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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

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LA GARÇONNIÈRE DE GABRIEL DE PIMODAN - 1904

26 Janvier 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

« Garçonnière : Petit appartement de célibataire, de personne seule. »

 Source : Larousse

 

S’il arrive parfois que le mot prenne une coloration libertine, il n’en sera rien dans ce qui va suivre puisque nous parlerons littérature et poésie en compagnie « d’invités choisis ».

 

Les témoignages abondent dans la presse de l’époque pour nous montrer l’assiduité de Gabriel de Pimodan à ces salons littéraires que, bien souvent, il organise.

Héritiers des grands salons littéraires du XVIIème et XVIIIème siècle, ils sont encore aux goûts du moment en ce début de XXème.

 

Très intéressantes matinées littéraires chez Madame Jean Vacaresco, mère de Mademoiselle Hélène Vacaresco, le grand écrivain et poète roumain, et chez le marquis de Pimodan, duc de Rarécourt, dont les saisissantes poésies et les ouvrages historiques sont si hautement appréciés.

 

Dans la garçonnière de ce dernier se trouvèrent réunis Mademoiselle Hélène Vacaresco, M. et Madame Auguste Dorchain, Madame Marc Dupuy, MM. Léonce Depont, Jacques Normand, L. Pâté, L. de Joncières, J. Renouard, P. de Bouchaud, L. Riotor, Vernhes, O. de la Fayette, le baron Carra de Vaux, M. de Pomairols, qui, ainsi que le maître de la maison, récitèrent leurs plus belles poésies au milieu de chaleureux applaudissements.

Grand succès pour les pages touchantes sur saint Vincent-de-Paul écrites par la princesse de Faucigny-Lucinge et lues par le marquis de Choiseul-Beaupré.


Source : Magazine « LES MODES » - N°43 – Juillet 1904

 

 

Afin de mieux cerner cet aréopage de personnalités, essayons de retrouver les protagonistes :


Hélène Vacaresco ou Elena Văcărescu, née le 21 septembre 1864 à Bucarest et morte le 17 février 1947 à Paris, est une femme de lettres franco-roumaine, deux fois lauréate de l'Académie française.


Auguste Dorchain, né à Cambrai le 19 mars 1857 et mort à Paris le 8 février 1930, est un écrivain et un poète français. En 1894, il publie un recueil de poésies, Vers la lumière, qui lui vaut une récompense de l'Académie française et la Légion d'honneur. Il voue une vraie amitié à Pimodan et rédigera la préface des « Poèmes Choisis » de ce dernier (Albert Messein Editeur, Paris 1926). Il y écrit : « Je ne l’évoque point seulement en son studieux logis (NDR : la garçonnière !!) ou dans le mien : je crois aussi le revoir dans une de ces maisons qui, hélas ! ne sont plus toutes ouvertes, où l’on honorait et fêtait la Poésie ; ou encore aux séances de notre Salon des Poètes français, assises annuelles d’une société dont il était l’un des plus anciens, les plus assidus et les plus aimés. »

 

Léonce Depont (1862-1913), poète et ami de Heredia, il reçoit de nombreux prix de l’Académie française, dont un grand prix de Poésie pour son éloge à Victor Hugo (1903). Il collabore à beaucoup de revues littéraires et artistiques de son temps.


Jacques Clary Jean Normand, né à Paris le 25 novembre 1848 et mort le 28 mai 1931 à Paris, est un écrivain français (il publie aussi sous le pseudonyme de Jacques Madeleine). Avocat à 21 ans, puis étudiant à l’Ecole des Chartes, il devient ensuite prosateur, romancier, poète, journaliste, auteur pour le théâtre. En 1918, il est vice-président de la Société des Gens de Lettres où il crée le prix littéraire qui porte son nom.


P. de Bouchaud, poète, romancier et critique d’art ; docteur en droit et ès lettres (1862 -1925)


Léon Eugène Emmanuel Riotor, né à Lyon le 8 juillet 1865 et mort à Paris le 12 janvier 1946, est un homme de lettres et homme politique français. Il a publié plusieurs recueils de poésie, Le Pêcheur d'anguilles (1894) ; Poèmes et Récits de guerre(1918) ; Spicilège (1928) ; La Main de gloire (1929).


Charles de Pomairols, né le 23 janvier 1843 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) où il est mort en 1916, est un poète et romancier régionaliste français. Grand spécialiste de Lamartine, il tenait salon à Paris où il recevait les écrivains catholiques.


Le Baron Carra de Vaux (né le 5 février 1867 et décédé en 1953) était un orientaliste français qui a publié les comptes de ses voyages au Moyen-Orient.


La famille de Choiseul, d'extraction chevaleresque, n’est pas à présenter, ayant fourni à la France nombre d’hommes d’état, d’ecclésiastiques, militaires, … Précisons simplement qu’elle est originaire de Champagne, du village de Choiseul en Bassigny (Haute-Marne).


Source : Wikipédia et Net


Reste la Princesse de Faucigny-Lucinge :


faucigny lucingeNée Choiseul-Gouffier, mariée en premières noces au vicomte de Janzé, la princesse de
Faucigny-Lucinge aura occupé dans l'histoire littéraire et artistique de ces dernières années une place comparable à celle que tinrent au XVIIIème siècle certaines grandes dames célèbres, Mme de Choiseul, son aïeule, par exemple.

 

Elle a connu, reçu chez elle ou fréquenté à peu près tous les hommes supérieurs de son temps et exercé sur eux une discrète et réelle influence.

Royaliste et catholique, elle sut l'être avec une douceur exquise, laissant rayonner d'elle la persuasion et la sagesse. Ses écrits ressemblent à sa conversation : ils sont de la bonne marque et sentent la bonne compagnie, agréables à lire, émaillés de jolis mots et d'intéressants souvenirs, de véritables mémoires sur les hommes et les choses du XIXeme siècle, où les historiens futurs trouveront beaucoup à puiser. ( )

Signé : A .P


Source : LE MOIS LITTERAIRE ET PITTORESQUE – 6éme année – Tome XII- Juillet / Décembre 1904

 

 

Voici presque reconstituée l’une de ces assemblées que Gabriel de Pimodan aimait tant et qui donne un aperçu sur les personnalités dont il aimait s’entourer. Il est assez agréable d’imaginer ce genre de réunion sur le terre-plein devant la façade du château d’Echenay, lors d’une garden-party estivale.

Mais a-t-elle eu lieu ?... Je cherche encore ! 

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GABRIEL DE PIMODAN A SAINT-CYR - 1875

26 Juillet 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Apprenant le décès de son mari, Mme de Pimodan avait dit à ses enfants: « Vous aussi, vous serez soldats ». Lourd héritage que Gabriel de Pimodan assumera, suivant en cela les traces de ses aïeux dans la carrière militaire. Il entre en 1875, à St Cyr, dans la 60e promotion de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1875-1877), nommée promotion « Dernière de Wagram ».

On peut imaginer la fierté de la famille en découvrant son nom dans la liste des admis, parue au Journal Officiel. 

L’effectif de cette promotion est de 353 membres (351 français et 2 étrangers dont 1 japonais). 

Il est possible de se faire une idée précise de ces deux années grâce au livre-témoignage du baron René Jean Toussaint-Maizeroy(1856-1918) qui faisait partie de la même promotion. Plus tard, démissionnaire lui aussi, il sera un auteur assez prolifique, sous le pseudonyme de René Maizeroy. Il nous conte ainsi les différentes étapes de cette période : 

Le départ du domicile, émouvant pour toutes la famille puis l’arrivée à St Cyr. 

