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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

FORTEPICE OU LES ECORCHEURS A ECHENAY -SUITE 1

15 Novembre 2011 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Histoire

Nous avons vu comment le château d’Echenay fut pris par Fortepice. Dinteville commence alors une longue procédure auprès du Comte de Vaudemont, faisant même appel au Roi duquel il obtient un commandement pour se faire restituer sa maison et ses biens.

Nous sommes maintenant en Juillet 1438 et Fortepice occupe le château depuis 2 mois déjà :

 

Je Aymé de Coiffy, prevost de Chaumont en Bassigny, certiffie à tous que le quinziesme jour

du mois dejuillet l'an mil quatre cens trante huit Je, en la compaignie de honnorable homme et saige maistre Henry de Nully, lieutenant de Monsieur le bailly de Chaumont, fus en la ville de Joinville sur Marne, au quel lieu estoit Monseigneur le Conte de Vaudemont; et à sa personne ce traist le dit maistre Henry et moy aussi, et lequel maistre Henry tenoit ung mandement du Roy nostre sire contenant la prinse et amblée de la maison des Chasnelz, appartenant à noble seigneur Messire Jehan de Dinteville, laquelle avoit naguères esté prinse et emblée par Jaques de Pailly, dit Fortespice, avec le corps d'icelluy seigner et tous ses biens et les biens de ses hommes. Et lequel mandement icelluy lieutenant leust demot ay mot devant mondit seigneur le conte.

Et après ce que, il ly ont requis obéissance pour exécuter le dit mandement. Icelluy lieutenant, souffisant informez du contenu ou dit mandement, fit exprès commandement de par le Roy nostre dit seigneur, et à painne de cinq cens mars d'or à appliquer à icelluy seigneur, au dit Monseigneur le conte, pour ce que il le treuva couppable de la prinse de la dite maison des diz Chasnelz et du corps et biens d'icelluy seigneur des Chasnelz et des biens de ses diz hommes, qui rendit et fit rendre au dit seigneur des Chasnelz sa dicte maison et son corps mectre à plainne délivrance, avec tous ses diz biens et les biens de ses diz hommes. Après lequel commandement le dit conte de Vaudemont respondit et fit responce par sa bouche au dit lieutenant que  il vouloit aller auprès devant Joinville parler au dit seigneur des Chasnelz pour voir sy l'on pourrait trouvé aucun bon appoinctement en ce fait, et dit à icelluy lieutenant et à moi prévost que aleissiens avec luy eschamps.Et ainsi le fismes.

Et se trouveirent ensemble mondit seigneur le conte, le dit seigneur des Chasnelzes

Présences de noble seigneur Messire Erard du Chastellet, le seigneur de Dongieulx, le seigneur de Clémont, Phelebert de Sarnay, le dit lieutenant, moy et autres. Et tant oist après

la dite assemblée le dit seigneur des Chasnelz ce traist par devers mondit seigneur le conte,

auquel il dit et exposa les choses qui sen suivent:

Et premiers. «Monseigneur, vous savez assez comment Fortespice, vostre servent et

soudoyer, et ses compaignons, ses gens et servans et les vostres, partans de vostre compaignie

et de vostre ville de Vezelisses cy m'ont prins mon corps et desrobée par amblée ma

maison des Chasnelz, tous mes biens et les biens de mes hommes et ceulx de mes amis du

pays. Et tout evoye de vous, ne du dit Fortespice ne de ses gens je ne me doubté en riens,

pour ce que bonne pais entre le Roy nostre sire et Monseigneur le duc de Bourgoingne, par

laquelle chascun devoit estre en bonne seurtey; aussi que suis vostre payant cy prouchain

comme en tiers de grey vostre compère, qui a levé vostre enfent aux sains fons de baptesme,

et que tout le temps de mavye je vous a (sic)aimez, honoré et servy en la court du Roy

nostre sire, celle de Monseigneur le duc de Bourgoingne, et estoye en vostre compaignie à

plusieurs journées que avez heues contre les pais de Baroiz et Lorenne, et fais tous les

plaisirs et servises que onques puis faire; et que tout le temps de ma vye ma dite maison

des Chasnelz vous a estey doucement et amyablement, jour et nuyt et à toute puissance

ouverte, pour d'icelle et des biens estans en icelle faire tout à vostre bon plaisir et le plaisir

de maDame vostre femme, et jour et nuyt il (sic) estes entrés fort et flesne, comme

naguères vous en vostre personneil (sic)est esheuzà l'heure de meynuit et ma dite Dame

aussi, dont avoye grant joye et me sembloit que me monstreriens une grant amour. Et

environ dix ou douze jours avant la prinse de madite plaise (sic),ma dite Dame passa par

ma ville des Chasnelz, acompaigniée du dit Fortespice qui la conduisoit; et ce dit jour se

loigale dit Fortespice en madite ville, luy et toutes ses gens, où ils me firent très grant

dommaige et le beu de mon vin, manger de mon pain et dit à mes gens que il estoit en

mon commandement, et que j'estoye le chevalier du monde pour qui il feroit plus et à qui

il estoit plus tenuz. Et nonobstant les choses dessus dites, ledit Fortespice par vostre ayde,

confort et puissance m'a prinse et desrobée ma maisonet fait les choses dessus dites ».

