Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LE GARDIEN DE LOUIS XVII A-T-IL VECU A ECHENAY ?

10 Novembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Echenay sous la Révolution

 

Le gardien de Louis XVII s'appelait Antoine Simon, né probablement en 1736, attendu qu'il avait cinquante sept ans en 1793; il était originaire de Troyes. Il fut marié une première fois à Marie Barbe Hoyau et une deuxième fois, le 20 mai 1788, à Marie-Jeanne Aladame. Antoine Simon fut guillotiné le 28 juillet 1794 et sa veuve mourut aux Incurables, rue de Sèvres à Paris, le 10 juin 1819.

 

Simon (NDLR : celui qui nous intéresse), décédé à Joinville, s'appelait Jean-Baptiste Simon et plus ordinairement Jean Simon;

il est né à Clinchamp, Haute-Marne, le 7 octobre 1754, de Pierre Simon et de Marie Chanée. Pierre. Simon était originaire de Vesaignes-sous-Lafauche du même département. Aussitôt après la naissance de Jean-Baptiste, les époux Simon-Chanée allèrent demeurer à Vesaignes, où ils exercèrent la profession de meuniers. Jean-Baptiste Simon épousa en premières noces Marie Rodier, de Clinchamp, de laquelle il eut plusieurs enfants, morts sans postérité.

Marie Rodier mourut à Vesaignes-sous-Lafauche en 1802, et la même année Jean Simon

épousa, à Semilly, près de Vesaignes, Catherine d'Ecot, veuve de Pierre Hollier, mort sous les armes.

Catherine avait de son premier mariage une fille, qui mourut à Bettaincourt, canton de Doulaincourt, Haute-Marne, dans un âge très avancé. Jean Simon a encore plusieurs neveux ou petits-neveux à Vesaignes-sous-Lafauche et dans les environs.

 

Ce simple exposé de l'état civil des deux Simon, que l'on a faussement identifiés, suffit pour détruire la fable qui a couru sur Jean Simon, décédé à Joinville.

Peut-être sera-t-on curieux de savoir comment cette fable a pris naissance. Cette légitime curiosité sera satisfaite par une courte biographie de Jean Simon, personnage du reste fort peu digne d'intérêt.

 

Les époux Simon-Chanée eurent de nombreux enfants; l'un d'eux, Jean-Baptiste, paraissait doué d'une belle intelligence. Il fut confié à l'école du prieuré de Saint-Blin et y reçut des leçons de latin.

S'il avait une certaine facilité pour apprendre, Jean avait en même temps un mauvais caractère. D'après la tradition conservée à Saint-Blin, il était orgueilleux, entêté, paresseux, susceptible et méchant; tous le craignaient et il se croyait le droit d'insulter tout le monde, aussi ne fut-il pas conservé à l'école du prieuré. Il rentra dans sa famille, apprit la profession

de cordonnier et partit pour Paris. Il fut aussi mauvais cordonnier qu'il avait été mauvais élève et ne sut jamais faire un soulier. A la suite de son séjour à Paris il fut surnommé Le Parisien par ses compatriotes.

 

C'est la tradition conservée à Vesaignes-sous-Lafauche que Jean Simon fut portier à la prison du Temple, pendant la captivité du Dauphin. Comme il était à ce poste, un de ses compatriotes, cordonnier comme lui, lui taillait des semelles et des empeignes et les lui portait pour les coudre. C'est ainsi que cet homme, d'après le récit de sa propre fille, encore vivante à Vesaignes vers 1875, a pu voir plusieurs fois le Dauphin. C'est encore une tradition à Vesaignes que Simon, interrogé sur l'emploi de son temps au Temple par un de ses compatriotes, aurait répondu, en parlant de Louis XVII : « Je lui faisais faire sa prière du soir et je l'envoyais coucher sans souper. Ce traitement m'était recommandé par la Commune de Paris. » On a encore entendu Jean Simon répéter souvent cette parole du Dauphin :

«Si j'étais roi, je vous pardonnerais.» Telles sont les traditions recueillies à Vesaignes-sous-Lafauche, il y a dix ans.

