Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

MILLÉNIUM - ETIENNE DE VAUX - XIème SIECLE

6 Octobre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Millénium - Les seigneurs d'Echenay- 1000 ans

L’histoire commence vers l’an 1000. A cette époque, Robert II le Pieux, deuxième roi Capétien car fils d’Hugues Capet,  règne sur le royaume de France. Oh, roi, il l’est, mais pas comme ces rois que nous connaissons mieux car plus proches de nous.

 

Si le domaine de France s’étend assez largement, le domaine royal de Robert le Pieux ne couvre qu’une petite partie de l’Ile de France. Les autres régions sont confiées à des seigneurs vassaux, comtes ou ducs, qui sont souvent plus riches et puissants qu’il ne l’est. Et bien sûr, sous des airs de fidélité au roi, ils œuvrent surtout à leur propre puissance. Ils feront tout pour la conserver et l’étendre durant des siècles, s’opposant plus ou moins directement aux tentatives des monarques successifs d’assoir leurs prérogatives sur le territoire.

 

Et puis il y a l’Eglise, dont la puissance et la richesse fonde le pouvoir. Le pape est-il mieux fondé à diriger les hommes que le roi ? Cette question viendra brouiller le jeu déjà compliqué entre le roi et ses vassaux pendant longtemps. En somme, trois pouvoirs s’affrontent !

 

 En ce qui nous concerne, Joinville, dont dépend Echenay, appartient au comte de Champagne.

 

 Etienne de Vaux (° v 1000 ?, + v 1060) fut le premier seigneur connu de Joinville et donc d’Echenay qui était sur son territoire.

 

Petite ville de Champagne, assise aux bords de la Marne, elle fut autrefois appelé Jovis-Villa, soit ville de Jupiter. Malheureusement, nous ne remonterons pas aussi loin ! Et de plus, cette origine est contestée par certains. Joinville pourrait venir de la contraction entre Joigny (la ville, voir plus loin) et ville (Joingnivilla ou Jonivilla sur certains actes anciens).

 

On le sait, il est difficile de remonter avant la seconde moitié du XII siècle pour étudier les plus grandes familles féodales. Alors, pour des lignées de moindre importance, la tâche est ardue. Vous ne vous étonnerez donc pas des incertitudes qui apparaissent dans l’analyse des sources anciennes, chaque auteur élaborant des hypothèses différentes  en cas de doute d’interprétation.

 

Toutefois, les seigneurs de Joinville ont eu la chance d’attirer assez tôt l’attention des historiens grâce à Jean de Joinville, (° v 1224, + 24/12/1317), sénéchal de Champagne, chroniqueur de Louis IX – Saint-Louis, dont les mémoires sont restées célèbres. Vous savez, celui qui, partant aux croisades sur son fier destrier, quittant son château, sa femme et ses enfants en bas âge, ne voulut pas se retourner pour jeter un dernier regard sur Joinville de peur de pleurer ! Je vous encourage d’ailleurs à lire ses mémoires (faciles à trouver sur le net) qui sont un témoignage unique de ce temps des croisades, surtout par un participant. Mais revenons à ses aïeux.  

 

Etienne de Vaux semble être né à Vaux sur Saint-Urbain, village proche de Joinville. Mais d’autres estiment possible sa naissance du côté de Neufchâteau, étant nommé Stephanus de Vallibus (Vaux), ou encore Stephanus de Novo Castello (Neufchâteau) ce qui fait dire à J.Simonet : On peut supposer que les seigneurs de Vaux-sur-Saint-Urbain venaient d'une branche cadette de la maison de Neufchâteau, ou même qu'ils ont pendant quelque temps possédé cette ville ainsi que la seigneurie de Joinville. Mais ayant construit le château de Joinville, n’est-il pas naturel de parler de  Novo Castello (Laborde)? Bref, son origine exacte reste sujette à hypothèse.

 

Ce qui est sûr, c’est que c’est lui qui donnera à la famille de Joinville le commencement de sa grandeur.

 

Comme on va le voir, les sources tangibles ne nous rapportent que les faits de violence qu’il a commis. Elles sont peu nombreuses, parfois écrites postérieurement à sa vie et souvent sujettes à interprétations.

 

Apprécié pour ses qualités guerrières, il devient proche de la maison de Brienne, connue surtout pour ses brigandages dans la région. Par le mariage que lui procura Engelbert, comte de Brienne, avec la comtesse de Joigny, Marie Adélaïde de Brienne, il entre dans le paysage seigneurial des familles nobles respectées. Ce mariage pourrait avoir eu lieu, au plus tard en 1008 selon certains.

