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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

JULES MARIE GAROLA, CULTIVATEUR "PROGRESSIF" - ECHENAY 1823 / 1881

Publié le 29 Novembre 2017 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans La famille GAROLA

Après avoir suivi Jacques Jean Marie Garola de Turin à Echenay lors du précédant épisode, je vais maintenant m’intéresser à un de ses fils, Jules Marie.

Jules Marie est né le 8 septembre 1823 à Joinville (52), fils de Jacques Jean Marie Garola et de Marguerite Olivier. Il a au moins 5 frères et sœurs comme nous avons pu le voir.

S’il n’est pas l’ainé, c’est pourtant lui qui succédera à son père comme agriculteur à Echenay (puis ailleurs comme on le verra) mais c’est surtout avec lui que s’ancrera cet amour pour l’agriculture de la famille Garola. Mais ne brulons pas les étapes…

Jules grandit à côté de son père comme le montre les recensements successifs d’Echenay. Il a vu celui-ci passer de la profession de boucher à celle de marchand de bestiaux puis de cultivateur. Alors, quand ses frères et sœurs quittent progressivement le foyer familial, lui reste à la ferme.

Il doit avoir entre 15 et 18 ans quand son père reprend la ferme du château d‘Echenay et il est certain que cet environnement lui plait beaucoup. La ferme du marquis de Pimodan est une grosse exploitation. Ce dernier, noble et père d’immigrés durant la révolution (mais resté en France durant la tourmente) a évidemment été spolié mais il a vaillamment défendu ses biens malgré un séjour en prison et, avec l’aide de son dévoué maître de forge nommé Harmand, il a réussi à préserver l’essentiel dont la ferme.

Si le domaine Pimodan (appelons-le comme ça) n’a plus sa superbe d’avant la Révolution, cela reste encore quand même un bel ensemble avec moulin à grains, forge, bois, bétails et prairies, champs et étangs.

Mais pour les Pimodan, famille noble d’extraction chevaleresque, ayant connu les honneurs de la cour sous la monarchie, la place est maintenant à Paris. Forge, moulin, ferme, tout est confié à des tiers et c’est dans cet environnement que Jules Garola va véritablement commencer sa vie professionnelle.

Mais avant cela, il voyage un peu comme le montre le recensement de 1846, aide sans doute son père à l’exploitation puis le 27 février et le 5 mars 1848, les bans du mariage entre Jules et Clara Athénaise Rémy sont publiés à la mairie d’Echenay.

Jules est domicilié à Neufchateau (88) et est dit sans profession. Sa future est domiciliée à Thonnance les Joinville (à une dizaine de kilomètres d’Echenay), sans profession également. Le jeune couple s’installe à la ferme d’Echenay et participe activement à son développement.  

Et il y a du monde au travail !

  • Jean Jacques Garola, propriétaire, 62 ans
  • Jules Marie Garola, agriculteur, 27 ans
  • Clara Athénaise Rémy, sa femme, 23 ans
  • Pierre Georgeon, chef de culture, 49 ans
  • Julie Berthe, employée, 17 ans
  • Jules Jean Baptiste Mangeot, domestique, 26 ans
  • Françoise Demandre, domestique, 30 ans
  • Ignace Milloni, berger, 75 ans, non naturalisé, de Nationalité Italienne
  • Paul Charle, domestique, 21 ans
  • Antoine Buckmann, domestique, 19 ans
  • François Damien Dieudonné, domestique, 10 ans
  • Germin Duval, huillier, 46 ans
  • Henry Hegner, domestique, 19 ans

Source : Recensement Echenay 1851 – AD 52

Ayant manifestement hérité de l’esprit « entreprenant » de son père, il n’aura de cesse de moderniser celle-ci en apportant moultes nouveautés, suivant de près le progrès agricole, participant aux concours, encourageant ses employés, etc…  En voici quelques exemples concrets :

Annuaire du commerce 1858

Annuaire du commerce 1858

Au point de vue historique, il est permis de rappeler qu’avant 1855, il existait à Echenay une distillerie de betteraves, que M. Jules GAROLA avait annexée à l’importante ferme qu’il exploitait dans cette localité, distillerie qu’il transféra ensuite à Saint-Eloi, commune de Chatonrupt, lorsqu’il prit à bail cette propriété. Le poids des racines traitées par jour s’élevait à 2500 kilos. La distillerie de Saint-Eloi cessa vraisemblablement d’exister en 1874, au départ de M. GAROLA

Source : Site Chambre d’Agriculture de Haute Marne – Les Industries Agricoles – par M.P FOURRIER, Directeur des services agricoles de la Haute Marne - Extrait du chapitre IX

L’alcool produit a-t-il réchauffé les habitants du village dans leurs taches agricoles lors des froids hivers d’alors ?...

