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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LE GENERAL DE PIMODAN A T-IL ETE ASSASSINE ? - 1860

21 Juillet 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #General de Pimodan

La mort du général de Pimodan a fait couler beaucoup d’encre en 1860 et dans les années qui ont suivi. On trouve dans la presse française de l’époque un flot d’informations qui relatent l’événement et qui permettent de s’en faire une idée précise.

Mais j’ai trouvé dernièrement une information dont je n’avais jamais eu connaissance.

L’assertion qui va suivre, troublante dans un premier temps, me semblait plutôt relever de la désinformation, coutumière en temps de guerre. Il me fallait en apprendre plus.

JOURNAL DE TOULOUSE - DERNIERES NOUVELLES

Il vient de paraitre une brochure qui fait scandale à Turin. Elle est intitulée : La Vérité sur les hommes et les choses de royaume d'Italie : révélations par J. A., ancien agent secret du comte de Cavour.

(Un) extrait est relatif à la mort du général de Pimodan :

« Je n’ai pas à faire l’histoire de cette courte campagne des Marches, dont l’issue ne pouvait être douteuse avec la supériorité de nos forces et les éléments de décomposition que nous avions glissés dans l’armée pontificale. Je me borne à mettre au grand jour un fait connu de quelques-uns, soupçonné de quelques autres, complétement ignoré du plus grand nombre.

Oui, le général de Pimodan est mort assassiné ! Au moment où il s’élançait à la tête de quelques hommes qu’il avait rallié pour charger une colonne piémontaise, un soldat, placé derrière lui, tira sur lui à bout portant. Ce soldat était ce Brambilla que j’avais quelques mois auparavant, fait engager à Rome. Il fut à son arrivée au camp piémontais, nommé maréchal des logis. Il est aujourd’hui en garnison à Milan. »

L’union ajoute :

On comprend que nous ne pouvons ni confirmer ni démentir cette anecdote. Nous nous bornerons à faire ( ) une réflexion que voici : il n’est pas douteux que le général de Pimodan a été frappé par devant et au visage dans la charge qu’il menait si vigoureusement contre les troupes piémontaises ; mais est-il possible qu’il ait été atteint par derrière en même temps par ce Brambilla que dénonce l’auteur de la brochure ? C’est, du reste, aux personnages que le révélateur nomme en toutes lettres à répondre à ces accusations hardies, si elles ne sont pas calomnieuses. Qu’ils parlent donc. Nous attendons leurs explications.

Pour extrait : A. PUJOL »

Source : Journal de Toulouse – Politique et Littéraire – Mardi 31 décembre 1861

J’ai trouvé sur le net la brochure en question. Toutefois, ne maitrisant pas l’italien, je n’ai pu en savoir plus. Un lecteur du blog pourra peut-être m’aider ?

L’information me semblait assez douteuse. Plusieurs proches du général ont vu le corps blessé et il n’est fait mention dans aucun témoignage d’une blessure dorsale. Par exemple, on trouve parmi bien d’autres récits:

On écrit de Rome, 30 septembre, au Monde:

S. Exe. Mgr le ministre des armes prévenu hier soir par une dépêche télégraphique de Civita-Vecchia de l'arrivée du corps de feu le marquis de Pimodan, général dans l'armée de Sa Sainteté, s'est rendu à six heures à la gare pour le recevoir.

La noble dépouille était accompagnée par M. le comte de Couronel, beau-frère du défunt, qui, de Berlin, était accouru à Loretta; par M. le comte de Mirepoix, lequel, par sa femme, fille du duc de Crillon, se trouve parent du défunt; par  M de Renneville, aide de camp du défunt, qui, sur le champ de bataille, n'avait pas abandonné son général blessé, et par M. le prince de Ligne, qui avait demandé et obtenu la permission d'aider M. de Renneville dans l'accomplissement des derniers soins prodigués au général.

M. Cialdini (NDR : le général qui fut l’adversaire de Pimodan)a fait écrire sur le cercueil ces mots :

« Le général Cialdini à Mme la marquise de Pimodan :

le ire non vanno al di là del rogo. »  (Les colères ne vont pas au-delà du bûcher).

C'est un vers du Dante. Je ne serai pas le seul à trouver très déplacée laprétention de M. Cialdini. Il n'y a pas seulement une indélicatesse effroyable à cet homme de se poser comme généreux envers une veuve désolée, mais je trouve insultante cette citation emphatique, qui renverse complètement les rôles du glorieux mort et du brutal soldat sarde. En disant que ses colères ne vont pas au-delà de ce cercueil, ne croirait-on pas que le droit, l'honneur, la justice, la bonne foi, la valeur militaire, étaient du côté de M. Cialdini? » ( )

Pour extrait : A. POUCHAT.

Source : COURRIER DES ALPES – N°199 – Samedi 6 octobre 1860

Il semble fort peu probable que le comte de Couronnel, beau-frère du général, n’est pas souhaité voir le corps et/ou demandé des informations précises sur le décès du général à ceux qui se trouvaient avec lui sur le lieu des combats.

________________________________

 51 ans après, en 1911, la fameuse brochure soulevait encore des questions, comme le prouve cet article :

La Mort de Pimodan

Notre ami, M. Charles de Montazet, qui était sergent aux Franco-Belges lors de la bataille de Castelfidardo, publie dans l’Avant-Garde, organe de l'Armée pontificale, une intéressante lettre très documentée à propos des polémiques récentes soulevées au sujet de la mort du général de Pimodan et qui fixe définitivement un point d'histoire qui n'était guère contesté.

