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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

5 ANS DE LA VIE D'EMMA DE COURONNEL - ECHENAY PARIS - 1855 1860

20 Novembre 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Emma de Couronnel

Au cours de mes recherches, il m’est souvent arrivé de lier des liens virtuels particuliers avec certains des personnages rencontrés dans les registres sans pour cela qu’ils fussent de mes ancêtres.

Pourquoi a-t-on envie d’en savoir plus sur la vie de quelqu’un qui ne figure pas dans son arbre généalogique ? Je ne sais pas… C’est pourtant le cas avec Emma de Couronnel.

Georges de Pimodan et Emma de Couronnel acquirent le château d’Echenay en 1858 suite au décès de Camille de Pimodan, son père. Georges prolongeait en cela la lignée de ses ancêtres qui possédaient le château d’Echenay depuis l’année 1680.

Si la vie du (futur) Général de Pimodan, est bien connue, il n’en est pas de même de celle d’Emma, son épouse, qui afficha, semble-t-il, une grande discrétion tout au long de sa vie. Alors, qu’écrire ?

On dit que le hasard fait bien les choses… Alors que je ne cherchais plus vraiment, deux découvertes bien éloignées des choses généalogiques vinrent relancer mes recherches, plus ou moins au point mort depuis un certain temps : une photo et un dessin !

Il me semble qu’il est maintenant possible d’envisager d’écrire une petite tranche de l’histoire de sa vie ! J’avais déjà retrouvé une photo de son buste sculpté mais jamais de photographie.

La photo est issue d’un catalogue de vente aux enchères de la maison Collin du Bocage intitulée « Souvenirs historiques ». Cette photo, la voici :

Emma de Couronnel à gauche et sa belle-fille

Emma de Couronnel à gauche et sa belle-fille

Emma de Couronnel est née le 29 octobre 1833, fille d’Aimé-Charles-Raoul, Marquis de Couronnel, Gentilhomme de la Chambre de Sa Majesté le Roi Charles X, et de la Princesse Marguerite-Pauline-Emmanuelle de Montmorency-Laval.

Evoquer les parents d’Emma et leurs origines est absolument impossible ici. Disons simplement qu’ils puissent leurs racines dans l’histoire de France et que l’étude de leurs quartiers de noblesse suffirait à remplir plusieurs livres.

Sa mère, par exemple, descendait de la Maison de Montmorency, famille ayant donnée six connétables, douze maréchaux, quatre amiraux de France, un cardinal de l’Église catholique, des pairs de France et d'autres grands personnages dans l'entourage des rois de France du XIe siècle au XIXe siècle.

« C’était, dit-on, une excellente personne, sans brillant dans l’esprit, mais pleine de sens et d’usage du monde, ayant de beaux traits, un teint éclatant, l’aspect très noble malgré sa taille lourde et sa démarche embarassée par une boiterie légère que l’âge accentua peu à peu ». (1)

Mais revenons à Emma :

« Dans un des rares séjours qu'il faisait à Paris, [Georges de Pimodan] avait rencontré une charmante jeune fille dont il s'était épris, Mlle de Couronnel. Il l'épousa, et résolut de résider désormais en France [ ]. » (Source : Revue des questions historiques / Marquis de Beaucourt. 07/1928.)

Le 24 mars 1855, il y a foule devant Me Jean Baptiste Eugène Thiac et Me Angélique François Bercéon, notaires à Paris. C’est aujourd’hui qu’est rédigé le contrat de mariage entre Auguste Élie Marie Georges Rarécourt de La Vallée, comte de Pimodan, demeurant à Paris chez ses père et mère, rue de Bellechasse n° 6, et Mademoiselle Emma Charlotte Cécile de Couronnel, demeurant à Paris chez Madame la marquise de Couronnel, sa mère. La liste des témoins des futurs est impressionnante et serait trop longue à énumérer. Pas moins de 30 témoins pour le marié, 36 pour elle et 5 amis communs.

Le 29 mars suivant, le mariage a lieu à la mairie du 10eme arrondissement de Paris et la cérémonie religieuse me semble se dérouler à en l’église Saint Martin des Champs, toujours à Paris.

