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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

Ce blog retrace la petite et la grande histoire d'Echenay Haute-Marne sous forme de petits articles, au fil de mes recherches et découvertes généalogiques.

RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

Publié le 9 Mars 2020 par Petite et Grande Histoire d'Echenay in Ceux d'Echenay...

RAYMOND AUPROUX, AGENT DE RENSEIGNEMENT MILITAIRE - ECHENAY 1886 / PARIS 1959

En ce lundi 7 mars 1904, Fernand Claude Raymond Gabriel AUPROUX pousse la porte de la mairie de Poissons (52). Sa décision est prise, il va s’engager dans l’armée. Il ne le sait pas encore, mais il vient de faire le premier pas d’une carrière militaire atypique par les postes occupés.

Né le 14 janvier 1886 à Echenay (52), il est le fils du clerc de notaire Eugène Lucien Auproux et de Marie Louise Augustine Prudent. Peu après sa naissance, ses parents déménageront à Sailly (52) où son père travaille à l’étude de Maître Blondel, le notaire local. C’est donc là qu’il grandira. Ainé de la famille, il sera suivi de Louise Elise Lucie, Emile André, Suzanne Jeanne, Paul Barthélémy Gabriel et Yvonne Blanche, ses frères et sœurs.

Sa fiche de recrutement cantonal nous indique simplement qu’il mesure 1,68 m, blond aux yeux bleus et qu’il est vélocipédiste.

Forte de cette nouvelle recrue engagée pour 4 ans, l’armée le dirige sur le 144eme RI en garnison à Bordeaux où il devient immédiatement soldat de 2eme classe. Il faut bien commencer par le bas ! Hélas, il tombe malade quelques semaines plus tard et est réformé N°2 dès le 23 août 1904 pour pleurésie tuberculeuse. La fin d’un rêve ?... Non !

Le 8 octobre 1907, il est dirigé vers le 160eme RI où sont passés tant de gars du canton de Poissons avant lui. Passé caporal le 1er avril 1908, il devient sergent dès le 26 septembre et se rengage pour 2 ans dès le 14 janvier 1909. Promu sergent fourrier le 2 mai 1909, il se réengage pour un an le 11 mars 1911 puis encore pour un an le 12 janvier 1912.

Raymond a pris goût à cette vie militaire et il pose sa candidature la même année à l’Ecole Militaire d’Administration où il est admis et arrive le 1er octobre 1912. Il y est promu « Officier d’administration » de 3eme classe des services d’Etat Major et du recrutement le 23 septembre 1913 et est affecté provisoirement à la disposition du Gouvernement Militaire de Paris. Par décision ministérielle, il est affecté au bureau de recrutement de Saint Quentin et devient « Officier d’Administration » de 2eme classe le 1er octobre 1915.

Exerce-t-il sur Saint Quentin et a-t-il été muté plus tard ? Toujours est-il qu’il se trouve en garnison à Quimper (29) quand le journal Ouest-Eclair du 28 avril 1916 fait paraitre la publication du mariage de notre epinceloi avec Melle Marie GEORGE domiciliée à Chalon (51). Le mariage sera célébré à Chalon le 8 mai 1916.

Il sera ensuite affecté à l’Etat Major de la 2eme division d’infanterie le 29 juillet 1916 puis à l’Etat Major de la 10eme armée le 24 décembre 1918.

Nos troupes avançant vers l’Allemagne, il est ensuite versé à l’armée d’occupation du Rhin (17/10/1919) puis à l’Etat Major de l’armée du Rhin le 22/10/1919 où il restera jusqu’au 22 décembre 1921.

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C’est à ce moment que la carrière militaire de Raymond, déjà pas banale en soi (haut-commandement), va prendre une inflexion particulière… Sans doute remarqué pour des compétences hors du commun par ses supérieurs durant les années passées à l’Etat Major, il va être intégré à la très secrète « section du chiffre » par décret ministérielle du 23 décembre 1921. De quoi s’agit-il ?...

 

Créé par décret ministériel en 1912, la Section du Chiffre est le service chargé de protéger et de transmettre la correspondance militaire secrète et de décrypter les communications adverses.