A St Cyr, toutes les enseignes des boutiques, toutes les clôtures sont couronnées par le même titre, invariable : « Fournisseur de l’Ecole ». Il y a les repus qui ajoutent un mélancolique « ex » et les nouveaux dont le nom s’allonge avec des dimensions faméliques. On sent que toutes ces industries se sont incrustées comme des limaces aux flancs raidis de la grande caserne monacale qui bouche l’horizon de ses quatre ailes régulièrement alignées. Elles vivent toutes de ce ventre-là. ( ) 

Voici enfin l’école : 

La porte franchie, on suit une vieille allée de tilleuls trapus, contournés, qui s’entrelacent pour former une voute feuillue. Il semble que ce soit un cloitre bas, sans soleil, bâti devant le pavillon carré de la grande marquise. Un pavillon tout coquet, tout tapissé de jeunes verdures que dominent des urnes d’où jaillissent des flammes de marbre qui se courbent ardemment vers le palais de Versailles. ( ) 

Mais vient un moment redouté : le premier contact. 

Avez-vous jamais suivi du regard les courses aventureuses d’un pauvre bouchon abandonné le long du ruisseau pendant une averse ? L’avez-vous vu tourner, rouler, se heurter aux pavés sous les eaux limoneuses qui l’entrainent sans trêve, n’importe où ? Il en est de même le premier jour de l’entrée à St Cyr. 

Le dernier baiser d’adieu échangé dans la cour d’honneur, la visite du docteur vous ayant classé dans (une) noble catégorie ( ), à travers des cours, des corridors interminables, on est conduit par un tambour raillard dans une grande salle blanchie à la chaux.

Le plancher, les tables, les fenêtres, tout déborde de bottes, de linge, de schakos, d’uniformes.

Des relents de cuir, de vêtements renfermés, s’évaporent de ce capharnaüm informe.

Des officiers apparaissent de ci, delà, assis sur des chaises dépaillées, l’air maussade, parlant et jurant très haut.

Le premier acte de la comédie commence. Une répétition de Guignol. On entend que des exclamations brusques à droite, à gauche, devant, derrière : « par ici, les chemises ! – Et celles-ci vous vont-elles ? – Le numéro 12 à celui-là !- S’il fallait écouter tout le monde, on en finirait plus, jeune homme ! ». ( ) 

Sans savoir, sans parler, on passe des mains du linger dans celles du tailleur, de celles du tailleur dans celles du bottier, du bottier au capitaine, du capitaine à l’adjudant.

La métamorphose n’était pas assez complète : l’adjudant vous livre au perruquier de l’endroit. Un bonhomme d’une drôlerie superbe, celui-là ! Petit avec des moustaches épaisses de garde municipal, jacassant sans cesse et qu’on surnomme le capitaine Bulle. ( )

Pauvres cheveux d’autrefois ! Ou sont-ils ? Sur le plancher crasseux avec tous les rêves de la première joie. ( ) 

Trainant nos paquets cahin-caha, par les marches sales des escaliers, nous sommes montés sous les combles, dans le dortoir. Le gouvernement nous loue ce cinquième pour deux ans.

C’est une longue salle aux plafonds bas comme ceux d’une soupente, aux murs blanchis à la chaux, sur lesquels les punaises écrasées ont imprimé des sillons roussâtres. Les lits alignés profilent leurs arêtes rigides. Des cases carrées, clouées au plâtre des cloisons tracent des angles d’ombre sur la blancheur des traversins. Un bahut en bas noirci est placé au chevet. Au fond, dans le lavabo, un robinet s’égoutte monotonement, et son pschtt affaibli tintille comme une plainte d’agonie. Il me semble qu’on va enterrer quelqu’un dans cette salle froide, silencieuse, qu’un ciel gris de fin d’octobre éclaire à peine de quelques lueurs vagues. Les lits ont des reliefs géométriques de cercueil. ( ) 

Pimodan devient  un « melon ». On surnomme ainsi les élèves de première année. Le nom vient, dit-on, de ce qu’ils entraient jadis à l’école le jour de la saint Mellon.

 

Puis vient L’Astique, une scène très amusante de la grande machine en plusieurs tableaux qui se joue entre les quatre murs de l’Ecole. Drôles seulement pour ceux qui regardent de loin ! ( )

Chacun plie, replie, tire ses draps, brosse, crache, frotte, en couvant d’un regard découragé les matelas qui débordent de l’alignement avec des lassitudes molles, la poussière impalpable qui blanchit à nouveau le fourniment et le schako, et les bottes, les affreuses bottes, qui ne veulent pas reluire. ( ) 

Les causeries se prolongent de plus en plus à la courte récréation du soir. Des groupes commencent à se former. On se tutoie cordialement. On cherche des amis dans le tas des camarades, car les anciens vont arriver à la fin de semaine. Ainsi ne parle-t-on que des brimades prochaines et de la véritable vie d’école dont cette rentrée claironne le premier chapitre. ( )

 

Les « anciens » arrivés, les brimades (bizutage) commencent et  l’enseignement peut démarrer. Les leçons d’escrime par exemple : 

La salle d’armes est rectangulaire, barrée d’une double colonnade qui forme une sorte d’allée au bout de laquelle, perdu dans un entassement de drapeaux tricolores, le buste jovial du maréchal Canrobert sourit sur un socle de bois peint. ( ) Les murs sont constellés de masques et de fleurets s’écartant les uns des autres avec la symétrie d’un éventail ouvert. ( ) 

Quoique bacheliers, nous ne connaissons pas la philosophie de l’escrime. ( ) C’est un système nouveau que notre maitre, l’adjudant Lepied, se charge de démontrer chaque année par un simple petit discours : ( ) 

« N’oubliez pas les principes fondamentaux de l’escrime, les principes sans lesquels le plus malin ne sera jamais qu’un ferrailleur de quatre sous… Je recommence pour ceux qui auraient l’oreille dure… Le sentiment du fer ; le coup d’œil, le départ du pied ; le respect du sexe et la tradition dans le progrès… »

 

Puis, c’est les cours au manège : 

Les leçons d’équitation ont lieu le soir. Les langues jaunes de quelques becs de gaz éclairent la monotone procession qui, durant trois quarts d’heure, tournent et retourne entre les quatre murs du manège, réglée par les claquements secs de la chambrière et les ordres ennuyés d’un mar’chi.

Au trot ! Au galop, sacrebleu ! Les grandes rosses allongent le cou, reniflent bruyamment et leurs lourds sabots soulèvent des paquets de poussière dans le sable épais. Tous les pauvres cavaliers malgré eux, perchés tant bien que mal sur des selles plates sans étriers, arrondissent le dos, crispent les mollets contre les flancs épais du cheval, et, les pieds ouverts, les coudes en éventail, tirent désespérément sur les brides. Et derrière la chevauchée caricaturale dansent des ombres démesurées, massives, d’où s’enlève parfois l’effarement brusque d’un geste peureux et la courbure d’un torse avachi. ( )

 

Beaucoup ne sont pas habitués à ce rythme soutenu. 

Aux étonnements des premières semaines, aux fatigues prolongées qui engourdissaient les plus forts, dans une somnolence lassée, à l’existence machinale rythmée par le timbre secs des tambours qui nous poussait comme de petits pioupiou en bois, du réfectoire à l’étude, du dortoir à l’amphithéâtre, succède peu à peu le réveil lent d’une métamorphose naturelle…

Nous recommençons à savoir rire. La jeunesse reprend ses droits et ceux qui ont été le plus échaudés par les brimades ruminent déjà la danse de caractère qu’ils feront sauter aux anciens à la saint sylvestre : - la seule date de l’an où les rôles hiérarchiquement imposés soient renversés.

