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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

JEANNE D'ARC A ECHENAY - 1429

5 Février 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ca s'est passé près d'Echenay

Il y a p eu de temps, nous avons célébré le 600eme anniversaire de Jeanne d’Arc. Notre Président a même fait le voyage à Domrémy, passant donc, lui aussi, assez près d’Echenay.

 

Car, tout le monde ne le sait peut être pas, Jeanne passa près d’Echenay.

 

Figure emblématique de l’histoire de France, il fallait bien, vu ces circonstances, que j’y aille moi aussi de mon petit article !

 

C'est une jeune fille vigoureuse et saine, dans toute la fleur de sa radieuse jeunesse qui - le 23 février 1429 - part de Vaucouleurs par la porte de France. Deux ans plus tard, ce sera une pauvre créature exténuée, usée jusqu'aux moelles qui - le 30 mai 1431 montera sur le bûcher de la place du Vieux-Marché de Rouen.

 

Ce n'est pas un des moindres prodiges dans l'accomplissement de sa mission sacrée que cette randonnée de Vaucouleurs à Chinon qui en constitue les premiers galops. Six cents kilomètres vont être ainsi parcourus en onze jours, sur un mauvais bidet de labour, par une jeune fille qui, jusqu'alors, n'avait à peu près jamais enfourché un cheval.

En raison des périls de la route, il avait été convenu que toute la petite troupe, Jeanne comprise, adopterait la tenue de marchands voyageant pour leur commerce.

Jeanne portait le même costume masculin que ses compagnons de route et vue à distance, on l'eût prise pour un jeune homme. Bien qu'elle n'eût que 17 ans, elle était grande pour une femme, le corps parfaitement développé, les muscles bien dessinés et forts, le visage

agréable, le teint hâlé comme celui des paysans, les cheveux coupés en rond à la hauteur du col, selon la coutume des chevaliers du temps.

Au départ, le premier soin de la petite troupe fut d'aller saluer le sire de Baudricourt. Celui-ci leur adjoignit Colet de Vienne, Courrier Royal, connaissant parfaitement les difficultés du voyage. Il avait confié à ce courrier une lettre pour le Souverain, relatant les circonstances à la suite desquelles il s'était décidé à envoyer à la Cour la jeune paysanne de Domremy. Il attestait, en particulier, qu'elle lui avait appris la bataille de Rouvray et son insuccès, aux jour et heure où le combat avait lieu. N'ayant qu'une confiance relative sur le succès de cette aventureuse chevauchée, il prit à part Jean de Metz et Bertrand de Poulengy et leur fit jurer de conduire Jeanne, saine et sauve au Roi.

Enfin, il donna le signal du départ, de sa voix mâle de rude soldat, mais où perçait une certaine anxiété :

- Va, va et advienne que pourra!

Les sept voyageurs se mirent en route. La porte de France, une fois franchie, les montures prirent le trot, le lourd trot des bêtes de trait.

Le premier soir est venu, la nuit va tomber. La petite troupe continue sa route avec toute la prudence possible. Le but de l'étape était l'abbaye de Saint-Urbain, à onze lieues de Vaucouleurs à vol d'oiseau. Mais étant donné les détours indispensables en pareille circonstance, on ne pouvait compter moins de 12 à 13 heures de marche, une partie dans

l'obscurité. Le soleil s'était couché à 5 h. 3/4 et la nuit fut bientôt complète. Heureusement, vers 9 heures, quoique le ciel fût couve rt, la lune se leva.

 

De Vaucouleurs, nos voyageurs s'étaient dirigés sur Montigny-les-Vaucouleurs et sur Rosière-en-Blois. De Delouze à Abainville, ils empruntèrent un chemin qu'une tradition locale appelle encore aujourd'hui, le chemin de Jeanne d'Arc.

Ils passèrent l'Ornain au moulin d'Abainville et se dirigèrent du côté de Bonnet, Mandres (Meuse), Guillaume (Haute-Marne).

Arrivée là, l'escorte devait éviter le château d'Echenay alors occupé par jean de Dinteville, anglo-bourguignon très convaincu. Il fallait également ne pas trop s'éloigner de la route à cause des étangs formés par la Saulx et aussi parce qu'il était nécessaire de rejoindre un pont, unique passage de cette rivière. Multipliant les précautions, nos cavaliers eurent soin d'entourer de linges les rabots des chevaux avant de s'engager sur le chemin pierreux qui mène au pont du moulin de Taillesacq, à l'extrémité du bourg d'Echenay  par conséquent à une distance respectable du manoir féodal.

Le premier et sérieux obstacle de cette étape fut ainsi franchi. Il fut ensuite plus facile de se détourner de Joinville où résidait le comte de Vaudemont, ennemi personnel de René d'Anjou et du sire de Baudricourt, de plus adversaire déclaré du parti français.

Pour cela, il était nécessaire - après avoir atteint le village d'Aingoulaincourt - de prendre l'ancienne voie qui conduit presque en ligne droite, à Saint-Urbain.

