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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

D'ECHENAY A CHANTILLY - 1885

26 Mai 2013 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #La famille PIMODAN

jockey-club

 

 

Même un blog comme celui-ci se doit de coller à l’actualité. Alors, je vous propose de faire un petit voyage d’Echenay à Chantilly !

 

Le Prix du Jockey Club 2013 se disputera le dimanche 2 juin sur cet hippodrome. Disputé pour la première fois en 1836, le Prix du Jockey Club est une course de galop de niveau Groupe I réservée aux poulains (hongres exclus) et aux pouliches et de 3 ans. C’est l’un des événements majeurs des courses hippiques. Son allocation totale est de 1.500.000 euros. En France, c’est la course la mieux dotée après le Prix de l’Arc de Triomphe.

Napoléon a daté de Moscou, et du même jour, le décret organique du Théâtre-Français et un décret qui autorise une abbaye de bénédictines dans une petite ville de Normandie : Verneuil.

Cette activité prodigieuse et ce regard universel embrassaient tout en même temps.

Ainsi, c'est du camp de Boulogne, où l'empereur équipait une flotte et préparait son infanterie à l'invasion de l'Angleterre, qu'est daté ce décret (1805): 

ARTICLE 1'". — Il sera successivement établi des courses de chevaux dans les départements de l'empire les plus remarquables par la bonté des chevaux qu'on élève; et des prix seront accordés aux chevaux les plus vites.

 

L'ordre de Napoléon fut exécuté dès l’année suivante. Le grand prix, décerné par l'État, était alors de quatre mille francs. En 1819, Louis XVIII développa l'institution, en organisant, au Champ de Mars, des courses régulières : le premier prix royal était encore de quatre mille francs; mais, en 1821, il fut porté à six mille francs. 

Les choses, jusque-là, se passaient en famille, entre Français. Mais dans les derniers temps de la Restauration, un opulent Anglais, lord Henri Seymour, vint disputer les prix aux éleveurs français. Il gagna deux prix, en 1827; mais il fut battu, en 1828, par l’écurie du duc de Guiche, et en 1830, par les chevaux de l'élégant comte d'Orsay.

Cette intervention nouvelle de la concurrence étrangère surexcita grandement le goût des choses hippiques parmi les gentilshommes jeunes et riches de cette époque : des paris particuliers se multiplièrent, les fidèles du sport se rapprochèrent et conçurent, naturellement, l'idée de se grouper en société spéciale. 

Le Jockey-Club est donc une très vieille institution, un cénacle ou se réunit « le grand monde » ! C’est un Cercle.

 

S'il existe un fait indiscutable en un temps où tout se discute, c'est la place immense que les Cercles occupent dans la société moderne.

Être d'un Cercle, c'est, pour le Parisien, un complément obligé de son état civil; c'est, pour le provincial domicilié à Paris, un brevet de naturalisation parisienne. Selon que le Cercle est plus ou moins haut placé dans l'opinion, il sert à fixer le rang de ses membres dans la hiérarchie mondaine, mieux que le Sénat, la Chambre des députés, le Conseil d'État ou les préfectures de première classe.  

Si l'on me dit, en me montrant un monsieur en habit noir, grave et gourmé :

« Saluez ! C’est un sénateur influent de la Gauche ou du Centre gauche! », mon chapeau séditieux reste rivé sur ma tête.

Si l’on me montre un passant de fière mine et de libre allure, en veston, un stick à la main, et si l'on ajoute : « Il est du Jockey ! »,  je me sens saisi d'une émotion respectueuse.

 

C'est que, sous notre troisième République, il est plus facile à un intrigant d'obtenir le suffrage universel de dix mille imbéciles qu'à un homme médiocrement situé dans le monde de conjurer les boules noires (ndlr : voir plus loin) d'une vingtaine de gentlemen spirituels et élégants. 

Regardez, vers six heures, l'angle arrondi que forme la rue Scribe à sa rencontre avec le boulevard. Au premier étage, un long balcon de fonte ouvragée contourne l'immeuble superbe dont le rez-de-chaussée est occupé par le Grand Café. Sur la rampe, capitonnée de cuir, sont accoudés, le chapeau sur la tête, une vingtaine de curieux qui devisent, la cigarette aux lèvres, distraits par la foule variée qui grouille au-dessous d'eux, et par le va-et-vient des voitures de toute sorte qui encombrent, en cet endroit, la chaussée du boulevard. Quand le jour baisse, ils rentrent, par de larges portes fenêtres, dans les salons qui flamboient, vrais salons princiers, de dimensions et surtout d'élévation inusitées. Si nous les suivons, nous ne trouvons pas précisément un Cercle, dans le sens restreint d'une intimité quotidienne: la société est plus nombreuse ici qu'à l’Union et, par conséquent, moins étroitement liée; elle compte près de mille membres. Nous sommes donc plutôt dans une sorte de casino où l'admission, sans doute, est pesée, sévèrement discutée, mais où les rapports de chacun sont limités à ses propres amis, où l'on se coudoie sans souci du voisin, et où s'établissent des groupes distincts plutôt qu'une familiarité générale. C'est le Jockey-Club. ( ) 