Peut-être y a-t-on dit, reprenant la phrase de la Marquise de Bellisen : « On se marie beaucoup cette année, surtout les hommes !… »

Georges Rarécourt de La Vallée de Pimodan, né le 29 janvier 1822 à Paris, était le fils de Camille de Rarécourt de la Vallée de Pimodan et de Claire Fauveau de Frénilly.

D’abord, et bien qu’un peu hors sujet, je ne résiste pas à ces quelques mots sur Camille, écrits par son petit-fils :

« Mon aïeul, Charles-Camille, gentilhomme de la chambre de Charles X, passait pour un très joli cavalier, dansant à ravir avec les plus belles jambes de Paris, et, sauf ce détail minime, traversait assez inaperçu le monde qu’il adorait. » (1)

Fin d’une époque ? Sans doute ! La royauté hoquète mais la fidélité au trône est toujours de mise chez les Pimodan.

Reprenons le fil de l’histoire :

« [Georges de] Pimodan, après avoir passé de brillants examens à la Sorbonne, [fit] des études spéciales à l’Ecole de cavalerie de Neustadt [puis] vint rejoindre sa famille qui, après la Révolution de 1830, était venue se fixer en Autriche, pour y partager l’exil de la branche ainée des Bourbons. Ce fut par reconnaissance de la gracieuse hospitalité reçue qu’il y prit du service. » Source : Souvenirs des campagnes d'Italie et de Hongrie (2e éd.) – Par le Général de Pimodan – Extrait de la préface de A. de Crecy – Paris chez Dentu – 1861

En 1855, il quitte l’Autriche avec de brillants états de service mais aussi après s’être fait distinguer par l’Empereur d’Autriche. Il rejoint la France, refusant une promotion qui l’aurait obligé à changer de nationalité. Il ne badine pas avec l’honneur de la France !

Où a-t-il rencontré Emma ? Les bals et réunions mondaines sont fréquents. Alors ?... Toujours est-il que le couple est maintenant marié.

Buste d'Emma de Couronnel

Buste d'Emma de Couronnel

Le 16 décembre 1856 voit la naissance de leur premier enfant Gabriel de Pimodan qui sera tour à tour Saint-Cyrien, militaire, poète, écrivain et homme politique, et souvent le tout en même temps.

Mais cet heureux événement n’était pas de nature à conduire Georges à rester au foyer. Prenant prétexte du couronnement d’Alexandre II de Russie en Septembre, il entreprend un voyage en Russie sur les traces de la Grande Armée. Il explore les champs de batailles, rencontre des survivants, passionné qu’il est de la chose militaire et de la grandeur de la France. Le périple donnera matière à un livret de 31 pages intitulé « Notes sur la campagne de 1812 ».

J’imagine alors Emma de Couronnel restée seule à Paris passant son temps entre ses parents, sa famille et quelques amis.

Durant ces premières années de mariage, Emma et Georges « jouiss[ent] pleinement du bonheur et du calme de la vie de famille (Félicien Besset. 1860) (2).

En 1857, le comte de Chambord venait de perdre devant le tribunal de Wassy (52) un procès que lui intentait le fisc en revendication d’immenses forêts qu’il possédait sur Vierzon, en Champagne et particulièrement en Haute-Marne. Ces dernières étaient estimées à une valeur de 8 millions de francs. (Source : Journal d'Hippolyte Fortoul: Ministre de l'instruction publique et des cultes)

Fidèle au Comte de Chambord et afin de lui venir en aide, Georges lui rachète certains bois proches d’Echenay. Les terres Epinceloises du couple s’en trouvent accrues. Peut-être est-ce à cette occasion qu’Emma et Georges vinrent à Echenay cette année-là. Emma fut-elle séduite pas la campagne environnante et le château familial ? J’en suis sûr !

Et voilà où intervient le hasard dans mes recherches : J’ai pu faire, de façon fortuite, l’acquisition d’un dessin du château d’Echenay daté de 1857 et signé Emma. On peut sans trop d’incertitudes lui attribuer l’origine de celui-ci. La finesse du trait est remarquable et dénote d’une éducation artistique certaine.