Monsieur Jules Garolla est « un jeune agriculteur progressif ». Il aime son métier, s’implique, tente et réussit souvent. Aussi le retrouve-t-on fréquemment dans les revues spécialisées de l’époque. Elevage, culture, il est partout et œuvre sur tous les fronts ! Il n’hésite pas non plus à s’associer pour accroitre son activité.

 « Nous signalerons encore à votre attention, messieurs, un jeune cultivateur progressif, M. Garola, qui exploite, de concert avec M. Lallement, la ferme de Saint Antoine, commune de Bure (village voisin. NDR). Cette exploitation se compose de 147 hectares d’une culture extrêmement difficile, en raison de la quantité prodigieuse de pierres qui couvrent le sol. L’assolement à Saint Antoine est très productif et très fertilisant. Pourvue de tous les bons instruments de culture, possédant un nombreux bétail, parmi lequel un des meilleurs troupeaux mérinos du département ; cette exploitation fournie l’exemple d’une culture laborieuse et parfaitement entendue. Elle atteste aussi l’intelligence, l’activité et le parfait accord qui distingue ces deux agriculteurs qui exploitent avec beaucoup de succès la ferme de Saint Antoine » .

Source : Journal d’agriculture pratique 1857 - Concours régionaux de Bar le Duc 1857

En parfait entrepreneur/manager, M. Garola fait aussi participer son personnel :

Concours régional de Bar le Duc – 1857 - Récompenses aux serviteurs ruraux

Une somme de 50 francs et une médaille d’argent au sieur Milloni Ignace, employé chez M. Garola à Echenay (Que l’on a vu dans le recensement de 1851)

Source : Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique - 1857

 

Naturellement, il participe aussi aux manifestations de sa région et n’hésite pas à se déplacer, parfois assez loin, pour montrer son savoir-faire. Ainsi quelques exemples car la liste serait trop longue :

Concours régional de Chaumont – 1858

Première division – Espèce bovine- Première classe – 1ere catégorie Race fémeline pure : Mâles – 1er prix, M. Garola à Echenay

Source : Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique - 1858

Concours régional de Troyes 1860

162 animaux figuraient dans l’espèce bovine ( ). Tous les connaisseurs ont reconnu que cette partie du Concours était très remarquable, sinon par le nombre, du moins par la distinction des animaux. ( ) M. Garola qui avait été un des concurrents les plus sérieux pour la prime d’honneur de la Haute Marne, avait exposé sous le N° 7, un taureau fémelin né dans sa ferme d’Echenay, et qui a remporté le 2eme prix.

Source : Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique - 1860

Il communique également sur ses résultats, preuve de son implication dans son métier et d’une gestion maitrisée :

M. J. Garola a publié le compte de dépenses suivant pour la culture de betteraves sur la ferme d’Echenay, près Joinville :

- Loyers et impôts                                                     36 à 40 fr

- Labours et hersages                                                54 à 60 fr

- Engrais                                                                  105 à 125 fr

- Graine                                                                            4 à 5 fr

- Ensemencement                                                          3 à 4 fr

- Sarclages et binages                                               75 à 80 fr

- Arachement, transport et mise en silo                 36 à 50 fr

            Ensemble …..                                               313 à 364 fr

La moyenne entre ces deux chiffres est de 338,50 fr et il conviendrait d’ajouter à cette moyenne une somme égale à celle que M. de Dombasle attribue aux frais généraux, soit 60 fr, ce qui porterait les dépenses à 398,50 fr.

Source : Guide pratique du fabricant de sucre – Nouvelle édition - Par  N. BASSET, auteur de plusieurs ouvrages d’agriculture et de chimie appliquée – 1er volume – Paris - 1872

Voici dressé en filigranne le portrait d’un agriculteur en avance sur son temps.

Au recensement de 1861, la famille de Jules Garola n’apparait plus. Joseph Goldschmit l’a remplacé mais c’est une autre histoire !

A la ferme de St Eloi sur la commune de Chatonrupt près de Joinville (52), il continuera sur la même lancée comme le montrent les recensements de 1861 et 1866.

Recensement de 1866 - Chatonrupt - AD52 - On peut juger de l'importance de l'exploitation !

Recensement de 1866 - Chatonrupt - AD52 - On peut juger de l'importance de l'exploitation !

Jules Marie Garola aura donc consacré l’essentiel de sa vie à la culture et à l’élevage.

Le couple voyagera également puisque Clara Athénaise décède à San Pedro Mansara (Espagne), entre Marbella et Gibraltar le 19 février 1878 (nous en découvrirons la raison dans l’article suivant).

