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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

OBSEQUES ET ELOGES DE GABRIEL DE PIMODAN -1924

20 Novembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

 Voici une évocation des obsèques de G.de Pimodan, tirée du journal Le GAULOIS, suivie de l'éloge rendue par l'Archeveque de Langres quelques mois plus tard dans le journal LA CROIX.

 

  

NÉCROLOGIE

  

 imagesCA32JZAP  Les obsèques du duc de Rarécourt-Pimodan, ancien officier, conseiller général de la Haute-
Marne, maire d'Echenay, ont été célébrées hier matin, à onze heures, en l'église Saint-Honoré
d'Eylau.

Les tentures de l'église étaient rehaussées d'écussons aux armes et avec la devise de la famille.

La levée du corps a été faite par Mgr Merio, directeur général de l'œuvre de la Sainte En-
fance, représentant S. Em. le cardinal Dubois. L'absoute a été donnée par Mgr Valeri, repré-
sentant S. Exc. Mgr Cerretti, nonce apostolique. Devant la famille avaient pris place: le comte
de La Tour en Voivre, représentant S. A. R. le Comte de Caserte, et le commandant Bertrand, représentant S. A. R. le Prince Sixte de Bourbon-Parme.

 

Le deuil était conduit par le marquis de Pomereu, sénateur de la Seine-Inférieure le vi
comte de Pomereu, ses beaux-frères; le comte de Pilmodan, le comte Louis de Pimodan, le
comte Antoine de Berg de Bréda, le comte de Pomereu, le comte Guy de Pomereu, S.*A. S.
le prince E.-G. de Groy, ses neveux; M. Pierre de Pimodan, son petit-neveu; le comte Fernand
de Pimodan, son cousin.

 

Du côté des dames:
la comtesse de Pimodan, la marquise de Pomereu, la vicomtesse de Pomereu, ses belles-sœurs
la comtesse Antoine de Berg de Bréda, Mlle de Pimodan, la comtesse Pierre de Pimodan, la
comtesse de Pomereu, S. A. S. la princesse E.-G. de Croy, Mlles Madeleine, Elisabeth,
Louise et Françoise de Pomereu, ses nièces.
La bannière des chevaliers pontificaux avait été placée dans le chœur. De belles couronnes
avaient été adressées par: la Société philanthropique de la Haute-Marne à son regretté président, le conseil général de la Haute-Marne, les Anciens du 891 d'infanterie à leur président d'honneur, la commune d'Echenay, reconnaissante, à son ancien maire.

Des délégations les escortaient et tout le conseil municipal d'Echenay était présent.
Dans l'assistance empressée duchesse de Lorge, duc de Feltre, prince de Faucigny-Lucinge, duc et duchesse d'Albufera, princesse d'Hénin,- baron Tristan Lambert, duc de Lorge,
prince et princesse B. de Faucigny-Lucinge, prince et princesse Jérôme Murat, marquis et
marquise d'Andigné, marquis de Wignacourt, marquis et marquise de Miun, marquis et mar-
quise de Luppé, marquis de Faria, Mme Le Ghait, M. et Mme Louis Dausset, baron et ba-
ronne de Mandat-Grancey, vicomte et vicomtesse de Somalie, marquis de Sinéty, baron, baronne et Mlle de Baye, M. Louis de Brissac, comte et comtesse de Quelen, marquis de Lubersac, comtesse de Juglart, général Trafford, comte et comtesse G. de Sabran-Pontevès, marquise de Lestrange, comte Albert de Bertier, M. Maranget, M. Louis Quesnel, comte et comtesse de Lévis-Mirepoix, marquis et marquise des Isnards, baron Carra de Vaux, comte Maurice d'Alsace, vicomte de Fiers, M. Henry Soulié, comte Bosçlli, général de La Villestreux, comte et comtesse de Saint-Léon, abbé Mugnier, MM. A. et
Ch. du Bos, baronne et Mlle de Sardent, M. de Borssat, docteur Hutinel, comte d'Hunoistein, néral et baronne Pellenc, colonel de Kergariou, vicomte de Noue, comte Raoul de Gontaut, Mme Darcy, comte et comtesse Ch. de Germiny, baronne Ch. Le Vavasseur, M. Richebé, M.
Kergall, etc.

Le cercueil a été déposé dans les caveaux de la basilique Sainte-Clotilde.

