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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

LA FORMIDABLE ASCENSION DU FILS DU CORDONNIER D'ECHENAY- 1820

2 Septembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

echenay aout 2014 012

Au matin du 14 mars 1820, Grégoire Etienne Hurlier, 28 ans, modeste cordonnier d’Echenay, marié à Marthe Gaillet, se présente à la mairie d’Echenay. Il vient déclarer la naissance de son fils qu’il prénomme Nicolas Justin. Le bébé est né la veille, vers 10 heures du soir. Il est accompagné de son frère Nicolas, âgé de 38 ans et de François Gaillet, 30 ans, maréchal ferrant, son beau-frère. Tous sont domiciliés à Echenay.  

Grégoire et Marthe se sont mariés le 24 février 1813 à Echenay.


Nicolas Justin grandit à Echenay avec son frère François, de deux ans son ainé, et on les retrouve sur le recensement de 1836. Il a donc 16 ans. Toutefois, au recensement de 1841, il n’y a plus de trace de la famille Hurlier à Echenay.


Mais je ne perds pas sa piste pour autant. En 1841, je le retrouve à Joinville. Le bébé de 1820 est devenu un grand gaillard d’un mètre quatre-vingt, aux cheveux châtains et yeux bleus, le nez et la bouche moyenne, avec un visage ovale au menton rond, le teint coloré et gaucher de surcroit.

L’armée, à qui nous devons cette description, le juge « de faible complexion » mais le trouve quand même bon pour le service!  Pour l’anecdote, l’armée le prénomme Nicolas-Justinien !! Pressentent-ils son ascension ?


Source : AD 52


En cette année 1841, il est devenu commis de bureau et est domicilié à Joinville. Je ne sais pas chez quel employeur mais le jeune Nicolas Justin semble acquérir de l’expérience et trouver sa voie dans la banque.


En 1848 se crée le Comptoir National d’Escompte, ancêtre de la BNP. C’est à celui de Neufchâteau, au capital social de 900 000 francs, qu’œuvre N. Hurlier en 1849 en tant que dirigeant. Il a 29 ans !


Source : Journal « Petites affiches de Rambervillers » – 4 février 1849


Dès lors, il ne quitte plus le sérail !


En 1862, à 42 ans, il a migré à Paris où l’annuaire de commerce Didot-Bottin le cite comme Chef de la correspondance du Comptoir d’Escompte parisien.


Arrive ensuite la guerre de 1870 !


En 1873, le conseil d’administration du Comptoir d’Escompte de Paris l’appele aux fonctions de sous directeur de l’établissement. Il a 53 ans.


Source : Le Tintamarre - hebdomadaire satirique et financier – 19 janvier 1873


L’année suivante (1874) marque en quelque sorte l’apothéose de sa carrière et la reconnaissance du travail fourni.


Il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur par décret du 7 mars 1874, rendu sur le rapport du Ministre des finances, et à la demande du Directeur de l’Etablissement, Pierre François Gustave Girot.


Ce dernier écrit :


 « Monsieur le Ministre, Au moment où nous venons de recevoir de Mr le Directeur du Mouvement Général des fonds des félicitations pour le concours que le comptoir d’Escompte a été heureux de prêter au Trésor dans les opérations relatives au paiement de l’indemnité de guerre, le Conseil d’Administration croit devoir appeler, Monsieur le Ministre, votre bienveillante attention sur Mr Hurlier, Sous-directeur, celui des ses collaborateurs qui a eu, dans ces affaires, la plus lourde tâche.

