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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LA GARE QU'ECHENAY N'A PAS EU - 1882

18 Décembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Transports et Moyens de communicaion

luxembourg.JPG

Le 23 juin 1882, sous les ors de la République, au Palais du Luxembourg à Paris, bien loin d’Echenay, un groupe en redingotes et chaussures vernies discute. Les hauts de forme sont restés au vestiaire.

 

Il y a M. Danelle-Bernardin et le baron d’Huart, représentant le département de la Haute-Marne, Monsieur le Préfet de la Haute-Marne, et MM. Edmond, Develle, Grandjean, Liouville et Vivenot représentant le département de la Meuse dans la commission interdépartementale.

 

Messieurs Capitain et Giros, conseillers généraux de Haute-Marne et Monsieur le Préfet Proudhon de la Meuse se sont excusés par courrier de ne pouvoir assister à la réunion.

 

Après s’être congratulés, tout le monde s’assoit et on peut commencer. Monsieur Danelle-Bernardin est nommé président et Monsieur Liouville secrétaire.

 

Mais de quoi vont-ils parler ?...

 

Eh bien de ligne de chemin de fer d’intérêt stratégique ! Après la défaite de 1870, la France s’est rendu compte que des mouvements de troupes rapides auraient pu changer la face de la guerre. Dans le cadre du plan « Séré de Rivières », on discute donc de la création de nouvelles lignes de chemins de fer pour doubler les grands axes ferrovières déjà existants. Une voie passant non loin d’Echenay est déjà à l’étude. Voir   LIGNE CHEMIN DE FER BRIENNE-SORCY - 1892

 

Monsieur Vivenot expose donc le projet de cette ligne principale Orléans-Nancy et plus particulièrement du tronçon Brienne-Sorcy. Les travaux sont déjà décidés et arrêtés entre les ministères de la Guerre et des Travaux Publics, en relation avec les acteurs locaux.  Les lettres de M. Varroy, Ministre des travaux publics et de M . Billot, Ministre de la guerre, sont lues à la commission.

 

Loin des préoccupations guerrières de la nation, les industries meusiennes et haut-marnaises sont à cette époque en fort développement et le train permettrait de désenclaver un peu plus cette région fort riche. Les carrières, les fonderies de la vallée de la Saulx profiteraient de cette ligne !

 

Monsieur Vivenot et ses confrères Meusiens voient donc avec le développement du rail dans la région une opportunité pour leur département.

 

Vivenot, qui ne perd pas le nord, prend alors la parole pour ajouter que la ligne Brienne-Sorcy passera vers la source de la Saulx et qu’il serait possible de faire une ligne suivant la rivière, passant par Echenay, Pancey, Montiers sur Saulx et rejoignant Dammarie.

« Il y aurait à construire environ 10 kms dans la Haute-Marne et 8 dans la Meuse. Dans la Meuse, la partie comprise entre Ecurey et Montiers et entre Montiers et la limite du département avec la Haute-Marne serait construite avec les subventions du département et des communes, le surplus de la ligne entre Ecurey et Dammarie devant être construit aux frais de Monsieur Brasseur, d’après les stipulations du traité passé avec lui pour le chemin de fer de Naix à Guë. »

 

ligne.JPG                                                                        En bleu le projet de la Haute-Saulx

                                                                        En noir, la ligne Brienne-Sorcy

 

On le voit, l’argumentation est prête ! Les kilomètres sont un peu minorés mais bon !...

 

On discute ensuite des modalités qui pourraient être mises en place pour l’étude.

 

Monsieur Danelle demande si l’Etat ne pourrait pas construire la ligne de la Haute-Saulx comme d’intérêt stratégique. Normal, il représente la Haute-Marne et la partie la plus longue serait dans ce département !  Il semble probable qu’il ait compris que cette ligne servirait plus la Meuse qu'à la Haute-Marne, même si il n’est pas contre celle-ci.

Monsieur Vivenot fait alors observer qu’il serait bien difficile de faire considérer comme une ligne stratégique une ligne devant se raccorder avec celle de Naix à Guê dont le profil très accidenté et les rampes dépassent le maximum fixé par l’administration de la guerre.

 

Danelle rétorque que « pour procéder à des études en Haute-Marne, il est nécessaire qu’un crédit soit mis à sa disposition par le Conseil général. »

 

La discussion continue… La commission finit par reconnaitre l’utilité de la ligne de la Haute-Saulx (le nom est donc déjà trouvé !) et décide que les ingénieurs des départements concernés devront se mettre en rapport, dresser un avant-projet, évaluer la dépense et donner des informations détaillées sur le trafic possible en marchandises et voyageurs.

On décide enfin de se réunir de nouveau à Paris après la session d’Août des conseils généraux et après que les ingénieurs aient terminé leur étude.

 

Après les poignées de mains de circonstance, les chapeaux regagnent les chefs et les chaussures vernies s’éloignent sur les trottoirs parisiens…

 

Quelques années plus tard, la ligne Brienne-Sorcy emmènera des centaines de milliers de Français se faire hacher par la mitraille Allemande à Verdun !

 

Echenay et les villages de la Haute-Saulx n’auront jamais de gares !

 

Aujourd’hui, la ligne Brienne-Sorcy n’existe plus. Seuls restent quelques imposants ouvrages d’art. Vestige d’un passé assez proche, le tunnel de Soulaincourt (où aurait pu se trouver l’embranchement de la ligne de la Haute-Saulx) abrite parfois de drôles de locataires…

 

Mais c’est « La vie et rien d’autre »… Pour connaitre la suite, cliquez sur  L’ACTEUR PHILIPPE NOIRET PRES D’ECHENAY.

 

Et voir aussi :    DES ALIENS DANS LE TUNNEL DE SOULAINCOURT

 

 

Source : Rapport et délibérations du Conseil général de la Meuse – 2eme session ordinaire du 21 août 1882

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