Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Articles avec #mes ancetres tag

DE BÜTTEN (Bas Rhin) A ECHENAY - 1820 / 1901

21 Juillet 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

DE BÜTTEN (Bas Rhin) A ECHENAY - 1820 / 1901

L’homme s’arrêta au détour du chemin et se retourna. Il jeta un dernier regard sur le village qu’il venait de quitter, son village, puis il reprit son chemin. Depuis quelques temps déjà, sa décision était prise : il allait partir, quitter le pays de ses ancêtres où il n’y avait plus d’avenir. Ce fut un voyage sans retour…

Remontant le temps, je l’ai retrouvé aux Archives de Chaumont (52) un siècle et demi plus tard. Il s’appelait Philippe WITTMER et était né le 24 octobre 1820 à Bütten, petit village du Bas Rhin, plus proche de la Lorraine que de la plaine d’Alsace : l’Alsace Bossue comme on la nomme.

Je garde un souvenir ému de ces retrouvailles car ce fut le premier événement marquant de mon début de recherches généalogiques, il y a bien longtemps. Philippe est mon arrière-arrière-grand-père.

J’étais assez rapidement arrivé jusqu’à lui et je découvrais que cette branche, que j’imaginais originaire de Haute-Marne, venait de bien plus loin.

Le premier élément tangible de son histoire que j’avais trouvé était son acte de mariage. La célébration eut lieu à Lafauche (52) le 31 juillet 1847. Son épouse, Catherine RUBECK, était née le 1 janvier 1819 à Bliesdalheim en Allemagne (région de la Bavière à l’époque, la Sarre actuellement). Toutefois, cette localité est peu éloignée de Bütten (environ 35 kms).

Immédiatement, les premières interrogations naissaient sur cette « migration ».

  • Pour quelle raison part-il d’Alsace ? Est-ce des difficultés de vie qui lui firent prendre cette décision, espérant une vie meilleure ailleurs?
  • Philippe et Catherine sont-ils partis ensemble de leur région d’origine ou le hasard les a t-il réuni en Haute-Marne ?
  • Pour quelles raisons choisissent-ils la Haute Marne comme point de chute ?

A ce jour, je n’ai pas trouvé les réponses exactes et sans doute ne les trouverai-je jamais ! Mais plusieurs éléments apportent un début d’explications:

Philippe perd sa mère, Anne Elisabette Haehnel, en mars 1829. Il a donc 9 ans. Six ans plus tard, Martin Wittmer, son père, rejoint sa femme (le 21 aout 1835) et Philippe se retrouve de fait orphelin avec sa sœur Christina, de 4 ans sa cadette (6 mai 1824). Sans doute est-il marqué par ces malheurs. Au point de vouloir quitter le village ?...

Comme ils ne sont encore que des enfants (il a 15 ans et sa sœur 11), ils sont recueillis par une tante, Catherine Rauscher. Au recensement de Bütten de 1836, celle-ci vit chez son fils Nicolaus, tisserand, et sa belle-fille Catherine Bauer.

Recensement de Bütten en 1836 (AD 67)

Recensement de Bütten en 1836 (AD 67)

La vie est très dure en Alsace dans ces années 1835-1850. Après avoir subi les guerres de l’Empire, l’Alsace, a retrouvé un calme précaire à la fin de celui-ci. Mais les stigmates sont bien réels.

L’agriculture a été ravagée par les troupes d’occupation militaire de la coalition, en transit ou en cantonnement, et le commerce a perdu de sa superbe. Les filatures, les bonneteries, les draperies tournent au ralenti. Les ateliers de construction métalliques et les forges également… La crise du coton est aussi passée aussi par là et l’Alsace n’est plus la plaque tournante de son commerce vers l’Est. Bref, les données et les équilibres économiques sont changés.

Et puis, il y a cette augmentation importante de la population. Dans cette région essentiellement agricole, les terres viennent à manquer pour s'installer. A la crise industrielle et commerciale vient bientôt s'ajouter la disette. Les prix agricoles flambent dont le pain et les pommes de terre (1)

Philippe et Catherine (sa sœur) sont issus d’une famille modeste. Leurs ancêtres sont tisserands, cultivateurs, journaliers… De petites gens… Nul doute que la crise les frappe de plein fouet !

Devant cette situation aggravée par sa position d’orphelin, à la charge d’une tante, il est fort probable que Philippe ne se voit pas d’avenir au pays ! Il est jeune et envisage certainement sa vie ailleurs, dans un monde meilleur.

A l’âge de 21 ans (donc en 1841), il vend sa part de la maison héritée de son père, laissant sa sœur, propriétaire de l’autre part au pays (mais elle n’a encore que 17 ans). La vente a lieu le 7 novembre 1841 et l’acheteur s’appelle Jacob GRUB. Cela semble donc bien être un départ volontaire et préparé. Pour l’anecdote, cette maison, ainsi que 2 autres, fut rasée en 1858 pour construire l’église protestante de Bütten. Je ne la verrai donc jamais !

Bütten - Temple protestant - Source: Google

Bütten - Temple protestant - Source: Google

Sur l’acte de mariage de Philippe apparaît la mère de Catherine RUBECK (son épouse) où il est indiqué qu’elle est domiciliée à Prez sous Lafauche, village voisin de Lafauche comme son nom l’indique. Elle y décédera le 16 septembre 1847, soit un mois et demi après le mariage. Le père de Catherine, Andréa RUBECK, est, lui, décédé le 18 mai 1845 à Bliesdalheim. Qu’elle ait accompagné sa fille et son gendre lors de leur migration ou qu’elle les ait rejoints plus tard marque bien le caractère définitif qu’ils souhaitent donner à leur départ.

