Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

VISITE DU CHATEAU D'ECHENAY VERS 1890

11 Décembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Les monuments remarquables d'Echenay

Nous avons entrevu dans un autre article les transformations que le château d’Echenay a subi au fil du temps, contées par son propriétaire.

 Voici maintenant une visite des lieux vers les années 1890. On voit bien que l’auteur a utilisé, en partie, le même ouvrage que moi, mais il y ajoute une description intéressante de l’intérieur du château.

 Voila qui complète utilement la « photographie » des lieux.

   
 1320187612-Echenaydouves  

« Le château d'Echenay (Haute-Marne). — Dans un canton  perdu, que la Haute-Marne enfonce comme un coin entre la Meuse et les Vosges, au milieu de prairies et de bouquets de bois, se trouve le château d'Echenay qui fut au moyen-âge la dernière forteresse champenoise sur ce coin de notre ancienne frontière.

Bientôt, vers l'Est, commençait le Barrois, terre à demi-Lorraine, ou les ducs régnant à Nancy s'efforçaient de secouer la suzeraineté française.

Mais nous ne voulons pas faire ici de l'histoire rétrospective, et nous allons tout de suite nous diriger vers le château par une avenue de vieux tilleuls. A droite, une jolie église gothique fait monter sa flèche au-dessus des arbres. Cette église, qui se trouvait évidemment enfermée jadis dans l'enceinte féodale, garde, sous le chœur, plusieurs tombes des seigneurs anciens.

 

Une longue inscription est consacrée à la maison, aujourd'hui ducale, des vicomtes-voués des terres libres de Rarécourt, comtes de La Vallée-Pimodan, marquis de Pimodan, comtes et barons, sires d'Echenay, barons de Buxières, de Frondes, de Provenchères, de Montreuil, de Bois-le-Gomte, voués de Baccarat, comtes de Passavant, etc.

 

Au bas de l'inscription, quelques mots rappellent Charles-Jean, brigadier des armées du Roy, lieutenant-général et grand bailli d'épée des ville et pays de Toul, enterré près de sa femme, Rose de Gouffier, qui fut, avant son mariage, abbesse du chapitre séculier de Bouxières en Lorraine (on sait que les chanoinesses nobles pouvaient se marier en renonçant à leur part des revenus du chapitre). Celui de Bouxières était l'un des plus difficiles pour les quartiers.

 

Pendant la Révolution, le marquis et la marquise de Pimodan, tous deux forts âgés, étaient restés à Paris dans leur bel hôtel de l'Ile Saint-Louis, où plus tard Baudelaire devait écrire Les Paradis artificiels. [ ]

Le 9 thermidor délivra le marquis de Pimodan et sa femme, qui revinrent à Echenay. Leurs enfants servaient a l'armée de Condé. L'un d'eux fut aide de camp de l'infortuné duc d'Enghien.

 

Pour se conformer à l'égalité, on avait fait raser les tours d'Echenay. Les étangs étaient vides des fameuses carpes vendues naguère aux halles de Paris, et dont la renommée égalait presque, sous Louis XV, celle des carpes du Rhin. On les faisait voyager en leur mettant dans la bouche un morceau de pain imbibé d'eau-de-vie, suivant une méthode dont plusieurs journaux ont parlé dernièrement comme d'une nouvelle et merveilleuse « conquête de la science. »

 

Aux stalles des écuries, on ne retrouvait plus les successeurs des quatre chevaux isabelles donnés par la reine d'Espagne, fille du Régent, à un Pimodan qui fut capitaine de ses gardes. Pendant toute la seconde moitié du xvni siècle, on avait entretenu un attelage de quatre chevaux isabelles, réservés aux grandes occasions et toujours connus dans le pays sous le nom de « chevaux de la Reine. »

 

Tristement, las vieux seigneurs revinrent au château, où nous allons entrer par un pont de maçonnerie jeté sur les douves anciennes, et se terminant par de hauts pilastres Louis XV surmontés de vases où des fruits et des fleurs de pierre verdissent depuis le règne du Bien-Aimé ; à droite et à gauche se trouvent de grands pavillons qui forment les communs. Un peu plus loin, une tour carrée, dernier reste du moyen-âge, domine encore l'ancienne poterne, avec ses deux portes, celle des cavaliers, celle des piétons, et leurs épais vantaux semés de clous énormes. Sur la tour nous lisons :

