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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Articles avec #echenay sous la revolution tag

ECHENAY, C’EST L’AMERIQUE ! - 1789

25 Juin 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

 

Lafayette.jpg 

                                                                                                LAFAYETTE

 

 

Nous venons de fêter le 70 éme anniversaire du débarquement en Normandie et nous danserons prochainement  sur les places publiques pour le 225 éme  anniversaire du 14 Juillet.

 

Tout le monde connait les liens qui unissent la France et  l’Amérique depuis l’indépendance de cette dernière. L’action de la France y fut déterminante.

 

Pourtant, au départ, Louis XVI semble bien « tiède » pour se mêler directement à ce conflit.

Certes, les Anglais méritent  une leçon mais les finances royales sont au plus bas et le peuple français s’agite fortement. Il a donc des problèmes à régler urgemment dans son royaume. L’Amérique n’est pas vraiment sa priorité.

 

Mais c’est « le Siècle des Lumières » et l’esprit de liberté envahit les esprits.

 

Gilbert du Motier, plus connu sous le nom de Marquis de La Fayette, s’enflamme pour cette cause. Il faut dire qu’il a rencontré Benjamin Franklin en 1773, lors d’une visite à Paris de ce dernier pour plaider la cause des insurgents contre la domination anglaise. Ils sont devenus amis.

 

En 1777, La Fayette s’embarque pour l’Amérique malgré l’interdiction du roi et combat aux coté des insurgents. Revenu en France, il contribue  en 1779 à faire décider un appui officiel aux révoltés américains.

 

Alors, pourquoi le titre de cet article et comment peut-on dire qu’Echenay joua un (petit) rôle dans cette affaire ?

 

Pour comprendre, il faut faire un petit retour en arrière.

 

 Le 8 novembre 1684, Marie Marguerite de La Vallée de Pimodan (née en 1665) épouse Louis de Barbarin, comte de Reignac à Echenay. Pour mémoire, la famille de La Vallée de Pimodan a acheté la seigneurie d’Echenay en 1680. C’est même peut-être là  le premier acte enregistré à Echenay par cette famille depuis cette acquisition. Elle est fille de Charles Christophe de La Vallée de Pimodan et de Jeanne Catherine Midot.

 

De cette union naitront deux filles, Julie Céleste et Marie Louise Angélique.

 

 C’est Julie Céleste qui nous intéresse. Elle se mariera avec Charles Yves Thibault (1662-1771), Comte de La Rivière et aura une fille, Julie Louise Céleste.

 

Cette dernière se mariera avec Joseph de La Rivière, Comte de Corlay et aura à son tour une fille qu’elle prénommera… Julie.

 

 

Cette Julie, troisième de cette trilogie, épousera Michel  Louis Christophe Motier de La Fayette. Ils seront les parents de notre illustre La Fayette. 

 

L’arrière-arrière- grand-mère maternelle de LA FAYETTE était donc un peu Epincelloise.  CQFD

 

ascendance de LAFAYETTE

 

 

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LES PIMODAN SOUS LA REVOLUTION FRANCAISE

5 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

1789 – La révolution Française gronde !

Etre nobles, riches, parents d’émigrés à l’armée des Princes, le tout durant « La Terreur », c’est s’exposer à de nombreux tracas et bien souvent, finir sous la guillotine!

 Evitant cette dernière mais pas la prison, la spoliation de leurs biens, il leur fallut se battre pour se reconstruire, tant bien que mal au tout début du XIX siècle.

 

Voici la relation, toute en pudeur, qu’en fait leur petit fils dans son livre Simples Souvenirs :

Pendant la Terreur, M. et Mme de Pimodan, vieux et infirmes, restèrent à Paris, tandis que leurs deux fils aînés servaient à l'armée des princes et que le troisième, chevalier de Malte, faisait « ses caravanes » sur les galères de l'Ordre.

 L'île Saint-Louis devint île de la Fraternité, le quai d'Anjou quai de l'Union, le marquis citoyen, et l’on voit néanmoins, d'après leurs livres de dépenses, que la vie matérielle des vieux époux ne changea guère jusqu'au moment de leur incarcération à la maison d'arrêt dite « des Anglaises », rue de Lourcine.

