précis sur leur état de santé général et sur les risques encourus par les populations locales. Il devra lui faire parvenir un rapport détaillé tous les 3 jours.   

 

Il commence donc son périple ou il découvre « le meilleur et le pire ». Quelques extraits :

 

 

Situation de Sens

 

Il n’est mort à Sens, que huit prisonniers de guerre, depuis leur arrivée qui remonte au 3 frimaire.
 Mais l’hospice civil est maintenant tellement encombré et dépourvu de fournitures, qu’il ne pouvait aujourd’hui recevoir deux hommes que je desirais y faire transférer des prisons.

L’église où sont les militaires est si froide, si humide, et, par conséquent si malsaine, qu’il est des maladies, telles que les fièvres catarrhales qui règnent maintenant, qui ne peuvent y guérir que très difficilement.


Situation de Dijon, le 19 ,20 et 21 de février 1806.

 

Le premier aperçu a été qu’il avait passé à Dijon, près de 60000 hommes, dont 30000 prisonniers de guerre, et 30000 hommes de conscrits ou de militaires en marche depuis peu de temps. (Qui semble donc être le lieu de passage des armées allant ou revenant du front, d’où une mortalité effrayante dans cette ville)


Situation de Langres, le 24 février 1806

 

Langres a reçu, diverses fois, 1044 prisonniers de guerre, y compris 13 femmes.
Il en est mort 89 dans l’hospice civil : établissement parfaitement bien tenu, ainsi que ses succursales par des Dames de la Charité.
il y a eu beaucoup de négligence dans l’envoi des malades  à l’hôpital; sans cela la mortalité eût été peu considérable.
J’ai trouvé au milieu de sa visite, M. le docteur Robert; on ne peut servir avec un zèle plus constant et plus éclairé.

 

Situation de Chaumont,   Haute - Marne, le 25 février 1806

 

Chaumont avait le 5 février, 703 prisonniers de guerre, qui avaient à l’hôpital où ils sont fort bien traités, 62 hommes.
La plus grande frayeur a régné dans cette ville, qui a perdu 12 à 15 personnes que leur charité avait appelées près des prisonniers de guerre malades.
Ici j’ai trouvé parmi eux un nouveau genre de maladie qui est terrible; ce ne sont plus, comme partout, des fièvres putrides, malignes, des gangrènes, des dysenteries mais d’horribles gales compliquées

 

Situation de Mâcon
La nudité des prisonniers de guerre du dépôt de Mâcon, est hideuse. Un tiers n’a pas de chaussures; plusieurs, pas de chemises; cela tient à ce que ce corps a été surpris dans une profonde sécurité, et loin de ses bagages; il sera impossible qu’il se mette en route sans chemises, sans souliers, sans une coiffure quelconque, et sans habits ou capotes.

 

 Situation de  Joinville, Haute-Marne, le 26 février 1806 —  A Son Excellence le Ministre de l’intérieur.


« Monseigneur, il y a à Joinville un effectif de 516 hommes, qui a eu journellement à l’hôpital, de 3o à 6o malades, et n’en a perdu que 4.
» La mortalité, parmi les habitans, augmenté à peine d’un tiers, a porté seulement sur des vieillards.
» Le Maire, l’administration, les religieuses et le médecin, prennent le plus grand soin des malades reçus dans l’hospice civil, bel établissement dut à la munificence des Guises, et qui leur a servi de dernier asy1e en 1793, après la violation de leurs tombeaux. »

 

M. des Genettes semble donc satisfait du bilan de Joinville.

Mais il ne s’agit là que du rapport sur les prisonniers de guerre malades.

Comme on l’imagine, ces villes n’ont pas de prisons capables d’accueillir autant de monde. Les biens-portants sont employés à divers travaux, sur les routes ou ailleurs. C’est en quelque sorte le Service du Travail Obligatoire que nos parents ont connu lors de la dernière guerre.

 

Certains prisonniers Autrichiens ont donc très bien pu travailler sur Echenay.

 

Source : Bibliothèque numérique Medic

 

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LA HAUTE MARNE VUE PAR UN SOLDAT AMERICAIN - 1918

20 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

A priori, cet article n’a pas sa place dans ce blog puisqu’il ne parle pas d’Echenay. Mais il m’a semblé si intéressant que je ne résiste pas au plaisir de l’insérer. C’est une véritable photographie et analyse de la Haute-Marne en 1918, prise, de plus, par un soldat Américain.

 

Son nom ? : ERNEST G. Bishop,   

 

On y sent l’attachement ressenti pour notre pays, pour la Haute-Marne, à la fois source d’étonnement par rapport au mode de vie américain, mais aussi source de réflexion sur les conditions de vie des Hauts-Marnais qu’il apprécie.

 

Et puis, Poulangy (près de Chaumont) et Echenay sont-ils si différents à cette époque ?...

 

Vous pardonnerez la traduction médiocre mais je pense qu’elle restitue bien les idées et, involontairement, donne un cachet authentique au discours, un peu comme s’il nous parlait.

Mais avant de lire son analyse, présentons d’abord l’auteur.

 

 

L'auteur de cette étude est né à Hastings, en Angleterre. À l'âge de huit mois, sa famille émigre aux États-Unis.


M. Bishop reçoit le diplôme de baccalauréat ès arts de l'Université de Californie du Sud en Juin 1915, et le degré de maîtrise ès arts de la même institution un an plus tard.

 

Il se marie à Mlle Florence B. Hight de Los Angeles le 19 Décembre 1917, à Tacoma, Washington.


M. Bishop entre au service de l'armée des États-Unis le 3 Octobre 1917 ou il intègre la formation de la société A, Bataillon 348e Machine Gun au Camp Lewis, qui a souvent était cité comme l'unité la mieux entraînée et la plus efficace dans le camp.

 

Il quitte le camp de Lewis le 25 Juin, 1918 pour le service « outre-mer » et arrive au village de Poulangy, situé parmi les collines à environ quatorze kilomètres de l’État-major américain à Chaumont. Après deux mois de formation intensive, le 348e part pour les lignes de front et atteint une position en réserve le 22 Septembre.


Trois heures après que le bataillon entra en action le 26 Septembre, M. Bishop est grièvement blessé par un tir de schrapnel (obus à balles). Les deux membres et le bras gauche ont été brisé et vingt et une blessures par balles subies.

Dans un remarquable article intitulé «Comment on se sent être abattu », dans le Bulletin de San Francisco du 22 Mars 1919, il dit avoir « vingt et un souvenirs de la bataille de l'Argonne,  heureusement uniquement dans les bras et les jambes. "

Il  quitte la France le 20 Janvier 1919, arrive à New York le 31 Janvier puis est dirigé vers l'hôpital Letterman de San Francisco le 14 Février. Dans une lettre. M. Bishop dit, "je n'ai aucun regret que ce soit, car je participais à la croisade pour la cause la plus juste que l'humanité ait jamais entreprise. "


Le premier projet de cette monographie a été faite en France alors que l'auteur était encore à l'hôpital.

 

 

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RURAL COMMUNITY LIFE IN THE HAUTE MARNE

Published by the Southern California Soiological Society

University of Southern California

Los Angeles, California

 

1.      Introduction.

 

Il n'y a pas de région dans l'ouest de l'Europe aussi  riche en association historique que cette vallée qui est drainée par  la Marne. [ ]. Ce nom est tissé de façon permanente dans le tissu de  l'histoire. La Marne, ayant sa source dans le département  de la Haute Marne, draine également un terrain historique.