On note également, dans les environs géographiques Haut-Marnais du couple qui nous intéresse, la présence d’Elisabeth, la sœur de Catherine et de son mari Jean Porté.

Bref, tout converge vers un départ « familial » volontaire, organisé et préparé !...

Trajet possible de Philippe Wittmer

Trajet possible de Philippe Wittmer

S’ensuit un « trou » entre 1842 à 1846 pour lequel je ne dispose pas d’informations. Le temps du voyage ?... Non, je ne pense pas ! 150 kms à vol d’oiseau ou 174 par la route actuelle la plus courte séparent les deux villages. Pour un homme jeune et forcément bon marcheur (à cette époque, 50 kms à pied sont couramment et aisément effectués en une journée), la distance était parcourue en 3 jours sans forcer. Alors le voyage fut-il plus long, ponctué d’arrêts, d’étapes où il trouve quelques travails temporaires ?...

J’ai essayé d’imaginer son voyage. Bien sûr, cela n’a aucune valeur de certitude mais je souhaitais remettre celui-ci dans le contexte des routes de l’époque. Au départ, Philippe « tire » quasiment plein Ouest en direction de Nancy puis infléchit sa route vers le Sud-Ouest. Comme on le voit sur la carte, il existe à cette époque des chemins de grande communication qu’il a pu emprunter. Enfin rien n’est sûr !...

C’est en Haute-Marne que le lien se renoue.

Pourquoi cet endroit ?... Doit-on compter avec le hasard des chemins ?

Là encore, un faisceau d’indices se dessine, mais toujours sans certitude ! Presque partout où le couple passe, on retrouve des patronymes originaires de la région de Bütten : Eschenbrenner à Echenay, Porté à Lafauche, etc… Pourquoi ne pas imaginer qu’un bouche à oreille se soit mis en place entre la Haute-Marne et Bütten, s’appuyant sur les potentialités d’emploi et de logement ?

Et le choix de la profession ?

L’industrie du fer en Haute-Marne, très active à cette époque et employant de nombreux bras, aurait pu lui proposer un emploi. Mais Philippe est un rural, un terrien, et sans doute cherche-t’il plutôt d’emblée dans cette direction. A-t-il déjà une expérience des moutons ? Quoi qu’il en soit, il sera toujours fait mention, après quelques années, de sa profession de berger dans tous les actes ou documents que j’ai pu consulter.

Le voici donc en Haute-Marne !...

Le premier élément incontestable pour reconstituer leur parcours est le recensement de 1846 du village de Lafauche. Philippe Vithmer (sic) est domestique à la ferme de Lavaux, écart de Lafauche (2). Mais il peut y être depuis quelques années déjà ! Né en 1820, il a donc 26 ans et non 24 comme le mentionne le préposé au recensement. Catherine « Roubeck » (Ah, l’accent !) y est également domestique.

Rien ne peut objectivement laisser supposer qu’ils soient venus ensemble de leur région de naissance. Aussi, en l’absence de preuve, je m’abstiendrai de toute déduction hâtive !

Ce qui est sûr, c’est que les deux «pays » se marieront à Lafauche l’année suivante, le 31 juillet 1847, comme je l’ai déjà évoqué.

Recensement de Lafauche en 1846 - AD52

Recensement de Lafauche en 1846 - AD52

De son union avec Catherine RUBECK naîtront au moins 8 enfants et c’est grâce à eux que l’on peut reconstituer leur périple Haut-Marnais.:

Nicolas Justin (°30/4/1848), Marie Catherine Rose (°7/4/1850) et Marie Catherine Emilienne (°23/3/1852) naissent à Lafauche (52) où est domicilié le couple.

Recensement de Lafauche en 1851 - AD52

Recensement de Lafauche en 1851 - AD52

Puis, le couple « migre » vers Sailly où naît Marie Augustine (°15/12/1854) avant de déménager vers Poissons (en 1855, ils habitent au lieu dit L’Ile d’Aliron et en 1857, Rue Neuve) où Catherine Alix (°22/11/1857) verra le jour.

C’est probablement vers cette période, entre 1851 et 1856, que Philippe change de métier. De journalier, il devient berger et il sera ainsi reconnu jusqu’à sa retraite. Légère ascension sociale ! Il est possible (mais non sûr) qu’il fut berger communal. Cela expliquerait cette petite aisance matérielle puisqu’apparait un jeune domestique, Philippe Mélaire, à leur domicile. A l’époque, quelques ovins font un complément de revenus pour beaucoup de foyers mais il y a une contrainte. Il faut les surveiller ! Comme le travail ne manque pas, c’est un vrai problème. Pendant des siècles, on a confié cette tâche à un enfant ! Mais maintenant, les enfants sont à l’école ! (enfin, autant que faire se peut !) Alors, on engage à plusieurs un berger et on lui confie la garde du troupeau ainsi constitué ! Le matin, il suffit d’ouvrir la porte de l’étable et les animaux sortent spontanément sur la rue rejoindre le troupeau et le soir, ils rentrent seuls dans leur étable qu’ils reconnaissent parfaitement.

Recensement de Poissons (52) en 1856 - AD 52

Recensement de Poissons (52) en 1856 - AD 52

Mais reprenons le fil de l’histoire !

