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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

"PASSEZ DONC AU SALON" - CHÂTEAU D'ECHENAY - 1922

12 Janvier 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Les monuments remarquables d'Echenay

En 1922 sort chez Lepitre-Jobard, imprimeur à Langres, une notice intitulée « Principales Curiosités du château d’Echenay – Haute-Marne ». Le livret est très court, 14 feuillets. L’auteur est Gabriel de Pimodan, le propriétaire des lieux.  A lire le titre, on s’attend à des anecdotes concernant le château… Mais point !…

Curieusement, après une courte introduction où il décrit rapidement les extérieurs,  il nous entraine dans une visite guidée du château et détaille le mobilier, les peintures, les bibelots, etc… de toutes les pièces de la demeure.  Un inventaire à la Prévert !... La conclusion, sous forme d’appendice, décrit la guerre entre Echenay et Joinville en 1438. Voir  FORTEPICE OU LES ECORCHEURS A ECHENAY -1438 et suivants

Toujours est-il que ce témoignage nous permet  de découvrir l’intimité des Pimodan au château d’Echenay.

A défaut de visiter visuellement la totalité du logis, nous nous contenterons des extérieurs et du salon, seule pièce à ma connaissance à avoir fait l’objet d’une carte postale (Note : Le numéro renvoie au même N° sur la carte postale).

Mais, indiscrets que nous sommes, nous entrebâillerons aussi la porte de sa chambre.

 

Laissons-lui la parole :

 

                                                                         PIGEONNIER

 

Tour-Echenay.JPG

 

 

"L'entrée du château-fort se trouvait sous le pigeonnier actuel avec le pont-levis, où est la maison du garde

Sur cette ancienne poterne, plaque rappelant le passage de Jeanne d’Arc. »

Cette plaque est d’ailleurs un peu ambigüe puisque Jeanne évita soigneusement le château tenu par les Anglos-Bourguignons. Il est vrai que ce n’étaient pas les ascendants des Pimodan. Autant historien que poète, Gabriel écrira un livre « La première étape de Jeanne d’Arc ».

 

Voici la maison du garde

 

1094388073

 

PELOUSE

 

Comparatif-vases-fonte.jpg

« Vase fondu au Val d’Osne. Modèle des vases qui sont devant la Légion d’Honneur, à Paris. »

 

On voit l’œil de l’amateur d’art, farouche défenseur de son terroir. Les fonderies du Val d’Osne sont  à quelques kilomètres d’Echenay.

 

SALON

 

Echenay-CP7.JPG

« (1) Portrait de mon père, Georges, Marquis de Pimodan, général au service du Saint-Siège, mort pour l’Eglise, à Castelfidardo, le 18 septembre 1860.

 

Autres portraits, les noms sont écrits dessus, sauf pour les dames au-dessus du piano (4) et au-dessus de la console. La première (2) est Barbe de Pimodan, mariée à son cousin de Pimodan (cousin germain), chef de la maison sous Louis XV. Elle modifiera beaucoup le château et fit bâtir ou arranger la grande aile actuelle et l’entrée.

La dame au-dessus de la console est ma grand-mère, née Montmorency, qui se trouve déjà dans la salle à manger  avec ses enfants.

 

Près de mon père, gravure anciennes des Guise.

 (3){ Paravent chinois rose.

       { Paravent japonais noir.

 

Au-dessus du piano, grande photographie de ma mère, d’après le tableau du fameux peintre Léon Cogniet, que j’ai à Paris.

 

Très beau fauteuil ancien restauré.

 

A droite de la cheminée (5), la dame en vert est la marquise de Pimodan née Pons, fille du marquis de Pons-Saint-Maurice, ambassadeur de Louis XVI en Suède.

 

A gauche de la cheminée, sur porcelaine, la marquise de Pimodan, née Frenilly, fille du baron de Frenilly, pair de France, conseiller d’Etat sous la restauration, auteur de Mémoires très connus.

 

Petits centaures en bronze et marbre d’un beau travail italien.

 

Sur la console, jolis candélabres Empire.

 

(6) Les bois du mobilier sont anciens et se trouvaient au château avant la grande Révolution pendant laquelle ils étaient à repeindre à Joinville, ce qui les sauva. »

 

On notera l’éclairage à la bougie (7) bien que le château dispose de l’électricité depuis quelque temps (abat-jour à l’extrême gauche, vers la cheminée). Très « ancien régime »… Voir  L'ELECTRICITE A ECHENAY 1892

 

Malheureusement, pas de vue panoramique pour voir les autres parties de la pièce !

 

Sont décrits également dans le livret le vestibule, la salle à manger, la salle de billard, et la chambre de la tourelle mais il serait trop long de tout détailler sans image à l’appui.

                                    

Si dans ce livre, Gabriel nous fait visiter les parties accessibles aux visiteurs, il reste muet sur les parties privées.  Mais c’est un poète…  Alors, indirectement, il nous laisse pénétrer dans sa chambre.

 

PORTRAITS DE FAMILLE

 

J'ai dans ma chambre, à la campagne,

Sur les marches de la Champagne,

Deux beaux portraits aux cadres d'or.

Claude porte une large fraise, *

Christophe un grand col Louis treize ; **

Parfois ils semblent vivre encor.

 

Sous leurs tempes le sang circule,

Quand la lueur du crépuscule

Met une auréole à leurs fronts,

Et dans la pièce déjà sombre

Ils paraissent sortir de l'ombre :

J'entends sonner leurs éperons.

 

Christophe frise sa moustache

D'un air vainqueur, Claude rattache

L'ordre du Roy sur son pourpoint :

Tous deux saisissent leurs épées

Nobles lames de sang trempées,

Mais je ne les regarde point.