À la fois  quand la France était un désert et sans routes, les guerriers ont navigué  ce fleuve et se sont battus le long de ses rives. A Langres, près de la source de ce fleuve, César vaincu l'une des tribus indigènes.

Et les batailles ont été menées et des conseils ont été organisés le long ce cours d'eau durant les grands conflits de l'Europe occidentale, à partir du moment de l'invasion de César jusqu'à nos jours.

Ainsi, une étude d'une région ainsi favorisé par un contexte historique et par ses habitants, dont le mode de vie est si totalement étranger au monde moderne auquel nous sommes habitués, est pleine d'intérêt, en particulier depuis que la France a été le centre de la tempête de la Grande Guerre et que ses actes de bravoure ont gagné l'admiration du monde civilisé.

 

2.      France, une nation rurale.

 

 La France est un pays encore plus au stade de l'agriculture que de l'industrie. Plus de gens vivent dans la campagne que dans les villes, une condition largement due aux réformes agraires de Napoléon, par les dispositions qui ont été prise  de morceler les petites exploitations aux citoyens comme une incitation à rester sur le sol et à mettre en place une paysannerie solide.

Ainsi, au lieu de quelques domaines importants il ya beaucoup de petites exploitations. Une idée de leur nombre peut être acquise en rappelant le fait que la taille moyenne est de dix sept

acres. En conséquence, la vie nationale a une forte et importante tendance au milieu rural. Dessins et gravures sur les monnaies représentent principalement des scènes pastorales du semis de semences et la récolte des gerbes mûries. Le département de la Haute Marne est un exemple représentatif de la France rurale.

 

3.      Topographie.

 

La Haute-Marne est une région d’une inégalable beauté de paysages et de tranquillité pastorale, épargnée par la brûlure et la désolation de la guerre récente. Les caractéristiques prédominantes du paysage sont une série continue de forêts couronnées de collines avec des vallées intermédiaires, vertes de végétation, à travers lequel fleuve se déplace tranquillement pour son voyage à la mer. Hardpacked,  routes de pierre, bordées par des rangées de hauts peupliers, suivez le cours des vallées et le vent, les chemins sur les collines. Les précipitations sont abondantes, le sol est bien adapté à l'agriculture. D'où cette région est idéale pour l'agriculture l'industrie laitière et générale.

 

4.      Le Village rural.

Le village rural se compose d'un groupe de bâtiments d’âges et d'architectures variés qui sont regroupés le long des rues étroites et tortueuses. Ils sont construits entièrement de pierre et toit de tuiles. Maisons nichées dans les pelouses, les fleur et arbustes sont rarement vus. Chaque logement vient en butée sur la rue; la cour se compose d'un petit lopin de terre à l'arrière confiné à l'intérieur des murs de jardins.

Comme dans le cas de la congestion de nos grandes villes, la rue est le terrain de jeu des jeunes. Les enfants partagent la place du village avec des oies et la volaille. L’idée de la beauté et même les rudiments de la propreté et de l'ordre font entièrement défaut. Partout, des tas de déchets de basse-cour et de l'agriculture, comme la litière, et même les rues principales ne sont pas exempts de détritus et d'immondices.

La plomberie est inconnue; l'eau de la fontaine du village étanche la soif de l'homme et des bêtes. Les maisons abritent sous le même toit à la fois l'agriculteur et son bétail. Une porte mène souvent directement à partir de la salle de séjour à l'écurie. Les conditions sanitaires inexistantes peuvent être facilement imaginées.

L'agriculteur est un citadin, il ne vit pas sur le sol qu'il cultive. Généralement, il ya un petit jardin à côté à la maison; les principales cultures se situent en dehors du village. Cette habitude de vivre en groupe est sans aucun doute une survivance de l'instabilité des moments où tous les gens vivaient dans des villes fortifiées pour le but de la protection mutuelle contre les brigands et les tentatives d'autres personnes d'intention hostile.

 

5.      Industries.

Comme je l’ai déclaré dans un paragraphe précédent, les méthodes de l'agriculture sont décidément primitives. La culture de la terre en bandes, un système utilisé en Angleterre il y a cinq cents ans, est commune. Les principales cultures sont les pommes de terre, le foin, l'avoine et le blé. Ceux-ci sont plantés en alternance des bandes dans le même domaine. A la récolte, la rotation n'est pas suivie de près. Le chariot de ferme se compose d'une énorme et maladroite charrette à deux roues tirée par un ou plusieurs chevaux en file indienne. Il n'est pas un spectacle rare de voir un bœuf, un âne, et le cheval attelé à une charrue dans un seul fichier. Même les vaches laitières, dans des temps anormaux, sont mises en service en tant qu’animaux de trait. Les méthodes de récolte et le battage du grain sont désuets. Bien que, dans quelques cas, un reaper ou un liant de Fabrication américaine est utilisée, presque tout le grain est toujours coupé avec un «berceau», un dispositif employé par le fermier américain avant l'avènement de machines agricoles modernes. Après les gerbes sont rassemblées, les champs sont ratissés à la main  et souvent la paille éparse est recueillie à la main. Le travail des champs est une activité familiale, les jeunes, les femmes, des vieillards laborieuses ensemble.

Cette situation est largement due à la guerre, faute de main-d'œuvre. Si le chef de ménage est assez heureux pour obtenir une autorisation pendant la récolte, il se trouve dans le domaine avec sa famille.

Le dispositif de battage plus moderne est une machine qui estropie les gerbes et qui déverse du grain, la paille, sur le plancher de la grange. Les chevaux fournissent la force motrice de cet outil brut au moyen d'un "balayage". La pratique courante consiste à battre des poignées de grains contre une planche, et pour séparer le grain de la paille par l'utilisation d'un vent favorable.

Pour imaginer les activités des champs, il faut se rappeler les peintures de Millet, «L'Angélus» et «Les Glaneuses». Celui qui a étudié ces peintures a acquis une certaine idée du sujet en discussion.

 

A côté de l'agriculture, l'industrie laitière est le secteur industriel le plus important. Presque tous les ménages possèdent deux ou trois vaches et quelques chèvres laitières ou des moutons. Toutes les terres sont sans clôture, d'où lorsque les bovins sont entraînés loin, ils doivent être surveillés de peur qu'ils ne s'égarent dans les cultures en croissance jouxtant les prairies. Il n'est pas rare de voir des femmes âgées à tricoter en gardant un œil sur leurs troupeaux, ou de recueillir les fragments épars de la récolte, restes de grains qu’elles mettent dans un panier attaché à leur retour.

Dans de nombreux cas les moutons et les chèvres paissent en commun. Chaque matin, le berger du village apparaît dans les rues principales avec son chien. A un souffle de sa corne-sifflet les troupeaux sont libérés de leurs enclos; immédiatement ils se précipitent dans la rue.

Le berger et le chien accueillent les différents troupeaux ensemble et les conduisent au pâturage dans les collines. Au retour du berger, le troupeau se disperse spontanément aux différentes écuries.