 

Source : Journal LE GAULOIS – Samedi 9 aout 1924

 

 

 

 

LA CROIX

JEUDI
20 NOVEMBRE 1024

Doctrine et actions catholiques

Le duc de Rarécourt de la Vallée, marquis de Pimodan  président de l'Association des Chevaliers Pontificaux

Le duc de Rarécourt est décédé, le 4 août 1924, à l'âge de 47 ans, après une longue et douloureuse maladie. Il supporta ses maux avec une résignation et une paix admirables et
ne témoigna jamais d'impatience que du très grand soin qu'on prenait de chercher les moyens
de le mettre plus à son aise. Ayant reçu les secours de notre sainte religion de la manière
la plus édifiante qui se puisse, il vit venir la mort sans trouble. Il s'endormit dans le Sei-
gneur avec un esprit de foi et une grandeur d'âme incomparable! Sa mort causa une pro-
fonde émotion dans le monde catholique. Le vendredi 8 août, ses admirateurs et amis, et
notamment tous les membres de l'Association des chevaliers pontificaux, présent à Paris, si
sont réunis autour de son cercueil, dans l'église de Saint-Honoré d’Eylau, pour payer un tribut
de regret, d'affection et d'admiration à sa mémoire: Le Saint-Père, le cardinal Gasparri, le
cardinal Dubois, le nonce apostolique et un grand nombre d'archevêques et d'évêques ont
tenu à prendre leur part au deuil de Mme la duchesse de Rarécourt, de sa famille et du
corps des chevaliers pontificaux.

Eloigné de Paris par la maladie, je n'ai pas eu la consolation d'assister à ses funérailles.
Pour me dédommager de cette privation, j'ai dessein de rendre hommage, dans le vaillant
journal la Croix, la vie si pleine de l'illustre défunt, qui a été jusqu'à la fin l'un de mes
plus fidèles et plus dévoués amis. Notre amitié a été scellée dans l'église du château d'Echenay
(Haute-Marne), le 10 septembre 1910, au jour à jamais mémorable où, entouré d'une foule
émue et recueillie, j'ai présidé, comme évêque de Langres, la cérémonie du cinquantenaire de
la mort de son père, le général de Pimodan. A compter de ce jour, à des rapports jusque-là
purement officiels, succédait le lien le plus aimable de la plus sincère amitié. Ce lien, il est
à peine besoin de le dire, La mort seule a pu le rompre.

Combien j'estimais le duc, combien je l'aimais, combien je l'admirais ! Rarement j'avais
rencontré gentilhomme plus parfait et plus distingué. Il fut de ceux qui apportent au monde
ce qui l'honore peut-être le plus après le sentiment religieux, J'ai nommé l'esprit chevaleresque. Rien d'étonnant à cela. Le regretté défunt appartenait a la noble maison des Rarécourt-la-Vallée-Pimodan, originaire de l'Argonne et remontant au moins au xii siècle.
C'est en pleine cinquième Croisade, et donc au commencement du xiii siècle, devant Saint-
Jean-d'Acre et aux côtés de son suzerain, Thibaut, comte de Champagne, que l'on remarque,
pour la première fois, le nom d'un certain Raussln ( ?), avoué de Rarécourt (cette charge civile
conférait ta noblesse ou était occupée par des familles nobles). Ce Raaussln se trouve être l'un
des grands ancêtres de Rarécourt-Pimodan.
Au xvi- Siècle, Claude de la Vallée, prévôt de Clermont et ses deux fils soutinrent avec
ardeur les droits de la France dans la région meusienne contre les prétentions impériales.
Christophe de la Vallée, évoque et comte de Toul, prince du Saint-Empire, et son neveu
Claude de la Vallée, bailli à. Toul et gentilhomme de la chambre d'Henri IV, contribué-
vent puissamment la réunion de cette ville à
la France.

Depuis ce temps-là, plusieurs Rarécourt de la Vallée Pimodan se distinguèrent dans les
armées françaises. Qu'il me suffise de citer Claude de la Vallée, qui, après s'être vaillam-
ment battu au siège de Landrecies, en 1655, est mort en héros, à l'âge de 17 ans, et le baron
Armand-Charles de Pimodan, qui fut aide de camp de l'infortuné duc d’Enghien. Je me plais
à évoquer le souvenir de tous ces défenseurs des droits de la France, qui furent aussi des
champions intrépides des libertés de l'Eglise et du Saint-Siège, de véritables croisés, s'entend,
parce qu'il me met à même de mieux saisir la magnifique figure d'un autre croisé de la même
ligne, mais du xix siècle celui-ci. Je veux parler de l’illustre général marquis de Pimodan,
tué a la bataille de Castelfidardo (le 18 septembre 1860), eu défendant le Souverain Pontife
et ses Etats. La bouche la plus auguste qu'il y ait au monde, lui a décerné un éloge tel
que je ne connais pas de personnage qui en ait  obtenu un pareil. Voici, du reste, l'épitaphe que le pape Pie IX a composée lui-même et fait placer sur sa tombe, dans l'église de Saint-Louis des Français, a Rome : Ici repose Georges de Pimodan qui, prodigue de sa grande âme, mourut pour le Saint-Siège pleuré de tout l'univers catholique. Pie IX, en son nom et au nom de l'Eglise romaine, lui a rendu solennellement les honneurs funèbres dus à son grand courage et à sa grande piété, Un mois après ce douloureux événement, Pic IX voulant honorer la mémoire du héros martyr, conférait le titre de duc aux deux fils du général et a tous leurs
descendants males.