Entre 1856 et 1861, nouveau déménagement vers Effincourt où Jean Camille (mon arrière-grand-père) naîtra (°7/3/1859). Puis départ vers Saudron, à une lieue, où Marie Victorine (°29/9/1860) et Paul (°4/7/1863) viendront au monde.

Recensement de Saudron en 1861 - AD 52

Recensement de Saudron en 1861 - AD 52

Catherine RUBECK a alors largement dépassé la quarantaine et l’on peut logiquement penser que la ménopause met un terme à ses grossesses.

En 1865, le 13 juin, le couple perd Marie Augustine, âgée de 11 ans. Son décès sera enregistré à Poissons. Le couple a t-il encore déménagé ?… Peut-être pas car en 1866, ils apparaissent encore sur le recensement de Saudron.

5 ans au même endroit !!! La fin de mes tracas ? Hélas, non ! Le nomadisme professionnel reprend…

Recensement de Saudron en 1866 - AD 52

Recensement de Saudron en 1866 - AD 52

En 1869, décès d’un second enfant, Marie Victorine, le 14 février 1869 à Pansey où réside alors le couple, sur la route Impériale de Joinville à Nancy (qui n’était pas la grand-route que nous connaissons maintenant mais c’est une autre histoire).

La guerre de 1870 viendra jeter un voile sur leurs pérégrinations. En effet, il n’y eu point de recensement en 1871, pour cause de guerre, évidemment. 10 ans de lacunes et deuxième trou !

Vers 1876, la famille, qui n’en est plus à un déménagement près, s’est installée à Gillaumé. Philippe est toujours berger.

Comment ont-ils vécu cette guerre ? Ont-ils été considérés comme des étrangers, des boches avec cet accent que l’on devine ? car déjà à Lafauche en 1851, le préposé au recensement écrivait le nom de naissance de Catherine « Roubeck » et précisait « Bavière » comme lieu d’origine !

En 1876, celui de Gillaumé fait du zèle… Ou du moins complète-t-il très précisément le registre. Pour la première (et unique) fois, il note pour Philippe né à Bitten (sic) et pour Catherine, née à Bliesthaleim (re-sic).

Recensement de Gillaumé en 1876 - AD 52

Recensement de Gillaumé en 1876 - AD 52

En 1881, le couple, vieillissant, est encore domicilié à Gillaumé. Philippe exerce encore son métier de berger mais les enfants sont partis. Ne restent avec eux que deux petites filles.

Recensement de Gillaumé en 1881 - AD 52

Recensement de Gillaumé en 1881 - AD 52

Mais, fidèles à leur vie itinérante (même si ce n’est jamais de longs voyages), ils quittent Gillaumé et viennent s’installer à Echenay. On les y retrouve au recensement de 1886. Ils ne le savent pas mais ce sera leur dernier lieu de résidence. Philippe a maintenant 67 ans et il apparait alors comme manouvrier. Fini les moutons !

Recensement d'Echenay en 1886 - AD 52

Recensement d'Echenay en 1886 - AD 52

Les années passent et le XIXe siècle s’éteint doucement. Tout juste connaitront-ils un peu le suivant…

Lors du décès de Philippe, le 20 juin 1900, le curé indique « Fils de parents inconnus » sur les registres de catholicité paroissiaux. Faut-il voir là un mystère de plus ? Catherine est encore de ce monde et, même au cas où elle n’ait jamais rencontré la famille de son mari, elle doit au moins connaître ses origines. Peut être n’a t-elle pas été interrogée par le curé qui signifie ainsi à sa façon que Philippe n’est pas originaire de la paroisse.

Catherine, elle, décédera le 30 novembre 1901 à Echenay, à presque 83 ans, chez Nicolas FICKINGER, son gendre, époux de sa fille Catherine Alix Marie qui l’avaient recueilli.

La Haute-Marne leur aura offert un avenir que l’Alsace n’aurait peut-être pas pu leur donner à cette époque. Ainsi se termine la vie de mes arrières-arrières-grands-parents. Beaucoup de renseignements, un parcours pratiquement reconstitué, quelques faits concrets mais rien qui permette de se faire une idée sur ce qu’ils étaient vraiment.

Il faut se faire une raison. Tout connaitre d’une vie est et restera une chimère. Dommage !

Ce dont je suis sûr, c’est que leurs enfants, en quelque sorte fils « d’immigrés », se sont intégrés dans la région au point de faire penser aux générations futures qu’ils en étaient originaires. Evidemment, l’histoire a une suite… celle de leurs enfants !

Et si les parents de Philippe sont inconnus du curé d’Echenay en 1900, je les ai retrouvés et ce sera aussi un autre chapitre !…

  1. Pour en savoir plus, lire par exemple, Emigration Alsacienne aux Etats-Unis 1815 – 1870 – Nicole Fouché – Publications de la Sorbonne, 1992 et le site Robert-weiland.org

2) http://edifices-parcs-proteges-champagne-ardenne.culture.fr/52_lafauche_domaine_lavaux.php

Sources :

AD 52 Etat civil et Recensements

AD67 Etat civil et Recensements

Registres de Catholicité – Cure de Poissons (52)

Et surtout l’incontournable livre « Bütten im Krummen Elsass : wer waren unsere Vorfahren ? » (Qui étaient nos ancêtres ?) par Doris Wesner

Lire la suite

L'ENTRE-DEUX GUERRES DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1920/1949

7 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Les établissements DUFAYEL

Les établissements DUFAYEL

Voilà maintenant une dizaine d’année que Lucie et Edouard sont descendus du train qui les avait amené de Haute-Marne. Après s’être mariés le 28 Août 1909 à Echenay, ils avaient décidé de faire le grand saut : Destination Paris !