C’est donc dans cet environnement champêtre d’Echenay que sont nés et ont grandi leurs enfants.  Ils en auront à priori 3 dont 2 vivront :

  • Lucien Eugène le 26 janvier 1850 (il décédera quelques jours plus tard, le 12 février 1850)
  • Lucien Eugène (eh oui, encore !) le 8 mai 1851
  • Charles Victor le 11 juin 1855

Nul doute qu’ils apprécièrent leur enfance à la ferme et Jules « soignera » leur éducation.  

Au terme d’une vie bien remplie consacrée à l’agriculture, il décède à Tomblaine (Meurthe et Moselle) le 14 octobre 1881.

 

A suivre… Et préparez vos valises pour un voyage au delà des montagnes et des mers

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JACQUES JEAN MARIE GAROLA - DE TURIN A ECHENAY - 1788 / 1878

Publié le 26 Novembre 2017 par Petite et Grande Histoire d'Echenay dans La famille GAROLA

Par cet article, j’entame l’histoire de la famille GAROLA dont certains membres ont vécu à Echenay au XIX siècle, famille qui nous mènera de l’Italie à l’Argentine en passant par la France et l’Espagne.

Une singulière saga familiale sur 5 générations où la terre et surtout l’agriculture auront une place primordiale…

De Turin (Italie) à Joinville (52), de Joinville à Echenay (52), d’Echenay à Malaga (Espagne) puis Buenos Aires (Argentine) ou plus simplement d’Echenay à Chartres (28) mais en passant sous les ors de la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur, voici l’histoire, bien incomplète sans doute, d’une famille issue de l’immigration.

Alternant pas de géants et sauts de puces, les Garola illustrent bien l’esprit de progrès qui anime la France dans le courant du XIX siècle mais aussi cette « révolution » que l’on a appelée « industrielle » mais qui fut aussi, et on l’oublie trop souvent, « agricole ».

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JACQUES JEAN MARIE GAROLA

En 1788, la France est dans la tourmente. La royauté, régime plus que millénaire, vacille et tout explosera bientôt….

Pourtant, c’est bien loin de la France et d’Echenay que va débuter notre histoire…

Alors, direction l’Italie et Turin, ville du Piémont et capitale du royaume de Sardaigne à cette époque.

C’est là que le lundi 20 octobre 1788, Jacque Jean Marie Garola voit le jour.

Il est le fils de Jean Antoine Garola et de Jeanne Bertin domiciliés dans cette ville. Si le nom de son père « sonne » italien, celui de sa mère semble bien français. Hélas, il ne m’a pas été permis de trouver plus de renseignements sur ce couple, l’état civil italien ne semblant pas être en ligne.

1789… En France, une année s’est écoulée et le mécontentement du peuple a pris le dessus. La révolution et ses idées de liberté, d’égalité et de fraternité sont en route. Commencent alors une longue série de démêlés avec toutes les puissances européennes.

C’est ainsi qu’en 1796, un petit général français du nom de Napoléon Bonaparte entame une campagne militaire sur le nord de l’Italie. Après quelques vicissitudes, l’armée française s’installe en Italie et y restera 2 décennies environ.

Turin est occupé et le jeune Jacques Jean Marie grandit au milieu des troupes d’occupation.

Curieusement, ce sont elles qui me permettront de retrouver sa trace en avril 1812 puisqu’il sera appelé à servir la France. Il fait en effet partie des 51 conscrits de Turin des classes 1807 / 1808 /1809/ 1810 / 1811 / 1812 qui doivent intégrer la Garde Nationale.

Source: Raccolta di leggi, decreti, proclami, manifesti ec. Vol 40 - Torino

Source: Raccolta di leggi, decreti, proclami, manifesti ec. Vol 40 - Torino

Accomplira-t-il vraiment cette obligation ? Je ne sais pas car je le « perds » encore une fois mais pour peu de temps.

C’est en France, à Joinville (Haute-Marne), près d’Echenay, que je le retrouve un an plus tard, début juillet 1813. Ainsi, il a quitté sa ville natale d’Italie et est arrivé en Haute-Marne. C’est peut-être là qu’il rencontre Marguerite Olivier puisqu’ils y convolent en justes noces.

Acte de mariage - AD 52

Acte de mariage - AD 52

A-t-il été dépaysé ? Turin était alors une grande ville de plus de 100 000 habitants et Joinville une simple petite bourgade de campagne. Toujours est-il que Jacques Jean Marie passera le reste de sa vie dans ce petit coin de Haute-Marne et y vivra une belle ascension sociale.

