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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

GUERRE DE 1870 A ECHENAY

15 Janvier 2012 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Guerre 1870

 

pr1870

Le 19 juillet 1870, la guerre avait été déclarée par l'empereur Napoléon III à la Prusse. L'armée française comptait deux cent vingt mille hommes, répartis en corps isolés, les uns au-delà des Vosges, dans le département du Bas-Rhin, en Alsace, les autres, dans le bassin de la Moselle et de son affluent la Sarre.

Réunie en une seule masse, elle n'aurait pu lutter avantageusement contre les six cent mille hommes dont disposaient les Prussiens au commencement de la campagne, dispersée sa ruine était certaine.

Le combat de Wissembourg , et la bataille de Reischoffen rejetèrent au-delà des Vosges, après une résistance héroïque, l'armée du maréchal de Mac-Mahon.

Le général Frossard, vaincu à Forbach, fut repoussé sur Metz. L'Alsace et la Lorraine étaient occupées par les Prussiens, Strasbourg et sa petite garnison bloqués.

Les Allemands arrivaient sur Metz, où se-trouvait l'armée du maréchal Bazaine; celui-ci leur livrait (14 août) successivement les trois sanglantes batailles de Borny, de Mars-le-Tour et de Saint-Privat, à la suite desquelles il était refoulé sous les murs de Metz.

Le maréchal Mac-Mahon gagna le camp de Châlons; sa cavalerie suivit la route de Neufchâteau et Liffol-le-Grand à Joinville, son infanterie prit le chemin de fer de Neufchâteau à Bologne et descendit sur Joinville, Saint-Dizier, Châlons. Le corps d'armée du général de Failly suivit la route de Neufchâteau à Chaumont, puis gagna Châlons par la voie ferrée.

L'armée française, dans sa fuite, traversait notre département, elle attirait l'ennemi après elle. En présence des dangers imminents, on avait levé la garde mobile, comprenant les célibataires de vingt à trente ans, plus tard, on leva les célibataires de trente à quarante ans ; on les envoya à la place de Langres où l’on n'avait pas d'armes à leur donner. Aux fusils à tir rapide des Prussiens, on n'eut à opposer que les anciens fusils de munition, et des fusils à tabatière (fusils de munition transformés, se chargeant par la culasse), le dépôt du 50e de ligne était seul armé de chassepots.

La nouvelle de nos désastres n'avait point terrifié les esprits, elle les avait au contraire animés d'une patriotique colère; de tous côtés on demandait des armes, on voulait marcher en masse, armer toutes les Gardes nationales, se former en corps de francs-tireurs, illusions profondes et qui ont trop duré. Un rassemblement d'hommes même bien armés, mais ignorant du métier des armes, sans discipline, ne tiendra jamais contre un petit nombre de soldats aguerris et conduits par des officiers capables.

Cependant les 200 mille hommes du prince royal de Prusse, poursuivaient Mac-Mahon par Poissons et Joinville, par Chevillon et Wassy, par Saint-Dizier et Perthes, pour entrer ensuite dans les départements de l'Aube et de la Marne. Mac-Mahon, envoyé pour renforcer Bazaine à Metz et arrêté par des ordres contradictoires, se retira sur Sedan. Blessé grièvement

au commencement de la bataille, il dut céder son commandement après une lutte meurtrière. 80 mille français acculés dans Sedan durent mettre bas les armes. La République fut proclamée le 4 septembre.

Napoléon III  était prisonnier.

Les cœurs ne furent point abattus dans notre département ; il fallait tout improviser : armes et habillements, on pourvut à tout avec une activité infatigable; nos troupes improvisées furent organisées en bataillons, sous les ordres du général Colin. On comptait sur la résistance de Metz, Bazaine se rendit avec toute son armée (novembre 1870).

 

N'ayant plus à craindre l'armée du Rhin, les Prussiens restés maîtres de Saint-Dizier, remontèrent la vallée de la Marne. Nos mobiles et mobilisés, sans artillerie, les attendirent à Provenchères, près de Joinville ; ils durent reculer sur Chaumont, qu'on évacua pour se retirer sur Langres. Nous étions la proie de l'ennemi.