Noblesse oblige. Gabriel de Pimodan, que nous pleurons aujourd'hui, était le fils aine du
héros de Castelfidardo. Encore tout jeune à la mort de son père, il hérita de lui sa foi pro-
fonde, un attachement indéfectible au Saint-Siège, son dévouement sans bornes à toutes les
causes nobles et généreuses. Son éducation fut merveilleusement dirigée par sa mère, née de
Couronnel et fille de l'une des deux dernières princesses de Montmorency-Laval.

 

Après avoir goûté ce qu'il y a de plus pur dans la gloire avec ce qu'il y a de plus vif dans la douleur, elle acheva cette éducation en ajoutant tout le sérieux et tout le brillant que l'on exige aujourd'hui d'un homme bien né. Peut-être eût-il fait, lui aussi, un héroïque soldat du Pape; mais, quand il parvint à l'âge d'homme, le temps des luttes sanglantes autour de la Papauté était révolu. A œ moment-là, ayant porté avec quelque fierté le casoar des saint-Cyriens, il devint sous-lieutenant. Il ne devait quitter l'armée qu'en 1889, et cela pour se consacrer tout
entier à la littérature. à l'histoire et un peu à la politique. Il est à noter toutefois que la  cause du Souverain Pontife lui demeura toujours très chère. A telles enseignes que plus tard, beaucoup plus tard, nous le retrouverons à Paris président de l'Association des chevaliers
pontificaux. Les réunions de cette association avaient lieu chez lui. Il en était l'âme. Ce grand
seigneur a'y montrait d'une bonne grâce exquise et d'une simplicité pleine de charme.
Le duc de Rarécourt avait épousé Mlle de Pomereu une ame d'élite toute rayonnante
d'esprit et de beauté morale. En été, il habitait son château d'Echeany. Durant de nombreuses
années, il fut maire de son village et conseiller général du canton de Poissons. Il s'attachait
surtout à faire le bien. Mais le bien qu'il accomplissait, échappait souvent au regard d'autrui,
attendu que le regretté disparu était de ceux dont la main gauche ignore ce que donne la
main droite. Il passait l'hiver dans son hôtel de l'avenue du Bois-de-Boulogne. Je ne prétends
pas insinuer par là qu'il ne voyageait point. Je crois savoir, au contraire, que, dans sa jeu-
nesse, il entreprit de fréquents et lointains voyages. Telle est, en tout cas, l'impression que
nous donne la lecture de quelques-unes de ses poésies.

Quoi qu'il en soit, de complexion assez délicate, il tenait peu au monde. Il aimait son
intérieur parisien, comme aussi sa bienheureuse solitude d'Echenay. Il goutait fort la
nature, il en pénétrait toute l'harmonie et se passionnait pour elle. D'une intelligence remarquable, d'une loyauté à toute épreuve, très fin, très sensible, très bon surtout, il était fon
cièrement traditionaliste. Possédant un sens aigu des réalités, il se plaisait rependant à
les parer des couleurs de ses rêves. Car ce gentilhomme, ce chrétien, était un penseur et
un écrivain.

A la foi» poète et prosateur, Gabriel de Pimodan eût certainement occupé une place de
premier rang dans la république des lettres, s'il avait pu seulement se donner la peine de
le vouloir Mais peu épris de la gloire qui passe, inaccessible aux hochets de la vanité, ami
du rêve et de la pensée qui s'étudient et se cherchant, il était à proprement parler un modeste et un détaché tout ensemble. C'est pour cela que nul ne le vit jamais, de près ni de loin mêlé, en quoi que ce fût. à ce qui pouvait ressembler à une brigue littéraire. Son tempérament le portait de préférence vers le pur effort intellectuel. S'il s'essayait à quelque chose, c'était surtout à rendre, par des mots clairs et sonores des images colorées et vivantes, les rêves puissants ou gracieux, mélancoliques ou joyeux, qui ne laissaient pas de hanter son cœur et son imagination et le poussaient, lui, vers toujours plus de beauté et toujours plus d'idéal.