 Sortis de prison en octobre 1794, Charles-Jean et sa femme rentrèrent à l'hôtel Pimodan.

 L'année suivante, ils partirent pour Échenay, et, après avoir habité quelque temps la maison d'anciens régisseurs, s'établirent vaille que vaille dans le château démeublé par les pillages et si dévasté que, suivant l'expression d'un vieux garde, on aurait dit une halle à charbon.

 Tous deux moururent au commencement du dix- neuvième siècle, très appauvris par la perte des droits féodaux, les confiscations, et enfin la nécessité de vendre des terres à bas prix ou de contracter des emprunts ruineux pour vivre au temps de la plus grande dépréciation des assignats. Le célèbre jurisconsulte Henrion de Pansey, originaire d'un village très voisin d'Échenay, s'intéressa pour sauver les derniers restes de leur fortune, et mes grands-parents obtinrent aussi, dit-on, sous le Consulat, quelque appui de Mme Bonaparte, en souvenir d'un petit lien de parenté ou d'alliance qui aurait existé entre les Beauharnais et les Pimodan par les Luzignan-Lezay.

   

Mais il aura fallu se battre durement pour obtenir un début de réparation :

 

CONSEIL EXÉCUTIF PROVISOIRE DU COMITE DE SALUT PUBLIC
QUARANTE-UNIÈME SÉANCE (383e).
3o nivôse an II  - 19 janvier 1794


Sur le rapport du ministre de l’intérieur, le Conseil exécutif, délibérant sur l’arrêté du département de la Haute—Marne du 11 juin 1793, qui a prononcé la mainlevée du séquestre mis sur les biens du citoyen Charles- Jean Lavallée-Pimodan, compris dans une liste supplémentaire des émigrés du district de Joinville, et la radiation de son nom de ladite liste; examen fait de 8 pièces produites par ce citoyen à l’appui de sa réclamation, consistant:

1° en un certificat de la commune d’Échenay du 16 juin 1792 , visé par le directoire du district de Joinville, le 18 du même mois, qui constate que, depuis dix ans jusqu’au 14 février 1792 , il a résidé habituellement audit Échenay, et qu’à cette époque il est allé résider à Paris;

2° en un certificat de résidence par lui obtenu de la section de la Fraternité, le 13 mai 1793, qui constate une résidence sans interruption depuis le 16 février 1792 jusqu’audit jour 13 mai;

3° en un certificat des membres composant le directoire du département de Paris du 21 septembre 1793, constatant que ledit Lavallée-Pimodan n’a point été porté sur les listes par eux arrêtées jusqu’audit jour;

 considérant qu’il a depuis été porté sur la première proclamation du pouvoir exécutif qui a été publiée et affichée dans les différentes communes du département de la Haute-Marne, où sont situés ses biens, et dans le département de Paris, ou il a obtenu des certificats de résidence; que ces publications et affiches sont attestées par les certificats de résidence; que ces publications et affiches sont  attestées par les certificats envoyés par ces départements. lesquels constatent qu’il n’est survenu ni dénonciations ni réclamations ultérieures; considérant enfin que toutes ces pièces sont revêtues des formalités exigées par la loi du 28 mars 1793, et que le citoyen Lavallée-Pimodan prouve une résidence plus que suffisante dans l’étendue de La République, confirme l’arrêté du département de la Haute Marne du 11 juin 1793; arrête en conséquence qu’il sera donné mainlevée du séquestre mis sur les biens du réclamant, et que son nom sera rayé de la liste supplémentaire des émigrés du district de Joinville.

