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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

ECHENAY EN 1876 - CULTURE ET ELEVAGE - statistiques

5 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Agriculture

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Echenay a toujours été un village agricole. Certes, il y a bien eu un fourneau, une tuilerie, mais ces activités sont restées marginales. Seule la terre a fait vivre la population.

D’ailleurs, a combien de personnes se montait telle ? Le tableau qui suit nous en apprend plus :

 

1780 - 1785 – 1804-  1806-  1808 -  1833  - 1836  -  1839 -  1842 -  1846  -  1851  - 1856  - 1861 -  1866  - 1872  - 1876  Nbre de feux

______________________________________________________________________________________________

   ?        179       256     263     266       241      241       242     231        247       253      258      259       241    206        204          68

 

On notera que l’épidémie de choléra de 1854 n’a, à priori, pas eu d’incidence sur la population mais que la guerre de 1870 marque un déclin significatif.  68 feux font approximativement 3 personnes par foyer (chiffre à pondérer par les veufs (ou veuves)). Par ailleurs, le village a perdu environ la moitié de ses habitants en 150 ans (environ 101 actuellement).

De toutes les forces vives qui concourent à la production du sol, l'homme étant sans contredit celle qui intéresse le plus vivement l'agriculture, il convient de jeter un coup d'œil sur notre population agricole.

Les habitants sont laborieux, de mœurs douces et régulières, et se vouent presque tous aux travaux des champs. Un petit nombre se livrent aux travaux industriels. La culture des champs est leur principale occupation. Quand les intempéries interrompent pour quelque temps le travail agricole, ou quand celui-ci laisse quelques loisirs aux cultivateurs, le charroi offre à ces derniers la ressource du transport du minerai, des fontes et du charbon. Alors l'industrie et l'agriculture se rendent de mutuels services.

COMMENT SE COMPOSE LA POPULATION ACTIVE DU VILLAGE ?

En 1876, on relève à Echenay :

- 12 cultivateurs propriétaires (c’est-à-dire « les gros » cultivateurs)

- 2 cultivateurs « fermiers » : (Voici les principales clauses stipulées dans les baux :

1° Les preneurs sont tenus d'habiter eux-mêmes, avec leur famille et leurs domestiques, la ferme qui leur est louée et qu'ils doivent garnir de meubles, d'effets mobiliers, de chevaux, de bestiaux et d'attirails de labour en quantité et en valeur suffisantes pour répondre du prix du fermage.

2° Ils doivent entretenir les bâtiments et les rendre à la fin du bail en bon état de réparations locatives.

3° Ils sont tenus de souffrir les grosses réparations et les constructions qui deviendraient nécessaires aux bâtiments de la ferme, et faire de plus gratuitement le transport des matériaux.

4° Ils s'engagent à bien labourer, cultiver, fumer et ensemencer les terres suivant l'ordre des soles et aux temps convenables, sans pouvoir dessaisonner ni dessoler lesdites terres, afin qu'elles ne s'épuisent pas et qu'elles soient rendues en bon état, à la fin du bail, avec un tiers en jachères.

5° Le fermier ne peut créer qu'une étendue limitée de prairies artificielles. Cette clause n'a pas sa raison d'être, car si l'on songe à la petite quantité de bétail élevé dans le canton, on est bientôt convaincu que les prairies artificielles manquent, et c'est le cas de se rappeler le proverbe.

« Sans fumier, pas de blé. Sans bestiaux, pas de fumier. Sans fourrages, pas de bestiaux. »

6° Le fermier est tenu de convertir en fumier toutes les pailles qui proviennent des terres de la ferme, pour fumer et amender ces terres. Lors de sa sortie de ladite ferme, à la fin du bail, il y laissera toutes les pailles et les fumiers qui s'y trouveront sans pouvoir en vendre sous aucun prétexte.

7° Il doit engranger dans ses bâtiments tous les produits de la ferme.

8° Entretenir les prairies en bon état de fauche, c'est-à-dire étendre les taupinières et fumer les prés au besoin.

9" Curer et rafraîchir pendant le cours du bail les fossés, quand il en existe, pour l'écoulement des eaux et la défense des terres.

10° Entretenir, tondre et élaguer les arbres et les haies existant à la ferme ou dans ses dépendances.