La fête commence ( ) dans les dortoirs, après le coucher. Une vraie bataille épique que cet assaut du plateau de Pratzen. Les matelas sont entassés dans un coin en amoncellement informe qui monte jusqu’au plafond. Les ustensiles de campement, bidons et gamelles, servent d’instrument à l’orchestre. Les combattants en chemise sont armés de traversins. Le heurt bruyant des planches à astique imite le bruit de la canonnade : - une réduction Colas du tonnerre de Calchas, dans la Belle Hélène.

Et en avant la chaudronnerie !  Les becs de gaz sont éteints. La mêlée s’engage, les matelas roulent pêlemêle, s’éventrant sur le plancher, le chahut grossissant de plus en plus l’obscurité épaisse…

Mais tout à coup l’adjudant de service apparait sur le seuil de la porte entr’ouverte. Tous les combattants se précipitent aussitôt sur leurs lits, trainant sur le dos le premier matelas venu. Les lits se refont comme par enchantement, et l’on n’entend plus dans le silence lourd que des ronflements de chantre éclatant dans tous les coins…

 

Bon nombre des protagonistes finirent au poste de police. Pimodan est-il du lot ?

Le temps passe et les premières permissions de sortie arrivent. Puis le retour à la caserne. 

Que les jours d’hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le B A BA du métier, dans le Marchfeld (champ de manœuvre) que balayaient âprement les bises. Les pieds se momifiaient. Les mains bleuissaient. Les nez violacés s’emperlaient d’une éternelle gouttelette, car personne n’osait se moucher avant la berloque.

Et « Portez  …armes ! » et Présentez…armes ! » et « Croisez…ette ! », toute la litanie du conscrit, à laquelle fidèlement le fusil répond : « Ora pro nobis ! » (NDR :Priez pour nous) 

Chaque ancien instruisait « un melon ». ( ) 

Les  S’en moquent pas mal  commandaient très fort, débitaient au besoin des lambeaux de théorie, beuglaient, gesticulaient comme quatre, mais, le dos de l’officier tourné, remettaient placidement leurs mains dans les poches et bavardaient de la pluie, du beau temps et surtout de Paris.  

Les fanatiques ne savaient, ne comprenaient qu’une chose, la rigoureuse consigne et le règlement du 2 novembre 1833. Ils prenaient pour devise : Manœuvrer, manœuvrer toujours, sans une minute de repos, malgré le froid et la fatigue. 

Les trembleurs singeaient les fanatiques. Ils étaient les déshérités, ceux que le capitaine marquait d’une croix rouge sur son carnet, qui le dimanche espéraient sortir et voyaient invariablement la porte se refermer devant eux.

 

Le temps passe encore et le moral remonte. 

Le printemps a raccommodé la mécanique cassée. Le fusil n’a plus sa lourdeur ancienne qui meurtrissait rudement les épaules. Le sac est chargé de plumes.

C’est que maintenant on court les chemins et les bois. Le programme est changé. Les portes sont ouvertes au large.

 

Vient le temps des examens de fin d’année.

Examen d’équitation, d’art militaire, d’administration, de géographie, de fortification et de topographie puis enfin, les vacances. 

Mais le temps passe vite et c’est la rentrée. Les cours reprennent et le moral est en berne mais il faut s’y remettre. Alors, chacun pense aux permissions de sortie qui feront du bien. Si on n’est pas consigné !

Les légendaires tentations de saint Antoine, les souffrances éternisées du pauvre païen Tantale n’étaient rien en comparaison de ce qu’éprouvent chaque dimanche les malheureux qui sont consignés … 

Le supplice commence dès le réveil.

Les camarades qui ont leur permission en poche se lèvent avant la claironnée de la diane, et on est condamné à les voir s’astiquer, se pomponner, se parfumer, brosser, rebrosser leur uniforme, à les entendre bavarder sur tous les tons de l’excellent déjeuner qu’ils vont se payer chez Durand, du beuglant l’on ira bailler une heure, des belles petites aux noms de romance, qu’ils accompagneront au Bois. Et patati…et Patata…

Puis c’est le silence morose qui suit le brouhaha confus des élèves sortis, les portes qui se referment, et la cour Wagram qui parait plus immense, plus morne avec la vingtaine d’élèves  éparpillée aux quatre coins.   

Le programme est chargé.

 

Le saint-cyrien qui termine sa seconde année est un peu pareil à ces hommes-orchestre. Il lui arrive, dans la même journée, d’être cavalier, fantassin, sapeur du génie, artilleur et saint-cyrien comme devant. 

Aux premiers jours d’été, les écoles à feu commencent dans le polygone.

Le tir a lieu au coucher du soleil, à cette heure tardive dont la lumière est si douce, ou la chaleur s’apaise, se fond en une tiédeur molle d’alcôve mi-close…

Le terre-plein étroit de la petite batterie déborde d’élèves qui se pressent autour des canons, affairés, suant, prenant au sérieux leurs rôles de pointeurs et de servants.

Et de quart d’heure en quart d’heure, les détonations se suivent… ( ) 

C’est tour à tour le déchirement strident des mitrailleuses, la note grave des pièces de campagne, le vacarme assourdissant des pièces de siège et le crachement des mortiers.

La butte, si verte auparavant, se lèpre de larges blessures jaunes. Les cibles s’affaissent, éventrées par des projectiles. Les tonneaux seuls restent intacts, arrondissant, dans les hautes herbes, leur panse rebondie qui semble narguer les gueules béantes des canons.

Cependant, soit par hasard, soit habileté d’un pointeur, le tonneau est quelquefois atteint par les projectiles.

Aussitôt, les clairons sonnent un rigodon, et la batterie entière pousse des hurrahs enthousiastes. L’exercice est terminé, et on s’occupe d’organiser le triomphe.

Le triomphe !... Que ce mot a d’altières résonnances, et quels souvenirs classiques il évoque ! 

Général, officier, anciens, melons, tout le monde est de la fête, en compagnie d’une prolonge d’artillerie et de quatre bons vieux chevaux blancs de trompette qui écarquillent démesurément leurs gros yeux étonnés… ( ) 

La prolonge est enguirlandée de feuillages et de fleurs. Les servants et les heureux pointeurs de la pièce qui a décroché la timbale, montent dans ce cadre de verdure et s’y groupent autour du tonneau peinturluré d’une couche tricolore.

Une garde d’honneur d’anciens forme la haie des deux côtés, et deux cavaliers conduisent les chevaux à la Daumont (NDR : attelage à quatre ou à six chevaux qui n'utilise pas de cocher, mais des postillons montés). Derrière le char, les anciens s’avancent par compagnies. Tous ont découpé les franges de leur épaulette gauche. Les fines-galettes ont des aiguillettes rouges.

Le major de queue (NDR : le dernier de la promotion) commande les deux bataillons avec un sabre d’officier et les épaulettes jaunes de l’infanterie de marine. 

Le cortège s’ébranle, et entre dans la cour Wagram par la porte de la carrière. A droite et à gauche, les melons sont alignés et agitent des branches vertes. Le Père Système (surnom donné à l’élève qui a le premier numéro matricule de la promotion)  caracole devant les rangs.