Il est bien regrettable que les œuvres du duc de Rarecourt n'aient point eu, de son vivant,
toute la notoriété qui leur était due. Il le faut confesser, elles furent surtout appréciées d'un
petit nombre. Mais, à dire vrai, ce petit nombre formait une élite.

Comme prosateur, il laisse d'excellente ouvrages d'histoire, entre autres la Réunion de Toul à la France, la Mère des Guises, La Première Etape de Jeanne d'Arc et l'Histoire d'une vieille maison, qui est la propre histoire (te si>n cher château d’Echenay. Nous avons également de lui le Roman d'une âme antique, qui vaut par  la documentation, le style et le cachet personnel qu'il a su lui imprimer.
A énumérer ces ouvrages, il ne faut pas perdre de vue cependant que c'est comme poète que Gabriel de Pimodan s'est fait connaître. Quelques-unes de ses oeuvres font une belle figure dans l'Anthologie des poètes contemporains. Il est poète d'instinct et de nature, tout son être est poète-, pour ainsi dire. Très jeune, il a publié Lyres et Clairons, le Coffret de pertes noires, les Soirs île défaites.
Puis ont paru successivement Poésie- Les Sonnets de Pimodan, la Chanson des couleurs,
Sous les hêtres de l'Est, et enfin un drame, un amour à Sparte, un petit chef-d'œuvre où passe
à travers toutes les pages le grand souffle qui l'anime. Toutes ces œuvres, est-il besoin de le
dire, lui ont mérité les suffrages de nombreux admirateurs.

11 serait aussi fort intéressant de suivre les étapes de cette longue carrière de poète.

 Lyres et Clairons, le premier de ses livres, marque un brillant début. Mais, à tout prendre, ce n'est encore qu'un début, où les éléments d'ordre extérieur (la vie militaire du poéte) priment
ceux d'ordre intérieur. Chacun des ouvrages qui suivront témoigneront d'un progrès sérieux,
sinon dans l'inspiration toujours personnelle et pure, au moins dans la forme de plus en plus
précise et élégante. Au reste, ses volumes de poésies peuvent être tenus pour des recueils de
souvenirs et d'impressions sincères. Il ne s'y trouve pas une pièce, à ce que je crois, qui ne
représente idéalement l'auteur au moment exacte où elle jaillissait de son esprit ou de son
cœur. De là, une prodigieuse variété de tons et de couleurs, une grande richesse de sensa-
tions, quelque chose qui ressemble, si j'ose dire, au sentiment mélodique d'un musicien, à
la vision colorée d'un peintre, à la méditation profonde d'un philosophe et d'un chrétien. De
là encore cette maturité qui s'accroit avec les années et cette maîtrise de soi-même qui vient
couronner le suprême effort.

 

Tout cela est très sensible dans le recueil intitulé Sons les hêtres de l'Est, l'avant-dernier ouvrage du duc. Aussi éprouve-t-on un plaisir inouï à le parcourir et à s'en imprégner.
Ce faisant, l'on en pénètre mieux le charme et l'on en goûte plus aisément la saveur charme
champêtre. saveur spirituelle, rom s'y trouve.
En vérité, je me sens incompétent pour juger le poète mais c'est le louer singulièrement que
d'avouer que je suis hors d'état de le faire comme il conviendrait.

Je regrette vivement de ne pouvoir, faute de place, donner ici quelques extraits de ces
poèmes. Toutefois, je ne résiste point au désir de citer le sonnet que ce parfait chrétien écri-
vit, il y a plusieurs années Pour des religieuses exilées de France. Ce sonnet, qui lui
fait le plus grand honneur, est. hélas toujours d'actualité

Salut, vieille demeure vont les hirondelles
Fuyant l'orage noir, salut, 0 murs bénis,
les oiseaux de France, étonnés et adules.
Pour des étés lointains ont accroché leurs nids.
Vous n'avez pas voulu la honte des tutelles.
Puisque l'honneur antique et la foi sont bannis,
Puisqu'on jette en exil les âmes immortelles
Coupables d'avoir cru toujours aux infinis
Restez, libres oiseaux, restez hors des frontières
Pour le culte sacré des vérités altières,
En traversant d'un vol la gloire du ciel bleu.
Et, cependant priez. Nos heures d'espérance
Attendent des matins plus heureux sur
la France
Et des gestes nouveaux pour la grandeur de Dieu

 


SÉBASTIEN HERSCHER,

Archevêque de Langres

 

 

Source : Journal LA CROIX – Jeudi 20 novembre 1924



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