Première étape gagnée … La liberté retrouvée!! Mais en Haute Marne, la machine s’est mise en route pour dépouiller les Pimodan et le préjudice est énorme. Voici la déposition de leur chargé d’affaires qui décrit tous les tourments qu’ils ont enduré face aux spoliateurs de toutes sortes, profitant allégrement des troubles du temps pour s’enrichir aux frais des Pimodan et de la République :

 22 Thermidor An III (9 aout 1795)

 Alexis Marteau, demeurant à Montié sur Saux, chargé des affaires du citoyen Charles Jean Lavallée Pimodan, demeurant actuellement à Paris, Informé que l'Administration du département demandoit des éclaircissements sur l'époque et les motifs de l'incarcération du citoyen et de la citoyenne Pimodan, et sur la manière dont leurs biens avoient été administrés pendant le séquestre, dit que ce fut dans les premiers jours de pluviôse [an II] (janvier 1794) qu'ils furent incarcérés dans la maison d'arrêt ditte des Anglaises, à Paris, par arrêté du Comité de Sûreté générale, sans autre motif que d'avoir été ci devant noble et d'être père et

mère d'émigré ;

 Que le 5 brumaire de l'an 3eme (26 octobre 1794) ils furent mis en liberté par arrêté du même Comité.

 Que l'exposant se présenta au dictrict de Joinville avec une expédition de leurs mises en liberté le 1er frimaire suivant, un instant avant la laissée de la forge de Paroy et du fourneau d'Echénay, appartenant au citoyen Pimodan ; qu'il demanda un sursis à cette laissée, pour donner le temps au citoyen Pimodan de faire lever le séquestre mis sur ses biens. Il demanda à l'Agent, en présence des administrateurs, s'il ne devoit pas former opposition à cette laissée. Il lui répondit que cela seroit inutile, que l'on passeroit outre ; que les biens des citoyens Pimodan étoient en séquestre avant leur incarcération comme père et mère d'émigrés.

Que les Commissaires du District de Joinville [ont] établi pour gardien des meubles du ci devant château d'Echénay l'homme du monde le moins propre à cette fonction, un ivrogne d'habitude et qui s'étoit déclaré l'ennemi juré du citoyen Pimodan.

Ils établirent pour gardien à la forge de Paroy un ci devant commis du citoyen Pimodan, qu'il avoit peu de tems avant renvoyé de son service et qui depuis s'étoit aussi déclaré son ennemi juré.

Ils conservèrent l'exposant en qualité de principal régisseur, le citoyen Harmand régisseur particulier à la ferme d'Echénay et Formet régisseur particulier de la forge de Paroy et du fourneau d'Echénay, qu'ils n'appelèrent ni ne consultèrent ni l'un ni l'autre, ni pour les ventes ni pour les laissées des dits biens.

Ils firent faire la pèche d'un grand étang à Harméville peu de temps après le séquestre. Ils firent vendre le produit en détail, sans que l'exposant y soit appelé;

ce qu'il en sçait, c'est que les commissaires qui l'ont fait pêcher ont détruit le fond de cet étang en vendant une quantité de poissons qui ne pouvoient servir que de remise.

Que ce procédé enlève au citoyen Pimodan le produit de la prochaine pêche et au public une ressource considérable.

Qu'ils ont fait despêcher plusieurs autres petits étangs qui servoient au rempoissonnement de celui-là et qui servoient à entretenir le cours de l'eau nécessaire aux moulins, forges et fourneaux du citoyen Pimodan et aux usines de la rivière.

Lesquels étangs n'ont été depuis d'aucun produit, étant trop marécageux. Ils ont fait faire beaucoup d'ouvrages pour les despêcher, sans adjudication et infructueusement.

  

Ils ont fait vendre au District les ramilles des coupes de bois du citoyen Pimodan sans connoître la quantité d'arpents, ce qui a fait qu'il y a eu au moins moitié perte sur cet objet.

Ils ont fait afficher le jardin potager du ci devant château, contenant un journal et demi, bien cultivé, bien fourni de fruits et de légumes et tout prêts à récolter, et au moment de la vente au District on a affermé du même coup un jardin verger de quatre journeaux et demi, rempli d'arbres chargés de fruits et prêt à être

fauché, sans que ce dernier ait été affiché. Les deux ensembles adjugés au gardien des meubles et à trois autres personnes qui s'étoient trouvées là, pour la somme

de 375 livres, sans en retenir les semences du potager. On observe que si ces deux objets réunis n'ont pas monté au quart de leur valeur, c'est que le public ne savoit pas qu'on laisseroit le jardin verger, qui auroit convenu à un grand nombre d'amateurs, et, par ce procédé irrégulier, le citoyen Pimodan n'a pas tiré de ses six arpents d'excellent terrain les frais de leur culture.