Enfin, vers deux ou trois heures du matin, nos voyageurs arrivèrent à l'abbaye. Ils y étaient attendus. Le Prieur, Amoult d'Aulnoy, parent de Robert de Baudricourt, avait été prévenu.

Jeanne et ses compagnons, bien accueillis, sont conduits aux appartements où ils pourront prendre un repos bien gagné.

Jeanne est épuisée, par cette longue et rude chevauchée de 50 kilomètres, à travers un pays semé d'obstacles où sa lourde monture butait à chaque instant. Ses nerfs sont à bout. Sa jeune chair a cruellement souffert sur ce bât, de campagne plus fait pour porter des colis qu'une cavalière encore inexperte et très jeune, revêtue d'un costume masculin auquel elle n'est nullement habituée et, de plus, mal adapté à son corps.

Ses compagnons, eux aussi harassés, se déshabillent et s'endorment profondément d'un sommeil paisible et réparateur. Pour elle, il en est tout autrement, elle doit, par prudence, conserver ses vêtements et s'étendre sur sa couche, toute vêtue.

Ce fut sa première nuit de campagne !

 

Source : Jeanne d’Arc, chef de guerre – Lt-Colonel de Lancesseur - Nouvelles editions DEBRESSE -1961

 

 

Ce fait historique ne pouvait, bien sur, laisser l’Epincellois Gabriel de Pimodan indifférent.

Il écrivit donc un livre sur le sujet, « La première étape de Jeanne d’Arc ». Je n’ai, à ce jour, pas pu me procurer cet ouvrage. J’ai néanmoins trouvé un article le traitant. On y voit l’engagement, allant même jusqu’au « physique » de Gabriel de Pimodan pour retracer cette épopée. 

 

M. Siméon Luce a la parole pour un hommage :

«J'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, au nom de l'auteur, M. le marquis de Pimodan , un travail intitulé : La première étape de Jeanne d'Are (Paris, 1891, in-8° avec carte).

C'est le récit du voyage accompli par Jeanne d'Arc dans la nuit du mercredi 23 au jeudi 24 février 1429, en compagnie de six personnes, pour se rendre de Vaucouleurs à l'abbaye de Saint-Urbain-lez-Joinville. La Pucelle et son escorte se dirigeaient vers Chinon, où le Dauphin faisait alors sa résidence. On s'était mis en route à la tombée de la nuit, parce qu'il fallait traverser, au sortir même de Vaucouleurs, une région dangereuse qu'infestaient de nombreuses bandes anglo-bourguignonnes ; et la distance à franchir dans ces conditions défavorables était de 43 kilomètres à vol d'oiseau. Le savant propriétaire du château historique d'Échènay, situé précisément entre Vaucouleurs et Saint-Urbain, M. le marquis de Pimodan, déjà connu par son bel ouvrage sur La mère des Guises, vient de restituer dans le détail le plus minutieux l'itinéraire suivi par la Pucelle et ses compagnons de route. Connaissant de longue date, par une pratique en quelque sorte journalière, la région d'entre Marne et Meuse, il n'en a pas moins voulu demander à l'histoire, à l'archéologie et à la topographie tous les renseignements que ces sciences peuvent fournir. Il a poussé le zèle jusqu'à refaire lui-même, à plus de quatre siècles et demi d'intervalle, dans le même mois de l'année, le même jour ou plutôt la même nuit, et dans des conditions autant que possible identiques, le trajet de Vaucouleurs à Saint-Urbain-lez-Joinville. Aussi, quoique l'auteur n'ait rien livré au hasard et n'ait pas avancé un fait dont il ne présente dans ses notes la justification, son récit est si vivant que La première étape de Jeanne d'Arc semble tout d'abord l'œuvre d'un témoin oculaire, d'un témoin un peu trop lyrique, il est vrai, mais dont le lyrisme s'appuie toujours sur des informations puisées à bonne source et des recherches consciencieuses. »

 

Sources : Comptes rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles lettres - Année 1891

 

Fontaine ronde de Poissons ou selon la légende, Jeanne et ses compagnons firent boire leurs chevaux

 

P1030086.JPG

 

 

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Alain VAUGE 13/03/2012 15:04

Je donnerais cher pour connaître l'état d'esprit de Jeanne (et celui de ses compagnons) quand elle traversa Echenay en fin d'après-midi avant d'aller passer sa première nuit de périple à
Saint-Urbain. Les témoignages nous la montre sereine et rassurante. Pourtant, "une gamine" de tout juste dix-sept ans, qui part dans l'inconnu, et quel inconnu! Cette force de caractère est
stupéfiante ... mais elle s'explique. Combien je regrette de ne pas avoir été là, à Echenay, par cette fraîche soirée d'hiver 1429!

Alain VAUGE, auteur de "Jeanne la Pucelle, Journal d'une courte vie", Editions Bénévent (vient de paraître). La dernière partie est intitulée "pour un profil apuré et incarné".