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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LA VIE DE CHÂTEAU - ECHENAY - XIXème SIECLE

6 Novembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

 

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Les châteaux que nous visitons aujourd’hui retiennent notre attention par la qualité de leurs architectures, les faits historiques qui s’y sont déroulés ou leurs châtelains successifs.  

Leur vocation a varié au cours des siècles. Les temps devenus durs pour leurs propriétaires et la vie de ces derniers étant ailleurs, ils sont souvent passés du statut de résidence principale à celle de résidence secondaire, quand ils ne furent pas vendus, voire même abandonnés… Bref, ils sont devenus des coquilles vides ou presque.

 Le château d’Echenay est resté propriété de la famille de Pimodan pendant plus de trois siècles, de 1680 jusqu’à la fin du XXème siècle.

Modeste château, il a grâce à cela échappé plus longtemps que d’autres au désintérêt. Mais le boulet l’a effleuré !  Aujourd’hui propriété d’un particulier qui œuvre à le préserver, il retrouve une seconde jeunesse.

 Il ne faut pas oublier que ces monuments ont été d’intenses lieux de vie. Que seraient-ils devenus sans les personnes qui y ont vécues, travaillées ?  Bien souvent, nous ne retenons de nos visites qu’une liste d’illustres propriétaires sans rien connaitre des « petites gens » qui y ont vécu.

 C’est à eux que je me suis intéressé dans cet article.

 

En 1739, mon ancêtre Florentin Voguet épouse Françoise Chameroy, cuisinière du Comte de Pimodan. Alors viendra l’idée de cet article. Partant de là, les recensements de population, de 1836 à 1906, fourniront la matière.

 

En 1836, les Pimodan semblent avoir déserté le château. Jacques Harmand, 69 ans, maitre de forge, habite le domaine en compagnie de son épouse, Marguerite Drapier, 67 ans, de leur fils Charles Joseph, 29 ans, maitre de forge également et de Lize Harmand, 49 ans. Marie Humbert est leur servante.

 J. Harmand est le régisseur de la ferme du château très certainement depuis les années pré-révolution. Il en est fait mention à plusieurs reprises dans les démêlés de la famille Pimodan avec la République durant la période révolutionnaire. Il semble donc que ces derniers lui aient longuement accordé leur confiance. (voir  LES PIMODAN SOUS LA REVOLUTION FRANCAISE)

 Jacques Harmand gère la forge avec Charles Joseph Bricote, bourgeois de 54 ans, Elisabeth Drapier, 60 ans, certainement l’épouse de Bricote,  et Jeanne Victoire Bricote, 24 ans, vraisemblablement leur fille. Les deux hommes semblent associés dans l’activité de forges et hauts-fourneaux depuis longtemps puisqu’on les trouve nommés ensemble dans l’annuaire du commerce de 1827 et 1833 (Paroy, Echenay). (source Gallica) (voir  HAUT FOURNEAU A ECHENAY - 1717)

 

En 1841, plus de trace d’activité métallurgique. Elle est devenue propriété de Charles Adrien de Cholet qui a du délocaliser. Seuls restent Laurent Labrouvois, garde particulier, accompagné de Jeanne Michel, son épouse, et leurs deux fils, Nicolas et Ambroise. Jeanne Poinsot, jeune fille, est peut être leur servante.

Vraisemblablement sur les douves, au moulin, vivent Pierre Burton, meunier, Marguerite Larcher, son épouse et leur fils Gustave.

 

1846marque le retour des propriétaires du lieu. Le château reprend vie. Camille de Pimodan, 59 ans, marquis, son épouse Claire de Frénilly, 43 ans et leurs enfants René et Gabrielle ( ?) habitent le château. La famille semble mener grand train si on en juge par le personnel à leur service : Françoise Court, domestique, 49 ans ; Louis Richard, domestique, 34 ans ; Anne Barthelemy, cuisinière, 44 ans ; Magdeleine Capelle, domestique, 40 ans.

 A côté vit toujours la famille du garde particulier Laurent Labrouvois. Ses fils ont grandi, Nicolas a maintenant 20 ans, Ambroise 16. Celle-ci s’est d’ailleurs agrandie par la venue au monde d’Eugène, 4 ans.  

Sur les douves, Jean Pierre Burton, 33 ans est meunier et vit avec son épouse Julie Marguerite Massonet, 30 ans.

 

Les 30 années qui vont suivre ne voient qu’épisodiquement la vie occuper le château.

1851 est une année calme. Nicolas Dupongaud, garde particulier de 52 ans reste seul résidant habituel du lieu avec son épouse Appoline Foucaud, 48 ans.

 

En 1856, on retrouve la famille du garde particulier Dupongaud ainsi que Michel Bouhmann, 32 ans, en charge du jardin, Marie Courtois, 25 ans, son épouse et le frère de celle-ci Jean Baptiste Félix âgé de seulement 14 ans.

Il ne faut pas s’étonner de l’absence des Pimodan dans ces années 1860. Georges de Pimodan est décédé en septembre 60 et son épouse encore jeune et ses deux fils en bas âge vont courir la France , cherchant l’apaisement et délaissant un peu le château. (voir par exemple  EMMA DE COURONNEL AUX BAINS - 1861 / 1866)

 

1861voit juste l’arrivée d’un nouveau jardinier. Honoré Chénédet, 25 ans, Eugénie Benoît, 21 ans son épouse et leur fils Henri Louis Eugène, 2 ans remplacent la famille Bouhmann. De leur côté, Nicolas Dupongaud et son épouse restent fidèles au poste de garde particulier.