Que l'on a, contre l'ordinaire, marqué la futaye blanche dans la coupe de ses bois, marqué même un grand nombre de jeunes chênes, qui préjudicie en même temps le citoyen Pimodan et le public pour l'avenir.

 Qu'ils ont fait affermer le moulin de Thonnance, appartenant au citoyen Pimodan, sans avoir observé que le munier sortant seroit obligé de mettre cette usine en état, ce qui porte un préjudice considérable, en ce que l'exposant a depuis été obligé de traiter avec ce munier presque pour rien.

 Que la ferme du citoyen Pimodan située à Échènay, régie par le citoyen Harmand, composée d'environ 120 jours de terre par saison et 440 fauchées de prés régie comme elle l'étoit par le dit Harmand, étoit d'une grande ressource pour la République ainsi que pour le propriétaire, parce qu'on y élevoit de beaux poulains, des veaux de la plus belle espèce, et qu'on y engraissoit des boeufs pour le service des armées de la République (On sait que, d'après les lois alors en vigueur, les parents d'émigrés—et c'était le cas du marquis et de la marquise de Pimodan—étaient admis à partager leurs biens avec la Nation, suivant la formule officielle.)

 Après avoir tourmenté le régisseur en faisant journellement arrêter ses registres, en recevant contre lui de fausses dénonciations, en lui faisant demander despotiquement des boeufs gras à mesure que la ville de Joinville en avoit besoin, sans les fixer à aucun prix, sans l'appeler au pesage ou à l'évaluation, et sur un bordereau fait sans lui, on lui a remis une partie du prix coûtant : le reste est resté en pure perte, ainsi que le prix de l'engrais.

 

Puis, ne jugeant pas à propos de continuer la régie, on l'a fait affermer. Elle l'a été, à la vérité, trop chère pour les canons, mais les chevaux, boeufs, vaches, veaux et les instruments arratoires (sic) laissés au fermier, à charge de les représenter, ont été évalués à très bas prix, tel que l'on pourroit prouver que le fermier a vendu, à son entrée à la ferme, deux chevaux 500 livres, qui n'avoient pas été estimés la valleur (sic) du harnois, qui sont restés au fermier. L'exposant s'en est plaint et on lui a répondu que c'étoit des experts qui avoient ainsi opéré. Ce fermier, qui est un pauvre homme incapable de gouverner un objet d'une si haute importance, ne tirera pas partie (sic) de cette ferme. Déjà ses foins sont mauvais et partie pourris, priveront la République de bons fourrages, qui pouvoit compter sur 400 milles de foin. Plus, n'ayant pas la faculté de faire les avances nécessaires pour graisser des boeufs avec une partie des premières herbes et toutes les secondes, fait encore une ressource de moins pour la République.

Ce même fermier vient de perdre deux belles juments poulinières, peut-être par deffaut de soin : cela privera le propriétaire de cette ressource sur lesquelles (.sic) il comptoit pour remplacer les chevaux qu'il avoit fourni à la République,  et le fermier en sera quitte pour un foible prix auquel ces deux belles juments avoient été estimées, et toujours perte pour le propriétaire.

Il est donc bien prouvé que si le régisseur eût été conservé encore quelque temps et que le Directoire de Joinville n'eût pas affermé cette ferme importante, le produit en eût été plus avantageux pour le propriétaire et pour la République.

 Un objet encore plus important pour le citoyen Pimodan étoit la conservation de sa forge de Paroy et de son fourneau d'Echénay en régie. L'exposant, avecl'aide du régisseur Formet, avoient (sic) approvisionné ses usines de charbon et de bois pour près de deux ans. On pourroit juger par les marchés qu'ils ont faits en bois et autrement qu'ils mettoient la même activité dans leur administration pendant le séquestre des biens du citoyen Pimodan qu'avant, mais l'Administration a fait tout son possible pour dégoûter et déconcerter l'exposant, tant en vendant les fers sans lui en dire un mot, qu'en lui donnant des ordres pour les délivrer sans lui donner les fonds nécessaires au roulement de ces usines, qu'en lui faisant faire inutilement des pétitions et des voyages à Joinville sans succès. [Il] s'est retiré au 1er messidor de l'an 2eme(1), laissant le citoyen Formet seul à la suite de ces usines.