Alors commença la période de l'occupation et des réquisitions: il fallut nourrir l'armée ennemie, l'habiller, la chausser, et lui payer des impôts. Munis de cartes de l'état-major, bien renseignés sur les ressources de chaque commune, les Prussiens nous épuisaient savamment, systématiquement; ils fusillaient les habitants coupables de résistance armée, arrêtaient ceux qu'ils soupçonnaient d'hostilité, se présentaient dans un village et réclamaient une quantité

indéfinie de pain, d'avoine, de foin, avec cette formule répétée : «  tout de suite, tout de suite… », et la menace de mettre le feu si on ne faisait pas droit à leurs exigences.

 

Source : LECTURES SUR LE DEPARTEMENT DE LA HAUTE MARNE

                               Langres – Jules Dasset Editeur - 1877

 

Comme on le voit, le département subit de plein fouet la défaite et voit déferler l’ennemi.

Mais quand est-il précisément à Echenay ?

 

Voici la narration qu’en fait Pimodan dans son livre « Simples Souvenirs ». Précis, lucide sur la situation, ce récit n’est pas sans rappeler, par ses similitudes, les réactions des populations engendrées par les conflits qui suivront et que Pimodan ne pouvait pas prévoir :

Enthousiasme devant une victoire qui ne peut nous échapper, puis inquiétude, peur et exode !

Tristes répétitions de l’histoire !

 

Mais, laissons-lui la parole :

 

« Vers le commencement d'août 1870, les vacances nous ramenèrent à Échenay.

 

Les trains marchaient mal et des soldats en partance s'aggloméraient aux grandes gares. Quant à l'enthousiasme, il montait vers les nues dans l'air retentissant des cris : « À Berlin »

 

Le très petit avantage de Sarrebruck causait une joie débordante, à peine tempérée par l'échec de Wissembourg. Cet insuccès semblait la conséquence d'une simple maldonne, et, d'ailleurs, l'héroïsme des turcos faisait oublier la bataille perdue.

 

Bientôt cependant les nouvelles deviennent mauvaises, l'inquiétude commence de gagner.

 

Des bruits de canonnade passent dans l'air, et, quand la nuit tombe, les enfants se hâtent par crainte de voir apparaître un uhlan au coin du bois.

Sans douter de la victoire finale, on prévoit des temps difficiles, on écoute avec un intérêt anxieux les vieillards qui parlent des alliés. Les campagnes de 1814 et de 1815 avaient fait cruelle époque en Champagne. De même que nous disons encore : « Avant, ou bien, après la guerre, » on disait alors : « Avant, ou bien, après les alliés. » Mille histoires flottaient sur leur compte parmi les souvenirs populaires. Dans tous les villages, on montrait les chemins qu'ils avaient suivis, la forêt où les habitants avaient dissimulé leurs bestiaux, les caches, trop souvent vaines, utilisées par chacun.

 

Presque chaque jour nous allions chercher des nouvelles à la gare de Joinville-sur-Marne, et je me souviens d'y avoir vu le maréchal de Mac-Mahon pendant l'arrêt d'un train. Ma mère lui demanda si, malgré la tournure des événements, elle pouvait rester à Échenay sans danger.

 

- Mais oui, répliqua le maréchal. Le pays est évacué par nos troupes. Les Allemands y arriveront sans résistance. Vous n'avez aucune bataille à craindre et pourrez demeurer ou partir comme il vous plaira.

 

Le maréchal affectait une grande confiance et conservait une parfaite sérénité. Par contre, ses officiers semblaient fatigués et inquiets. Quant aux soldats encombrant la gare, ils étaient éreintés, rendus, et prenaient avec joie les boissons ou les vivres que les gens de Joinville leur passaient au-dessus des barrières de la voie. N'ayant rien d'autre, j'offris à de braves fantassins quelques pièces de monnaie qu'ils ne refusèrent pas, mais un officier me dit aussitôt :

 

— Vous vous trompez, mon petit ami; il ne faut pas donner d'argent aux soldats.

 

Ma mère revint à Échenay, car elle ne voulait pas encore quitter le pays dans la crainte d'augmenter l'inquiétude des paysans, toujours en travail des plus singulières imaginations.

 

Quelques jours plus tard, vers le 20 août, je crois, un domestique, envoyé aux nouvelles sur la route de Bar-le-Duc, reconnut sûrement l'approche des ennemis.

 

A toute éventualité, nous partîmes pour Joinville.

 

Notre voiture se remisa chez Mme Agnan, à l'entrée même de la ville, tandis que nous allions demander asile aux Dames Annonciades, dont le couvent se trouvait tout à l'autre extrémité, sur la route de Chaumont.

