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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE A ECHENAY - 1784

9 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #La famille PIMODAN

Le promeneur qui visite le cimetière d’Echenay ne peut manquer les tombes de la famille de Pimodan. Appuyées contre le mur extérieur du chœur  de l’église, elles attirent immanquablement le regard et l’une d’entre elle peut susciter la curiosité.

 

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Un Pimodan, Chevalier de Malte ? … Voilà de quoi nourrir un nouvel article sur Echenay.

Et bien non, pas un Pimodan mais trois!

Mais situons d’abord le contexte :

L’ordre de Saint Jean de Jérusalem doit son origine aux croisades, qui avaient attiré en Orient une multitude d’Européens professant le christianisme avec ferveur et entièrement disposés à délivrer les chrétiens de l’Asie des persécutions que les musulmans leur faisaient éprouver.

Ce fut le pape Urbain III, Français de nation, qui prêcha la première croisade au concile de Clermont en Auvergne, vers la mi-novembre 1095.

De vocation hospitalière, il deviendra militaire, en plus de sa fonction première, pour défendre les pélerins malades et les protéger des Sarrasins. Expulsé de Terre Sainte, il rejoindra Chypre avant de conquérir Rhodes. Il devient une grande puissance maritime qui protége la Méditerranée des attaques venant du sud. Mais expulsé de Rhodes, il rejoint Malte par la volonté de Charles Quint, soucieux de leur accorder un refuge. D’où son nom.

Pour entrer dans l’ordre à titre de Chevalier, il fallait faire preuve de quatre quartiers de noblesse du coté paternel et de quatre quartiers du coté maternel. Cet aspect n’était donc, si je puis dire, qu’une simple formalité pour la famille de Pimodan comme pour la plupart des maisons les plus illustres et les plus anciennes de France dont la noblesse chevaleresque (c’est-à-dire de nom et d’armes) et l’origine se perdait dans la nuit des temps. Elles avaient été les premières à servir sous la bannière de l’ordre.

 

Voici les trois personnages en question :

 

Pierre Christophe de Rarécourt de La Vallée de Pimodan, celui du cimetière, fut reçu le 16 avril 1744.

Adélaide Charles Joseph de La Vallée de Pimodan, reçu le 5 novembre 1768

Louis Auguste de La Vallée Pimodan, fut reçu le 30 mai 1735 dans l’ordre. Attardons nous sur lui:

 

Chevalier Profès de l’ordre de Malte, il sera nommé plus tard Commandeur du Grand Prieuré de Champagne à la commanderie de Bonnevaux. Demeurant à Echenetz , il sera bien involontairement la cause d’un procès dans la dernière décennie de l’ancien régime de par sa qualité de Chevalier Profès.

En voici le résumé :

Le sieur Abbé Garnier, pourvu du Prieuré de Saint Etienne de Beaugency et très certainement malade comme la suite semble l’indiquer, le résigna le 7 mars 1782 au sieur Abbé de Bréchainville (la résignation est la renonciation à un droit, une charge, en faveur de quelqu’un).

 

Cette démarche donne lieu à une procédure complexe. Il prit deux témoins pour attester sa volonté : Louis Auguste de La Vallée Pimodan, Chevalier Profès de l'Ordre de Malte, demeurant à Echenay  et Messire Louis Maurice de Thomassin, chevalier, marquis de Bienville, demeurant au château de Bienville.

 

Sa demande fut admise par la cour de Rome le 17 mars. L’abbé de Bréchainville pris donc possession le 15 mai de cette charge, après avoir obtenu l’arrêt d’exequatur et le visa de M. l’Evêque d’Orléans.

 

Toutefois, l’Abbé Garnier mourut au mois d’avril suivant, mois affecté aux gradués. Dom Baudin, fort déçu de ne pas avoir été promu en son temps, en demanda le bénéfice en vertu de ses grades et en obtint, le 12 octobre  1782, les provisions de l’évêque de Soissons comme Abbé de la Sainte Trinité de Vendôme dont ce prieuré dépend. Il prend possession de la charge le 18 janvier 1783.

 

Naturellement, l’Abbé Mollerat de Bréchainville se défend. Le procès devient inévitable et chacun défendra son point de vue :

 

Pour Dom Baudin, une procuration « ad resignandum », signée, entr’autres témoins, par un Chevalier Profès de l’Ordre de Malte, est-elle bonne et valable ? « Non » dit-il, car la déclaration de 1737 défend, à peine de nullité, d’admettre les novices et profès pour témoins de ces sortes d’actes.

 

Pour M. Courtin, défenseur de l’Abbé de Bréchainville, un mot suffit pour écarter ce moyen. La loi veut que les témoins soient mâles, âgés de de vingt ans, régnicoles (habitant d’un pays qui possède la nationalité de ce pays) et capables d’effets civils. Elle n’exclut donc que les religieux des ordres qui sont incapables d’effets civils. Or les Chevaliers de Malte ne sont point frappés de cette incapacité.

 

Mais pour M. Camus, défenseur de Dom Baudin, la résignation de l’Abbé de Bréchainville est nulle, car signée par un Chevalier Profès dans l’Ordre de Malte, qui est un véritable Religieux, puisqu’il est constant que ces Chevaliers font les trois vœux solennels de pauvreté, chasteté et obéissance ; qu’ils ne peuvent succéder aux biens propres de leur famille, ni transmettre les biens par eux acquis à leurs parents, ni disposer par testament, si ce n’est d’objets modiques à titre de récompense ; encore faut-il qu’ils aient obtenu la permission du Grand-Maître.

 

Courtin rétorque que, en prononçant ses vœux, le religieux, par ce seul fait, renonce à tout ; son abnégation est universelle et sans restriction. Le Chevalier de Malte peut, en faisant profession, se réserver l’usufruit de son patrimoine et il administre cet usufruit comme bon lui semble. Un religieux est frappé de l’impuissance la plus absolue de tester. Le Chevalier peut disposer, par testament, du quint de son pécule. Ainsi il exerce, même en mourant, l’acte qui caractérise le plus la vie et la liberté civile. Mais puisqu’il peut recevoir cette permission, la vie civile n’est donc pas entièrement éteinte en lui ; car un religieux ordinaire ne pourrait la recevoir ni de ses supérieurs, ni même du pape car elle serait déclarée abusive !

 

Le procès se poursuivra, ardemment, de part et d'autre. Il tournera toujours autour de cette possibilité ou non pour un Chevalier Profès de signer un tel type d’acte en tant que témoin.

 

Finalement, la justice tranchera. Cette procuration est nulle. L’ordre de Malte n’avait pris aucune part à cette contestation et la force de la loi l’emporta, dans l’esprit des juges, sur la considération  du corps respectable dont la capacité civile avait été débattue.

 

Par arrêt du 26 mars 1784, la procuration « ad resignandum » fut déclarée nulle et Dom Baudin fut gardé et maintenu en la possession du bénéfice au grand dépit de l’Abbé de Bréchainville.

 

Source :  - L’ORDRE DE MALTE - PAR M. DE SAINT ALLAIS – PARIS – 1839

                - CAUSES CELEBRES CURIEUSES ET INTERESSANTES AVEC LES JUGEMENTS QUI LES ONT DECIDEES –

                   TOME 115 – PARIS - 1774

 

 

 

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