Les pâturages sont abondants, les fortes pluies contribuent à la bonne croissance de l'herbe des prés. Ainsi l'industrie laitière est importante en tant que moyens de fournir des articles tels que de l'alimentation, du beurre, du fromage et lait pour le ménage, en particulier à un moment où les ressources de l'ensemble du pays sont drainés fortement afin de répondre à la charges de la guerre.

 

Un autre mode de subsistance est la fabrication de l'acier produit pour le commerce extérieur, principalement avec l'Amérique du Sud. Il y a aussi des fabriques de ciseaux et de couteaux de poche de différents modèles et taille. Jugés par le prix de nos produits faits à la machine, le coût de ces articles semble excessif, mais la beauté de la conception artistique et la qualité de fabrication ainsi que leur durabilité compensent le coût élevé. L'ouvrier est plus un artiste qu'un artisan puisqu’il effectue toutes les étapes du processus de ses articles et il atteint complète maîtrise de son métier au long de sa vie. Il n'est pas obsédé par l'idée « usine moderne » avec production maximale dans un minimum de temps, ni qu'il est accablé avec des commandes urgentes.

En outre, il est son propre maître et il est libre de la nécessité de constamment avoir à augmenter sa production afin de conserver son emploi.

Encore une fois, il travaille sous son propre toit et possède les outils de production avec lequel il travaille. Son niveau de vie appelle seulement pour les nécessités de la vie. L'aspiration sociale et la prétention sociale semblent étrangères à sa nature. Par conséquent, il n'est soumis à aucune contrainte, comme de travailler avec de la fièvre, afin de sauver les apparences ou à payer des produits de luxe. Ainsi, soulagé de la pression de la souche et la vitesse de stress économique, il est capable de donner une attention soutenue à ses travaux de banc et forge, et de travailler tranquillement et attentivement de nombreuses heures chaque jour comme il le désire.

Les heures de travail et les conditions dans lesquelles elles sont effectuées approchent de près le Rêve Idyllique de certains de nos critiques socialistes de notre vie moderne industrielle.

 

La famille est l'unité économique de la vie rurale française, chaque ménage fournissant la majorité de ses besoins propres. Il y a très peu de transactions dans lesquelles l'argent est impliqué, sauf dans la vente de biens manufacturés. La ferme, le jardin, et le troupeau fournissent la famille en nourriture. Le coût de l’habillement est négligeable puisque la vie sociale est limitée à des activités paroissiales. Dans de nombreux cas, l'habitant en milieu rural combine le travail de la boutique et la ferme, une pratique qui rappelle la guilde médiévale dont les membres étaient nécessaires pour aider dans les domaines de la récolte.

 

6.      Loisirs.

Nous avons lu de la vie sociale des divers Européenne Capitols, la gaieté, les paillettes, les lumières et le « Great White Way », l'éclat des fonctions judiciaires, l'assemblage

de la richesse et de l'esprit, le trouble du mystérieux demi-monde ainsi que la myriade d'activités qui porteront la lumière du jour, en fait une variété de divertissements kaleidascopic et de diversions en fonction de toutes les classes et pour satisfaire le goût le plus volage et capricieux.

Cette image est descriptive en particulier de Paris qui est reconnu comme la principale ville de l'Europe à la mode, la vie sociale, et sans soucis de gaîté.

 

En contraste frappant se trouve le village rural qui est totalement dépourvue de toute forme de n'importe quel amusement. Un déplacement d’image dans les villages de Haute-Marne causerait plus d'excitation que le retour des poilus du front, pour un peuple qui a longtemps été habitué à des conditions de guerre. Détournements profanes sont pitoyablement quelques-uns. Dans les magasins de vins du village, quelques esprits peuvent être trouvés dans la sociabilité conviviale adouci par certains agréables millésimes.

 

 Dans le lavoir, la communauté des femmes au foyer se rencontre avec leurs paniers de vêtements. Comme elles s'agenouillent en rangées le long les pierres à récurer, elles échangent quelques mots de bon voisinage où d'intérêt. Mais la quantité de temps consacré à de simples potins est négligeable, car il ya trop de travail à faire dans la maison et sur le terrain. Les endroits les plus propices à une approche sociale dans le village sont l’école et la mairie dans lesquels quelques rassemblements plus politiques que sociaux sont tenus.

 

Points de contact social avec le monde extérieur à travers les médias ; les livres et de papiers sont peu nombreux. Les journaux sont rares.

Presque toutes les nouvelles du monde au sens large sont reçues sous la forme d'un communiqué qui est lu à haute voix par le crieur public. D’abord, il bat sur son tambour pour appeler l'attention des gens du village. Immédiatement, les groupes se réunissent dans les portes et les fenêtres grandes ouvertes à partir desquelles les chefs sont poussés, tout le monde écoute attentivement. Il est unique de penser que la grande majorité des villageois ont reçu leur nouvelles de la guerre de cette façon. Après avoir terminé la lecture, ce qui se fait dans un rapide discours chantant, le crieur tape son tambour, puis s'éloigne vers une autre rue.

 

La Haute-Marne rurale est majoritairement catholique. L'église du village, avec ses scènes colorées des fenêtres en verre représentant la vie du Sauveur, la Vierge Mère, et les saints, avec son murs couvert de lierre et de hautes tours, suggère la paix et le repos ainsi que la force et la solidité. La plupart des églises ont une origine médiévale. Certains villages voient leur origine d’un Couvent ou Monastère, communautés qui ont fleuri dans des centaines de lieux ruraux il y a des années. Preuves de leur existence, restent encore religieuses maisons et murs en décomposition couverts de lierre et de vignes rampantes.

 

La plupart des niches dans les murs sont vides; seuls quelques saints et martyrs sont conservés sur la maçonnerie qui s'effrite dans l'herbe des jardins dans lesquels les bovins paissent désormais au milieu des ruines de l'agriculture outils et autres débris. En dehors du peu d’événements laïques, il existe dans l'église tout un sursis dans le train-train de labeur constant. Jours d’Église, jours saints, les jours de mariages et les funérailles sont d'or jalons dans la vie des gens, et en l'honneur de ces occasions la tenue terne de travail est échangé contre le costume dans lequel le propriétaire finira surement par être mis sous l’ombre des murs du cimetière.

 

7.      Le New Day.

L'entrée des troupes américaines dans les communautés rurales de Haute-Marne marque un tournant dans la vie de la population indigène. Au lieu d'être cantonnés ensemble dans un même bâtiment les troupes ont été dispersés dans le village, quelques-uns ici, quelques-uns là-bas, dans les greniers, dans des caves, partout où il y avait de la place. En conséquence de la division de la soldatesque en petits groupes, des contacts sociaux avec les villageois se sont fermement établis. Par degrés, l'Amérique, la mythique, la terre de la fabuleuse richesse, est devenu moins une souche de crédulité et plus un fait établi.