Ils y avaient débarqué en pleine Belle-Epoque. Comme eux, des milliers de petits ruraux venaient tenter leur chance dans la ville-lumière. Ce Paris-là, c’était une autre planète pour ces villageois ! Pensez donc ! La tour Eiffel, les grands monuments, le métro, les trottoirs animés jour et nuit, les grandes brasseries, les élégantes, les grands boulevards et leurs grands magasins…

Mais la guerre de 14-18 est passée par là avec son cortège d’horreurs ! Pour oublier tout cela, il faut s’étourdir ! Alors, finie la Belle-Epoque, place aux Années Folles !

Et les grands magasins, c’est fou !… Surtout celui-là !

A deux pas de chez Lucie et Edouard, il y en a un justement : Les Grands Magasins Dufayel.

« Les plus vastes et les plus beaux du monde dans leur genre » dit la réclame.

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Vues intérieures des Ets DUFAYEL

Lucie et Edouard s’y promènent de temps en temps.

Ce n’est pas un magasin comme les autres. Il est immense bien sûr (38000 m2), mais à l’inverse des autres, il n’est pas dans les beaux quartiers ! On ne peut pas le louper avec son dôme immense d’où un phare éclaire Paris la nuit, son théâtre, sa salle de cinéma, son décor tout simplement !

Un temple de la consommation ! Le cœur de la Goutte d’Or !

Son créateur, J.F Crespin, était certainement un commerçant né mais son successeur G.J Dufayel n’avait rien à lui envier !

Georges Jules Dufayel était né à Paris en 1855 [ ]. Âgé de 16 ans, il commence à travailler pour Jacques-Francois Crespin (1824-1888) au Palais de la Nouveauté à Paris, magasin fondé par Crespin en 1856 où se vendaient déjà meubles et articles usuels à crédit.

À la mort de Crespin en 1888, Dufayel a 33 ans. Associé très proche de Crespin, il prend la direction de l'entreprise. En 1890, nouvellement propriétaire, le Palais de la Nouveauté devient Les Grands Magasins Dufayel. Il se lance alors dans la vente de meubles à grande échelle. Avec l'architecte Gustave Rives, il agrandit le bâtiment et lui ajoute un théâtre, un hall de concert, et un jardin d'hiver, ce qui lui permit d'organiser des conférences, des réunions scientifiques, de projeter des films, ou de monter toutes sortes de spectacles pour attirer de nouveaux clients. La façade, ornée de sculptures d'Alexandre Falguière et Jules Dalou impressionnait d'autant plus qu'un dôme doté d'un phare surplombait l'ensemble.

Les Grands Magasins Dufayel situés dans un quartier populaire (ses concurrents, Les Galeries Lafayette, Printemps, Le Bon Marché, et Samaritaine sont implantés dans des quartiers plus aisés), permirent aux classes plus modestes d'acquérir des biens comparables à ceux que s'offrait la grande bourgeoisie. « [Le magasin] invitait les ouvriers à appréhender les achats comme une activité sociale, comme la bourgeoisie le faisait dans les grands magasins luxueux de Paris ».

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le char du Progrès entraînant le Commerce et l'Industrie - Fronton de l'entrée principale DUFAYEL

Le grand intérêt de cet édifice fut de marier respect et plaisir. « L’entrée était ornée par des sculptures et des statues représentant des thèmes tels que « Le Crédit » et « La Publicité » et surmontée par un dôme de 55 m de hauteur. Dans l’immeuble se trouvaient 200 statues, 180 tableaux, colonnes, panneaux décoratifs, formes en bronze tenant des candélabres, faïences et verrerie peintes, et grands escaliers ; un théâtre avec des rideaux de soie, guirlandes en blanc et en or, et des miroirs immenses, permettait d’accueillir 3 000 personnes ».

Dufayel possédait de nombreuses affaires. Il était aussi son propre banquier (ainsi que celui de nombreux commerçants), vendait des assurances, et gérait une société de publicité, l'Affichage national Dufayel, qui inondait les murs de Paris d'affiches publicitaires.

Le truc de Dufayel, c’était le crédit. Très bien visé dans un quartier populaire ! Bien qu’il soit mort en 1916, l’affaire est toujours prospère.

Alors Edouard va s’y faire embaucher. Il aime bien les trucs modernes, Edouard ! Sûr qu’Echenay ou Mercy le Haut ne peuvent offrir cela !

Et puis il faut vivre. En 1919 et 1921 sont nés deux autres enfants. La famille est maintenant constituée de 7 personnes et il faut penser à déménager. La famille part dans le bas de la rue Clignancourt et y restera toujours.

Hélas, en 1930, les magasins DUFAYEL ne résistent pas à la grande dépression et ferment leurs portes. Il lui faut retrouver du travail. Je ne sais pas ce qu’Edouard trouvera à cette époque.

Mais le 10 juin 1938, il s’inscrit comme courtier en marchandises à la Chambre de Commerce de Paris. Il semble qu’en fait, il se soit mis à son compte, ayant conservé une partie de sa clientèle de bonneterie - sous-vêtements. Il part à la journée avec ses valises d’échantillons et prend quelques fois le train pour se rendre jusqu’en banlieue pour visiter ses clients.