Dessin du château d'Echenay à la mine et craie - Emma de Couronnel - 1857

Dessin du château d'Echenay à la mine et craie - Emma de Couronnel - 1857

Il s’agit de la vue de la façade sud, vue des prairies qui ont remplacé l’ancien étang. Voici, toujours par Claude Emmanuel, ce qui peut être considéré comme une légende exacte au dessin : « Les étangs devinrent des prairies, assez belles en été malgré l’abondance des colchiques et des joncs, mais rendues marécageuses en hiver par les eaux qui s’y débordent à plaisir pour reprendre leur ancien domaine. Des tilleuls favorables aux récoltes des abeilles bordèrent les avenues conductrices et couronnèrent la grande digue séparative des étangs d’aval et d’amont » (1). Les vaches croquées par « Emma » peuvent être celles de M. Garola, fermier locataire des terres du château, ou celles de M. Goldschmith qui lui succéda entre 1856 et 1861.

Il signale encore par ailleurs que « [son] père est assez peu venu à Echenay durant cette période » puisque le château familial n’était pas leur résidence principale. Les recensements de 1856 et 1861 n’indiquent d’ailleurs pas leur présence. Lors de leurs séjours champêtres, Emma partageait-elle son temps entre devoir maternel et dessin ?

En juillet 1859, Emma et Georges habitent un hôtel particulier de la rue de Lille à Paris où nait leur deuxième fils Claude Emmanuel déjà abondamment cité ici. « Sur le devant de cet hôtel s’élève un long bâtiment à 2 étages semblables, de telle façon que l’étage inférieur peut-être dénommé entresol ou premier, et l’étage supérieur premier au-dessus de l’entresol ou second ». La famille occupe l’étage supérieur. Cette « qualification amenait entre le concierge, les domestiques du locataire d’en dessous et les nôtres, des discussions protocolaires à faire pâlir mille chancelleries. » écrira-t-il plus tard. (1)

La famille n’y restera pas. Il rajoute : « J’avais quelques mois quand nous quittâmes la rue de Lille mais le souvenir des contentions passées survécut au déménagement. » (1)

L’année 1859 sera aussi marquée par la distinction d’Emma de Couronnel, devenue Dame de l’Ordre de la Croix Etoilée.

Haute dame Emma marquise de Pimodan, née marquise de Couronnel, après avoir fait selon les règles preuve de noblesse tant du côté de sa famille que du côté de celle de son mari, preuve reconnue exacte, a été en 1859, sous le n° 1132, nommée, par décision très gracieuse, dame de l'ordre de la Croix Étoilée; en foi de quoi est délivré le présent extrait du protocole de l'ordre.

A la chancellerie de l'ordre imp. roy. de la Croix Étoilée.

Vienne, le 15 mars 1890.

Le Secrétaire de l’ordre imp. roy. de la Croix Étoilée

G. F. BRANDIS (3)

L'ordre de la Croix Etoilée fut institué en septembre 1668. Il est destiné à récompenser les dames nobles qui se distinguaient par leur vertu, leurs bonnes œuvres et leur charité.

Mais 1860 sera l’année où tout bascule. Les événements de la péninsule Italienne occupent l’information et scandalisent le monde catholique. Georges ne peut rester indifférent. Coincé entre ses devoirs familiaux et ses principes, il opte pour ces derniers et quitte sa famille pour se mettre au service du Saint-Père. La devise de la famille n’est-elle pas « Potius mori quam fœdari » (Plutôt mourir que d'être déshonoré) ?

Emma de Couronnel respecte la décision de son époux et le laisse partir. Mais aurait-elle pu le retenir ...

23 ans plus tard(1883), un auteur, Ulysse Cornand écrira un drame en 5 actes et en vers qu’il intitulera « PIMODAN » et qui sortira chez l’imprimerie Clavel et Chastanier, 12 rue Pradier à Nîmes.

Il s’explique ainsi dans sa préface : « Si je me décide à mettre cette pièce au jour, je m’y sens poussé par le seul désir, et dans la mesure de mes faibles forces, de faire aimer et respecter la Religion sainte à laquelle j’ai le bonheur d’appartenir, et que l’on attaque à cette heure avec un acharnement incroyable ». Georges de Pimodan lui-même aurait sans doute pu écrire le même genre de phrase.