Le général, son état-major, les femmes des officiers en toilettes claires, sont assis sous le zingot (NDR : le préau). Alors, les hurrahs recommencent si forts, si prolongés, que les oreilles des chevaux pointent effarées… 

Les triomphateurs vont galamment offrir leurs bouquets à la générale. Les tambours et les clairons battent aux champs, tandis que le Père Système, descendu de cheval, grimpe quatre à quatre jusqu’à la salle de police et délivre les pauvres diables qui se morfondaient dans leur étroite cellule.

 

Quelques jours encore, et puis : 

Pékin de Bahut ! (la quille) Le rideau est retombé. L’interminable comédie en deux ans et tant de tableaux est finie, et la troupe s’en va pour ne jamais revenir.

 

Source : Souvenir d’un Saint-Cyrien – René Maizeroi – Nouvelle Edition – Paris – P. Ollendorff, Editeur - 1897

 

Voici la vie de Gabriel de Pimodan à St Cyr L’Ecole.

Il en sortira sous-lieutenant. Mais « tiraillé» par ses idées, il démissionne, quitte l’armée et se consacrera à l’écriture et à la vie politique comme on le sait.

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GABRIEL DE PIMODAN ET L'ANTISEMITISME - 1889

12 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

 

 

Mon article sur le banquier juif d’Echenay au XIV siècle m’avait donné l’idée de poursuivre sur ce thème. G. de Pimodan n’a-t-il pas vécu au temps de l’affaire Dreyfus ?

 

Bien m’en a pris car voici encore une autre tranche de vie.

 

« Édouard Drumont, né à Paris le 3 mai 1844 où il est mort le 3 février 1917, est un journaliste, écrivain, polémiste et homme politique français, fondateur du journal La Libre Parole, antidreyfusard, nationaliste et antisémite. Il est également le créateur de la Ligue nationale antisémitique de France.

 

Il entre, à dix-sept ans, dès la mort de son père, à l'hôtel de ville où il travaille six mois. Son rêve est de devenir homme de lettres. Il se lance dans le journalisme et entre au Moniteur du bâtiment, puis il collabore au Diable à quatre, un journal Hippolyte de Villemessant (journaliste qui ressuscite Le Figaro en avril 1854). Il travaille parallèlement à L'Inflexible, où il dévoile les secrets de Villemessant, qui le congédie. Il publie des articles dans divers journaux comme La Liberté (où il s'occupe à la fois des reportages, des chroniques littéraires, des études d'art et même la dernière heure au Corps législatif). Drumont reste chroniqueur d'art à La Liberté de 1874 à 1886, où il a pu être engagé grâce à un article qu'il avait écrit sur Emile de Girardin, directeur de ce journal.

 

Au sein de La Liberté, il n'expose pas ses idées politiques. Il révèle ses talents d'historien dans la Revue de la Révolution. Il écrit dans Le Bien Public, mais aussi dans L'Univers, Le Nain jaune, La Presse théâtrale, la Chronique illustrée, Le Contemporain, La Revue de France, Le Gaulois, Le Petit Journal (critique d'art), etc. Il compose les oraisons funèbres d'Emile Pereire et de son frère Isaac. Il se fait d'abord connaître par la publication de plusieurs ouvrages non politiques. Si sa première œuvre littéraire est une pièce de théâtre en un acte, cosignée avec Aimé Dollfus, Je déjeune à midi  (1875), son premier livre publié est Mon Vieux Paris, paru en 1878. L'ouvrage est un parcours commenté de la capitale, émaillé de réflexions empreintes de nostalgie et de regret. Suivent Les Fêtes nationales à Paris (1878) et Le Dernier des Trémolin (1879).

 

En 1885, Drumont publie un opuscule de quarante-trois pages intitulé Le vol des diamants de la couronne au garde meuble. Appelé à la direction du Monde en 1886, il publie, en avril de la même année, La France juive, qui atteint vite la 150e édition, et vaut à son auteur, en même temps que la notorièté, une condamnation à une forte amende et deux duels, notamment avec Arthur Meyer, directeur duGaulois. Drumont publie ensuite, La France Juive devant l'opinion (1886), La Fin d'un monde (1889), La Dernière Bataille (1890), Le Testament d'un antisémite (1891), Le Secret de Fourmies (1892). En 1890, Drumont fonde la Ligue Nationale antisémitique de France. Drumont critique le cosmopolitisme de ce qu'il appelle la race juive, ce qui s'oppose pour lui au nationalisme fort qu'il défend. » ( )

 

Source : Wikipédia

 

Dans « La fin d’un monde, étude psychologique et sociale », Drumont donne une vision très  personnelle de la société de cette fin de siècle.

 

 Il est vrai que le XIX eme fut un moment de grandes transitions pour la politique, le social, le  modernisme, etc…  Nous avons perdu une guerre, une partie du territoire, un fort sentiment de revanche est dans l’air, le monde change et inquiète et il faut des coupables.

 

Drumont a trouvé les siens.

 

Par ailleurs, il fustige le laisser-aller de la société en général, de l’aristocratie qui, à ses yeux, se délite. Bref, pour lui, tout le monde baisse les bras. Lui veut engager la lutte, à sa façon. 

 

« Nous recevons affront sur affront, l'Allemagne fait tirer sur nos officiers à la frontière, l'Italie nous donne le coup de pied de l'âne, l'Europe se partage déjà nos dépouilles, l'Invasion est à nos portes et la Banqueroute va s'asseoir à notre foyer; nous plions sous une dette de trente milliards; les usines se ferment, notre agriculture est ruinée, nos industriels voient peu à peu tous les marchés du monde leur échapper... ()

 

J'ai donné pour titre à mon livre : la Fin d'un monde et non la Fin d'un peuple. Les autres nations, en effet, sont presque aussi malades que nous.

 

Nous agonisons sur un grabat, dans la chambre déjà déménagée d'où l'on a enlevé peu à peu, en même temps que les valeurs et l'argent, toutes les reliques du Passé, tout ce qui parlait à l'âme, tout ce qui rappelait la vie des aïeux. Les Rothschild ont commencé par vider les tiroirs, Hérold a décroché le crucifix, les Juifs Vanderheim et Bloche ont été chargés, sur l'initiative de Lockroy, de vendre les diamants de la Couronne. » ( )

 

J’arrête là cette présentation que les lecteurs intéressés pourront poursuivre et j’en arrive au but de cet article. Dans son livre, il poursuit :

 

« Une souriante et désarmante sincérité dans la frivolité, une conviction profonde que le rôle de l'Aristocratie est fini, tel est le fond des nobles qui jouent un rôle dans la haute vie de Paris.

 

Les meilleurs ont cette impression : je me souviens d'une conversation que j'eus avec M. de Pimodan, qui était venu m'apporter un volume de vers: Soirs de Défaite. C'est un homme d'une très réelle valeur, ancien officier, il a su ne pas être un oisif el il a publié un volume plein de documents curieux : La réunion de Toul à la France.

 

En face du porteur d'un si beau nom, du fils du héros de Castelfidardo,  je fis ce que je fais avec tous ceux avec qui j'ai l'occasion de causer, j'essayai de voir si on ne pourrait pas compter sur lui dans un moment d'insurrection où quelques centaines de vrais Français de tous les partis s'empareraient facilement des banques juives. Je lui montrai combien la situation serait favorable pour préparer un mouvement.

 Il  me tendit son volume et m'indiqua ces vers pleins de tristesse où s'affirment si mélancoliquement la désillusion, le sentiment que tout est inutile, qu'il n'y a plus rien à faire.