 

D’aucuns affirment que les trois premiers seigneurs de Joinville furent aussi comtes de Joigny. Cela est contesté par d’autres, comme Henri-François Delaborde en 1890.

 

« Engelbert, comte de Brienne, ayant une sœur qui n’était pas encore engagée dans les liens d’aucun mariage, et souhaitant la donner à un homme vaillant et puissant, fit un accord avec Etienne de Joinville, à qui il l’unit par un lien conjugal». Tels sont les termes de l’acte par lequel  Dudon, abbé de Montiérender, rappelle sous quelles conditions il a concédé l’avouerie du Blaisois ou pays de la Blaise au premier seigneur de Joinville. L’acte n’est pas daté. On sait seulement qu’il est antérieur au 15 mai 1027.

 

Dudon rédige ce document pour se plaindre d’Etienne. Ce dernier est retors et, copiant Brienne, n’hésite pas à s’accaparer des ressources sur les gens qu’il est censé protéger !

 

Trois chartes concernant le premier seigneur de Joinville nous ont été conservées dans le Cartulaire de Montiérender.

La première est relative au mariage d'Etienne de Vaux et constate que le comte de Brienne, en donnant à son vassal la main de l'héritière de Joigny, lui a cédé l'avouerie de la contrée du Blaisois; que Etienne demanda à l'abbé Dudon de nouveaux avantages, promettant, de son côté, une protection efficace au monastère. Il fut convenu en conséquence que le nouvel avoué aurait droit annuellement à une redevance de quarante béliers et de quarante truies, et à six repas; qu'il pourra exiger des charrois pour amener à son château des bois et des fascines nécessaires pour les travaux de construction. Il se concertera avec les officiers du monastère pour requérir les ouvriers : les hommes de corvée ne pourront être retenus plus d'une journée hors de leur domicile. S'il exige rien au-delà (des choses en plus), le seigneur de Joinville sera déchu de tout droit sur ce territoire.

Peu de temps après, l'abbé Dudon eut à se plaindre des abus de toute sorte commis par Etienne de Vaux : il avait envahi les domaines du monastère à Ragecourt-sur-Blaise, à Vaux, à Fays, à Trémilly, à Saint-Christophe, à Lassicourt et à Ville-sur-Terre (Saura Terra). Le prélat s'adressa au roi Robert qui célébrait alors à Reims le couronnement de son fils Henri I (donc en 1027, le sacre ayant eu lieu le 14 mai). Après avoir consulté son conseil, qui fut d'avis que Etienne de Vaux avait mérité la peine de l'excommunication, le souverain ajourna la sentence au lendemain, ne voulant pas qu'un jour aussi solennel fût marqué par une malédiction. La sentence fut en effet prononcée. Etienne, désirant faire lever cette excommunication, entra en composition avec l'abbé Dudon; la charte suivante constate une partie des réparations auxquelles avait droit le monastère. (Source : Simonnet)

 

Mais Dudon n’est pas le seul à se plaindre !

 

Hermann, évêque de Toul, enjoint Etienne de s'abstenir des vexations dont il s'était rendu coupable envers les moines établis à Augéville. En l'année 1005, l'évêque Bertold avait fait don de l'église St-Hubert d'Augéville au prieuré de St-Blin (Bertiniaca curtis), dont les religieux desservaient cet oratoire. L'abbé de Saint-Urbain interdit à ses tenanciers, résidant à Augéville, de payer la dîme aux desservants. De son côté, Etienne avait molesté les ouvriers qui travaillaient dans la grange et poursuivi les moines jusque dans le sanctuaire. L'évêque Herman enjoignit à son archidiacre et au doyen de faire respecter le droit qu'il avait conféré au prieur de Saint-Blin de desservir cette église, et adressa deux mandements à l'abbé de Saint-Urbain et à Etienne, auteur de ces voies de fait. [ ] (Source : Simonnet)

 

Les démêlés qui rendirent nécessaire l'intervention de l'évêque Herman en faveur des religieux d'Augéville ne sont pas les seuls qui se soient élevés entre les premiers seigneurs de Joinville et l'autorité épiscopale.