 

Simon revint à Vesaignes avant la fin de la République et fut, au milieu des siens, un personnage important, disons aussi encombrant. Il rédigea un grand nombre d'actes sur les registres de l'état civil et l'on reconnaît que son écriture ferme et belle est toute différente de celle du vrai gardien du Dauphin, dont M. deBeauchène a publié un «fac simile» dans

son Histoire de Louis XVII.

 

Après son second mariage et le retour à un ordre plus régulier, sous l'empire, Simon parut moins arrogant. De son ancienne fierté il ne garda que sa cruauté et une irascibilité extrême. Pour peu qu'il se croyait offensé, il entrait dans des accès de fureur étrange. Sa seconde femme, en particulier, mena une vie de souffrances avec lui, et on l'a trouvée couverte

de sang après quelques uns de ses emportements.

 

Simon avait toujours fait ostentation d'une haine fanatique contre les Capet. Le souvenir de cette haine, sa profession de concierge au Temple, si la tradition est bien exacte, la similitude de nom et de profession avec le vrai Simon, triste personnage que l'histoire ne flétrira jamais assez, peut-être aussi la manie de se vanter d'avoir été mêlé aux événements du Temple,

autour de la personne de Louis XVII, son fanatisme trop bien connu, la cruauté de son caractère, toutes ces circonstances expliquent suffisamment comment a pu prendre naissance et consistance le bruit que Simon de Vesaignes, cordonnier, ancien geôlier de la prison, du Temple, aurait bien pu être le Simon donné pour gardien au Dauphin et qui, au lieu d'être

un gardien, fut un bourreau.

 

Simon, rentré dans son pays après l'apaisement de la Terreur, tomba dans la plus profonde misère et se fit berger. Si la tradition est fidèle il ne put souffrir de ne plus être considéré parmi les siens et s'en alla au loin, où il n'était pas connu. Il aurait été berger à la ferme de Saint-Eloi, près de Joinville, puis à Echenay; il demeura également à Saint-Urbain.

 

M. Jolibois, ancien archiviste à Chaumont actuellement archiviste à Alby, raconte ainsi ses derniers moments: « Il avait tout d'abord fixé l'attention des habitants par le bonnet de peau de loup dont il se coiffait, par la dureté de son regard, par la  réserve qu'il mettait dans sa conduite et surtout dans ses paroles; mais on ne savait absolument rien de ses antécédents, lorsque au commencement de l'année 1830, la femme de Simon, dans une querelle qu'elle avait avec son  mari, s'oublia au point de dire assez haut pour être  entendue de ses voisines : « Tais-toi, si je voulais, je te ferais pendre. »

Aussitôt qu'elle fut seule, ses commères ne manquèrent pas de l'interroger et comme elle était encore sous l'impression de la colère :

« Ce qu'il a fait, dit-elle, c'est lui qui a  tourmenté et fait mourir le fis de Louis XVI. »

Cet aveu ayant été dénoncé à l'autorité, le maire manda Simon, mais sans intention d'user avec lui de sévérité. Cependant le malheureux pâtre, qui se rappelait la menace de sa femme, fut frappé d'une terreur telle qu'il en perdit aussitôt la tête.

 

Au lieu de se rendre à l'invitation du maire, il s'enfuit dans les bois, où il erra pendant plusieurs jours, en poussant des cris sauvages. On fut obligé de le prendre comme une bête furieuse et on le renferma à l'hospice, où il mourut sans avoir recouvré la raison.

 

Le même M. Jolibois avait avancé, en commençant sa courte notice sur Simon, qu'il fût le Simon, gardien du Dauphin. M. Jolibois a écrit ces lignes peut-être un peu rapidement et sans être bien certain des renseignements qu'il avait pu se procurer.

 

La vie de Simon n'a pas été exemplaire. Il a pu, sous le régime révolutionnaire, se vanter peut-être, dans son exaltation, et se donner un rôle dans les événements de 1790 à 1795  mais il se serait toujours défendu d'avoir maltraité le Dauphin. Aussi timoré dans la misère et sous la Restauration, qu'il avait été arrogant autrefois, on comprend qu'il ait pris frayeur en se voyant accusé d'avoir fait mourir Louis XVII.

 

Source : Bulletin de la Société Historique et Archéologique de Langres

               - N°37 – 1 décembre 1887

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article