 

Nous sommes des vaincus Français et gentilshommes,

 

Deux fois vaincus ! La gloire a quitté nos drapeaux,

 

Le pouvoir a quitté nos mains pâles; nous sommes,

 

Avec nos titres vains, de brillants oripeaux,

 

Des haillons d'hyacinthe et de pourpre que foule,

 

Le pied de l'ouvrier sifflant au gai matin,

 

Et qui, le soir venu, sous les pas de la foule

 

Ne garderont pas même un reflet de satin.

 

D'autres soleils ont lui pour nous. La vieille Terre,

 

Lasse de supporter le poids de nos autels,

 

Impatiente, attend le joug du prolétaire...

 

C'est fini ! N'accusons que les dieux immortels !

 

 

 

Encore une fois il serait à souhaiter qu'un écrivain nous léguât le tableau ressemblant de ce monde, qu'il le montrât tel  qu'il est depuis quelques années, absolument démoralisé, si vous voulez, ou suprêmement indulgent si vous préférez.

 

L'indulgence, en effet, est la caractéristique de cette société. Tout passe. Au moment de quelque gros scandale, tous ces, gens qui ont clé élevés dans une sorte de religion de l'honneur ont un petit soubresaut, quelque chose comme le frissonnement du mouton qui baisse la tête, lorsque la bise secoue trop sa toison, mais ils prennent vite leur parti… »

 

Evidemment, de telles positions déclenchent des réactions !

 

Lucien Darville lui répond dans un ouvrage titré « Un monde nouveau, réponse à Edouard Drumont » la même année. Dans sa préface, il explique :

 

« Nous venons d'achever la lecture du dernier ouvrage de M. Edouard Drumont, intitulé :

 

La Fin d'un Monde, étude psychologique et sociale.

 

Etant donné le talent si original, si connu de l'auteur, l'apparition de ce livre constitue un véritable événement, d'autant plus que M. Drumont commence par se déclarer chrétien et prétend juger les hommes et les choses de ce temps avec la plus grande impartialité.

 

Or, de la première ligne à la dernière, son livre n'est qu'un long cri de détresse dont le trait le plus caractéristique exprime la haine, une haine systématique, non pas de l'esprit juif  pris dans la mauvaise acception du mot, mais de tout ce qui, de près ou de loin, touche au judaïsme proprement dit.

 

Semblable aux sectaires républicains qui voient partout le spectre des jésuites et des cléricaux, M. Drumont ne rêve que des juifs et croit deviner leur influence occulte dans tous les événements passés, présents et à venir.

 

Le plus grand danger des théories ou des allégations émises par M. Drumont réside dans l'art merveilleux avec lequel il les a coordonnées. Cet enchaînement peut faire partager à ses lecteurs le sentiment d'insurmontable découragement (qu'il parait éprouver lui-même, car il rencontrera des adeptes dans les rangs d'une certaine école de catholiques où l'on ne constate déjà que trop souvent un pessimisme que nous nous permettrons de qualifier d’'antichrétien.) »

 

Sur le paragraphe de Drumont concernant M. de Pimodan, il ajoute :

 

« L'aristocratie est finie et elle en est elle-même convaincue, nous dit M. Drumont. Pour prouver cette allégation, il nous raconte qu'il demanda un jour à M. de Pimodan, homme d'une très réelle valeur, si l'on ne pourrait pas compter sur lui pour participer à un mouvement insurrectionnel, ayant pour but de s'emparer des banques juives.

 

M. de Pimodan, pour toute réponse, lui présenta une pièce de vers dans laquelle il avait exprimé sa complète désillusion et sa croyance en l'incurabilité du mal social.

 

Nous ne voudrions pas blesser M. Drumont, mais il nous semble que M. de Pimodan a trouvé là un moyen habile et courtois de faire comprendre à son interlocuteur qu'il ne tenait pas à renouveler envers les juifs, les exploits de Cartouche et de Mandrin. » 

 

Sources :

La fin d’un monde – Edouard Drumont – chez Albert Savine Paris - 1889

Un monde nouveau, réponse à E. Drumont– Lucien Darville – Paris – chez Vic et Amat -1889

 

 

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UN LORRAIN POUR UN LORRAIN - 1898

8 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Dans sa rubrique du 22 juillet 1899, le Journal de Genève annonce la sortie des Poésies de Pimodan,  chez Léon Vannier, avec des illustrations d’Henri Baudot.
Le journaliste, qui signe  L.D, après avoir commencé sa critique de façon relativement flatteuse,  « lâche soudain les chiens ». La critique est acerbe. C’est son droit !  
poesies g pimodan suisse
 
 Mais ce qui motive mon article n’est pas là. C’est plutôt le choix de l’illustrateur.
 
« Edouard-Louis Henry est né à Nancy en 1871 de Charles-Jean-Baptiste Henry et de Marie-Charlotte Baudot. On voit par là que cet artiste connu ultérieurement sous les deux patronymes accolés d’Henry et de Baudot se nommait en réalité - selon les règles d’état-civil en vigueur à cette époque - du seul nom d’Henry.
  
Bien que nous n’ayons aucun renseignement précis sur les premières années du peintre, il est clair que le jeune garçon, qui ne compte aucun ascendant lié au monde de l’art, fut marqué peu ou prou par l’effervescence créatrice qui caractérisait la capitale de la Lorraine avant 1914.
  
On peut supposer que parmi ses professeurs d’art plastique au collège se trouvèrent des hommes en mesure d’éveiller chez ce fils unique et choyé le goût pour la peinture et le dessin. N’oublions pas non plus que depuis 1871, conséquence de l’annexion de la région par l’empire allemand, la ville de Stanislas Leczinsky, demeurée française, affirmait hautement son identité sous le double signe du patriotisme - voire d’un nationalisme sourcilleux - et de l’élaboration d’un art original, à la faveur d’une heureuse rencontre entre des peintres, des décorateurs, des ébénistes, des verriers, des ornemanistes et des industriels qui donneront toutes leurs lettres de noblesse à l’école de Nancy. ( )
  
Nous connaissons très mal la production artistique du peintre avant son admission à la SNBA (ndlr : Société des Beaux-Arts), mais il est loisible de penser qu’une partie de son travail d’alors est consacrée à la célébration des charmes de la campagne lorraine, ce qui conduira notre peintre à illustrer en 1898 les sonnets de Pimodan, œuvre du duc de Rarécourt, d’un patriotisme fervent, dont une partie est dévolue aux incomparables beautés des environs de Toul ! »
  
Source : Catalogue de la vente « ATELIER Edouard-Louis HENRY-BAUDOT (1871-1953) », organisé par Mr  T.de  MAIGRET, commissaire-priseur, hôtel Drouot, le 14 décembre 2012
  
Le choix de l’illustrateur par G de Pimodan n’est donc vraisemblablement pas un hasard.
Imprégné de Lorraine, il choisit un Lorrain pour son ouvrage. C’est aller au bout de ses idées.
Le critique n’a certainement pas perçu cet aspect de la personnalité de Pimodan.
 
  
 
 
 
 
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AUTRE PORTRAIT DE GABRIEL DE PIMODAN

21 Avril 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Bien que de facture assez classique, ce portrait ne manque pas d’intérêt. L’homme est présenté « en pieds », avec canne, gants et chapeau melon, accompagné de deux de ses chiens et, plus curieusement, d’un rapace qui semble de connivence avec lui pour surveiller l’intrus qu’est le photographe mais aussi la propriété.

En effet, cette photo semble bien avoir été prise sur le balcon de la galerie du château d’Echenay.

