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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

TRANSFORMATIONS DU CHATEAU D'ECHENAY- XVIII & XIX SIECLES

11 Décembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Les monuments remarquables d'Echenay

N5774140_JPEG_17_17EM.jpeg-copie-1.jpgComme toutes les vieilles demeures, le château d’Echenay a subi de multiples transformations au cours des siècles, certaines déterminées par l’histoire, d’autres par gout du propriétaire, d’autres enfin par nécessité de confort accru.

 

Il nous est difficile d’imaginer l’aspect du château sous l’ancien régime et, à fortiori, avant. D’où l’intérêt de ce texte qui mêle description du bâtiment mais aussi  évocation du paysage qui l’entoure. L’auteur nous livre parfois aussi son jugement tranché sur ces transformations.

 

Alors, laissons Claude Emmanuel de Pimodan nous conter quelques transformations majeures des XVIII et XIX siècles.

  « Après la mort de mon père, nous habitâmes l'hiver à Paris chez ma grand'mère de Couronnel 
  et passâmes les étés à Échenay.  

 

Échenay, — ou les Chenets, — ainsi nommé à cause des chênes qui poussaient jadis alentour, apparaît dans l'histoire du moyen âge comme une sirerie des Joinville-Sailly. La terre, échue par mariage aux Dinteville, subit diverses vicissitudes et fut acquise enfin sous Louis XIV par Charles- Christophe de Rarécourt de la Vallée-Pimodan, grand bailli d'épée et voué de Toul.

 

C'était alors, malgré le démantèlement prescrit par Richelieu et l'arasement des tours, un vaste château féodal, bâti sur la haute Saulx, entre de grands étangs aujourd'hui desséchés. Les environs paraissent tristes, le climat est rude, la végétation indigente, le sol pierreux et ingrat. Un vent d'est sec et froid, que nulle senteur n'anime, balaye sans répit les côtes environnantes et tord sur les collines les arbres esseulés. C'est la plaine, sans le charme de ses paysages riches par les cultures ou gaiement bocageux. C'est la montagne, sans la grandeur de ses aspects agrestes et de ses lointains horizons.

 

Jadis la carpe d'Échenay faisait prime à Paris sur le marché aux poissons, et le pays devait être admirable pour la chasse et la pèche. Mais je suppose que ces seules considérations ne fixèrent pas le choix de Charles-Christophe; Échenay le séduisit plutôt par son bel air, sa grande allure, et il dut quitter sans regret pour cette noble demeure Pimodan qui, malgré ses droits haut-justiciers, son pont-levis et ses tours, n'offrait, je présume, qu'un assez médiocre logis. Sauf quelques forteresses souveraines, on ne voyait guère de véritables châteaux dans l'Argonne, pays très sauvage et terre promise des guerres et des invasions, mais plutôt de puissantes maisons fortes, moitié agricoles, moitié féodales, où les paysans pouvaient trouver abri chez le seigneur avec leurs récoltes et leurs troupeaux.

 

Le vieil Échenay fut presque entièrement détruit sous Louis XV et remplacé par un bâtiment sans élégance, beaucoup trop long pour sa hauteur. Les constructions neuves s'adossèrent à trois vieilles tours coupées au niveau des toits et développèrent leur ordonnance sur un large terre-plein balustré.

Un pont de pierre, une grille mise en bonne place, deux loges liminaires à façades incurvées entre d'étroits pavillons remplacèrent la vieille poterne qui se présentait tout de guingois. Les étangs devinrent des prairies, assez belles en été malgré l'abondance des colchiques et des joncs, mais rendues marécageuses en hiver par les eaux qui s'y débordent à plaisir, comme pour reprendre leur domaine ancien. Des tilleuls favorables aux récoltes des abeilles bordèrent les avenues conductrices et couronnèrent la grande digue séparative des étangs d'aval et d'amont.

 

La petite église entombant les seigneurs et son modeste cimetière adhéraient presque au château, car jadis on ne craignait pas le voisinage des trépassés. A la campagne, la vie chrétienne et la mort sans affres s'en allaient, compagnonnes, par les chemins verts et les sentiers fleuris.

 

Somme toute, malgré la disgrâce du bâtiment principal, Échenay devait faire bonne figure de château. Par malheur, mon bisaïeul, revenu d'émigration, s'avisa de trouver la demeure dévastée trop grande pour sa fortune amoindrie. Il voulut détruire un bon tiers des bâtiments modernes et les tours de l'ancien château. Mais ces vieux chicots gardaient la vie dure. Ne pouvant les démolir pierre par pierre, on tenta de les extirper à la mine. Sous l'effet de la poudre, les tours oscillèrent puis s'abattirent sans se rompre, comme des capucins de cartes prodigieux. Leur chute fut même si violente que le bloc bétonneux, base des constructions parmi les terres vaseuses, s'en trouva désagrégé. On dut piloter le sol au pied des murailles restantes et bâtir de gros contreforts, si bien que la tentative économique de mon bisaïeul s'acheva par une coûteuse déconvenue. Il rasa pour se libérer les futaies de chênes marraines du château, qui brisaient le vent sur les hauteurs et rendaient moins fantasque le régime des eaux.

 

Mon grand-père, fort épris d'élégances nouvelles, enleva les vieux balustres afin d'abaisser la vue sur une pelouse à l'anglaise, détruisit le grand escalier dont le vaste diazome, accru d'un petit sanctuaire, servait de chapelle, accommoda l'intérieur selon le rite disgracieux et champêtre alors très en vogue, et, sans rendre le château confortable, lui supprima tout caractère.

 

Mon père n'habita guère Échenay. Les circonstances lui permirent cependant de joindre à la propriété quelques bois venant du comte de Chambord et de sa sœur la duchesse de Parme. De même que beaucoup d'autres sis en Champagne, ces bois ressortissaient à l'apanage du comte d'Artois, plus tard Charles X. L'État en déniait la possession aux héritiers du prince qui n'obtinrent gain de cause qu'après un très long procès. Afin d'éviter le risque de contestations nouvelles avec un tel adversaire, le comte de Chambord et sa sœur mirent leurs bois en vente dès le jugement rendu, et quelques royalistes du pays tinrent à honneur de les acheter.

Toute cette affaire fit grand bruit en son temps dans le monde légitimiste encore nombreux et organisé.

Je dois ajouter que Napoléon III, loin d'invoquer le fait du prince au détriment des Bourbons, se maintint en l'espèce neutre et même courtois. »

 

 

Source : « Simples Souvenirs 1859-1907 » par le Comte de Pimodan

                               Librairie Plon 1908

 

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