Pour se dépayser un peu, ils ont acheté un petit terrain à Sarcelles, summum de la réussite d’un petit employé. Ce n’est pas encore l’immense cité qui fera la Une des journaux télévisés mais un paisible village à quelques kilomètres de Paris. Bref, le lieu idéal pour la détente et le farniente !

Après y avoir construit un petit cabanon, toute la famille s’y retrouve pour passer des week-ends agréables. Edouard jardine un peu tandis que Lucie vaque à ses occupations. Les enfants qui ont grandi les rejoignent avec leurs copains pour des journées-soirées animées comme le prouvent les photos que j’ai pu réunir.

La vie s’écoule, tranquille mais toujours difficile. Il y a bien longtemps que Lucie a cessé de travailler ! Pour faire face, Edouard devra poursuivre son activité professionnelle quasiment jusqu'à sa mort en 1949. Il faut bien « faire bouillir la marmite ». Il prend sa retraite le 1 juillet 1942 à 60 ans, en pleine seconde guerre mondiale. Le cœur n’y est plus ! Même les chevaux qu’il aimait tant, il ne les regarde plus : ils sont maintenant montés par des uniformes vert de gris.

Miné par la maladie (toujours ses graves problèmes pulmonaires), il s’éteint en septembre 1949. Lucie lui survivra 30 ans.

Edouard LEFORT

Edouard LEFORT

C’est marrant !...

Lui qui aura connu la rudesse de la vie campagnarde du XIXe puis l’agitation de la capitale, qui aura traversé deux guerres abominables, qui aura participé (très modestement) à quelques grandes nouveautés du XXe siècle, le voici maintenant, à l’aube du XXIe siècle , sur Internet !!!

Un peu Highlander, le grand-père Edouard, non ?...

Sources :

Documents et photos familiaux

Wikipédia

Pour ceux qui voudraient en savoir plus...

Lire la suite

LA GUERRE DE MON GRAND-PÈRE - ECHENAY/PARIS - 1914/1919

6 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Carnet de Mobilisation d'Edouard LEFORT

Le 3 Août 1914, il y a foule vers la gare du Nord. Bien plus que 22 ans plus tard, pour la première grande transhumance des congés payés…! Il faut dire que ce jour-là, le transport est « offert » par l’état !

Edouard n’a pas eu à faire un long chemin pour rejoindre la gare. Il a sans doute pris le métro à Château-Rouge pour en descendre Gare du Nord. Et cela ne l’a pas trop dépaysé puisque moins d’un mois plus tôt, il y travaillait encore.

Il n’hésite pas, son Ordre de Mobilisation lui indique clairement la marche à suivre :

Le deuxième jour de la mobilisation (soit le 3 août), il est tenu de se rendre à midi aux « départs » de la gare du Nord pour être de là dirigé sur sa destination, Verdun. On lui demande d’emporter des vivres pour un jour. La durée du voyage…

Arrivé là-bas, il devra se présenter au quartier C de la caserne Villars. Mais l’armée, il connait !

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Entrée du Quartier C de Villars - VERDUN

Il s’était engagé en 1902 pour 4 ans et avait rempilé pour 2 de plus en 1906. Il est Maréchal des Logis au 2eme Hussards. Mais là, les choses sont différentes… Il ne suffira plus de s’entrainer, de défiler, de parader du haut de son cheval… Maintenant, il faudra faire la guerre, la vraie, contre ces Boches qui humilient la France depuis plusieurs décennies !

Il rejoint donc les « Chamborant » au quartier de Villars.

Cet illustre régiment créé en 1735 sur ordre de Louis XV, initialement dirigé par le Comte Esterhazy, fut de toutes les campagnes de le Révolution et de l’Empire. C’est en particulier durant la guerre de Sept Ans, sous les ordres de son colonel, le marquis de Chamborant, qu’il devient si célèbre que, dans toute l’armée, on appelle les cavaliers du régiment : « Les Chamborant », du nom de leur chef qui conservera son commandement trente années durant.

Mais en 1914, leur rôle est principalement de faire de la reconnaissance. Devançant les autres régiments, ils doivent reconnaitre le terrain, informer l’état-major de l’avancement de l’ennemi, rendre compte de ses forces et de leurs situations géographiques.

La mission est capitale, fort dangereuse puisque très exposée car effectuée par de petits groupes de cavaliers qui s’infiltrent en territoire occupé par l’ennemi, tout ça sans pouvoir compter sur un quelconque soutien.

Les escarmouches sont fréquentes et toujours très meurtrières. En face, les Allemands ont envoyé leurs Uhlans pour jouer le même rôle. Quand elles se produisent, il n’y a pas de quartier : On tue les soldats et on essaye de faire prisonnier leur chef pour le ramener aux lignes arrières afin de le faire parler. Les armes sont le sabre et le révolver, impliquant presque toujours le corps à corps…

A son arrivée au corps, Edouard est détaché au 365e Régiment d’Infanterie comme Eclaireur.

Le 365e RI s’était formé à Lille. Il se mobilise en 2 jours (2 et 3 août 14) et s’embarque en deux trains quittant Lille (gare St André) pour Verdun le 4eme jour de la mobilisation, soit le 5 août. Ils arrivent dans la nuit du 5 au 6 août et le régiment finit sa nuit à la caserne du Faubourg Pavé. Le 6, il prend ses cantonnements à Sommedieue, dans la banlieue Sud-Est de Verdun.

C’est sans doute là qu’Edouard les rejoint !