Empressement à apprendre la langue d'une part et la politesse et l'hospitalité natif de l'autre ont travaillé ensemble pour la sécurisation des relations amicales. C'était particulièrement le vrai en ce qui concerne les enfants. Etant plus accessibles et plus rapides à saisir le sens des idées des nouveaux arrivants, les enfants sont devenus des moyens de communication entre les parents et les troupes. Pour meubler le détournement et de divertissement pour leurs hôtes, les bataillons donnaient souvent des spectacles composés de prouesses athlétiques, des chansons et de musique dans la place du village. Au cours de ces reprises de gala toute la population était présente, tous très profitant de la situation nouvelle. Le soldat américain avec son dollar par jour est considéré comme le véritable nouveau riche, son argent dépensé dans les magasins du village ajoute grandement au revenu de nombreuses personnes vivant sur une marge dangereusement étroite avant son arrivée.

 

8.      La vie de famille.  

 

La principale caractéristique de la vie familiale est sa stabilité. Le mariage, qui est planifié et exécuté par les parents, le médecin de famille, et la santé sont une collaboration sociale.

Ce terme s'applique également à l'activité familiale. Tous travaillent ensemble dans le jardin, l'écurie, et les champs, constituant un ensemble harmonieux et bien ordonné unité de travail. Jeunes ou vieilles, des femmes de tous âges et conditions peinent à des tâches souvent au-delà de leur la force, en silence et avec patience comme un taureau.

Pourtant, aucune agitation n’est témoignée; aucune plainte n’est exprimée. Pour garder la chaleur du foyer et les champs cultivés, partager tous les sacrifices, pour élever leur progéniture, pour s'occuper des réfugiés et des orphelins, bref à effectuer tout à la maison en tant que soldats loyaux et patriotiques de la deuxième ligne de la défense, telles sont les tâches auxquelles elles se sont de tout cœur consacrées.

 

Conclusion.

 

Le fait devrait être porté fermement à l'esprit que cette étude traite de la situation anormale accessoire à temps de guerre. Pour juger le peuple français et de leurs coutumes, l'homme-partenaires, et le mode de vie correctement, nous devons apporter une pleine mesure

de la charité, la sympathie et la compréhension à porter sur le sujet.

La France a en effet subi des charges insupportables.

Tous ses jeunes hommes sont morts, ses champs fertiles sont devenus une terre désolée.

Les guerres ont décimé sa population et son territoire ravagé depuis des temps immémoriaux La pression sur les hommes et les ressources a été épouvantable. Tout près d'un ennemi impitoyable qui convoite ses mines et les champs, sa position a été si peu sûre qu’elle a maintenu les gens dans un état constant de suspense. Même en temps de paix, une grande armée permanente est impérative. Non seulement ces hommes sont pris à l'industrie productive, mais aussi le travail de beaucoup d'autres est nécessaire pour les soutenir. Avec des frontières moins sécurisées que la nôtre, toutes les énergies et les ressources se tournent vers le développement interne. Avec les activités productives de la paix, la France est un pays particulièrement riche et progressif.

Encore une fois, les Français ont le type de l'esprit du vieux monde, en adhérant étroitement à la coutume et la convention. «Ils sont beaucoup plus conventionnels ».

Aux Etats-Unis les hommes sont toujours en mouvement. Il est rare pour un père et son enfant puis ses petits-enfants de suivre les mêmes activités, voire de vivre dans la même ville.

En France, la grande opportunité n'est pas de faire quelque chose de différent, mais de continuer à faire ainsi ce qui était commencé il ya cent ans.

 

La devise américaine est "En Avant!"

 

La française est «Tenez bon!"

 

La France, plus petite que le Texas, prend en charge une population de 40.000.000. Pour survivre à la concurrence et y vivre confortablement, il doit y avoir une poursuite intensive des moyens de subsistance.

Personne ne peut se permettre de se déplacer de ville en ville ou à changer de profession à volonté. Il n'y a pas de larges acres vierges en attente de règlement, pas de terres à bas prix pour soutenir une agriculture en mouvement perpétuel, si vaste que de répondre de façon productive à la culture de surface.

Les surfaces disponibles doivent être labourées profondément et intensément.

La rivalité, énorme et inévitable, dans les affaires et dans les professions libérales, force les Français à se perfectionner dans une branche plutôt que de tremper dans beaucoup d'autres. Cela fait que nombre d’entre eux préfère la sécurité au risque.

Les gens qui aiment le risque commencent en émigrant.

Ceux qui aiment la sécurité restent à la maison.

 

Ainsi un peuple profondément enraciné dans le sol et manque de contact avec des idées progressistes sont relativement imperméables à l'innovation et à changer. Mais le capital américain et de la machinerie fera beaucoup de mettre l'agriculture sur une base plus moderne et plus productive.

En plus de l'aide matérielle, cependant, il leur faut l'influence d’idées progressives en ce qui concerne ces choses qui rendent la vie plus facile, tels que l'assainissement, les conditions de logement, de vie, les loisirs, et amélioration sociale.

 

Un écran plus lumineux et un jour plus parfait est à l'aube de se lever pour ces vaillants défenseurs de la liberté dont la devise est "Liberté, Égalité, Fraternité."

 

 

Source : LA VIE DES COLLECTIVITÉS RURALES DANS LA  HAUTE MARNE

 

 Par ERNEST G. Bishop, * A.M.

 

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LA BONTE DES CHENES (sous-titré 1793)

12 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Poesies Epincelloises

Par la haute futaie aux sentiers ténébreux
Où les vents apaisés n’ont plus que des haleines,
Des cavaliers s’en vont à l’abri des grands chênes
Compatissants aux fils vaincus des anciens preux.


Les hommes sont mauvais et les temps rigoureux...
Plus qu’aux jours où Néron remplissait les arènes,
Les hommes ont au cœur tous les souffles des haines,
Mais les chênes sont bons, fidèles et nombreux.

 
Vers le Rhin, libre encore, ils guident dans la brume
D’un soir glacé de l’Est la mouvante amertume
Des pâles voyageurs chassés de leurs châteaux.


Où sont les lambris d’or, les lustres et les marbres,

Versailles, Trianon ! Et sur les froids coteaux,

La lune sourit seule à la bonté des arbres.



G. de PIMODAN

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JEANNE D'ARC A ECHENAY - 1429

5 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Il y a p eu de temps, nous avons célébré le 600eme anniversaire de Jeanne d’Arc. Notre Président a même fait le voyage à Domrémy, passant donc, lui aussi, assez près d’Echenay.

 

Car, tout le monde ne le sait peut être pas, Jeanne passa près d’Echenay.

 

Figure emblématique de l’histoire de France, il fallait bien, vu ces circonstances, que j’y aille moi aussi de mon petit article !

 

C'est une jeune fille vigoureuse et saine, dans toute la fleur de sa radieuse jeunesse qui - le 23 février 1429 - part de Vaucouleurs par la porte de France. Deux ans plus tard, ce sera une pauvre créature exténuée, usée jusqu'aux moelles qui - le 30 mai 1431 montera sur le bûcher de la place du Vieux-Marché de Rouen.

 

Ce n'est pas un des moindres prodiges dans l'accomplissement de sa mission sacrée que cette randonnée de Vaucouleurs à Chinon qui en constitue les premiers galops. Six cents kilomètres vont être ainsi parcourus en onze jours, sur un mauvais bidet de labour, par une jeune fille qui, jusqu'alors, n'avait à peu près jamais enfourché un cheval.

En raison des périls de la route, il avait été convenu que toute la petite troupe, Jeanne comprise, adopterait la tenue de marchands voyageant pour leur commerce.