Attaché au Comptoir d’Escompte depuis sa fondation, Mr Hurlier a toujours dirigé nos services les plus importants : Toutes les opérations qui ont été la conséquence des souscriptions recueillies par le Comptoir lors de l’émission des Emprunts Nationaux, ont été placées sous son contrôle et, maintes fois, les bureaux du Ministére avec lesquels il était en relations suivies, nous ont adressé des félicitations pour les travaux qu’il avait inspirés. »


Nicolas Justin Hurlier marque légèrement sa fierté, me semble-t-il, dans la lettre qu’il envoie au Secrétaire Général pour la constitution de son dossier. Il écrit :


« Ayant déjà été autorisé à accepter plusieurs décorations étrangères et à en porter les insignes, je crois inutile de produire de nouveau mon acte de naissance ».


Il faut dire qu’il a déjà été décoré à plusieurs reprises :


Chevalier de l’ordre de Guadalupe - 26 mars 1867

Décoration de 3eme classe de l’ordre de Nicham-Iftickar

Chevalier de l’ordre de François Joseph – 27 mai 1868

Décoration de 4e classe de l’Ordre de Medjidié – 4 juillet 1868

Décoration de 2e classe de l’Ordre de Nicham-Iftickar – 11 mars 1870


Source : Base Léonore


L'ordre de Notre-Dame de Guadalupe est un ordre de chevalerie impériale mexicaine.

 

Le Nichan Iftikhar ou Nichan al Iftikhar (نيشان الافتخار    ), du turc İftihar Nişanı (Ordre de la Fierté), est un ancien ordre honorifique tunisien souhaité entre 1835 et 1837 par Moustapha Bey et réellement formalisé par Ahmed Ier  Bey, alors bey de Tunis. Ce premier ordre, par sa date de création, est attribué pour récompenser des services civils et militaires aussi bien aux ressortissants tunisiens qu'étrangers. Mais il existe aussi un ordre du même nom en Turquie.

 

L'ordre de François-Joseph (en allemand : Kaiserlich-Österreichische Franz-Joseph-Orden ; en hongrois : Ferenc József-rend) est un ordre de la monarchie austro-hongroise institué le 2 décembre 1849 par l'empereur François-Joseph le jour anniversaire de son accession au trône, pour honorer des personnalités militaires et civiles. Il a été supprimé par la république autrichienne en 1918.

L'ordre du Médjidié est un ancien ordre honorifique de l'Empire ottoman fondé en 1852 par le sultan Abdülmecit Ier  (1839-1861). Il était attribué pour récompenser les services civils et militaires. Il fut supprimé lors de l'avènement de la République turque en 1922.

Source : Wikipédia


Auréolé de cette nouvelle gloire,  il apparait en 1876 dans l’Almanach national – Annuaire officiel de la République Française. Il a 56 ans.


Mais sa santé devient précaire. En 1880, les journaux financiers relaient l’information suivante :


« Nous apprenons que Mr Hurlier, sous-directeur du Comptoir d’Escompte de Paris, obligé par les soins que réclament sa santé de quitter le service actif, a été nommé sous-directeur honoraire. »


Source : Le Temps - 12 mars 1880


Le journal  « Le Capitaliste, Journal de la banque Parisienne », du  17 mars 1880 reprend exactement le même article. Il est remplacé par Mr Denfert-Rochereau, précédemment Secrétaire Général du Comptoir.


En 1881, âgé de 61 ans, il quitte définitivement ses fonctions :

 

« Mr Hurlier, sous-directeur, s’est vu obligé de se démettre de ses fonctions pour raison de santé. Nos sympathies l’ont suivi dans sa retraite, où le titre de sous-directeur honoraire lui a été accordé, en récompense de ses services »


Source : Le tintamarre, hebdomadaire satirique et financier – 6 mars 1881


Il décédera en 1882 et sera inhumé au cimetière d’Echenay, preuve qu’il n’a jamais oublié ses origines Epincelloises. Ses parents ont-ils vu son ascension ? Je n’ai pas pris la peine de chercher !


 

Voici comment une simple visite de cimetière amène à découvrir comment un fils de cordonnier d’Echenay devient un « cador » de la finance française. Son monument funéraire, majestueux, est actuellement déclaré abandonné. Il serait dommage qu’il disparaisse !...

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