Le moulin sur les douves est maintenant occupé par la famille de Nicolas Habert, 34 ans, avec son épouse Marguerite Drouot, 31 ans et leur fille Maria, 5ans.

 

1866 est encore une « petite année ». Les Dupongaud sont encore gardes et la famille Habert, meuniers, est remplacée par Pierre Rouvenach, 41 ans.

Puis vient la guerre de 1870. L’année 1871 ne donnera pas lieu à un recensement, la guerre étant passée pas là. On sait par les mémoires de Claude de Pimodan que la famille venait de temps en temps à Echenay, leur résidence secondaire, où ils aimaient passer l’été.

 

En 1876, le château est presque vide. Seul reste le fidèle Dupongaud, âgé de 78 ans.

 

1881voit revenir les propriétaires, au moins temporairement.

Veuve de Georges de Pimodan, l’illustre général mort en 1860 pour la défense des territoires du pape, Emma de Couronnel, 49 ans, revient avec son fils Gabriel, 26 ans. Après le décès du général, on sait qu’Emma et ses enfants Gabriel et Claude ont beaucoup voyagé en France et à l’étranger. Les voici donc revenus dans le berceau ancestral.

7 domestiques les servent au quotidien ce qui montre leur train de vie. Il est vrai que le château est assez vaste : Jules Jehet, 41 ans ; Jean Baptiste Jehet, 36 ans ; Joseph Dantzer, 31 ans ; Emilie Louviot, 39 ans ; Eugène Veucrier, 20 ans ; Marie Antoinette Pierrel, 38 ans ; Marie Belloni, 18 ans, sont tous domestiques.

Arrivent ensuite le régisseur, Nicolas Wittmer, 34 ans et son épouse Clarisse Leseur, 30 ans, oncle et tante de ma grand-mère.

Il est intéressant de noter que plusieurs d’entre eux sont originaires d’Echenay. Jehet, Belloni, Louviot, Wittmer sont des patronymes du cru.

 

1886 retrouve quasiment les mêmes protagonistes. Emma et son fils Gabriel, bien sûr, Jules et Jean Baptiste Jehet, Emilie Louviot, domestiques, Nicolas Wittmer, régisseur et Clarisse Leseur son épouse. Les nouveaux sont Eugénie Papillier, leur cuisinière, André Héberaud, Charles Bellemie, domestiques.

 

En 1891, Emma de Couronnel et Gabriel sont encore là. L’équipe à leur service varie peu. Jules et Jean Baptiste Jehet, Emilie Louviot sont toujours là, de même que Nicolas Wittmer et Clarisse, leur régisseur.

Jean Hastier, 23 ans, Auguste Eberhard, 19 ans, Joséphine Veber, allemande de 20 ans et Emile Breton, 53 ans sont arrivés pour remplacer les autres. Une équipe constituée d’encore 7 personnes, preuve que chacun a bien son rôle !

On note également la présence de Pierre de Pimodan, 4ans, fils de Claude le frère de Gabriel, que ses obligations militaires ont sans doute contraint à confier l’enfant à sa mère. A noter qu’il décédera durant la première guerre.

 

1896. Les années passent et le noyau familial change peu. Emma de Couronnel et son fils Gabriel habitent le château en compagnie de Pierre, 9 ans et Henri, 8 ans. Des rires d’enfants égayent la vieille demeure, la vie suit son cours.

Les domestiques Jules et Jean Baptiste Jehet, Jean Hastier, Auguste Eberhard, Emilie Louviot, Joséphine Veber sont toujours là. Paul Martin et Marie Aubertin sont venus remplacer les serviteurs partants.

Nicolas Wittmer et sa femme Clarisse régissent toujours le domaine.

 

1901, début de siècle, présage de changements. Changements, pas vraiment à Echenay. Les propriétaires des lieus sont toujours là et l’équipe à leur service n’a que peu changé.

On retrouve Emilie Louviot, Marie Aubertin, Jean Baptiste Jehet, Auguste Eberhard et les fidèles régisseurs Nicolas Wittmer et Clarisse. Semblent nouveaux : Paul Breton, 37 ans, Charles Mollerat, 26 ans et Marcel Saniton, 22 ans. Toujours 7 personnes !  

 

En 1906, seul Gabriel de Pimodan semble être resté au château. Il dispose encore de deux domestiques, Auguste Eberhard et Ernest Millot et de son régisseur Nicolas Wittmer et son épouse.

J’ajouterai que mon parent Lucien Wittmer fut au début du XXème siècle cocher du marquis, le véhiculant dans la région et parfois même jusqu’à Paris.

 

Puis viendra la première guerre mondiale et l’on entre dans une autre époque.

Dans ce récit au fil de ces années, on note la fidélité réciproque entre les propriétaires et les gens à leur service, preuve d’une satisfaction commune.

Voici en quelques lignes à quoi ressemblait la vie au château d’Echenay durant le XIXème siècle. Une occupation des lieux parfois précaire mais toujours effective, et parfois riante et prospère.

Aujourd’hui comme hier déjà, le château a trouvé sa destination ; il sera résidence secondaire. 

Et tant mieux puisque cela le préserve du temps !...

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