Jeanne portait le même costume masculin que ses compagnons de route et vue à distance, on l'eût prise pour un jeune homme. Bien qu'elle n'eût que 17 ans, elle était grande pour une femme, le corps parfaitement développé, les muscles bien dessinés et forts, le visage

agréable, le teint hâlé comme celui des paysans, les cheveux coupés en rond à la hauteur du col, selon la coutume des chevaliers du temps.

Au départ, le premier soin de la petite troupe fut d'aller saluer le sire de Baudricourt. Celui-ci leur adjoignit Colet de Vienne, Courrier Royal, connaissant parfaitement les difficultés du voyage. Il avait confié à ce courrier une lettre pour le Souverain, relatant les circonstances à la suite desquelles il s'était décidé à envoyer à la Cour la jeune paysanne de Domremy. Il attestait, en particulier, qu'elle lui avait appris la bataille de Rouvray et son insuccès, aux jour et heure où le combat avait lieu. N'ayant qu'une confiance relative sur le succès de cette aventureuse chevauchée, il prit à part Jean de Metz et Bertrand de Poulengy et leur fit jurer de conduire Jeanne, saine et sauve au Roi.

Enfin, il donna le signal du départ, de sa voix mâle de rude soldat, mais où perçait une certaine anxiété :

- Va, va et advienne que pourra!

Les sept voyageurs se mirent en route. La porte de France, une fois franchie, les montures prirent le trot, le lourd trot des bêtes de trait.

Le premier soir est venu, la nuit va tomber. La petite troupe continue sa route avec toute la prudence possible. Le but de l'étape était l'abbaye de Saint-Urbain, à onze lieues de Vaucouleurs à vol d'oiseau. Mais étant donné les détours indispensables en pareille circonstance, on ne pouvait compter moins de 12 à 13 heures de marche, une partie dans

l'obscurité. Le soleil s'était couché à 5 h. 3/4 et la nuit fut bientôt complète. Heureusement, vers 9 heures, quoique le ciel fût couve rt, la lune se leva.

 

De Vaucouleurs, nos voyageurs s'étaient dirigés sur Montigny-les-Vaucouleurs et sur Rosière-en-Blois. De Delouze à Abainville, ils empruntèrent un chemin qu'une tradition locale appelle encore aujourd'hui, le chemin de Jeanne d'Arc.

Ils passèrent l'Ornain au moulin d'Abainville et se dirigèrent du côté de Bonnet, Mandres (Meuse), Guillaume (Haute-Marne).

Arrivée là, l'escorte devait éviter le château d'Echenay alors occupé par jean de Dinteville, anglo-bourguignon très convaincu. Il fallait également ne pas trop s'éloigner de la route à cause des étangs formés par la Saulx et aussi parce qu'il était nécessaire de rejoindre un pont, unique passage de cette rivière. Multipliant les précautions, nos cavaliers eurent soin d'entourer de linges les rabots des chevaux avant de s'engager sur le chemin pierreux qui mène au pont du moulin de Taillesacq, à l'extrémité du bourg d'Echenay  par conséquent à une distance respectable du manoir féodal.

Le premier et sérieux obstacle de cette étape fut ainsi franchi. Il fut ensuite plus facile de se détourner de Joinville où résidait le comte de Vaudemont, ennemi personnel de René d'Anjou et du sire de Baudricourt, de plus adversaire déclaré du parti français.

Pour cela, il était nécessaire - après avoir atteint le village d'Aingoulaincourt - de prendre l'ancienne voie qui conduit presque en ligne droite, à Saint-Urbain.

Enfin, vers deux ou trois heures du matin, nos voyageurs arrivèrent à l'abbaye. Ils y étaient attendus. Le Prieur, Amoult d'Aulnoy, parent de Robert de Baudricourt, avait été prévenu.

Jeanne et ses compagnons, bien accueillis, sont conduits aux appartements où ils pourront prendre un repos bien gagné.

Jeanne est épuisée, par cette longue et rude chevauchée de 50 kilomètres, à travers un pays semé d'obstacles où sa lourde monture butait à chaque instant. Ses nerfs sont à bout. Sa jeune chair a cruellement souffert sur ce bât, de campagne plus fait pour porter des colis qu'une cavalière encore inexperte et très jeune, revêtue d'un costume masculin auquel elle n'est nullement habituée et, de plus, mal adapté à son corps.

Ses compagnons, eux aussi harassés, se déshabillent et s'endorment profondément d'un sommeil paisible et réparateur. Pour elle, il en est tout autrement, elle doit, par prudence, conserver ses vêtements et s'étendre sur sa couche, toute vêtue.

Ce fut sa première nuit de campagne !

 

Source : Jeanne d’Arc, chef de guerre – Lt-Colonel de Lancesseur - Nouvelles editions DEBRESSE -1961

 

 

Ce fait historique ne pouvait, bien sur, laisser l’Epincellois Gabriel de Pimodan indifférent.

Il écrivit donc un livre sur le sujet, « La première étape de Jeanne d’Arc ». Je n’ai, à ce jour, pas pu me procurer cet ouvrage. J’ai néanmoins trouvé un article le traitant. On y voit l’engagement, allant même jusqu’au « physique » de Gabriel de Pimodan pour retracer cette épopée. 

 

M. Siméon Luce a la parole pour un hommage :

«J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, M. le marquis de Pimodan , un travail intitulé : La première étape de Jeanne d'Are (Paris, 1891, in-8° avec carte).

C'est le récit du voyage accompli par Jeanne d'Arc dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 février 1429, en compagnie de six personnes, pour se rendre de Vaucouleurs à l'abbaye de Saint-Urbain-lez-Joinville. La Pucelle et son escorte se dirigeaient vers Chinon, où le Dauphin faisait alors sa résidence. On s'était mis en route à la tombée de la nuit, parce qu'il fallait traverser, au sortir même de Vaucouleurs, une région dangereuse qu'infestaient de nombreuses bandes anglo-bourguignonnes ; et la distance à franchir dans ces conditions défavorables était de 43 kilomètres à vol d'oiseau. Le savant propriétaire du château historique d'Échènay, situé précisément entre Vaucouleurs et Saint-Urbain, M. le marquis de Pimodan, déjà connu par son bel ouvrage sur La mère des Guises, vient de restituer dans le détail le plus minutieux l'itinéraire suivi par la Pucelle et ses compagnons de route. Connaissant de longue date, par une pratique en quelque sorte journalière, la région d'entre Marne et Meuse, il n'en a pas moins voulu demander à l'histoire, à l'archéologie et à la topographie tous les renseignements que ces sciences peuvent fournir. Il a poussé le zèle jusqu'à refaire lui-même, à plus de quatre siècles et demi d'intervalle, dans le même mois de l'année, le même jour ou plutôt la même nuit, et dans des conditions autant que possible identiques, le trajet de Vaucouleurs à Saint-Urbain-lez-Joinville. Aussi, quoique l'auteur n'ait rien livré au hasard et n'ait pas avancé un fait dont il ne présente dans ses notes la justification, son récit est si vivant que La première étape de Jeanne d'Arc semble tout d'abord l'œuvre d'un témoin oculaire, d'un témoin un peu trop lyrique, il est vrai, mais dont le lyrisme s'appuie toujours sur des informations puisées à bonne source et des recherches consciencieuses. »

 

Sources : Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles lettres - Année 1891

 

Fontaine ronde de Poissons ou selon la légende, Jeanne et ses compagnons firent boire leurs chevaux

 

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LES PIMODAN SOUS LA REVOLUTION FRANCAISE

5 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

1789 – La révolution Française gronde !