 

On lit dans la notice concernant l'évêque Udon (1052-1069), que, à une époque remontant à quarante ans, l'évêque de Toul avait eu à se plaindre des violences des seigneurs de Vaucouleurs qui n'étaient autres que les seigneurs de Joinville.

Le prélat invoqua le secours de Gérard d'Alsace (Source : Simonnet)

 

Et puis il y a les guerres auxquelles il doit participer.

 

 En 1036, Eudes, comte de Champagne, prétendant évincé du royaume de Bourgogne, envahit la Lorraine, afin de tirer vengeance de l'empereur Conrad, son adversaire plus heureux. Il s'empara du château de Bar et vint, le 31 octobre, mettre le siège devant Toul, qui fut énergiquement défendu par l'évêque Brunon. Forcé de se retirer en Champagne, Eudes y fut poursuivi par Conrad qui le força à signer un traité humiliant.

L'année suivante, il pénétra en Lorraine une deuxième fois, mais il perdit du temps devant le château de Bar; le duc Gothelon réunit une armée et rencontra son adversaire dans la vallée de l'Orne. L'armée champenoise, beaucoup plus nombreuse, eut d'abord l'avantage; mais les Lorrains ayant reçu, pendant le combat, les contingents de l'évêque de Metz et ceux du comte Gérard, venant de Basse-Lorraine, la lutte se termina par la défaite de Eudes et des siens qui laissèrent deux mille hommes sur le champ de bataille.

Il n'est guère douteux que, dans ces deux campagnes, Etienne de Vaux ait compté parmi les envahisseurs de la Lorraine, et qu'il ait partagé les revers des partisans d'Amalric, en 1017, et le désastre du comte de Champagne, son suzerain, en 1037.[ ] (Source : Simonnet)

 

 

Mais Etienne ne fait pas que guerroyer et brigander. C’est lui qui fait construire le premier château de Joinville (cité par Albéric - 1055) avec l’aide d’Englebert et étend sa seigneurie. Jusqu’à cette époque, il n’existait qu’un donjon de bois datant de fort longtemps.

 

 Si l’on ne parvient pas à démêler les origines du fondateur de la maison de Joinville, on n’est pas beaucoup plus heureux lorsqu’on recherche quelle pu être l’étendue de ses domaines. On sait positivement qu’il posséda le château de Joinville, l’avouerie de saint Urbain, une partie de celle de Montierender et les villages usurpés sur cette dernière abbaye, mais rien ne prouve que son autorité ne se soit pas exercée sur d’autres territoires. On a même quelque raison de soupçonner qu’il a été le maître du château de Vaucouleurs, et que, fidèle à ses habitudes de violence envers l’église, il profita de sa situation pour inquiéter les évêques de Toul. (Source : Delaborde)

 

On peut lire :

 

Les sires de Joinville sont nommés dans nos annales, dès les premières années du XIe siècle. Ils ne cédaient guère en puissance aux Choiseul, aux seigneurs d'Arc et de Châteauvillain, à ceux de Vignory ou de Dampierre qui dominaient dans nos contrées. (Source : Simonet)

 

Les armes que cette famille porte sont assez semblables à celles de la Maison de Broyes au même comté, à la réserve du chef de celle de Joinville, peuvent persuader que ces deux maisons ont une même source, et une même origine, et qu’Estienne premier seigneur de Joinville fut frère puiné d’Isambart seigneur de Broyes [ ].Car l’une et l’autre portoient pour armes d’azur à trois broyes d’or (que quelques Herauds estiment estre certains instruments de bois, dont on se sert pour rompre et broier la chamure et le lin), celles de Joinville ayant pour différence, un chef d’argent à un demy lion de gueules, qui est une briseure assez commune, et une marque de puiné ; et même il est probable que le lion des armes de Joinville est le blazon des anciens Comtes de Joigny [ ]. (Source : cump)

 

Toutefois, même cette hypothèse est mise en doute car l’usage des blasons n’est pas antérieur à la fin du XII siècle.

 

Dès lors, difficile d’en savoir plus ! 

A son décès, son fils Geoffroy I lui succédera dans la maison de Joinville

 

Sources :

Delaborde Henri-François. Recherches critiques sur les premiers seigneurs de Joinville.. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1890, tome 51. pp. 618-629.

Collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France – tome 1-  à Londres et à Paris, rue d’Anjou – 1785

Simonnet, Jules (1824-1875). Essai sur l'histoire et la généalogie des sires de Joinville. (1008-1386.)... par J. Simonnet,.... 1875

 

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article