Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

ECHENAY, VILLAGE-RUE

4 Décembre 2014 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Reperes Geographiques

LAVOIR1.jpg

 

Il m’a semblé intéressant de me pencher sur l’habitat d’Echenay. Bien que situé en Champagne, celui-ci s’apparente plutôt à l’habitat Lorrain. Mais la Lorraine n’est qu’à une lieue de là.

Historiquement, le village s’est formé  de trois hameaux, La Cannée, Baillancourt et Epincelay. Les aléas du temps, guerres et autres calamités, ont forcé les habitants à se regrouper plus près du château sans toutefois y être accolés. La géographie de l’époque explique cela. Le château est alors entouré d’étangs et de zones marécageuses qui empêchèrent de se coller à lui.

Le village se forme donc un peu plus loin sous la forme d’un village-rue, si commun en Lorraine. Il se développe principalement tout au long du chemin N°51 qui trace sa route en Haute-Marne de Germay à Paroy, longeant nonchalamment la rivière de Saulx.

Ce sont les Allemands Meitzen et Helbock qui, dans leur « Siedlungsgeographie » (géographie des peuplements), étudièrent les types de villages. Sous leur plume, Echenay devient un « Strassendorf », ou village-rue !

 

plan-echenay.JPG

 

Le village-rue se caractérise par des maisons accolées, divisées en un, deux ou trois rains perpendiculaires à la façade et à la  rue, suivant la fortune du propriétaire.

Chaque rain est dédié à un usage :

- un pour l’habitation (le seul pour les manouvriers).

- un pour les récoltes

- un pour les bêtes

- et parfois, plus tard et pour les plus riches, un pour les vaches (étable) quand l’élevage deviendra plus courant.

Cette disposition est déjà attestée au XVIeme siècle.

Les maisons sont prolongées sur la rue par l’usoir avec son tas de fumier. Evidemment, la rue n’est qu’un chemin de terre empierré qui se transforme en bourbier les jours de pluie après le passage répété des charrois.

Derrière, la maison dispose souvent d’un petit jardin, très visible sur le plan. C’est le royaume des légumes, les volailles étant elles libres de batifoler à leur aise sur les tas de fumiers ou les tas de bois de chauffage de la rue.

Les plus chanceux y ont un puit (dans le jardin), la zone phréatique n’étant qu’à un ou deux mètres sous la surface du sol. Dans ces conditions, inutile de dire que les caves sont pratiquement inexistantes au village !

 

En ce qui concerne la maçonnerie, nos aieux faisaient preuve d’un grand savoir-faire.

Les maisons ne disposent que de fondations peu profondes par rapport à leurs dimensions. Je l’ai dit, l’eau n’est pas loin et il fallait éviter à tout prix les remontées capillaires dans la pierre calcaire. Il n’y en a presque jamais et les maisons multi-centenaires ne bougent pas, assises qu’elles sont sur l’argile !...

 

Les murs de 60 / 70 centimètres d’épaisseur sont conçus comme suit :

 

MUR-DE-PIERRE-copie-1.png

 

Le mortier de tout-venant intérieur, outre l’économie de pierres, constitue un bon isolant. Et les pierres saillantes des facades qui interpellent souvent le curieux d’aujourd’hui (Tiens, ils l’ont pas taillée celle-là !...) évitaient l’écartement des deux murs qui compose le mur d’ensemble. (CQFD)

La maison est recouverte d’une charpente à bois long (en chêne)  formée de grands poteaux appelés « hommes-debout », allant du sol, où ils reposent sur une pierre plate, jusqu’à la poutre maitresse de toiture.

Comme en Lorraine, les toitures sont de faible pente, parfois encore recouvertes de tuiles creuses qui firent leur apparition vers le XVIe siècle.

 Mais entrons dans la maison !

 

La partie habitation se compose le plus souvent de deux pièces.

La pièce à vivre donne sur la rue. De dimensions respectables, elle possède au fond sa cheminée monumentale taillée dans la pierre du pays. Le mur sur lequel elle s’appuie est évidé en partie basse derrière la taque (plaque de fonte)  pour laisser la chaleur se diffuser dans la chambre qui donne sur le jardin.

Dans un coin de la cuisine donnant sur la rue se trouve la pierre à eau où la ménagère lave ses légumes et fait sa vaiselle. Naturellement, les eaux usées rejoignent la rue où elles se mélent au purin qui s’écoule du tas de fumier. Sabots obligatoires !...

Parfois, la pierre à eau est surmontée d’un œil de bœuf en pierre taillée qui fait aujourd’hui le bonheur des marchands de matériaux anciens comme la cheminée d’ailleurs. Cette source de lumière n’est pas négligeable, les ouvertures étant comptées.

La chambre quant à elle ne dispose que du placard double au dos de la cheminée. Ouvertes, les portes basses laissent pénétrer la chaleur de l’âtre tandis que la partie haute permet de conserver « au tiède » les biens les plus précieux. Les portes sont parfois joliment décorées, le savoir-faire Vosgien (Liffol n’est pas très loin) ayant fait école.

plan-maison-echenay.png

 

Rajoutons qu’à l’origine, les maisons ne disposent pas d’étage. Ceux-ci feront leur apparition au XIXe siècle, et encore, seulement chez les notables.

Et terminons en disant que seules les maisons de maîtres sont entiérement en pierres de taille. On y trouve souvent la marque du tailleur. Enfin, il est courant qu’une année apparaisse sur un linteau de porte par exemple, nous permettant de dater à peu près la construction. Mais attention néanmoins aux réutilisations fréquentes !

 

Ce tour virtuel du propriètaire étant terminé, venez donc maintenant flaner dans nos villages du Haut-Pays Haut-Marnais !...

PS : Les routes sont maintenant goudronnées !...

 

Sources :

Plan – AD52

Schémas de construction persos

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article