Etre nobles, riches, parents d’émigrés à l’armée des Princes, le tout durant « La Terreur », c’est s’exposer à de nombreux tracas et bien souvent, finir sous la guillotine!

 Evitant cette dernière mais pas la prison, la spoliation de leurs biens, il leur fallut se battre pour se reconstruire, tant bien que mal au tout début du XIX siècle.

 

Voici la relation, toute en pudeur, qu’en fait leur petit fils dans son livre Simples Souvenirs :

Pendant la Terreur, M. et Mme de Pimodan, vieux et infirmes, restèrent à Paris, tandis que leurs deux fils aînés servaient à l'armée des princes et que le troisième, chevalier de Malte, faisait « ses caravanes » sur les galères de l'Ordre.

 L'île Saint-Louis devint île de la Fraternité, le quai d'Anjou quai de l'Union, le marquis citoyen, et l’on voit néanmoins, d'après leurs livres de dépenses, que la vie matérielle des vieux époux ne changea guère jusqu'au moment de leur incarcération à la maison d'arrêt dite « des Anglaises », rue de Lourcine.

 Sortis de prison en octobre 1794, Charles-Jean et sa femme rentrèrent à l'hôtel Pimodan.

 L'année suivante, ils partirent pour Échenay, et, après avoir habité quelque temps la maison d'anciens régisseurs, s'établirent vaille que vaille dans le château démeublé par les pillages et si dévasté que, suivant l'expression d'un vieux garde, on aurait dit une halle à charbon.

 Tous deux moururent au commencement du dix- neuvième siècle, très appauvris par la perte des droits féodaux, les confiscations, et enfin la nécessité de vendre des terres à bas prix ou de contracter des emprunts ruineux pour vivre au temps de la plus grande dépréciation des assignats. Le célèbre jurisconsulte Henrion de Pansey, originaire d'un village très voisin d'Échenay, s'intéressa pour sauver les derniers restes de leur fortune, et mes grands-parents obtinrent aussi, dit-on, sous le Consulat, quelque appui de Mme Bonaparte, en souvenir d'un petit lien de parenté ou d'alliance qui aurait existé entre les Beauharnais et les Pimodan par les Luzignan-Lezay.

   

Mais il aura fallu se battre durement pour obtenir un début de réparation :

 

CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE DU COMITE DE SALUT PUBLIC
QUARANTE-UNIÈME SÉANCE (383e).
3o nivôse an II  - 19 janvier 1794


Sur le rapport du ministre de l’intérieur, le Conseil exécutif, délibérant sur l’arrêté du département de la Haute—Marne du 11 juin 1793, qui a prononcé la mainlevée du séquestre mis sur les biens du citoyen Charles- Jean Lavallée-Pimodan, compris dans une liste supplémentaire des émigrés du district de Joinville, et la radiation de son nom de ladite liste; examen fait de 8 pièces produites par ce citoyen à l’appui de sa réclamation, consistant:

1° en un certificat de la commune d’Échenay du 16 juin 1792 , visé par le directoire du district de Joinville, le 18 du même mois, qui constate que, depuis dix ans jusqu’au 14 février 1792 , il a résidé habituellement audit Échenay, et qu’à cette époque il est allé résider à Paris;

2° en un certificat de résidence par lui obtenu de la section de la Fraternité, le 13 mai 1793, qui constate une résidence sans interruption depuis le 16 février 1792 jusqu’audit jour 13 mai;

3° en un certificat des membres composant le directoire du département de Paris du 21 septembre 1793, constatant que ledit Lavallée-Pimodan n’a point été porté sur les listes par eux arrêtées jusqu’audit jour;

 considérant qu’il a depuis été porté sur la première proclamation du pouvoir exécutif qui a été publiée et affichée dans les différentes communes du département de la Haute-Marne, où sont situés ses biens, et dans le département de Paris, ou il a obtenu des certificats de résidence; que ces publications et affiches sont attestées par les certificats de résidence; que ces publications et affiches sont  attestées par les certificats envoyés par ces départements. lesquels constatent qu’il n’est survenu ni dénonciations ni réclamations ultérieures; considérant enfin que toutes ces pièces sont revêtues des formalités exigées par la loi du 28 mars 1793, et que le citoyen Lavallée-Pimodan prouve une résidence plus que suffisante dans l’étendue de La République, confirme l’arrêté du département de la Haute Marne du 11 juin 1793; arrête en conséquence qu’il sera donné mainlevée du séquestre mis sur les biens du réclamant, et que son nom sera rayé de la liste supplémentaire des émigrés du district de Joinville.

Première étape gagnée … La liberté retrouvée!! Mais en Haute Marne, la machine s’est mise en route pour dépouiller les Pimodan et le préjudice est énorme. Voici la déposition de leur chargé d’affaires qui décrit tous les tourments qu’ils ont enduré face aux spoliateurs de toutes sortes, profitant allégrement des troubles du temps pour s’enrichir aux frais des Pimodan et de la République :

 22 Thermidor An III (9 aout 1795)

 Alexis Marteau, demeurant à Montié sur Saux, chargé des affaires du citoyen Charles Jean Lavallée Pimodan, demeurant actuellement à Paris, Informé que l'Administration du département demandoit des éclaircissements sur l'époque et les motifs de l'incarcération du citoyen et de la citoyenne Pimodan, et sur la manière dont leurs biens avoient été administrés pendant le séquestre, dit que ce fut dans les premiers jours de pluviôse [an II] (janvier 1794) qu'ils furent incarcérés dans la maison d'arrêt ditte des Anglaises, à Paris, par arrêté du Comité de Sûreté générale, sans autre motif que d'avoir été ci devant noble et d'être père et

mère d'émigré ;

 Que le 5 brumaire de l'an 3eme (26 octobre 1794) ils furent mis en liberté par arrêté du même Comité.

 Que l'exposant se présenta au dictrict de Joinville avec une expédition de leurs mises en liberté le 1er frimaire suivant, un instant avant la laissée de la forge de Paroy et du fourneau d'Echénay, appartenant au citoyen Pimodan ; qu'il demanda un sursis à cette laissée, pour donner le temps au citoyen Pimodan de faire lever le séquestre mis sur ses biens. Il demanda à l'Agent, en présence des administrateurs, s'il ne devoit pas former opposition à cette laissée. Il lui répondit que cela seroit inutile, que l'on passeroit outre ; que les biens des citoyens Pimodan étoient en séquestre avant leur incarcération comme père et mère d'émigrés.

Que les Commissaires du District de Joinville [ont] établi pour gardien des meubles du ci devant château d'Echénay l'homme du monde le moins propre à cette fonction, un ivrogne d'habitude et qui s'étoit déclaré l'ennemi juré du citoyen Pimodan.

Ils établirent pour gardien à la forge de Paroy un ci devant commis du citoyen Pimodan, qu'il avoit peu de tems avant renvoyé de son service et qui depuis s'étoit aussi déclaré son ennemi juré.