Il est bien difficile de retracer précisément le parcours d’un petit Maréchal des Logis, éclaireur de surcroit. Tout juste peut-on l’imaginer quelque part en avant du régiment, du moins tant que dura la guerre de mouvement. Quel fut son rôle une fois que les deux armées se furent enterrées pour des années ?...

De cette ignorance, quelques informations émergent quand même !

Edouard restera affecté au 2eme Hussards durant toute la durée du conflit. Toutefois, à compter du 30 novembre 1917, il est mis en subsistance au 365e RI. Ses états militaires font état de 2 blessures en février 1915 et Janvier 1919 dont l’une pour un coup de pied de cheval ! Il sera soigné à l’hôpital de Dunkerque du 5 au 15 janvier 1919, puis à Andard – Maine et Loire-, certainement en convalescence.

Beaucoup moins grave qu’une blessure de shrapnel !... C’est néanmoins durant le conflit qu’il sera atteint, comme bien d’autres, de lésions pulmonaires qui le handicaperont le reste de sa vie (gaz ou conditions de vie ?).

Des documents du « Ministère des pensions, des primes et des allocations de guerre » en ma possession indiquent qu’on lui reconnait un « Emphysème pulmonaire avec diminution de la respiration, inspiration humée, expiration prolongée, avec crachats matitunaux perlés grisâtres et bronchite aiguë » qui lui donnent droit à une pension temporaire de 10%, soit 366 francs. En 1926, le taux reconnut sera inférieur à 10% ce qui entraine la suppression de ladite pension.

La reconnaissance de la Nation n’est pas infinie ! Peut-on dire qu’elle au moins ne manque pas d’air ?!...

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Citation à l'Ordre du 365eme RI

Du moins sera-t-il cité à l’ordre du 365e Régiment d’Infanterie le 30 novembre 1918 pour avoir été « au front depuis le début de la campagne, sous-officier consciencieux et dévoué, qui a toujours accompli vaillamment son devoir dans toutes les circonstances » (Ordre du Régiment N°224 du 30 novembre 1918). Le Hussard porta-t-il la Croix de Guerre qui lui fut remise ?...

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Lucie et ses 3 enfants, fin 1916, début 1917

Le 24 février 1919, il est libéré et rentre à son foyer. Les gares défilent sous son regard fatigué et le chemin du retour lui semble bien long. Ça fait 5 ans qu’il est parti ! Mais lui au moins, il revient et Lucie et les enfants l’attendent avec impatience… Tout le monde s’est mis sur son 31. "Dame, Papa revient" !

Ses trois enfants le reconnaissent-il ? Surement pas sa fille, née le 1er janvier 1916 et conçue au cours d’une permission du printemps 1915.

Voilà la guerre de mon grand-père.

Sources :

Documents familiaux

Wikipédia

JMO du 365e RI – Mémoires des Hommes

L‘excellent site amicalechamboranthussards.fr

Lire la suite

LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

5 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Station Château Rouge - 18eme arr - Paris

Station Château Rouge - 18eme arr - Paris

Après quelques mois passés à L’Urbaine (Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE) - Avril à Décembre - comme Taximètreur (Taxi cocher de fiacre), Edouard donne sa démission le 31 Décembre 1909.

Il a trouvé un autre travail.

En ce début de siècle, Paris continue son développement tentaculaire et les besoins de transports sont énormes. Les artères de la capitale sont paralysées par les piétons, les voitures à chevaux, les omnibus et les premiers véhicules à moteur… Voilà des années que l’Etat et la Ville de Paris se renvoient la balle pour trouver une solution, et surtout la financer !

L’exposition universelle de 1900 leur fournira matière à s’entendre. Vers la fin du siècle est décidée la construction du Métropolitain, à l’instar de la ville de Londres qui a été le précurseur en 1863. Une façon élégante de faire d'une pierre deux coups en mariant modernisation des transports et épate des visiteurs attendus…

La première ligne ouvrira le 19 juillet 1900, quelques mois après l’inauguration de l’Exposition et en 1909, date qui nous intéresse, six lignes desservent Paris. Le métro est un gros demandeur de main d’œuvre. Les chantiers mais aussi l’exploitation des lignes existantes réclament des bras.

Edouard va en profiter.

LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

Il entre le 1er janvier 1910 à la Compagnie du Chemin de Fer Métropolitain de Paris comme Sous-Surveillant de contrôle de 3eme classe à la station Château Rouge (18eme).

À son ouverture en juillet 1900, le métro de Paris [ ] est exploité par un grand nombre d'agents. On y trouve alors :

  • un chef surveillant, responsable des personnels à bord des trains lors de l'arrêt de ceux-ci en station, responsable des installations techniques dans sa station et responsable commercial avec la supervision de la vente des billets ;
  • des surveillants de quai, chargés de superviser les quais et d'aider à la montée et la descente des voyageurs en présence des trains ;
  • une receveuse chargée de la vente des billets ;
  • un surveillant de contrôle qui poinçonne les billets. Le surveillant de contrôle est généralement le mari de la receveuse.

À bord des trains aussi, le personnel est en grand nombre. On y trouve :

  • un chef de train, responsable de tout le personnel embarqué dans le train, incluant le conducteur ;
  • des gardes assurant le bon fonctionnement des portes qui n'étaient alors pas automatiques, ainsi que la surveillance du train ;
  • un conducteur, chargé de la conduite du train et du petit entretien des motrices.