Mon cher Camarade

Dans votre numéro du 1 mars, vous avez publié une lettre du lieutenant Tuccimei.

Ce dernier s'appuie sur une brochure publiée après l'invasion des Etats pontificaux et qui va, à l'encontre des affirmations du général italien Castelli. Ce dernier nie formellement que Pimodan ait été assassiné.

Tuccimei, trop jeune pour avoir assisté a Castelfidardo, se demande qui donc faut-il croire ?

Personnellement, je suis entièrement de l'avis du général Castelli.

Un soi-disant agent du comte de Cavour publia en 1861 une brochure, qui fit peu de bruit. Ledit agent déclare qu'il réussit à faire engager dans l'armée pontificale un certain Bambilla (il n'est même pas sûr de l'orthographe du nom). Bref, ce Bambilla, placé au cours de la bataille derrière le général, lui tira un coup de feu entre les deux épaules. Pimodan tomba mortellement blessé.

 Examinons comment les faits se sont passés.

Pimodan, en conduisant une partie de ses troupes à l'assaut de la première ferme des Crocettes, reçut une blessure au visage. La seconde ferme fut prise et reprise. Le général rassembla derrière les bâtiments et les meules de paille les débris de sa brigade, pendant que l'artillerie du colonel Blumenstil, très habilement conduite, en tenait éloigné l'ennemi et lui faisait beaucoup de mal.

Pimodan veut tenter un dernier effort pour tâcher de se rendre maître de la position. Il ordonne un mouvement en avant. Comme il venait de dépasser les bâtiments de la ferme, il est accueilli par un feu de mousqueterie très nourri ; bien des nôtres sont mis hors de combat.

Pimodan est désarçonné et relevé par le capitaine Carpégna, son aide-de-camp. Il n'était nullement blessé par derrière, une balle de gros calibre avait pénétré dans l’aine. Le fait est indiscutable, son aide-de-camp et son officier d'ordonnance, le vicomte de Rainneville, ont toujours été formels sur ce point.

Si c'était même nécessaire, et s'il vit encore, on pourrait invoquer le témoignage d'un médecin habitant la région de Castelfidardo, qui avait aussi été appelé à donner des soins au général.

Ces derniers jours, un journal étranger publiait des informations les plus fantaisistes sur les derniers moments de Pimodan.

Nous l'aurions abandonné sur le champ de bataille. Un chirurgien piémontais aurait extrait la balle qu'il avait dans le corps ; en remerciement de ce service, ledit chirurgien aurait reçu comme souvenir l'épée du général. Aujourd'hui, cette épée serait au musée installé au château Saint-Ange !

Le général de La Moricière réfute la première assertion dans son rapport au ministre des armes. « Je rencontrai le général de Pimodan, mortellement blessé, qu'on transportait à l'ambulance établie près de la rivière ; j'échangeai avec lui quelques tristes paroles d'adieu. Ce malheur, plus grand que tous les autres, aggravait notre situation déjà tirés compromise.»

Les deux officiers d'état-major de Pimodan se mirent à la disposition du colonel Gudenhoven, qui prit le commandement de la brigade. Un détail de nature à intéresser les royalistes français en si grand nombre au service du Saint-Siège.

Le successeur de Pimodan était le fils du général comte Gudenhoven que l'empereur d'Autriche envoya à la frontière de ses Etats pour y recevoir, en 1883, la famille royale et la conduire au château de Prague. Quelque temps après, le même officier général représentait son souverain à Goritz, aux obsèques du roi Charles X.

Pimodan ne subit aucune opération et reçut d'abord les soins du docteur Vincenti, des

Franco-Belges, et de notre camarade Maestraten qui venait de finir ses études de médecine à l'Université de Louvain.

Le général fut transporté après la bataille, malgré sa prière : « Laissez-moi mourir sur le champ de bataille », à la villa Chiava, aujourd'hui propriété de la famille de Pimodan.

C'est là que, dans la nuit du 18 au 19 septembre, il rendit le dernier soupir.

Le capitaine Carpégna et Rainneville vinrent retrouver leur général et assistèrent à ses derniers moments.

Etant prisonnier au poste de grand'garde, établi sur la rive droite du Musone, j'ai eu l’occasion de causer avec Rainneville qui était venu en parlementaire, attendant l’autorisation de pénétrer plus avant dans le camp piémontais. Il était étreint par un vif chagrin, mais plein d'admiration pour l’attitude si courageuse de notre glorieux général. Il se demandait comment il était sorti sain et sauf d'une pareille tourmente.

 Quant à l'épée de Pimodan, elle repose dans l’intimité de la demeure familiale, comme l'a

si bien dit M. l'abbé Colombel, à Sainte-Clotilde, au cours de l’émouvante cérémonie du cinquantenaire de Castelfidardo.

L'ennemi n'a pas voulu conserver un pareil trophée : cette épée, il l'a rendue, il y a bien des années, à ceux qui sont si dignes de la conserver.

 

Ch. de MONTAZET

 

Source : L’EXPRESS DU MIDI – lundi 15 mai 1911

 

La vérité semble donc clairement établie.

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