 

DIEU SAUVE LA FRANCE

 JEANNE D'ARC

 ALLANT TROUVER LE ROY

 PASSE A ECHENAY — 1423

 

[ ] Quittant l'ancienne poterne, nous marchons encore sous une voûte de grands arbres, puis nous trouvons une pelouse en pente. A droite, est le château proprement dit; à gauche, la vue s'étend fort loin : des prés, des bois, des champs, de minces collines à l'horizon. Un panache de fumée derrière les arbres, là-bas, c'est la nouvelle ligne stratégique de Brienne à Sorcy, où les ouvriers français et les ouvriers italiens ont entamé récemment des luttes sanglantes.

 Sur la façade du château d'Echenay se détachent cinq écussons:

Joinville, Dinteville, Choiseul, La Ferté-Senneterre et Rarécourt-Pimodan. Telles sont les familles qui, depuis plus de cinq cents ans, ont habité la demeure créée, au milieu du xiv° siècle, lorsque Jean de Dinteville, bailli de Chalon-sur-Saône et de Dijon, épousa Laure, fille de Simon de Joinville-Sailly, sire d'Echenay, cousin du célèbre historien de saint Louis. Depuis, les seigneurs d'Echenay portèrent les titres de barons et de comtes.

 La seigneurie haut-justicière est venue par achat, en 1680, dans la famille des propriétaires actuels.

 Si, franchissant un large perron, nous entrons dans le vestibule du château, nous pouvons y remarquer quatre armures données par le pape Pie IX, de vieilles armes provenant du château, un petit canon retrouvé dans les douves, des bois de cerfs, trophées de chasse. L'un d'eux provient d'une chasse impériale. Une petite inscription nous apprend qu'il fut donné par S. M. l'empereur d'Autriche au marquis de Pimodan, dont, après 1830, la famille avait suivi en Autriche la branche ainée des Bourbons. [ ]

 Sur le mur du vestibule d'Echenay, nous apercevons une belle plaque de cheminée, datée de 1736, et portant les armes des Rarécourt-La-Vallée-Pimodan avec la couronne ducale qu'ils prenaient, croyons-nous, comme ayant possédé jadis des droits souverains « de vouerie » ou « d'avouerie » laïque sur les terres libres ecclésiastiques de Rarécourt (Meuse), données par les évoques de Verdun [ ].

 Au milieu du vestibule, un grand escalier droit mène aux appartements du premier. Les pièces du rez-de-chaussée contiennent une intéressante collection de portraits de famille, dont on copie actuellement plusieurs pour le nouveau musée de Toul, où une salle portera le nom de Rarécourt-La-Vallée-Pimodan.

 L'autre façade du château donne sur le parc et a conservé un grand caractère. De ce côté, le bâtiment a un étage de plus ; les fenêtres de l'étage inférieur se trouvent au premier. Une double rangée de voûtes s'encadre entre deux tourelles carrées, de manière à former au premier une galerie couverte et au second une terrasse. C'est un peu la disposition du château de Blois du côté de la ville. A droite, nous retrouvons des terrasses, des bâtiments plus anciens qui rejoignent les épaisses frondaisons du parc, s'ouvrant par une allée de tilleuls séculaires. C'est là sans doute que le propriétaire actuel, ancien officier d'infanterie au service de France, poète et historien, membre de la Société des gens de lettres, a rimé, un soir, le sonnet suivant que nous détachons du volume intitulé : Le Coffret de Perles noires.

 

Baignant sa base dans l'écume,

Offrant sa muraille aux oiseaux,

Le vieux château dort sous la brume,

Bercé par la chanson des eaux.

 

La pâle Hécate au loin s'allume,

Les peupliers, sombres fuseaux,

S'enlacent au brouillard qui fume,

Et le vent courbe les roseaux.

 

Demeure triste et solitaire,

Ton rôle est fini sur la terre. . .

Mais que pouvais-tu contre trois ?

 

Mourir ! Et, dans ta longue histoire,

On voit tour à tour la victoire

Des guerriers, du peuple et des rois.

 

[ ]

 

(Extrait de l'Avenir de la Haute-Marne.) »

   
   

Source : Revue de Champagne et de Brie – 2éme tome – quinzième année - 1890

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article