En ce 7 juillet 1813, Jacques Jean Marie Garola, boucher de son état, épouse à Joinville Marguerite Olivier, native de cette ville. Il a 24 ans, son épouse 22 et le père de « l’aimée » est bonnetier en cette bonne ville de Joinville.

Marguerite a sans nul doute été sensible au célèbre charme italien puisque « Pâques a été fêté avant les Rameaux » !

Ainsi, Jean Joseph Marie, premier enfant du couple, nait le 20 octobre 1813, 2 mois et demi après le mariage de ses parents. Peut-être est-ce cela qui a précipité le mariage ?

Au moins 5 autres enfants suivront :

  • Joseph Eugène, le 20 décembre 1814
  • Marguerite le 27 février 1818
  • Marguerite Victorine le 22 mars 1820
  • Jules Marie le 8 septembre 1823 (dont nous reparlerons)
  • Marguerite Delphine le 18 octobre 1828

 

Et c’est par ses enfants que l’on peut suivre l’évolution sociale de Jacques Jean Marie.

Si pour les 5 premiers enfants, il est dit exercer la profession de boucher, à la naissance du 6eme en 1828 (Marguerite Delphine), il est cité comme « Marchand de bestiaux ». Cette étape professionnelle qui peut sembler banale va pourtant certainement être indirectement à l’origine de la vocation de certaines des générations suivantes.

JH Fragonnard - Le taureau blanc à l'étable- Paris Le Louvre

JH Fragonnard - Le taureau blanc à l'étable- Paris Le Louvre

Cette évolution professionnelle connaitra encore une nouvelle étape puisqu’il devient cultivateur à Echenay, fermier général du château, une sorte de suite logique au métier de marchand de bestiaux. Certainement a-t-il pensé qu’il serait mieux économiquement de vendre des bêtes qu’il élèverait…

Les recensements de 1841 à 1851 nous donnent une idée de l’évolution de sa réussite :

  • En 1841, 10 personnes forment le foyer (lui et son épouse, 2 enfants du couple, la mère de sa femme, un agriculteur et 4 domestiques)
  • En 1846, 10 personnes (le couple et 2 enfants, un agriculteur et 5 domestiques)
  • En 1851, 13 personnes (Jacques Jean Marie, son fils Jules et l’épouse de celuici, un chef de culture, un employé, un berger, un huillier et 6 domestiques)

On voit bien là l’intégration parfaite du jeune italien arrivé de Turin fin 1812.

Mais pour qu’elle soit complète, il manque sans doute pourtant encore quelque chose….

Quand son fils Joseph Eugène (né en 1814) est appelé au service militaire, il est noté comme « fils d’étranger ».

Cette situation doit certainement contrarier Jacques Jean Marie Garola. Souffre-t-il un peu de celle-ci, lui qui a gravi les échelons de la société Joinvilloise ?

Toujours est-il qu’il demande la nationalité française et le 14 mai 1844, le « roi des Français » Louis-Philippe lui accorde la naturalisation. L’intégration du jeune immigré est alors totale !

Bulletin des Lois de la République - Vol 25

Bulletin des Lois de la République - Vol 25

Mais s’il est maintenant Français, il semble que Jacques Jean Marie n’ait pourtant pas oublié son Italie natale. A 2 reprise au moins, il sollicite un visa pour retourner en Italie : le 22 août 1817, pour « y voir sa famille » puis le 20 mars 1827, pour « affaires ».

Demande de visa 1817 - AD 52

Demande de visa 1817 - AD 52

Demande de visa 1827 - AD 52

Demande de visa 1827 - AD 52

Des années 1840 à 1856 environ, le couple Garola/Olivier vivra à Echenay où il est recensé comme « propriétaire ».

Mais avec l’âge, Jacques Jean Marie, devenu veuf, doit prendre sa retraite. C’est son fils Jules qui va prendre sa suite sur l’exploitation. Il se retirera à Joinville où il décédera le 31 août 1878 en présence d’un de ses petits-fils dont nous aurons l’occasion de reparler.

Jamais sans doute en traversant les Alpes pour s’installer aux confins de la Champagne, il n’aurait pu imaginer la route, au propre comme au figuré, qu’il a initié chez ses descendants. Il me plait d’imaginer que c’est à Echenay, en regardant la campagne environnante, qu’ils ont trouvé leur vocation. Cette vocation, nous aurons l’occasion d’en reparler en évoquant la vie de son fils Jules puis celles de ses petits-enfants.

Né sur les rives du Pô, Jacques Jean Marie Garola s’éteint sur les bords de la Marne. Mais une chose est sûre : le petit émigré Turinois a fait son chemin en France.

 

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