C'est la catastrophe de Couronnes, le 10 août 1903 sur la ligne 2, qui modifie complètement l'ensemble de cette organisation, jugée insuffisante. Alors que les lignes font l'objet de modifications techniques destinées à réduire les risques d'incendie en tunnel, une nouvelle organisation est mise en place avec notamment la création d'un personnel d'encadrement en ligne, chargé d'assister les agents répartis en station et dans les trains. Les lignes sont ainsi divisées en plusieurs secteurs, avec pour chacun d'eux la présence d'un gradé responsable, le chef de secteur.

Deux services sont créés : le service du Mouvement et le service de la Traction. Le service du Mouvement concerne les agents sédentaires, en station et en ligne, ainsi que les agents d'accompagnement des trains, qui sont placés sous l'autorité de gradés appelés « régulateurs ». Ceux-ci sont chargés de la gestion des intervalles entre les trains, la gestion du respect des horaires étant assurée par les chefs de secteur. Dans les terminus les agents sédentaires et les agents d'accompagnement des trains étaient sous la responsabilité d'un sous-chef de terminus. Il était chargé d'expédier les trains, avec un chef de départ et les chefs de manœuvre sur la ligne. Tous deux sont sous la responsabilité du chef de gare, qui dépend d'un inspecteur Mouvement, lui-même dépendant d'un chef de service. Le second service, le service de Traction, concerne uniquement les agents de conduite des trains, qui sont placés sous la responsabilité d'un chef de secteur, qui dépend d'un inspecteur Traction, lui-même dépendant d'un chef de service. Ces deux services cohabitent alors sans réels liens entre eux. Source : wikipédia

En tant que Surveillant de Contrôle, Edouard est affecté au service Mouvement. On l’a vu, c’est le service des… sédentaires !!! La CMP ne manquait pas d’humour !

Bien que je ne possède pas de document le prouvant, je sais que Lucie, son épouse, y a travaillé également. Peut-être comme receveuse comme l’évoque l’article de Wikipédia.

Edouard et Lucie empruntent donc tous les matins ces belles bouches de Métro signées Guimard. Lucie sait-elle qu’elles ont été fondues au Val d’Osne, près d’Osne Le Val, à quelques kilomètres d’Echenay ?... Surement ! Elle n’oubliera jamais son village. Mais quel changement pour la petite villageoise d’Echenay, que de chemin parcouru !

Edouard travaillera 4 ans et demi « sous un ciel de faïence ». Il sera ce « gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas ». A-t-il ramené « jusque dans leur lit un carnaval de confettis » ?... Lucie ne l’aurait pas toléré!

C’est durant cette période que naitront les deux premiers enfants du couple. Ce travail stable leur a permis de s’installer au 40 boulevard Barbès dans un immeuble de 6 étages bâti en 1880 et situé dans le quartier de la Goutte d’Or.

LE POINÇONNEUR DE CHÂTEAU-ROUGE - ECHENAY / PARIS - 1910 / 1914

Le mardi 7 juillet 1914, Edouard démissionne. Il est possible qu’il ait eu un autre travail en vue puisqu’il demande un extrait de casier judiciaire. Ce dernier ne servira jamais et restera, comme d’autres, dans une pile de papiers, pour mon plaisir.

Moins d’un mois plus tard, le 2 août, les cloches de France sonnent.

Edouard reprend alors le chemin du 2eme Hussards. Ce sera alors 5 ans d’une nouvelle vie.

Edouard était mon grand-père.

Sources :

Papiers familiaux

Wikipédia

Meilleursagents.com

Ephéméride.com

Fontesdart.org

Et merci à Serge Gainsbourg…

Lire la suite

LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

4 Juin 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Mes ancêtres

Edouard

Edouard

Le 28 août 1909, l’unique cloche de l’église d’Echenay sonne à toute volée.

Forcément, c’est jour de mariage. Edouard épouse Lucie.

Lui (27 ans) est originaire de Mercy le Haut (1), petit village près de Longwy. Elle (21 ans), est une fille du pays. Enfin presque !... Elle y est née en 1888 mais son grand-père paternel, Alsacien pur jus, avait fui son village vers 1848 pour cause de trop grande misère. Les chemins de l’Est l’amenèrent dans cette région où ses descendants firent souche. Tous deux sont d’origine fort modeste.

Edouard s’était engagé dans l’armée en 1902, quittant définitivement sa campagne natale. Il intègre la cavalerie, au 18eme Régiment de Chasseurs et passera ensuite au 2eme Hussards. En 1906, il se réengage pour 2 ans.

Mais comment ces deux-là ont-ils pu se connaitre ?...

Une tradition orale veut qu’il soit venu dans ce coin perdu de Haute-Marne pour y acheter des chevaux pour le compte de l’armée. Pourquoi pas ? Le regard était fier, le cheval fringuant, l’uniforme était beau et l’acier du sabre qui battait à son côté étincelait ! Comment Lucie aurait-elle pu résister ?...

En prévision de ce mariage, Edouard quitte l’armée le 9 février 1909. Mais que peux faire, en ce début de siècle, un jeune homme de 27 ans, bientôt chargé de famille, qui ne sait que s’occuper des chevaux ? Mercy le Haut ou Echenay n’offrent que peu de perspectives.

Alors Edouard décide de faire le grand saut… Ce sera Paris !...