 

Le lendemain arrivèrent des cavaliers prussiens. Je me souviens de les avoir vus arrêtés dans un vaste carrefour, près de la statue de « Jean sire », comme disent familièrement les Joinvillois en parlant de leur plus illustre seigneur. Les cavaliers ennemis riaient aux gamins comme des soldats en manœuvre, et cherchaient à les amadouer.

 

Le service des trains étant interrompu, nous filâmes en voiture sur Chaumont, d'où ma mère comptait aller dans l'Aveyron chez mon oncle de Balzac.

 

Ah! quel voyage I

 

D'abord que nous prenons la grande route : voici quelques soldats français et un officier qui s'acheminent vers Joinville. Nous les prévenons de l'arrivée des Prussiens. Ils ne veulent rien entendre et l'officier répond en riant :

 

— Des Prussiens? Ah! oui donc, on en voit partout!

 

A Chaumont, désordre affreux. Un train est formé, prêt à partir vers le sud; mais nul ne sait à quelle heure, car de nouveaux wagons s'y accrochent constamment. Nous montons et, sur les neuf heures du soir, il finit par démarrer. Marche lente, stoppages fréquents et inexpliqués.

 

Entre minuit et une heure, grand arrêt à Chalindrey. Notre train poursuit vers Vesoul, et il faut attendre une correspondance pour Gray.

 

Nous prenons place dans la salle d'attente bondée. Il ne reste plus que deux chaises. L'une échoit à ma mère; l'autre à un très vieux monsieur qui souffre d'une fluxion énorme, crache et geignote lamentablement parmi ses ouates et ses mentonnières. Mon frère et moi dormons par terre, côte à côte avec des soldats.

 

Au jour enfin, départ pour Gray. J'ai revu bien des fois cette charmante petite ville, où s'écoulèrent, calmes et heureuses, mes premières années de garnison, mais elle ne me parut jamais plus riante que par ce beau matin d'août. Nous avons quitté la veille Joinville envahie par les Prussiens, et cependant les Graylois nous parlent de la guerre comme d'une chose distante, comme d'un orage qu'on aperçoit de la montagne fondre sur la vallée.

Les premières rencontres ont été défavorables, ils veulent bien en convenir, mais ce n'est qu'une épreuve dont l'amertume rendra plus vive la joie des futures victoires. Les Français n'ont-ils pas été toujours victorieux? N'est-ce point dans leur nature? D'ailleurs, les Prussiens ne sauraient venir à Gray. Comment pourraient-ils dépasser Langres, Belfort ou Besançon?

 

Notre voyage se poursuivit par Dijon, Clermont-Ferrand et Villefranche-d'Aveyron. Il fut lent, ennuyeux, gêné par le manque d'effets, mais sans incidents notables.

 

Pendant ce temps, les Prussiens étaient arrivés à Échenay. Les gens du pays demeurent convaincus qu'ils virent parmi eux le prince Frédéric-Charles, un de ses neveux ou cousins de religion catholique, et deux princes de Mecklembourg.

D'après les itinéraires de l'armée allemande, cela semble tout à fait improbable, au moins pour le prince Frédéric-Charles que, d'ailleurs, l'effroi des paysans voyait partout comme certains héros légendaires. Je pense aussi que les princes de Mecklembourg se réduisaient à deux officiers mecklembourgeois ou bien appartenant à un régiment titré à la mode allemande : « a Prince de Mecklembourg. »

Mais ma grand'mère de Couronnel possédait l'image de la princesse Christian de Mecklembourg, représentée dans tout l'éclat d'une parure imposante, avec coiffure échafaudée, rouge aux joues, fleurs, falbalas, fanfreluches ornant sa robe et son corsage. Le cadre était si vaste que l'escalier seul avait pu lui prêter l'asile d'un immense panneau rectangulaire. Nul dans la maison n'ignorait la belle dame qui présidait au changement d'étages, et son nom joint à de brillants uniformes devait faire éclore chez les domestiques des idées princières accentuées.

 

Quoi qu'il en soit, les gens d'Échenay virent à ce premier passage un général et des officiers qui ne rappelaient en rien les mangeurs de chandelle de 1814, et dont la grande allure les frappa. »

 

Source : Simples souvenirs – Ms de Pimodan

 

 

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