Ce dernier en étoit totalement rebuté, tant par les voyages inutiles à Joinville que parce qu'il ne pouvoit plus payer ses ouvriers, qui le faisoient poursuivre en justice, quoiqu'il y ait beaucoup de fonds dans la caisse appartenant au citoyen Pimodan.

Il étoit redevable, au 1er frimaire de l'an trois (2), au moment où la laissée de la forge et du fourneau s'est faite, de 9 353 livres, qu'il n'a payé (sic)que depuis la levée du séquestre, et l'étoit même de plus, ces termes d'achat de bois n'ont été payés que depuis la levée du dit séquestre par l'exposant (3).

Enfin la forge et le fourneau furent affermés le 1er frimaire, pour entrer en jouissance le 1ernivôse suivant, au citoyen Moulin, de Saint-Dizier, pour neuf années consécutives. On lui a cédé les fontes, les bois en cordes, les charbons au maximum, sous la condition que le preneur livrerait à la République ou au propriétaire, bien entendu, et avant tout, les quatre cinquièmes de la fabrication des fers dont cette forge était en réquisition.

On lui a aussi cédé des marchés de bois non encore exploité, pour environ cinq mille cordes, le plus à portée possible des usines, et dont le prix principal de l'acquisition n'élèvera pas celui de la corde non façonnée à quarante sols ; le tout à charge de rendre à la fin du bail la même quantité de charbons, mines, fontes, bois, et sans en fixer ni le prix, ni l'éloignement des bois. En sorte qu'à la fin du dit bail cela peut faire une grande contestation, dans laquelle les experts donnent toujours tort au propriétaire.

Cela fait, il devait être procédé à une visite des bâtiments et usines et à une évaluation des aprêts et matériaux par des experts.

 

(1) 19juin1794.

(2)21novembre1794.

(3) Phrase incorrecte mais telle dans l'original.

 

En conséquence cet adjudicataire, dès le 4 frimaire, obtint du District un arrêté (l'exposant ne sait ni par quel motif, ni par quel moyen) qui lui permettoit de commencer son entrée en jouissance aussitôt l'évaluation des aprêts et matériaux, laissant la vente des bâtiments en arrrière.

Avide de gain, il s'est vite hâté de nommer pour son expert le citoyen Colas, régisseur à Montier-sur-Saux, et le District de Joinville a nommé le citoyen Jobert, Ci devant commis du citoyen Pimodan et son plus grand ennemi depuis son renvoy.

De suite ils ont procédé à la visite et évaluation des dits aprêts et matériaux, seulement en présence de Formet déjà choisi pour être régisseur pour Moulin, lequel, pour conserver sa place, ne devoit rien dire.

 

D'abord ces experts estimèrent les charbons dans les halles en les cubant, ce qui fait un déficit de plus d'un quart sur la quantité de vannes. Ils les estimèrent, d'après cette livraison, à 33 livres 12 sols la vanne de 28 resses, ce qui fait une partie pour le propriétaire, au moins de moitié, même au maximum, tant par la livraison que parce qu'ils ont estimé la vanne de 28 resses, cubées et rendues dans les halles, comme la vanne de 18 à 20 resses devoit l'être au bois.

Quant aux fontes, ils les ont évaluées au maximum, tant au fourneau qu'à la forge, sans faire de différence de celles qui étoient conduites à la forge, qui est à une lieue et demi du fourneau, quoiqu'elles aient coûté de gros frais de transport.

 

Pour les bois mis en cordes, ils devoient, suivant les conditions du bail, être estimés aussi au maximum, et voici comment ils ont opéré :

En 1790 les coupeurs ne faisoient pas les cordes meilleures qu'en 1794, ni le bois plus long, et les cordes existantes devoient être estimées sans diminution puisque le tarif du Dictrict de Joinville, à l'article des bois, ne spécifiait aucune condition, mais seulement il disoit « corde ordinaire ».

Or, les cordes qui dévoient être estimées étoient aussi bonnes que jamais; elles l'ont été par les soins que Formet s'étoit donné à les faire fabriquer.