 

 

gabriel de pimodan 2 poemes choisis

 

 Ainsi, les Pimodan aimait les chiens. Mais pourquoi en douterait-on puisque le journal LE CHENIL, parution hebdomadaire illustrée du Jardin Zoologique d’Acclimatation nous relate dans son numéro du 1 juin 1905 que « DUCHESS », collies appartenant à Mme la Comtesse de Pimodan, a obtenu la médaille d’argent du concours de l’exposition canine de 1905.

 

Ce portrait est issu du livre suivant:

POEMES CHOISIS

Préface d'Auguste DORCHAIN

Albert MESSEIN EDITEUR - PARIS – 1929

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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PORTRAIT DE GABRIEL DE PIMODAN

21 Avril 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Ce portrait est issu du livre suivant:

 

POEMES CHOISIS

Préface d'Auguste DORCHAIN

Albert MESSEIN EDITEUR - PARIS - 1929

 

 

"Je crois aussi le revoir dans une de ces maisons qui, hélas ! ne sont plus toutes ouvertes, ou l'on honorait et fêtait la poésie; ou encore aux séances de notre Salon des Poétes français, assises annuelles d'une Société dont il était l'un des membres les plus anciens, les plus assidus et les plus aimés.

 

On le priait de dire des vers. Lorsqu'il avait pu vaincre une timidité faite de sa modestie, il se levait. Sa taille haute, sa belle carrure militaire contrastaient avec sa physionomie pleine de douceur, ses yeux clairs emplis de pensée et de rêve.

 

Il commençait, d'une voix au timbre un peu voilé, d'un charme extréme, et, quand il avait fini, semblait vouloir se dérober au plus vite à l'applaudissement, comme s'il excusait de s'être introduit entre des poétes dont la notoriété lui semblait dépasser la sienne, comme s'il eût été, entre "des professionnels" - si l'on peut dire, - un simple "amateur", lui, l'un des plus féconds, l'un des plus dignes d'être rangés parmi les meilleurs."    A. DORCHAIN

 

 

 

 

gabriel de pimodan poemes choisis

 

 

 

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G. DE PIMODAN: "OUVRIER, POETE, SOLDAT, etc..." -1927

2 Mars 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

Poète, Gabriel de Pimodan ne peut échapper à la critique littéraire.      Extraits…

 

 

« Gabriel de PIMODAN, Poèmes choisis, préface d'Auguste Dorchain, in-8, 271 p., avec deux portraits et une gravure, Messein, 1927, 15 fr.

 

 Cette anthologie est faite de poèmes cueillis dans l'œuvre d'un homme qui fut à la fois le chef d'une illustre maison féodale, et, pendant plus de vingt-cinq ans, conseiller général et maire d'Echenay (Haute-Marne). II  avait été soldat ; il démissionna en 1881, et se donna tout entier à sa tâche sociale et à ses travaux littéraires;

 

Avec Alfred de Vigny, il peut dire :

 

« J'ai mis sur le cimier doré du gentilhomme

Une plume de fer qui n'est pas sans beauté. »

 

Ces poèmes, en effet, sont d'un excellent ouvrier en vers, respectueux de ses lecteurs et de son art. Evidemment, on peut lui faire le reproche que l'on fait à l'école parnassienne que l'artisan et l'artiste étouffent un peu en lui le poète. Mais c'est un reproche qu'on ne peut plus guère faire à nos poètes d'aujourd'hui et qui ressemble fort à un éloge.

 

Toutefois, un peu de virtuosité se fait jour dans le choix des thèmes (la chanson des couleurs, par exemple), et dans la facture des vers : les sonnets sont « herediesques*»  à plaisir (* de José Maria Heredia, poète réputé pour l’impeccable facture de ses sonnets).

 

D'autre part, il faut dire que cette âme vraiment noble a de hautes inspirations patriotiques et chrétiennes, que la poésie du passé enchante ce descendant des barons féodaux, et que l'esprit du XVIII siècle, ou même celui du XIX (voyez « Mes deux hôtels » !), étincelle en plus d'une page.

 

Comme il arrive  souvent pour des volumes de vers, si honnêtes qu'ils soient, on ne peut les conseiller à tous. J'avouerai même que les poèmes sur la mort sont d'une inspiration un peu païenne (oh! un paganisme purement artistique!). Mais en dehors des adolescents insuffisamment avertis, les amateurs de poésie liront avec plaisir ce beau et solide volume. »

 

Sources : Revue des Lectures, 1927/01/15, 1927/08/15.

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OBSEQUES ET ELOGES DE GABRIEL DE PIMODAN -1924

20 Novembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Gabriel de Pimodan

 Voici une évocation des obsèques de G.de Pimodan, tirée du journal Le GAULOIS, suivie de l'éloge rendue par l'Archeveque de Langres quelques mois plus tard dans le journal LA CROIX.

 

  

NÉCROLOGIE

  

 imagesCA32JZAP  Les obsèques du duc de Rarécourt-Pimodan, ancien officier, conseiller général de la Haute-
Marne, maire d'Echenay, ont été célébrées hier matin, à onze heures, en l'église Saint-Honoré
d'Eylau.

Les tentures de l'église étaient rehaussées d'écussons aux armes et avec la devise de la famille.

La levée du corps a été faite par Mgr Merio, directeur général de l'œuvre de la Sainte En-
fance, représentant S. Em. le cardinal Dubois. L'absoute a été donnée par Mgr Valeri, repré-
sentant S. Exc. Mgr Cerretti, nonce apostolique. Devant la famille avaient pris place: le comte
de La Tour en Voivre, représentant S. A. R. le Comte de Caserte, et le commandant Bertrand, représentant S. A. R. le Prince Sixte de Bourbon-Parme.

 

Le deuil était conduit par le marquis de Pomereu, sénateur de la Seine-Inférieure le vi
comte de Pomereu, ses beaux-frères; le comte de Pilmodan, le comte Louis de Pimodan, le
comte Antoine de Berg de Bréda, le comte de Pomereu, le comte Guy de Pomereu, S.*A. S.
le prince E.-G. de Groy, ses neveux; M. Pierre de Pimodan, son petit-neveu; le comte Fernand
de Pimodan, son cousin.

 

Du côté des dames:
la comtesse de Pimodan, la marquise de Pomereu, la vicomtesse de Pomereu, ses belles-sœurs
la comtesse Antoine de Berg de Bréda, Mlle de Pimodan, la comtesse Pierre de Pimodan, la
comtesse de Pomereu, S. A. S. la princesse E.-G. de Croy, Mlles Madeleine, Elisabeth,
Louise et Françoise de Pomereu, ses nièces.
La bannière des chevaliers pontificaux avait été placée dans le chœur. De belles couronnes
avaient été adressées par: la Société philanthropique de la Haute-Marne à son regretté président, le conseil général de la Haute-Marne, les Anciens du 891 d'infanterie à leur président d'honneur, la commune d'Echenay, reconnaissante, à son ancien maire.