On pourrait longuement s'étendre sur le délire joyeux, endiablé, qui marqua les premières années du Jockey. A Paris, au Club même, on vit un jour M. de Châteauvillard et M. Ch.Laffitte gravir l’escalier, à cheval, pénétrer dans la salle de billard, et jouer leur partie, à cheval, en présence de leurs amis qui applaudissaient cette excentricité nouvelle.

A l'époque des courses, tout le cercle se transportait, en chaises de poste, à Chantilly.Le Lion d’or et les autres auberges débordaient : les chambres particulières étaient retenues et louées fort cher. On se livrait à mille escapades durant cette semaine folle qu'occupaient deux courses et une chasse. Les habitants devaient renoncer au sommeil, car l'invasion dorée menait grand bruit tout le jour et même toute la nuit. 

Mais il serait trop réducteur de penser qu’il ne s’agissait que de riches oisifs avides de plaisir. D’ailleurs, ces frasques cessent vite. En 1885, l’auteur indique que «  notre génération n'a connu que par ouï-dire les prouesses de ce début tapageur, les excentricités folles qui ont enjolivé la naissante légende du Jockey-Club.» 

 

L’intérêt du Jockey Club, pour l’amateur d’histoire, réside plutôt dans la liste de ses membres. Il est presque impossible d’en dresser une liste exhaustive: elle ressemblerait à un armorial général de France. A l’époque où l’auteur écrit ce livre, il cite :

A la tête, M. de la Rochefoucauld, duc de Bisaccia, cinquième président du Cercle, depuis sa fondation. Il succède à lord Henri Seymour, à M. de Normandie, au prince de la Moscowa et au marquis de Biron. Le vice-président du Cercle est le marquis de Juigné qui, à la mort du marquis de Biron, a hautement décliné la présidence. Au sous-comité, M. de Maintenant, M le comte d’Eprémesnil et M. Jules Delamarre. Ils sont à la tête des multiples services que nécessite cette maison aux mille maîtres.  

 Le Jockey-Club se recrute à l'élection. Le nombre de ses membres n'est pas limité. Lors des scrutins, une boule noire annule six boules blanches.

Si vous briguez l'honneur d’y entrer, assurez-vous de bons parrains, sympathiques et répandus,ce sera chose utile assurément au succès de votre candidature. Mais l'important n'est pas d'avoir des amis, de bons amis, beaucoup d'amis: il faut surtout n'avoir point d'ennemis.

Aussi, croyez-moi, frappez à la porte, au début de la vie, avant l'âge de la notoriété, avant que vos actes et vos habitudes ne vous aient, bon gré mal gré, classé dans un parti, catégorisé dans une coterie, avant d'avoir donné prise aux attachements et aux hostilités.

D'ailleurs, à cet âge, votre jeunesse vous rendra l'échec moins sensible, s'il se produit, et moins pénibles les tentatives renouvelées. Et puis, si la forteresse se fait inexpugnable, dites-vous bien que le caprice du scrutin n'a jamais amoindri ses victimes ; que vous en trouvez, dans le fossé, de bien illustres; et que certaines exclusions ont été plus regrettables au point de vue du cercle qu'au point de vue des exclus.

Les opérations électorales ont lieu dans la longue galerie qui suit l'antichambre et conduit au billard. Elle est pleine ces jours-là, et tous attendent le résultat avec anxiété. 

C’est ainsi que fut élu le marquis de Pimodan que l’auteur place dans « l'escadron brillant de la jeunesse dorée ». Je cite :

Le marquis de Pimodan : son illustre père, le général, quitta le service de l'Autriche pour la défense du Saint-Siège, et fut tué, à Castelfidardo, en 1860; en l'apprenant, l'héroïque marquise se pencha sur les deux berceaux qui l'entouraient : « N'est-ce pas, dit-elle fièrement à ses fils, que, vous aussi, vous serez des soldats? » Le marquis et le comte de Pimodan, tous les deux créés par le Saint-Siège, ducs de Castelfidardo, ont rempli le devoir de leur grand nom. 

Ainsi se termine le voyage à Chantilly. Je doute qu’un des chevaux élevés dans les prairies d’Echenay ai jamais participé à une telle course. Du moins, un Epinceloi y était !

Source : AU CERCLE par LÉON DE LA BRIÈRE avec une préface de   A. DE PONTMARTIN –PARIS - CALMANN LEVY - 1885

 

 

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