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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

VOYAGER DE JOINVILLE A ECHENAY EN 1788

22 Janvier 2016 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Transports et Moyens de communicaion

Je me suis souvent demandé comment faisait le voyageur occasionnel de l’ancien régime pour voyager et se diriger dans des régions inconnues de lui?

Eh bien, il se débrouillait seul, au gré des mauvais chemins pleins de royes*, sans panneau indicateur pour le guider et comptant juste sur l’amabilité des autochtones rencontrés …

Bien sûr, depuis le début du XVIIIe siècle, il existe les cartes de Cassini mais elles ne sont pas destinées au « petit peuple ». Plus tard (vers 1750 et après), Daniel Charles Trudaine, directeur de l'Assemblée des inspecteurs généraux des ponts et chaussées, affinera l’analyse et fournira au Roi le fameux Atlas qui porte son nom, remarquable de précision, mais qui s’attache à cartographier les principales routes de France, laissant dans l’inconnu le réseau secondaire. L’ouvrage n’est pas non plus destiné au commun des mortels.

Alors, comment faire lorsqu’on voulait voyager dans des régions inconnues ?...

Bien avant Michelin et ses célèbres cartes routières, certains auteurs et libraires de l’ancien régime ont eu l’idée de proposer au grand public des ouvrages leur permettant de se guider à travers la France. Mais rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui ! Pas de belles cartes détaillées ! Ce serait plutôt de gros road-books (dont l’utilité n’est plus à démontrer s’ils sont bien faits).

Il se trouve que j’en ai découvert un datant de 1788 et qui va nous guider de Joinville à Echenay.

L’extrême nouveauté amène les auteurs à l’origine de l’ouvrage à donner quelques instructions préliminaires :

« Depuis longtems, le public désire un itinéraire complet de la France, qui lui donne le détail de toutes les routes et chemins de traverse du Royaume, en lui indiquant tout ce que l’on rencontre, tant sur lesdites routes, que ce que l’on aperçoit à droite & à gauche, comme villes, bourgs, villages, hameaux, Châteaux, … C’est pour répondre à son attente que nous avons entrepris l’ouvrage que nous lui présentons. [ ]. Les auteurs qui se sont exercés avant nous sur cette partie de géographie semblent n’avoir travaillé que pour les personnes qui demeurent à Paris, en se bornant à faire partir le voyageur de cette capitale seulement, sans faire mention des routes et chemins de traverse : delà, l’imperfection de leur itinéraire. » [ ] Nous prévenons le lecteur que ce livre n’est ni frivole ni amusant : les répétitions fréquentent & indispensables qui se trouvent dans le corps de l’ouvrage, engendrent une monotonie qui en rend la lecture désagréable. On sera même étonné de la patience qu’il nous a fallu, pour composer et écrire un ouvrage aussi long & si peu récréatif : nous aurions pu adoucir cette monotonie en y mêlant la partie historique ; mais cela auroit rendu cet itinéraire trop volumineux. [ ]

« Quoique nous ayons mis tous nos soins à cet ouvrage pour le rendre digne de paroître devant le Public, nous n’osons nous flatter de n’avoir de n’avoir rien oublié ; en conséquence, nous prions les personnes qui auront des observations à faire, & des renseignements à donner sur les nouvelles routes projetées, de les envoyer, franc de port, au libraire indiqué sur le frontispice ; nous en ferons usage dans la seconde édition. Nous les prions aussi de signer leurs lettres & de mettre leur adresse, afin que nous puissions leur prouver notre reconnaissance ».

Guide routier de voyage - 1788

Guide routier de voyage - 1788

Au-delà du plaisir de lecture, on découvre de nombreux détails. J’y ai même trouvé la confirmation d’un fait que je pressentais : La route que nous empruntons aujourd’hui pour se rendre de Joinville à Echenay n’est pas totalement celle qui était utilisée à l’époque ! Différents indices relevés au fil des registres d’état civil avaient éveillé mon attention et ce livre m’a apporté la réponse.

Comparatif de l'ancien tracé et du tracé actuel

Comparatif de l'ancien tracé et du tracé actuel

Après Thonnance les Joinville, arrivé au Fourneau, la route bifurquait sur la gauche, escaladait la combe, puis plongeait sur la droite en droite ligne vers Pansey en suivant l’arête du plateau. Puis, la Saulx passée sur le petit pont romain qui existe encore, elle remontait vers la route actuelle. Voici pourquoi un ancêtre domicilié à Pansey et dit être « né dans sa maison sur la route Impériale », bien loin de la route principale actuelle.

La route actuelle a préféré suivre le fond de la vallée, épousant les courbes de celle ci avant de déboucher soudainement sur le plateau puis de piquer sur Pansey.

Bifurcation de l'ancienne route au Fourneau

Bifurcation de l'ancienne route au Fourneau

Combien de voyageurs, de colporteurs, ont-ils utilisé cet ouvrage dès sa parution ? Sans doute assez peu.

Mais peut-être a-t-il trouvé sa raison d’être quelques années plus tard quand la révolution française commença à faire se déplacer les gens ?

*Roye : ornière, du verbe royer qui veut dire tracer un sillon. Le mot est encore employé à Echenay.

Sources :

Google livres – « Itinéraire complet de la France ou tableau général de toutes les routes et chemins de traverse de ce royaume » – Paris – 1788 (Chapitre : D’Orléans à Nancy)

AD 52

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