Des délégations les escortaient et tout le conseil municipal d'Echenay était présent.
Dans l'assistance empressée duchesse de Lorge, duc de Feltre, prince de Faucigny-Lucinge, duc et duchesse d'Albufera, princesse d'Hénin,- baron Tristan Lambert, duc de Lorge,
prince et princesse B. de Faucigny-Lucinge, prince et princesse Jérôme Murat, marquis et
marquise d'Andigné, marquis de Wignacourt, marquis et marquise de Miun, marquis et mar-
quise de Luppé, marquis de Faria, Mme Le Ghait, M. et Mme Louis Dausset, baron et ba-
ronne de Mandat-Grancey, vicomte et vicomtesse de Somalie, marquis de Sinéty, baron, baronne et Mlle de Baye, M. Louis de Brissac, comte et comtesse de Quelen, marquis de Lubersac, comtesse de Juglart, général Trafford, comte et comtesse G. de Sabran-Pontevès, marquise de Lestrange, comte Albert de Bertier, M. Maranget, M. Louis Quesnel, comte et comtesse de Lévis-Mirepoix, marquis et marquise des Isnards, baron Carra de Vaux, comte Maurice d'Alsace, vicomte de Fiers, M. Henry Soulié, comte Bosçlli, général de La Villestreux, comte et comtesse de Saint-Léon, abbé Mugnier, MM. A. et
Ch. du Bos, baronne et Mlle de Sardent, M. de Borssat, docteur Hutinel, comte d'Hunoistein, néral et baronne Pellenc, colonel de Kergariou, vicomte de Noue, comte Raoul de Gontaut, Mme Darcy, comte et comtesse Ch. de Germiny, baronne Ch. Le Vavasseur, M. Richebé, M.
Kergall, etc.

Le cercueil a été déposé dans les caveaux de la basilique Sainte-Clotilde.

 

Source : Journal LE GAULOIS – Samedi 9 aout 1924

 

 

 

 

LA CROIX

JEUDI
20 NOVEMBRE 1024

Doctrine et actions catholiques

Le duc de Rarécourt de la Vallée, marquis de Pimodan  président de l'Association des Chevaliers Pontificaux

Le duc de Rarécourt est décédé, le 4 août 1924, à l'âge de 47 ans, après une longue et douloureuse maladie. Il supporta ses maux avec une résignation et une paix admirables et
ne témoigna jamais d'impatience que du très grand soin qu'on prenait de chercher les moyens
de le mettre plus à son aise. Ayant reçu les secours de notre sainte religion de la manière
la plus édifiante qui se puisse, il vit venir la mort sans trouble. Il s'endormit dans le Sei-
gneur avec un esprit de foi et une grandeur d'âme incomparable! Sa mort causa une pro-
fonde émotion dans le monde catholique. Le vendredi 8 août, ses admirateurs et amis, et
notamment tous les membres de l'Association des chevaliers pontificaux, présent à Paris, si
sont réunis autour de son cercueil, dans l'église de Saint-Honoré d’Eylau, pour payer un tribut
de regret, d'affection et d'admiration à sa mémoire: Le Saint-Père, le cardinal Gasparri, le
cardinal Dubois, le nonce apostolique et un grand nombre d'archevêques et d'évêques ont
tenu à prendre leur part au deuil de Mme la duchesse de Rarécourt, de sa famille et du
corps des chevaliers pontificaux.

Eloigné de Paris par la maladie, je n'ai pas eu la consolation d'assister à ses funérailles.
Pour me dédommager de cette privation, j'ai dessein de rendre hommage, dans le vaillant
journal la Croix, la vie si pleine de l'illustre défunt, qui a été jusqu'à la fin l'un de mes
plus fidèles et plus dévoués amis. Notre amitié a été scellée dans l'église du château d'Echenay
(Haute-Marne), le 10 septembre 1910, au jour à jamais mémorable où, entouré d'une foule
émue et recueillie, j'ai présidé, comme évêque de Langres, la cérémonie du cinquantenaire de
la mort de son père, le général de Pimodan. A compter de ce jour, à des rapports jusque-là
purement officiels, succédait le lien le plus aimable de la plus sincère amitié. Ce lien, il est
à peine besoin de le dire, La mort seule a pu le rompre.

Combien j'estimais le duc, combien je l'aimais, combien je l'admirais ! Rarement j'avais
rencontré gentilhomme plus parfait et plus distingué. Il fut de ceux qui apportent au monde
ce qui l'honore peut-être le plus après le sentiment religieux, J'ai nommé l'esprit chevaleresque. Rien d'étonnant à cela. Le regretté défunt appartenait a la noble maison des Rarécourt-la-Vallée-Pimodan, originaire de l'Argonne et remontant au moins au xii siècle.
C'est en pleine cinquième Croisade, et donc au commencement du xiii siècle, devant Saint-
Jean-d'Acre et aux côtés de son suzerain, Thibaut, comte de Champagne, que l'on remarque,
pour la première fois, le nom d'un certain Raussln ( ?), avoué de Rarécourt (cette charge civile
conférait ta noblesse ou était occupée par des familles nobles). Ce Raaussln se trouve être l'un
des grands ancêtres de Rarécourt-Pimodan.
Au xvi- Siècle, Claude de la Vallée, prévôt de Clermont et ses deux fils soutinrent avec
ardeur les droits de la France dans la région meusienne contre les prétentions impériales.
Christophe de la Vallée, évoque et comte de Toul, prince du Saint-Empire, et son neveu
Claude de la Vallée, bailli à. Toul et gentilhomme de la chambre d'Henri IV, contribué-
vent puissamment la réunion de cette ville à
la France.

Depuis ce temps-là, plusieurs Rarécourt de la Vallée Pimodan se distinguèrent dans les
armées françaises. Qu'il me suffise de citer Claude de la Vallée, qui, après s'être vaillam-
ment battu au siège de Landrecies, en 1655, est mort en héros, à l'âge de 17 ans, et le baron
Armand-Charles de Pimodan, qui fut aide de camp de l'infortuné duc d’Enghien. Je me plais
à évoquer le souvenir de tous ces défenseurs des droits de la France, qui furent aussi des
champions intrépides des libertés de l'Eglise et du Saint-Siège, de véritables croisés, s'entend,
parce qu'il me met à même de mieux saisir la magnifique figure d'un autre croisé de la même
ligne, mais du xix siècle celui-ci. Je veux parler de l’illustre général marquis de Pimodan,
tué a la bataille de Castelfidardo (le 18 septembre 1860), eu défendant le Souverain Pontife
et ses Etats. La bouche la plus auguste qu'il y ait au monde, lui a décerné un éloge tel
que je ne connais pas de personnage qui en ait  obtenu un pareil. Voici, du reste, l'épitaphe que le pape Pie IX a composée lui-même et fait placer sur sa tombe, dans l'église de Saint-Louis des Français, a Rome : Ici repose Georges de Pimodan qui, prodigue de sa grande âme, mourut pour le Saint-Siège pleuré de tout l'univers catholique. Pie IX, en son nom et au nom de l'Eglise romaine, lui a rendu solennellement les honneurs funèbres dus à son grand courage et à sa grande piété, Un mois après ce douloureux événement, Pic IX voulant honorer la mémoire du héros martyr, conférait le titre de duc aux deux fils du général et a tous leurs
descendants males.

Noblesse oblige. Gabriel de Pimodan, que nous pleurons aujourd'hui, était le fils aine du
héros de Castelfidardo. Encore tout jeune à la mort de son père, il hérita de lui sa foi pro-
fonde, un attachement indéfectible au Saint-Siège, son dévouement sans bornes à toutes les
causes nobles et généreuses. Son éducation fut merveilleusement dirigée par sa mère, née de
Couronnel et fille de l'une des deux dernières princesses de Montmorency-Laval.