« En effet, s’il existe un service du Chiffre français depuis le XVIIIeme siècle, il relève du ministère des Affaires étrangères et se charge uniquement des messages des diplomates français. Il n’existe ainsi pas de service du Chiffre dans l’Armée à l’époque de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et de nombreux historiens considèrent que cette absence a joué dans la défaite face aux Prussiens. Le monopole des Affaires étrangères tend à disparaître avec l’augmentation du nombre de messages chiffrés télégraphiés en Europe. La Sûreté générale crée un service de décryptement, dirigé par le commissaire Jacques Haverna dès 1904, afin de traquer les espions sur le sol français. De son côté, le ministère de la Guerre a pour habitude de créer des structures de déchiffrement temporaires en temps de guerre, et de se reposer sur les déchiffrements des Affaires étrangères en temps de paix. » Source : Renseignement et contre-espionnage – Eric Denécé

Il serait long de raconter ici l’histoire de la création de cette nouvelle section militaire. Disons seulement que si la cryptologie française avait de l’avance sur l’étranger, l’imminence d’un conflit imposait de doter l’armée de son propre service, que celui-ci fera de la France le pays le mieux préparé dans ce domaine à l’ouverture du conflit et que ses succès en feront un acteur majeur de la victoire.

C’est donc à l’issue du conflit que Raymond rejoint cette organisation aux effectifs assez réduits et très discrets. Il va de soi que les membres du Chiffre sont tenus au secret et ne doivent pas parler de leur travail à leurs proches ou aux autres militaires qu’ils sont amenés à côtoyer en dehors du bureau du Chiffre. Source : Renseignement technique et secret militaire : le Chiffre français pendant les premiers mois de la Grande Guerre - Agathe Couderc dans Stratégique 2014/1 (N° 105).

Les années passent et je perds un peu Raymond.

Il devient « Officier d’Administration » de 1ere classe le 25 septembre 1925 puis est nommé Capitaine le 9 juillet 1929. Par décret du 25 décembre 1929, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur ce qui marque certainement l’excellence de son travail au sein de la section.

Pour quelles raisons écrit-il alors le 3 janvier 1930 au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur « Par application de la circulaire ministérielle du 10 mai 1926, j’ai l’honneur de vous rendre compte que je demande à ne pas recevoir de la Grande Chancellerie l’insigne de la décoration de Chevalier de la Légion d’Honneur, grade auquel j’ai été nommé [ ] » et que le Lieutenant-Colonel Portzert, chef de la section du chiffre vise le courrier et ajoute « demande régulière » ? Secret de barbouze militaire !

Si son dossier de la Chancellerie et sa fiche militaire n’apportent pas d’autres renseignements sur sa carrière militaire, le journal « L’action Française » du 26 décembre 1937 nous indique qu’il est nommé au tableau d’avancement du cadre spécial de l’Etat Major au grade de Commandant et le journal « L’Excelsior » du 26 décembre 1938 nous informe qu’il a bien pris rang à ce grade.

Alors domicilié 8 rue Rochebrune à Paris (11e ar), il s’éteint le 12 mai 1959, vraisemblablement à l’hôpital Cochin. Il y est alors qualifié de Chef de Bataillon en retraite, ce qui confirme bien son grade de commandant.

Belle histoire que celle de notre épinceloi propulsé d’Echenay à l’Etat Major de l’armée comme agent du renseignement militaire et l’un des 4 natifs d’Echenay à avoir reçu la Légion d’Honneur !

Je terminerai en remerciant particulièrement Monsieur Gérard Seimbille (ggen sur Généanet) pour l’autorisation qu'il m'a donnée d’utiliser la photo de son ancêtre. Je me permets de reproduire ici une partie du message qu'il m'a adressé suite à ma demande : " J’ai en mémoire mes visites chez lui (Ndr Raymond) dans le 11ème et des épées qui y étaient accrochées au mur. Mon père avait été le voir quand il était en Allemagne après la guerre et il me racontait les bêtises qu’ils faisaient ensemble". Or, par un curieux hasard, il se trouve que j’ai eu l’occasion par le passé d’aider ce père aujourd’hui décédé pour sa généalogie épinceloise. Ce dernier avait eu l’extrême gentillesse de me recevoir chez lui pour me remercier lors d’un de mes passages dans sa région et je n'ai pas oublié l'excellent accueil qu'il m'avait réservé.

Sources :

AD52 / AD88 / AD75

Base Léonore

Gallica

Retronews

Geneanet : Arbre de Mr SEIMBILLE

Et d’autres sites web

Pour découvrir les 3 autres décorés de la Légion d'Honneur d'Echenay, cliquez ci dessous

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