 

Je crains toujours qu'on ne me dise :

— Tout cela, c'est de la bêtise !

Cesse d'écrire, mon garçon.

Il faut être fou, sur mon âme,

Pour mettre son cœur et sa flamme

A rimailler une chanson !

 

Je répondrais bien : — Chers ancêtres,

Autrefois vous parliez en maîtres,

Et vous amusiez autrement !

Les temps changent ! Le monde roule !

Mais sachant qu'il est une boule

J'en ai fort peu d'étonnement.

 

Vous courtisiez les renommées,

Comme brigadier des armées

Du Roy, lieutenant général

Evêque, ambassadeur... que sais-je!

Si vous le permettez, j'abrège,

Moi, je suis un simple rural !

 

Mais je me tais. Chacun me semble

Si hautain, quand je le contemple,

Que je n'ose trop m'approcher ;

Et quoiqu'en rimant je les raille,

Ils resteront à ma muraille...

J'ose encor moins les décrocher ! (1)

 

Gentilhomme de la Chambre et Chevalier de l'Ordre du Roi vers 1587 (voir tableau ci dessous)

 

Claude-de-Rarecourt.JPG 

 

**  Vraisemblablement CHARLES-CHRISTOPHE DE LA VALLÉE DE PIMODAN, chevalier, seigneur de La Vallée, Pimodan, Vraincourt, Les Espercheries, Anglebert, Gillaumé, Le Magny, Bois-le-Comte, Boucq, Jubainville, et autres lieux, seigneur et baron d'Échenay, Voué des villes de Toul et de Baccarat, lieutenant du Roi au gouvernement des ville et pays de Toul (5 avril 1673), fut pourvu par Sa Majesté, le 21 janvier 1692, de la charge de grand bailli d'épée des ville et comté de Toul, vacante par résignation du Comte de Feuquières 6. Le 1er juin 1662, le Duc de Bourbon, Prince de Condé et Comte de Clermont-en-Argonne, lui inféoda la terre et seigneurie de Pimodan comme fief haut-justicier de l'Argonne, dont il fit foi et hommage à Son Altesse le 10 septembre 1663.

C’est lui qui achètera la seigneurie d’Echenay en 1680.

 

Pourquoi a-t-il autorisé cette photographie d’intérieur ?...

Gabriel de Pimodan était incontestablement un homme atypique. Royaliste de cœur (et de sang) mais élu de la République, fervent catholique (il a été reçu par Pie IX) mais serviteur de la laïcité, militaire de formation (Saint-Cyr) mais poète membre de la Société des Poètes Français, urbain et mondain (ses ancêtres possédaient l’hôtel de Pimodan à Paris que l’on nomme encore de leur nom deux siècle plus tard) mais préférant son château d’Echenay et « ses » villageois (il le dit, «moi, je suis un simple rural »), il livre là un curieux témoignage.  

On ne saura jamais la volonté exacte de Gabriel de Pimodan lorsqu’il a rédigé ce livret. Il était sur la fin de sa vie (il décédera en 1924), sans descendance, et peut-être a-t-il voulu laisser une trace intime d’un passé qu’il savait révolu.

A cheval entre deux mondes et deux époques, il avait écrit, un brin désabusé, quelques années avant:

 

Quand rien ne sera plus des sociétés pourries

Où nous agonisons ; quand on aura brûlé,

Depuis les parlements jusqu’aux gendarmeries,

Tout l’édifice ancien chaque jour ébranlé ;

 

Quand des « Princes » iront parmi les railleries,

Tendant la main, couchant sous un pont écroulé ;

Quand on verra « Crésus », employé des voiries,

Parmi les balayeurs être immatriculé ;

 

Quand, du lointain Oural aux flots de l’Atlantique,

Il ne restera rien, rien de l’Europe antique,

Rien des trônes, et des pouvoirs, et des autels,

 

Les hommes n’auront pas rapproché de leurs lèvres

La coupe du bonheur, où se calment les fièvres,

Et souffriront toujours de leurs maux immortels. (2)

  

           ------------------------------------------------------------------------------

PS : Il n’y a aucune photographie ou illustration dans le livret.

 

 

Sources :

Principales Curiosités du château d’Echenay – Haute-Marne - Lepitre-Jobard, imprimeur à Langres - 1922

Cartes postales et photos anciennes

Extraits Poésies

Le Coffret de Perles noires – Poésies de PIMODAN - Librairie Vannier – Paris 1899

 

Les Sonnets de Pimodan – Après le « grand soir » - Léon Vannier – Paris - 1898

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JC 02/03/2015 21:01

Bonjour Il y a longtemps que je ne vous ai écrit. Je dois vous demander si le portrait de Claire de Frénilly sur porcelaine tel que décrit dans cet article est connu? L'a-t-on retrouvé? Merci de me revenir.

Petite et Grande Histoire d'Echenay 03/03/2015 17:55

Bonjour JC. Ravi de vous lire et de voir que vous continuez à suivre mon blog. La description du salon a été faite par G de Pimodan certainement vers 1920 (édition de 1922). G de P est décédé en 1924 et je pense pouvoir dire qu'après son décès, le château devient de plus en plus fréquemment résidence secondaire pour ses héritiers. Je ne sais pas ce qu'est devenu le mobilier du château. Il est probable que ses héritiers l'aient conservé, sur place ou chez eux. La carte postale que j'ai étudié ne représente pas la partie de la pièce où est exposée ce portrait. Impossible donc de le visualiser ! Il est vraisemblable qu'il fut conservé par la famille. Lors de la vente de 2000, une partie du mobilier, objet, bijoux, œuvres d'art, etc... a été vendu sans que ce portrait n'apparaisse (à ma connaissance). Cordialement