 

Après avoir goûté ce qu'il y a de plus pur dans la gloire avec ce qu'il y a de plus vif dans la douleur, elle acheva cette éducation en ajoutant tout le sérieux et tout le brillant que l'on exige aujourd'hui d'un homme bien né. Peut-être eût-il fait, lui aussi, un héroïque soldat du Pape; mais, quand il parvint à l'âge d'homme, le temps des luttes sanglantes autour de la Papauté était révolu. A œ moment-là, ayant porté avec quelque fierté le casoar des saint-Cyriens, il devint sous-lieutenant. Il ne devait quitter l'armée qu'en 1889, et cela pour se consacrer tout
entier à la littérature. à l'histoire et un peu à la politique. Il est à noter toutefois que la  cause du Souverain Pontife lui demeura toujours très chère. A telles enseignes que plus tard, beaucoup plus tard, nous le retrouverons à Paris président de l'Association des chevaliers
pontificaux. Les réunions de cette association avaient lieu chez lui. Il en était l'âme. Ce grand
seigneur a'y montrait d'une bonne grâce exquise et d'une simplicité pleine de charme.
Le duc de Rarécourt avait épousé Mlle de Pomereu une ame d'élite toute rayonnante
d'esprit et de beauté morale. En été, il habitait son château d'Echeany. Durant de nombreuses
années, il fut maire de son village et conseiller général du canton de Poissons. Il s'attachait
surtout à faire le bien. Mais le bien qu'il accomplissait, échappait souvent au regard d'autrui,
attendu que le regretté disparu était de ceux dont la main gauche ignore ce que donne la
main droite. Il passait l'hiver dans son hôtel de l'avenue du Bois-de-Boulogne. Je ne prétends
pas insinuer par là qu'il ne voyageait point. Je crois savoir, au contraire, que, dans sa jeu-
nesse, il entreprit de fréquents et lointains voyages. Telle est, en tout cas, l'impression que
nous donne la lecture de quelques-unes de ses poésies.

Quoi qu'il en soit, de complexion assez délicate, il tenait peu au monde. Il aimait son
intérieur parisien, comme aussi sa bienheureuse solitude d'Echenay. Il goutait fort la
nature, il en pénétrait toute l'harmonie et se passionnait pour elle. D'une intelligence remarquable, d'une loyauté à toute épreuve, très fin, très sensible, très bon surtout, il était fon
cièrement traditionaliste. Possédant un sens aigu des réalités, il se plaisait rependant à
les parer des couleurs de ses rêves. Car ce gentilhomme, ce chrétien, était un penseur et
un écrivain.

A la foi» poète et prosateur, Gabriel de Pimodan eût certainement occupé une place de
premier rang dans la république des lettres, s'il avait pu seulement se donner la peine de
le vouloir Mais peu épris de la gloire qui passe, inaccessible aux hochets de la vanité, ami
du rêve et de la pensée qui s'étudient et se cherchant, il était à proprement parler un modeste et un détaché tout ensemble. C'est pour cela que nul ne le vit jamais, de près ni de loin mêlé, en quoi que ce fût. à ce qui pouvait ressembler à une brigue littéraire. Son tempérament le portait de préférence vers le pur effort intellectuel. S'il s'essayait à quelque chose, c'était surtout à rendre, par des mots clairs et sonores des images colorées et vivantes, les rêves puissants ou gracieux, mélancoliques ou joyeux, qui ne laissaient pas de hanter son cœur et son imagination et le poussaient, lui, vers toujours plus de beauté et toujours plus d'idéal.

Il est bien regrettable que les œuvres du duc de Rarecourt n'aient point eu, de son vivant,
toute la notoriété qui leur était due. Il le faut confesser, elles furent surtout appréciées d'un
petit nombre. Mais, à dire vrai, ce petit nombre formait une élite.

Comme prosateur, il laisse d'excellente ouvrages d'histoire, entre autres la Réunion de Toul à la France, la Mère des Guises, La Première Etape de Jeanne d'Arc et l'Histoire d'une vieille maison, qui est la propre histoire (te si>n cher château d’Echenay. Nous avons également de lui le Roman d'une âme antique, qui vaut par  la documentation, le style et le cachet personnel qu'il a su lui imprimer.
A énumérer ces ouvrages, il ne faut pas perdre de vue cependant que c'est comme poète que Gabriel de Pimodan s'est fait connaître. Quelques-unes de ses oeuvres font une belle figure dans l'Anthologie des poètes contemporains. Il est poète d'instinct et de nature, tout son être est poète-, pour ainsi dire. Très jeune, il a publié Lyres et Clairons, le Coffret de pertes noires, les Soirs île défaites.
Puis ont paru successivement Poésie- Les Sonnets de Pimodan, la Chanson des couleurs,
Sous les hêtres de l'Est, et enfin un drame, un amour à Sparte, un petit chef-d'œuvre où passe
à travers toutes les pages le grand souffle qui l'anime. Toutes ces œuvres, est-il besoin de le
dire, lui ont mérité les suffrages de nombreux admirateurs.

11 serait aussi fort intéressant de suivre les étapes de cette longue carrière de poète.

 Lyres et Clairons, le premier de ses livres, marque un brillant début. Mais, à tout prendre, ce n'est encore qu'un début, où les éléments d'ordre extérieur (la vie militaire du poéte) priment
ceux d'ordre intérieur. Chacun des ouvrages qui suivront témoigneront d'un progrès sérieux,
sinon dans l'inspiration toujours personnelle et pure, au moins dans la forme de plus en plus
précise et élégante. Au reste, ses volumes de poésies peuvent être tenus pour des recueils de
souvenirs et d'impressions sincères. Il ne s'y trouve pas une pièce, à ce que je crois, qui ne
représente idéalement l'auteur au moment exacte où elle jaillissait de son esprit ou de son
cœur. De là, une prodigieuse variété de tons et de couleurs, une grande richesse de sensa-
tions, quelque chose qui ressemble, si j'ose dire, au sentiment mélodique d'un musicien, à
la vision colorée d'un peintre, à la méditation profonde d'un philosophe et d'un chrétien. De
là encore cette maturité qui s'accroit avec les années et cette maîtrise de soi-même qui vient
couronner le suprême effort.

 

Tout cela est très sensible dans le recueil intitulé Sons les hêtres de l'Est, l'avant-dernier ouvrage du duc. Aussi éprouve-t-on un plaisir inouï à le parcourir et à s'en imprégner.
Ce faisant, l'on en pénètre mieux le charme et l'on en goûte plus aisément la saveur charme
champêtre. saveur spirituelle, rom s'y trouve.
En vérité, je me sens incompétent pour juger le poète mais c'est le louer singulièrement que
d'avouer que je suis hors d'état de le faire comme il conviendrait.

Je regrette vivement de ne pouvoir, faute de place, donner ici quelques extraits de ces
poèmes. Toutefois, je ne résiste point au désir de citer le sonnet que ce parfait chrétien écri-
vit, il y a plusieurs années Pour des religieuses exilées de France. Ce sonnet, qui lui
fait le plus grand honneur, est. hélas toujours d'actualité

Salut, vieille demeure vont les hirondelles
Fuyant l'orage noir, salut, 0 murs bénis,
les oiseaux de France, étonnés et adules.
Pour des étés lointains ont accroché leurs nids.
Vous n'avez pas voulu la honte des tutelles.
Puisque l'honneur antique et la foi sont bannis,
Puisqu'on jette en exil les âmes immortelles
Coupables d'avoir cru toujours aux infinis
Restez, libres oiseaux, restez hors des frontières
Pour le culte sacré des vérités altières,
En traversant d'un vol la gloire du ciel bleu.
Et, cependant priez. Nos heures d'espérance
Attendent des matins plus heureux sur
la France
Et des gestes nouveaux pour la grandeur de Dieu

 


SÉBASTIEN HERSCHER,

Archevêque de Langres

 

 

Source : Journal LA CROIX – Jeudi 20 novembre 1924



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