 

Prya au dit Monseigneur le conte que sa dite maison lui fit rendre, ses biens et les [biens] de ses hommes, et faire mectre à délivre son corps comme tenu il estoit.

A quoy mondit seigneur le conte confessa le parente cy dessus dit, le compairraige, et que

Fortespice estoit son servant et soudoyer, partis de sa ville de Vezelisses, et qu'il luy avoit

Baillié les eschielles et une nacelle, dont il avoit prinse la dite maison des Chasnelz.

Et aussi confessa que Ferry, son filz et son chappellain advoient (sic) baillée certain grant

nombre des poudres au dit Fortespice, avec trois voitures de sel, et le tout envoyé aux

Chasnelz, ensemble vins et autres vivres; et auxi que une partye des biens d'icelluy seigneur

estoient en sa ville de Joinville et en sa conté de Vaudemont, et estoient plus seurs que

aillieurs; et que ung paige avoit vendue une des robes du dit seigneur dix frans, et estoit

de velours fourrée de martres.

 

Et lors le dit seigneur des Chasnelz dit au dit conte :

« Monseigneur, vous véez bien que tout ce fait m'est advenu par vous et par vos gens,»

et ly prya que il voulus ten ce mectre tel remède que s'ens peust louer en tous hostes de

seigneurs.

A quoy le dit conte ly respondit qu'il en feroit son devoir, et demanda au dit seigneur

Des Chasnelz ce il seroit bien comptant ce il ly faisoit rendre sa maison et son artillerie.

 

Et le dit seigneur luy respondit que nenny, et que riens n'avoit meffait par quoy il

dust perdre ses meubles.

Et respondit le dit Monseigneur le conte que il en feroit tout son devoir et que souffiroit

à raison. Et dit encorre que par plusieurs fois il avoit demander au dit Fortespice ce il avoit

point de cause contre le dit seigneur, lequel ly  avoit respondu que non.

 

Et après ce fait le dit maistre Henry fit derechiefz les commandemens au dit Monseigneur

le conte qu'il meist le corps d'icellui seigneur et feist mectre à plainne délivrance,

et ly fust rendue sa dite maison et ses biens, sus les painnes de cinq cens mars d'or.

A quoi le dit Monseigneur le conte respondit que ce garderait de meffaire et que il yroit

le landemain devers le dit Fortespice et qui menroit Messire Erard et Messire de Dongieulx

et moy prévost.

Et ce dit landemain je fus en la compaignie du dit Monseigneur le conte et des diz seigneurs devant la maison desdiz Chanelz, ou trouvesmes le dit Fortespice qui longuement

perla(sic)en conseil au dit Monseigneur le conte, et depuis tous ensemble; et fit responce

le dit Monseigneur le conte aux diz seigneurs que le dit seigneur des Chanelz ne raueroit

point sa maison ce Fortespice ne la tenoit jusques à Pasques et qui n'eust trois mille escuz

d'or. * Et pour ce que moy prevost vis bien que c'estoit tout néant, je requis de par le Roy,

nostre dit sire, à mondit seigneur le conte qui feust avec moi affaire (sic) les commandemens dessus diz, et telz que fais estoient à ly, au dit Fortespice. Lequel me respondit

que je romperoye mon sauconduit, et n'y voult point estre, mais par son moyen le dit Fortespice s'ens allas, et par ce moyen ne pous faire mon exploiz; et pour ce que le dit seigneur des Chanez vit bien que tout venoit de Monseigneur le conte, délaissa la chose en tel estat.

 

* Camuzat a mis cette note, en manchette «Fortespice teint la maison des chenez l'espace de10 ans et tira 1500 escus de rançon de J de Dinteville et depuis lesdit Jean et Fortespice s'entretuèrent dans les fosses de Chabliz».Cette dernière indication paraît erronée.

 

Et ce je certiffie comme dessus, soubz mon seing manuel cy mis, le XVIe jour du mois

de juillet dessus dit. Ainsi signé : A. de Goiffy(l).

 

Source : Titres de la maison de Rarecourt de la Vallée de Pimodan par Alphonse Roserot

                Paris – Librairie Plon - 1903

 

Comme on le voit, Dinteville essaye dans un premier temps de prendre le Comte de Vaudémont par les sentiments, lui rappelant leurs liens. Il passe ensuite à la menace en faisant lire par le Prévôt le commandement du Roi le sommant de rendre le château et les biens.

De son coté, le Comte de Vaudémont fait bonne figure, disant qu’il va intervenir auprès de Fortepice pour solutionner la question. Nous verrons dans l’article suivant que les choses vont trainer.   

 

 

 

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