Puis, comme les marchés que l'exposant et Formet avoient faits étoient très bons, ils se sont contentés d'évaluer les coupes dont la cuisson étoit déjà commencée et une partie des cordes restantes dressées et mises en fourneau. A Bonnet, ils ont réduit 2603 cordes à 1953; à la forêt du Chènois, d'Aingoulaincourt, ils ont réduit 840 cordes à 700; dans la forêt des Mésangères, de Paroy, ils ont réduit 501 cordes à 434 cordes et demie, en disant seulement que le bois

étoit trop court. Mais on ne le faisoit pas plus long ni en 1790, ni ailleurs, elle Maximum disoit « cordes ordinaires «

 

Quant aux cordes des forêts de Vaudeville, d'Effincourt, de Saudron, bois du Val d'Osne, bois de Bure, quoique mises en cordes et que, suivant le bail elles aient dû être évaluées au maximum, voyant que, telles réductions ils puissent faire, elles seroient toujours plus chères à l'adjudicataire qu'en prenant simplement les marchés faits à son compte, ils les lui ont laissés en payant le prix de l'achat et celui de l'exploitation.

Ainsi le citoyen Moulin, en suivant ses intérêts, les conduisoit partout où il y avait de grands bénéfices, et les propriétés du citoyen Pimodan, livrées entre les mains de ses ennemis, se réduisoient presque à rien.

Quant aux marchés des bois non encore exploités, ils les ont laissés au citoyen Moulin à la charge d'en acquitter le prix, mais ils dévoient stipuler l'éloignement de ces bois et la quantité de cordes qu'ils pouvoient produire, ou à peu près, afin qu'à la fin du bail les parties sachent sur quoi compter.

Dans l'évaluation des bois de chauffe, au bois comme à la forge, les experts se sont conduits par les mêmes principes.

Le citoyen Moulin, ayant la délivrance de ces aprêts à un aussi bas prix et profitant de l'arrêté du District de Joinville, a fait travailler à son compte dès le 12 frimaire.

Le receveur des droits d'enregistrement au poste d'Echénay, indigné de tous ces procédés, ne voulut pas signer le procès-verbal des experts. Il fit saisir les fontes coulées, les fers forgés avant le 1ernivose. Il déduisit ses raisons au Département qui, par un arrêté en datte du 17 ventôse, cassa celui que le citoyen Moulin avoit eu le talent d'obtenir du District de Joinville le 4 frimaire.

D'après tous ces procédés de la part des administrateurs du District de Joinville, il est aisé de juger qu'ils prenoient à tâche de persécuter le citoyen Pimodan

et ses agents, et que souvent, pour y réussir, ils abandonnoient les intérêts de la République pour la part qui doit lui revenir pour les fils du citoyen Pimodan soi disant émigrés.

Aussi ont-ils réussi, en dérangeant considérablement sa fortune surtout par la laissée de sa forge, de son fourneau, et par la vente des approvisionnements considérables qu'il n'avoit faits qu'avec des emprunts et sur le produit desquels il comptoit pour en faire les remboursements. L'exposant croit qu'il seroit de toute justice que dans le cas où le bail serait jugé valable, l'évaluation des matériaux soit estimée au moins au prix du Maximum et que le fermier délivre les quatre cinquièmes des fers que les matériaux ont pu produire au prix du Maximum, ou que le prix de ces matériaux suivît la progression du prix des fers jusqu'à extinction de leurs produits suivant une nouvelle évaluation, la première étant frauduleuse, et que les experts soient tenus de stipuler l'éloignement des bois qui ont été cédés au fermier et le nombre des cordes qu'ils auroient pu produire, pour qu'à la fin du bail, s'il a lieu, il n'y ait point de contestation.

 

A Montier-sur-Saux, ce 22 thermidor l'an 3eme de la République.

(Signé :) MARTEAU.

 

On lit au dos :

A la citoienne Poirée

Isle de la Fraternité, quai de l'Union N°21.

à Paris (1).

(Archives Pimodan.Original, papier.)

 

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LE GARDIEN DE LOUIS XVII A-T-IL VECU A ECHENAY ?