11° Veiller à la conservation des bornes et à ce qu'il ne soit fait aucune anticipation sur les terres dépendant de la ferme.

12° Le bail est fait aux risques et périls du fermier, qui ne peut prétendre à aucune indemnité ni aucune diminution du prix du fermage en cas de grêle, gelée ou inondation ou toute autre cause imprévue lui faisant éprouver des pertes.

12" Le paiement a lieu à la Saint-Martin (11 novembre de chaque année), en nature ou en argent.

14° En plus, suivant les localités et l'importance des fermes, le fermier doit donner annuellement à son propriétaire, soit une voiture de fumier pour son jardin ou ses vignes, soit des poulets, soit de la paille ou du foin, etc.

Pour le paiement en nature, on entend par paire 1 double-décalitre de blé et 1 d'avoine. La paire est estimée 5 fr. A Echenay, le nombre de paire est souvent fixé à 15 / hectare ou 75 francs l’hectare en argent)

- 45 propriétaires exploitants des terres (manœuvres pour eux même, « la classe moyenne »)

- 6 manœuvres pour autrui (autrefois souvent appelé manouvrier, il n’a que ses bras et sa force de travail à monnayer)

- 1 berger communal (il est souvent logé par la commune et payé par les habitants en fonction du nombre de bêtes qu’ils lui confient) et 1 berger particulier (souvent gagé comme domestique par un gros propriétaire)

- 8 ouvriers du bâtiment (4 maçons, tailleurs de pierre, ou autres et 4 menuisiers, charpentiers ou couvreurs)

- 4 scieurs de long (ils débitent des planches dans des troncs d’arbre ; elles serviront à la fabrication de meubles, dans le bâtiment, etc…)

- 3 maréchaux-ferrants (le cheval est alors la force motrice la plus utilisée dans les travaux des champs bien qu’on le remplace parfois encore par des bœufs : il faut donc le soigner.)

- 2 charrons (il faut bien entretenir et réparer le matériel agricole car en 1876, on répertorie au village :

Pour la culture :

40 charrues ordinaires

4 bi-socs

10 houes à cheval (Instrument à traction animale utilisé pour l'entretien des cultures en ligne.)

80 herses en bois ou en fer (Instrument agricole muni de pointes rigides ou souples, que l'on traîne sur le sol pour l'ameublir après le labour ou pour enfouir des engrais, des semences ou des mauvaises herbes.)

4 herses articulées

2 scarificateurs (Instrument agricole équipé de dents pour réaliser un ameublissement grossier)

20 rouleaux

Pour les transports

20 voitures à 2 roues

30 chariots

30 tombereaux

Pour la fenaison et la moisson :

1 faucheuse

1 faneuse

1 râteleuse

1 moissonneuse

15 machines à battre fixes

4 machines à battre à bras

40 tarares (Appareil servant à nettoyer les grains après le battage, grâce à un système de
ventilation commandé manuellement ou par un moteur. (La moissonneuse-batteuse a
éliminé l'usage des tarares.)

3 trieurs

1 concasseuse

1 hache paille

5 coupe-racines)

- 1 bourrelier (Personne qui fait, vend ou répare des harnachements d'animaux de trait et divers articles de cuir (sacs, courroies).

- 2 cordonniers (eh oui ! A l’époque, on marche beaucoup et « on jette pas, on répare » !!)

Bref, on le voit, tout « tourne » autour de l’agriculture, chaque corps de métier apportant son savoir-faire aux nécessités de la culture.

 

L’HABITAT

Les maisons sont solidement construites en pierres du pays et couvertes en tuiles. Celles des cultivateurs se composent d'un corps-de-logis, d'une grange et d'une écurie ou étable, sur la rue, pour la petite et la moyenne culture. Pour les grandes exploitations, ces bâtiments entourent une cour rectangulaire, plus ou moins spacieuse, dans laquelle se trouve la place à fumier. Le corps-de-logis comprend deux compartiments : la cuisine sur le devant et une chambre derrière. Dans les nouvelles habitations il y a une troisième pièce, ou un cabinet, le tout au rez-de-chaussée. De la cuisine on communique à la grange et aux écuries. Dans le fond de la grange est installée la machine à battre, à côté de laquelle on entasse les produits de la moisson. Le grenier occupe l'étage au-dessus des chambres d'habitation, tandis que les fourrages sont déposés au-dessus des écuries et des étables, et n'en sont souvent séparés que par des claies ou des planches mal jointes, mauvaise disposition qui laisse pénétrer les émanations des étables dans les greniers au détriment du foin qui perd de ses qualités.