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

La rue de la Chaussée d'Antin depuis l'église de la Trinité

Pour obtenir la main de sa dulcinée, il lui faut un travail. En cette fin d’hiver 1908-1909, Edouard pousse la porte du 55 de la rue de la Chaussée d’Antin, un bel immeuble de 4 étages bâti en 1880, à un jet de pierre de l’Opéra Garnier. C’est un des immeubles-bureaux appartenant à la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE. Voilà le «rural » débarqué dans les beaux quartiers !

Il ne connait que les chevaux ?... La belle affaire ! Paris en regorge ! On estime leur nombre à 79000 en 1880 dans la capitale. Ils sont partout, livrent les marchandises, tirent les omnibus et surtout, ils véhiculent ces gens bien qui ne se déplacent qu’en fiacres ou en taxis.

A cette époque, la Compagnie Parisienne de Voitures L’URBAINE est déjà une vieille entreprise de taxis, à cheval ou à moteur. Relater son histoire serait un roman. Comme aujourd’hui, les besoins « primaires » sont dans la main des financiers. Or, le besoin de se déplacer en est un et les grands hommes d’affaire l’ont bien compris. Et il faut dire que les besoins des Parisiens sont énormes.

A titre d’exemple, la société possède en 1880, outre un patrimoine foncier considérable, 742 coupés et 490 victorias ou cab, 2044 chevaux… On imagine en 1909 !

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Une voiture de l'Urbaine et son taximétreur

Après un entretien d’embauche où il n’a sans doute pas eu de mal à prouver son professionnalisme, il est embauché comme taxi métreur. Il est très vraisemblable qu’il fut affecté à l’entrepôt de la rue des Blanches-Portes ou à celui de la rue Vauvenargues près desquelles il habitait.

Vers cette époque, l’entreprise connait quelques soucis, non pas que ce ne soit pas rentable, mais les hauts dirigeants fondateurs, emportés par la folie spéculative, ont affaire avec la justice.

Quand Edouard entre à l’URBAINE, celle-ci est dirigée par 3 associés : Lefort (3), Kermina et Brissot. Kermina passera à l’histoire puisqu’il fondera un peu plus tard la Kermina Métropole G2, célèbre compagnie de taxis, qui participera à la non moins célèbre bataille de la Marne.

A son retour de noces, peut-être Edouard offrît-il une visite de la capitale en fiacre à Lucie, jeune paysanne Epinceloise, fraichement débarquée ?... On imagine le choc pour elle !

Les taxi-métreurs, en voiture à cheval ou en automobile, pour utiles qu’ils soient, ne sont pas très appréciés des Parisiens. Comme parfois encore aujourd’hui, ces derniers leur reprochent leur impolitesse, leur façon de conduire qui ne respecte pas les piétons et leur manie de surtaxer les courses, même si le taxa-mètre(2) voit le jour cette même année. De plus, la profession est dominée par les Corréziens et les Savoyards qui, sans doute, défendent leur business.

Est-ce pour cela qu’Edouard quitte la société le 31 décembre 1909 ? Je ne le pense pas !

LE TAXIMÉTREUR ET SON EPINCELOISE - ECHENAY / PARIS - 1909

S’il quitte l’Urbaine, c’est pour entrer au « Métropolitain", révolution plus récente du monde des transports urbains, qui dû certainement lui procurer des revenus plus réguliers.

C’est qu’il est veut faire son trou à Paris, Edouard. Et il faut des sous pour élever les enfants qu’ils désirent. Comme toutes ces nouveautés sont créatrices d’emploi, il compte bien en profiter.

Il y arrivera et sera, modestement, dans d’autres aventures de ce début de XXe siècle. Mais enfin, le but est atteint : Paris lui assurera le minimum de sécurité que Lucie et lui cherchaient.

La guerre de 14 passera et l’épargnera. En bon militaire qu’il avait déjà été et qu’il redevint, il sera cité à l’ordre du régiment et obtiendra sa Croix de Guerre. Mais, ce sont d’autres histoires.

Décidément, j’aime bien ce petit couple aventureux !

Surement aussi parce que ce sont mes grands-parents !...

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

  1. Le village deviendra tristement célèbre le 22 août 1914 lors de la bataille des Frontières qui verra les troupes Allemandes envahir la France. Au-delà de l’agression militaire proprement dite, les exactions commises sur les civils du village marqueront l’opinion publique Française.

Ce 22 août 1914 détient également le titre de « jour le plus meurtrier de toute la première guerre mondiale » et sans doute de toute l’histoire de France puisque pas moins de 27000 soldats Français y perdront la vie dans la journée.

2. En 1909, le « taxa-mètre », petite boite mécanique voit le jour. Cet ancêtre du taximètre est le premier compteur permettant d’établir le prix d’une course en tenant compte du temps et de la distance parcourue par le véhicule. Par évolution sémantique le mot « taxa-mètre » devient taxi-mètre, le véhicule qui en ait équipé devient lui le « taximètre automobile ». L’évolution linguistique de l’époque transformera « taxi mètre automobile » en « taxi ». Le taxi venait de naitre : un véhicule de type automobile équipé à son bord d’un taximètre, muni d’une autorisation administrative l’autorisant à stationner sur la voie publique en vue d’y prendre en charge des clients.

3. L’associé nommé Lefort de l’Urbaine n’est à priori pas de la famille. Je ne me suis jamais vraiment penché sur cette question mais si cela avait été le cas, nul doute que j’en aurais entendu parler.

Sources :

Cparama.com - forum

Taxi-taxi.com

Delcampe

Le cheval à Paris de 1850 à 1914 – Ghislaine Bouchet – Librairie Droz – Genève Paris -1993

Lire la suite