Ils conservèrent l'exposant en qualité de principal régisseur, le citoyen Harmand régisseur particulier à la ferme d'Echénay et Formet régisseur particulier de la forge de Paroy et du fourneau d'Echénay, qu'ils n'appelèrent ni ne consultèrent ni l'un ni l'autre, ni pour les ventes ni pour les laissées des dits biens.

Ils firent faire la pèche d'un grand étang à Harméville peu de temps après le séquestre. Ils firent vendre le produit en détail, sans que l'exposant y soit appelé;

ce qu'il en sçait, c'est que les commissaires qui l'ont fait pêcher ont détruit le fond de cet étang en vendant une quantité de poissons qui ne pouvoient servir que de remise.

Que ce procédé enlève au citoyen Pimodan le produit de la prochaine pêche et au public une ressource considérable.

Qu'ils ont fait despêcher plusieurs autres petits étangs qui servoient au rempoissonnement de celui-là et qui servoient à entretenir le cours de l'eau nécessaire aux moulins, forges et fourneaux du citoyen Pimodan et aux usines de la rivière.

Lesquels étangs n'ont été depuis d'aucun produit, étant trop marécageux. Ils ont fait faire beaucoup d'ouvrages pour les despêcher, sans adjudication et infructueusement.

  

Ils ont fait vendre au District les ramilles des coupes de bois du citoyen Pimodan sans connoître la quantité d'arpents, ce qui a fait qu'il y a eu au moins moitié perte sur cet objet.

Ils ont fait afficher le jardin potager du ci devant château, contenant un journal et demi, bien cultivé, bien fourni de fruits et de légumes et tout prêts à récolter, et au moment de la vente au District on a affermé du même coup un jardin verger de quatre journeaux et demi, rempli d'arbres chargés de fruits et prêt à être

fauché, sans que ce dernier ait été affiché. Les deux ensembles adjugés au gardien des meubles et à trois autres personnes qui s'étoient trouvées là, pour la somme

de 375 livres, sans en retenir les semences du potager. On observe que si ces deux objets réunis n'ont pas monté au quart de leur valeur, c'est que le public ne savoit pas qu'on laisseroit le jardin verger, qui auroit convenu à un grand nombre d'amateurs, et, par ce procédé irrégulier, le citoyen Pimodan n'a pas tiré de ses six arpents d'excellent terrain les frais de leur culture.

Que l'on a, contre l'ordinaire, marqué la futaye blanche dans la coupe de ses bois, marqué même un grand nombre de jeunes chênes, qui préjudicie en même temps le citoyen Pimodan et le public pour l'avenir.

 Qu'ils ont fait affermer le moulin de Thonnance, appartenant au citoyen Pimodan, sans avoir observé que le munier sortant seroit obligé de mettre cette usine en état, ce qui porte un préjudice considérable, en ce que l'exposant a depuis été obligé de traiter avec ce munier presque pour rien.

 Que la ferme du citoyen Pimodan située à Échènay, régie par le citoyen Harmand, composée d'environ 120 jours de terre par saison et 440 fauchées de prés régie comme elle l'étoit par le dit Harmand, étoit d'une grande ressource pour la République ainsi que pour le propriétaire, parce qu'on y élevoit de beaux poulains, des veaux de la plus belle espèce, et qu'on y engraissoit des boeufs pour le service des armées de la République (On sait que, d'après les lois alors en vigueur, les parents d'émigrés—et c'était le cas du marquis et de la marquise de Pimodan—étaient admis à partager leurs biens avec la Nation, suivant la formule officielle.)

 Après avoir tourmenté le régisseur en faisant journellement arrêter ses registres, en recevant contre lui de fausses dénonciations, en lui faisant demander despotiquement des boeufs gras à mesure que la ville de Joinville en avoit besoin, sans les fixer à aucun prix, sans l'appeler au pesage ou à l'évaluation, et sur un bordereau fait sans lui, on lui a remis une partie du prix coûtant : le reste est resté en pure perte, ainsi que le prix de l'engrais.

 

Puis, ne jugeant pas à propos de continuer la régie, on l'a fait affermer. Elle l'a été, à la vérité, trop chère pour les canons, mais les chevaux, boeufs, vaches, veaux et les instruments arratoires (sic) laissés au fermier, à charge de les représenter, ont été évalués à très bas prix, tel que l'on pourroit prouver que le fermier a vendu, à son entrée à la ferme, deux chevaux 500 livres, qui n'avoient pas été estimés la valleur (sic) du harnois, qui sont restés au fermier. L'exposant s'en est plaint et on lui a répondu que c'étoit des experts qui avoient ainsi opéré. Ce fermier, qui est un pauvre homme incapable de gouverner un objet d'une si haute importance, ne tirera pas partie (sic) de cette ferme. Déjà ses foins sont mauvais et partie pourris, priveront la République de bons fourrages, qui pouvoit compter sur 400 milles de foin. Plus, n'ayant pas la faculté de faire les avances nécessaires pour graisser des boeufs avec une partie des premières herbes et toutes les secondes, fait encore une ressource de moins pour la République.

Ce même fermier vient de perdre deux belles juments poulinières, peut-être par deffaut de soin : cela privera le propriétaire de cette ressource sur lesquelles (.sic) il comptoit pour remplacer les chevaux qu'il avoit fourni à la République,  et le fermier en sera quitte pour un foible prix auquel ces deux belles juments avoient été estimées, et toujours perte pour le propriétaire.

Il est donc bien prouvé que si le régisseur eût été conservé encore quelque temps et que le Directoire de Joinville n'eût pas affermé cette ferme importante, le produit en eût été plus avantageux pour le propriétaire et pour la République.

 Un objet encore plus important pour le citoyen Pimodan étoit la conservation de sa forge de Paroy et de son fourneau d'Echénay en régie. L'exposant, avecl'aide du régisseur Formet, avoient (sic) approvisionné ses usines de charbon et de bois pour près de deux ans. On pourroit juger par les marchés qu'ils ont faits en bois et autrement qu'ils mettoient la même activité dans leur administration pendant le séquestre des biens du citoyen Pimodan qu'avant, mais l'Administration a fait tout son possible pour dégoûter et déconcerter l'exposant, tant en vendant les fers sans lui en dire un mot, qu'en lui donnant des ordres pour les délivrer sans lui donner les fonds nécessaires au roulement de ces usines, qu'en lui faisant faire inutilement des pétitions et des voyages à Joinville sans succès. [Il] s'est retiré au 1er messidor de l'an 2eme(1), laissant le citoyen Formet seul à la suite de ces usines.

Ce dernier en étoit totalement rebuté, tant par les voyages inutiles à Joinville que parce qu'il ne pouvoit plus payer ses ouvriers, qui le faisoient poursuivre en justice, quoiqu'il y ait beaucoup de fonds dans la caisse appartenant au citoyen Pimodan.

Il étoit redevable, au 1er frimaire de l'an trois (2), au moment où la laissée de la forge et du fourneau s'est faite, de 9 353 livres, qu'il n'a payé (sic)que depuis la levée du séquestre, et l'étoit même de plus, ces termes d'achat de bois n'ont été payés que depuis la levée du dit séquestre par l'exposant (3).