10 Novembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

 

Le gardien de Louis XVII s'appelait Antoine Simon, né probablement en 1736, attendu qu'il avait cinquante sept ans en 1793; il était originaire de Troyes. Il fut marié une première fois à Marie Barbe Hoyau et une deuxième fois, le 20 mai 1788, à Marie-Jeanne Aladame. Antoine Simon fut guillotiné le 28 juillet 1794 et sa veuve mourut aux Incurables, rue de Sèvres à Paris, le 10 juin 1819.

 

Simon (NDLR : celui qui nous intéresse), décédé à Joinville, s'appelait Jean-Baptiste Simon et plus ordinairement Jean Simon;

il est né à Clinchamp, Haute-Marne, le 7 octobre 1754, de Pierre Simon et de Marie Chanée. Pierre. Simon était originaire de Vesaignes-sous-Lafauche du même département. Aussitôt après la naissance de Jean-Baptiste, les époux Simon-Chanée allèrent demeurer à Vesaignes, où ils exercèrent la profession de meuniers. Jean-Baptiste Simon épousa en premières noces Marie Rodier, de Clinchamp, de laquelle il eut plusieurs enfants, morts sans postérité.

Marie Rodier mourut à Vesaignes-sous-Lafauche en 1802, et la même année Jean Simon

épousa, à Semilly, près de Vesaignes, Catherine d'Ecot, veuve de Pierre Hollier, mort sous les armes.

Catherine avait de son premier mariage une fille, qui mourut à Bettaincourt, canton de Doulaincourt, Haute-Marne, dans un âge très avancé. Jean Simon a encore plusieurs neveux ou petits-neveux à Vesaignes-sous-Lafauche et dans les environs.

 

Ce simple exposé de l'état civil des deux Simon, que l'on a faussement identifiés, suffit pour détruire la fable qui a couru sur Jean Simon, décédé à Joinville.

Peut-être sera-t-on curieux de savoir comment cette fable a pris naissance. Cette légitime curiosité sera satisfaite par une courte biographie de Jean Simon, personnage du reste fort peu digne d'intérêt.

 

Les époux Simon-Chanée eurent de nombreux enfants; l'un d'eux, Jean-Baptiste, paraissait doué d'une belle intelligence. Il fut confié à l'école du prieuré de Saint-Blin et y reçut des leçons de latin.

S'il avait une certaine facilité pour apprendre, Jean avait en même temps un mauvais caractère. D'après la tradition conservée à Saint-Blin, il était orgueilleux, entêté, paresseux, susceptible et méchant; tous le craignaient et il se croyait le droit d'insulter tout le monde, aussi ne fut-il pas conservé à l'école du prieuré. Il rentra dans sa famille, apprit la profession

de cordonnier et partit pour Paris. Il fut aussi mauvais cordonnier qu'il avait été mauvais élève et ne sut jamais faire un soulier. A la suite de son séjour à Paris il fut surnommé Le Parisien par ses compatriotes.

 

C'est la tradition conservée à Vesaignes-sous-Lafauche que Jean Simon fut portier à la prison du Temple, pendant la captivité du Dauphin. Comme il était à ce poste, un de ses compatriotes, cordonnier comme lui, lui taillait des semelles et des empeignes et les lui portait pour les coudre. C'est ainsi que cet homme, d'après le récit de sa propre fille, encore vivante à Vesaignes vers 1875, a pu voir plusieurs fois le Dauphin. C'est encore une tradition à Vesaignes que Simon, interrogé sur l'emploi de son temps au Temple par un de ses compatriotes, aurait répondu, en parlant de Louis XVII : « Je lui faisais faire sa prière du soir et je l'envoyais coucher sans souper. Ce traitement m'était recommandé par la Commune de Paris. » On a encore entendu Jean Simon répéter souvent cette parole du Dauphin :

«Si j'étais roi, je vous pardonnerais.» Telles sont les traditions recueillies à Vesaignes-sous-Lafauche, il y a dix ans.