Les anciennes écuries sont généralement basses et resserrées ; l'air et la lumière n'y arrivent que par la porte et une ouverture souvent étroite ; avec cela elles sont privées de cuvettes pour l'écoulement du purin, de sorte que le bétail y est hygiéniquement mal placé.

Pourquoi la fosse à purin fait-elle complètement défaut, et laisse-t-on se répandre en pure perte, dans les rues et partout où il trouve un écoulement, cet engrais liquide si précieux, quand une simple rigole parlant de l'écurie ou des étables, suffirait pour le conduire près de la place à fumier dans un trou creusé à peu de frais ? Il y a évidemment là une indifférence regrettable.

Les dépendances habituelles de la maison des cultivateurs sont presque partout : la chambre à four, qui n'est pas toujours assez isolée, la hutte à porcs et le poulailler, et plus rarement le hangar destiné à abriter le bois et à remiser les instruments.

Dans beaucoup de maisons il n'y a pas d'entrée pour le bétail ; il passe par la porte commune. De la grange on pénètre à la cave de plain-pied, ou en descendant un ou deux degrés seulement. Il faut dire que la proximité de la Saulx empêche de creuser plus profond, l’eau apparaissant dans les caves dès 70/80 cms de profondeur.  A côté de cette entrée s'en trouve une seconde, au-dessus d'un escalier: c'est celle de la cuisine qui, dans moitié des logements, est la seule pièce d'habitation ; alors cette cuisine est longue et spacieuse. Quand il y a deux pièces, la seconde est placée parallèlement à la première, de façon à ce que la cheminée de celle-ci soit dans le mur de séparation : cette seconde chambre s'appelle le poêle. Puis vient le jardin sur lequel la cuisine et la chambre prennent également ouverture.

 

CULTURE ET ELEVAGE

Pour celui ou celle qui connait le paysage actuel de la commune, fait de grandes étendues cultivées, il faut imaginer un environnement bien différent. Echenay compte (en 1876) 3354 parcelles, couvrant un territoire de 944 hectares se répartissant comme suit :

 

Terres           Pres   Chennevieres   Jardins Vergers   Bois   Plantation de   Bois   Patis   Friches Bati   Divers   Non imposable      Total

labourables

  566      126        6           2      4      172          6             26      5     3     14        14         944

 

On notera la particularité suivante : Echenay, contrairement à nombre de communes voisines ou peu éloignées, n’a pas de vignes. Ceci s’explique, entre autre, par le peu de relief de la commune qui ne présente pas de pentes comme Poissons, Sailly, Noncourt, Thonnance, etc… propres à un bon ensoleillement des vignobles. Naturellement, le terroir joue aussi son rôle.

 

Par ailleurs, 19% de la superficie de la commune est couverte de forêts (178 hectares dont 104 communaux, 68 à des particuliers et 6 en plantation). En général, les forêts communales sont aménagées de 25 à 28 ans avec un quart en réserve. Ce quart est vendu au profit des caisses municipales, tandis que les trois autres sont livrés aux habitants à titre d'affouage. Les bois des particuliers sont généralement exploités à l'âge de dix-huit à vingt ans.

Les habitants des communes riches en bois vendent une partie de leur allouage aux maîtres de forges qui convertissent ce bois en charbon, en même temps que ceux des particuliers. Ce charbon est employé dans les hauts-fourneaux du canton et dans ceux de la vallée de la Marne et du Rongeant.

 

Si maintenant il n’y a plus d’éleveur à Echenay, il n’en a pas toujours été ainsi, même si la culture l’a toujours emporté sur l’élevage. 156 hectares étaient consacrés aux prairies (126 h naturels, 30 h  artificiels)

 

Un comptage en 1876 donne les chiffres suivants :

Chevaux : 68 (essentiellement pour le travail des champs)

Bovins : 120 (pour la vente et le lait)

Ovins : 900 (pour la laine, source de revenus complémentaire, et la viande. Moins exigeants que les bovins, ils « rentabilisent » les terres incultes)

Porcs : 130 (surtout pour la consommation personnelle des foyers)

Caprins : 17

Abeilles : 75 ruches (le sucre est cher et le miel, une bonne alternative !)