Enfin la forge et le fourneau furent affermés le 1er frimaire, pour entrer en jouissance le 1ernivôse suivant, au citoyen Moulin, de Saint-Dizier, pour neuf années consécutives. On lui a cédé les fontes, les bois en cordes, les charbons au maximum, sous la condition que le preneur livrerait à la République ou au propriétaire, bien entendu, et avant tout, les quatre cinquièmes de la fabrication des fers dont cette forge était en réquisition.

On lui a aussi cédé des marchés de bois non encore exploité, pour environ cinq mille cordes, le plus à portée possible des usines, et dont le prix principal de l'acquisition n'élèvera pas celui de la corde non façonnée à quarante sols ; le tout à charge de rendre à la fin du bail la même quantité de charbons, mines, fontes, bois, et sans en fixer ni le prix, ni l'éloignement des bois. En sorte qu'à la fin du dit bail cela peut faire une grande contestation, dans laquelle les experts donnent toujours tort au propriétaire.

Cela fait, il devait être procédé à une visite des bâtiments et usines et à une évaluation des aprêts et matériaux par des experts.

 

(1) 19juin1794.

(2)21novembre1794.

(3) Phrase incorrecte mais telle dans l'original.

 

En conséquence cet adjudicataire, dès le 4 frimaire, obtint du District un arrêté (l'exposant ne sait ni par quel motif, ni par quel moyen) qui lui permettoit de commencer son entrée en jouissance aussitôt l'évaluation des aprêts et matériaux, laissant la vente des bâtiments en arrrière.

Avide de gain, il s'est vite hâté de nommer pour son expert le citoyen Colas, régisseur à Montier-sur-Saux, et le District de Joinville a nommé le citoyen Jobert, Ci devant commis du citoyen Pimodan et son plus grand ennemi depuis son renvoy.

De suite ils ont procédé à la visite et évaluation des dits aprêts et matériaux, seulement en présence de Formet déjà choisi pour être régisseur pour Moulin, lequel, pour conserver sa place, ne devoit rien dire.

 

D'abord ces experts estimèrent les charbons dans les halles en les cubant, ce qui fait un déficit de plus d'un quart sur la quantité de vannes. Ils les estimèrent, d'après cette livraison, à 33 livres 12 sols la vanne de 28 resses, ce qui fait une partie pour le propriétaire, au moins de moitié, même au maximum, tant par la livraison que parce qu'ils ont estimé la vanne de 28 resses, cubées et rendues dans les halles, comme la vanne de 18 à 20 resses devoit l'être au bois.

Quant aux fontes, ils les ont évaluées au maximum, tant au fourneau qu'à la forge, sans faire de différence de celles qui étoient conduites à la forge, qui est à une lieue et demi du fourneau, quoiqu'elles aient coûté de gros frais de transport.

 

Pour les bois mis en cordes, ils devoient, suivant les conditions du bail, être estimés aussi au maximum, et voici comment ils ont opéré :

En 1790 les coupeurs ne faisoient pas les cordes meilleures qu'en 1794, ni le bois plus long, et les cordes existantes devoient être estimées sans diminution puisque le tarif du Dictrict de Joinville, à l'article des bois, ne spécifiait aucune condition, mais seulement il disoit « corde ordinaire ».

Or, les cordes qui dévoient être estimées étoient aussi bonnes que jamais; elles l'ont été par les soins que Formet s'étoit donné à les faire fabriquer.

Puis, comme les marchés que l'exposant et Formet avoient faits étoient très bons, ils se sont contentés d'évaluer les coupes dont la cuisson étoit déjà commencée et une partie des cordes restantes dressées et mises en fourneau. A Bonnet, ils ont réduit 2603 cordes à 1953; à la forêt du Chènois, d'Aingoulaincourt, ils ont réduit 840 cordes à 700; dans la forêt des Mésangères, de Paroy, ils ont réduit 501 cordes à 434 cordes et demie, en disant seulement que le bois

étoit trop court. Mais on ne le faisoit pas plus long ni en 1790, ni ailleurs, elle Maximum disoit « cordes ordinaires «

 

Quant aux cordes des forêts de Vaudeville, d'Effincourt, de Saudron, bois du Val d'Osne, bois de Bure, quoique mises en cordes et que, suivant le bail elles aient dû être évaluées au maximum, voyant que, telles réductions ils puissent faire, elles seroient toujours plus chères à l'adjudicataire qu'en prenant simplement les marchés faits à son compte, ils les lui ont laissés en payant le prix de l'achat et celui de l'exploitation.

Ainsi le citoyen Moulin, en suivant ses intérêts, les conduisoit partout où il y avait de grands bénéfices, et les propriétés du citoyen Pimodan, livrées entre les mains de ses ennemis, se réduisoient presque à rien.

Quant aux marchés des bois non encore exploités, ils les ont laissés au citoyen Moulin à la charge d'en acquitter le prix, mais ils dévoient stipuler l'éloignement de ces bois et la quantité de cordes qu'ils pouvoient produire, ou à peu près, afin qu'à la fin du bail les parties sachent sur quoi compter.

Dans l'évaluation des bois de chauffe, au bois comme à la forge, les experts se sont conduits par les mêmes principes.

Le citoyen Moulin, ayant la délivrance de ces aprêts à un aussi bas prix et profitant de l'arrêté du District de Joinville, a fait travailler à son compte dès le 12 frimaire.

Le receveur des droits d'enregistrement au poste d'Echénay, indigné de tous ces procédés, ne voulut pas signer le procès-verbal des experts. Il fit saisir les fontes coulées, les fers forgés avant le 1ernivose. Il déduisit ses raisons au Département qui, par un arrêté en datte du 17 ventôse, cassa celui que le citoyen Moulin avoit eu le talent d'obtenir du District de Joinville le 4 frimaire.

D'après tous ces procédés de la part des administrateurs du District de Joinville, il est aisé de juger qu'ils prenoient à tâche de persécuter le citoyen Pimodan

et ses agents, et que souvent, pour y réussir, ils abandonnoient les intérêts de la République pour la part qui doit lui revenir pour les fils du citoyen Pimodan soi disant émigrés.

Aussi ont-ils réussi, en dérangeant considérablement sa fortune surtout par la laissée de sa forge, de son fourneau, et par la vente des approvisionnements considérables qu'il n'avoit faits qu'avec des emprunts et sur le produit desquels il comptoit pour en faire les remboursements. L'exposant croit qu'il seroit de toute justice que dans le cas où le bail serait jugé valable, l'évaluation des matériaux soit estimée au moins au prix du Maximum et que le fermier délivre les quatre cinquièmes des fers que les matériaux ont pu produire au prix du Maximum, ou que le prix de ces matériaux suivît la progression du prix des fers jusqu'à extinction de leurs produits suivant une nouvelle évaluation, la première étant frauduleuse, et que les experts soient tenus de stipuler l'éloignement des bois qui ont été cédés au fermier et le nombre des cordes qu'ils auroient pu produire, pour qu'à la fin du bail, s'il a lieu, il n'y ait point de contestation.

 

A Montier-sur-Saux, ce 22 thermidor l'an 3eme de la République.

(Signé :) MARTEAU.

 

On lit au dos :

A la citoienne Poirée

Isle de la Fraternité, quai de l'Union N°21.

à Paris (1).

(Archives Pimodan.Original, papier.)

 

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