 

Simon revint à Vesaignes avant la fin de la République et fut, au milieu des siens, un personnage important, disons aussi encombrant. Il rédigea un grand nombre d'actes sur les registres de l'état civil et l'on reconnaît que son écriture ferme et belle est toute différente de celle du vrai gardien du Dauphin, dont M. deBeauchène a publié un «fac simile» dans

son Histoire de Louis XVII.

 

Après son second mariage et le retour à un ordre plus régulier, sous l'empire, Simon parut moins arrogant. De son ancienne fierté il ne garda que sa cruauté et une irascibilité extrême. Pour peu qu'il se croyait offensé, il entrait dans des accès de fureur étrange. Sa seconde femme, en particulier, mena une vie de souffrances avec lui, et on l'a trouvée couverte

de sang après quelques uns de ses emportements.

 

Simon avait toujours fait ostentation d'une haine fanatique contre les Capet. Le souvenir de cette haine, sa profession de concierge au Temple, si la tradition est bien exacte, la similitude de nom et de profession avec le vrai Simon, triste personnage que l'histoire ne flétrira jamais assez, peut-être aussi la manie de se vanter d'avoir été mêlé aux événements du Temple,

autour de la personne de Louis XVII, son fanatisme trop bien connu, la cruauté de son caractère, toutes ces circonstances expliquent suffisamment comment a pu prendre naissance et consistance le bruit que Simon de Vesaignes, cordonnier, ancien geôlier de la prison, du Temple, aurait bien pu être le Simon donné pour gardien au Dauphin et qui, au lieu d'être

un gardien, fut un bourreau.

 

Simon, rentré dans son pays après l'apaisement de la Terreur, tomba dans la plus profonde misère et se fit berger. Si la tradition est fidèle il ne put souffrir de ne plus être considéré parmi les siens et s'en alla au loin, où il n'était pas connu. Il aurait été berger à la ferme de Saint-Eloi, près de Joinville, puis à Echenay; il demeura également à Saint-Urbain.

 

M. Jolibois, ancien archiviste à Chaumont actuellement archiviste à Alby, raconte ainsi ses derniers moments: « Il avait tout d'abord fixé l'attention des habitants par le bonnet de peau de loup dont il se coiffait, par la dureté de son regard, par la  réserve qu'il mettait dans sa conduite et surtout dans ses paroles; mais on ne savait absolument rien de ses antécédents, lorsque au commencement de l'année 1830, la femme de Simon, dans une querelle qu'elle avait avec son  mari, s'oublia au point de dire assez haut pour être  entendue de ses voisines : « Tais-toi, si je voulais, je te ferais pendre. »

Aussitôt qu'elle fut seule, ses commères ne manquèrent pas de l'interroger et comme elle était encore sous l'impression de la colère :

« Ce qu'il a fait, dit-elle, c'est lui qui a  tourmenté et fait mourir le fis de Louis XVI. »

Cet aveu ayant été dénoncé à l'autorité, le maire manda Simon, mais sans intention d'user avec lui de sévérité. Cependant le malheureux pâtre, qui se rappelait la menace de sa femme, fut frappé d'une terreur telle qu'il en perdit aussitôt la tête.

 

Au lieu de se rendre à l'invitation du maire, il s'enfuit dans les bois, où il erra pendant plusieurs jours, en poussant des cris sauvages. On fut obligé de le prendre comme une bête furieuse et on le renferma à l'hospice, où il mourut sans avoir recouvré la raison.

 

Le même M. Jolibois avait avancé, en commençant sa courte notice sur Simon, qu'il fût le Simon, gardien du Dauphin. M. Jolibois a écrit ces lignes peut-être un peu rapidement et sans être bien certain des renseignements qu'il avait pu se procurer.

 

La vie de Simon n'a pas été exemplaire. Il a pu, sous le régime révolutionnaire, se vanter peut-être, dans son exaltation, et se donner un rôle dans les événements de 1790 à 1795  mais il se serait toujours défendu d'avoir maltraité le Dauphin. Aussi timoré dans la misère et sous la Restauration, qu'il avait été arrogant autrefois, on comprend qu'il ait pris frayeur en se voyant accusé d'avoir fait mourir Louis XVII.

 

Source : Bulletin de la Société Historique et Archéologique de Langres

               - N°37 – 1 décembre 1887

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