Basse-cour : 10 dindons, 80 oies, 150 canards, 1500 poules, 50 pigeons

 

D’une façon générale, tous ces chiffres tendent à la baisse depuis 1872, essentiellement suite à la guerre de 1870. Il a bien fallu nourrir l’occupant !

 

 

En ce qui concerne la culture, les hectares cultivés se répartissent comme suit :

 

Blé : 185

Avoine : 175

Seigle : 5

Orge : 45

Pommes de terre : 25 (essentiellement consommation des foyers)

Betterave : 4

Colza : 5

Chanvre : 0,1

 

Les rendements sont dans une bonne moyenne, parfois supérieure, comparativement à ceux du canton, de la Haute-Marne et parfois même à ceux de la France.

 

Voyons maintenant comment est écoulée cette production :

 

Les grains s'écoulent à Joinville, ils sont vendus directement les jours de marché ou achetés à la maison par l'intermédiaire des courtiers. Les blés servent à alimenter les moulins de commerce de Joinville ou des environs; les avoines sont livrées aux voituriers des usines de la Marne. Le foin et la paille sortent peu du pays.

On conduit les bêtes grasses aux boucheries de Poissons, Joinville, Gondrecourt, et Montiers-sur-Saulx. Les fromages, le beurre et les œufs sont vendus sur place aux consommateurs ou à des coquetiers. La laine est livrée aux marchands de Joinville et de la Meuse.

Poissons est la seule localité du canton où il se tienne des foires ; il y en a trois dans l'année : le 2 janvier, le 1er mai et le 3 septembre. Elles sont peu importantes. Les principales affaires sont les marchés de bestiaux; on y vend surtout des vaches, des chevaux et des porcelets.

 

Il semble que le niveau de vie dans le canton en général et à Echenay en particulier ait été relativement bon. Il y a bien sûr des disparités mais le morcellement des propriétés permet à chacun de vivre. De plus, celui-ci (le morcellement), en retardant la mécanisation, a un avantage. Le progrès (engrais, nouvelles façon de cultiver, etc…) aidant le rendement, dès le milieu du siècle, la pénurie de bras, autrefois dédiés à l’agriculture, a fait monter les salaires.

Un domestique, nourri, gagne annuellement 400 francs contre 250 pour une servante. 50 ans avant, il en gagnait 150.

Un manœuvre nourri gagne en été 2,50 fr, 4 fr si non nourri (1,25 fr pour une femme), soit le double que 50 ans avant. Pour faire une parenthèse, on voit bien que l’égalité des salaires homme/femme encore aujourd’hui discutée, n’est pas une nouveauté !

Bien que la comparaison soit difficile, en 1750, le salaire journalier du manœuvre était de 12 sols.

 

CONCLUSION

Alors… Echenay ressemble bien à l’idée qu’on s’en fait en regardant ces cartes postales du début du siècle dernier. Un village rural, avec ses tas de bois et de fumier devant les maisons de pierres. Des gens simples, travailleurs, tournés vers la terre qui les nourri et à qui ils consacrent leurs efforts, mais néanmoins sur la voie du progrès.

La guerre de 1914 viendra brouiller ce tableau, mais c’est une autre histoire…

Pour ceux de mes lecteurs qui voudraient approfondir le sujet, les recensements numérisés aux Archives départementales de Haute-Marne permettent de retrouver facilement les noms, âges, etc… des personnes évoquées.

 

Source principale : SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE L'ARRONDISSEMENT DE WASSY.

STATISTIQUE AGRICOLE DU CANTON DE POISSONS EN 1876  par  M. BRIGANT, Instituteur à  Noncourt.

 « Instruction, Travail et Intelligence. »

MÉMOIRE MIS AU CONCOURS PAR LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE L'ARRONDISSEMENT DE WASSY ET COURONNÉ LE 16 SEPTEMBRE 1877.

 

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