Dans la pièce de Cornand, Emma de Couronnel est devenue « Héloïse ». Symbolisme…. Cornand les connaissait-il intimement ou a-t-il juste été frappé du sacrifice de Pimodan pour l’Eglise ?

Georges de Pimodan quitte la France le 1er Avril 1860 et rejoint l’armée Pontificale laissant Emma seule avec leurs deux enfants en bas âge. Gabriel a 4 ans, Claude Emmanuel un an.

Le 18 septembre, il tombe sous les coups des Italiens à Castelfidardo dans l’assaut qu’il mène contre les troupes Piémontaises.

Emma se retrouve veuve, Gabriel et Claude Emmanuel orphelins. Elle fait preuve d’un remarquable maintien dans la douleur et ses traits de courage sont maintes fois commentés par la presse qui couvre copieusement l’événement. Cinquante ans plus tard, le journal La Croix écrira :

Amour des pères et des mères, dont on ne peut rien dire sinon qu’il est fait de feu et de sang ; du feu qui coule toujours par la blessure du cœur. Nous ne voulons citer aujourd’hui que deux mères : Blanche au XIIIe siècle et la comtesse de Pimodan au XIXe. [ ] La comtesse de Pimodan… Son mari vient de tomber sur le champ de bataille de Castelfidardo, pour l’honneur de la France et la liberté de l’église. Femme héroïque, mère sublime, elle prend son enfant dans ses bras, l’élève vers le ciel, s’écrie : « Et toi aussi, tu seras soldat » ! Source : Journal La Croix - Mercredi 13 septembre 1916

Et effectivement, les deux enfants seront « soldats » !

Plusieurs années plus tard, Claude Emmanuel écrira : « Après la mort de mon père, nous habitâmes l’hiver à Paris chez ma grand’mère de Couronnel (décédée en 1861) et passâmes les étés à Echenay. [ ] (1)

La vie s’écoule. « Ma mère, restée en deuil après la mort de mon père, voyait peu de personnes. Je retrouve cependant parmi mes souvenirs d’enfance les noms de la vicomtesse de Janzé, de la princesse Kitty Koudachef, du marquis de Montcalm, de la comtesse de Quesnay… [ ]. (1)»

En 1864, Emma de Couronnel fit le voyage à Rome, accompagnée de ses deux enfants. Elle y fut reçue par le pape Pie IX qui conféra le titre de Duc Romain à Georges de Pimodan et à tous ses descendants mâles.

5 ANS DE LA VIE D'EMMA DE COURONNEL - ECHENAY PARIS - 1855 1860

Emma de Couronnel entretiendra fidèlement le souvenir de son mari et s’éteindra le 8 mai 1917. A compter des années 1880, elle apparaitra dans tous les recensements de la commune (mis à part l’année 1906), preuve de son attachement pour Echenay.

Continua-t-elle de dessiner ?...

Sources :

  • (1) Simples Souvenirs 1859 1907 - Par le comte de Pimodan – A Paris chez Plon - 1908
  • Souvenirs des campagnes d'Italie et de Hongrie (2e éd.) – Par le Général de Pimodan – Extrait de la préface de A. de Crecy – Paris chez Dentu – 1861
  • (2) Le général de Pimodan – Par Félicien Besset – Paris chez Dentu 1860
  • (3) Titres de la maison de Rarécourt de La Vallée de Pimodan, vérifiés en 1766 par M. de Beaujon, généalogiste des ordres du Roi, avec continuation jusqu'à nos jours, par Roserot, Alphonse (1849-1932) - 1903.
  • Persée - Journal d'Hippolyte Fortoul: Ministre de l'instruction publique et des cultes sous le second Empire
  • Site « Collin du Bocage » – Commissaire-Priseur
  • Gallica
  • Archives Départementales 52

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Feuilles d'Ardoise 20/11/2015 20:51

Une bien belle Emma, et surtout, un récit captivant. Bravo.

Petite et Grande Histoire d'Echenay 20/11/2015 20:55

Merci beaucoup