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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

"UNE MAISON FORT ENFLÉE DE SA PETITE NOBLESSE" - ECHENAY - 1790

29 Août 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay

"UNE MAISON FORT ENFLÉE DE SA PETITE NOBLESSE" - ECHENAY - 1790

Quoi de mieux qu’une révolution pour vider impunément ses aigreurs ?...

Jacques Antoine Dulaure (1755-1835) n’a jamais aimé les représentants du pouvoir. Après d’assez bonnes études où il étudia le dessin et les mathématiques, il s’adonna à l’architecture et à la topographie. Dés le début des années 1780, Dulaure commença sa carrière littéraire. On retiendra de lui sa « Descrition de la France par provinces ».

Mais son sang bouillonnait des abus et injustices de l’ancien régime ! Dés le début de la révolution, il fréquente assidument le club des Jacobins. C’est à ce moment que sa plume va devenir piquante !

« Ainsi, dès l'origine de la Révolution de 89, fondée sur l'entière destruction des prêtres, des rois et des nobles, Dulaure, qui abhorrait les uns autant que les autres, se servit de sa spécialité d'historien pour diffamer la Noblesse, et préparer, sans le savoir peut- être, les horribles exécutions destinées épuiser sur l'échafaud tout le sang noble qui restait en France. [ ] Il rassembla hâtivement quelques notes fautives ou mensongères recueillies dans ses lectures, et les lança parmi le public sous ce titre audacieux et provocateur « Les Métamorphoses, ou Liste des noms de famille et patronymiques des ci-devant Ducs, Marquis, Comtes, Barons, etc ». La Noblesse venait d'être abolie en France; et Dulaure, qui comprenait bien qu'une ordonnance de la Convention nationale ne suffirait pas pour déraciner en un jour une institution liée depuis des siècles au sort de la monarchie et profondément établie dans les mœurs de la nation, tenta de justifier cette mesure révolutionnaire en marquant d'un fer rouge le front de la Noblesse. Le succès de ce pamphlet, qui flattait et caressait les passions populaires du moment, fut immense chaque livraison, composée d'une feuille d'impression in-8°, était enlevée aussitôt que publiée, et l'éditeur Garnery, demeurant rue Serpente, vit s'écouler une première édition, tirée à très grand nombre, avant que l'ouvrage fût parvenu au vingtième numéro. » (P.L. JACOB)

Toutes les grandes familles du royaume y sont épinglées de façon souvent brutale, qui sur l’origine de leur noblesse, qui sur leurs mœurs prétendus, d’autres sur l’origine de leur fortune ou sur leur vie privée.

Les Pimodan, Seigneurs d’Echenay, ne pouvaient être épargné !

"UNE MAISON FORT ENFLÉE DE SA PETITE NOBLESSE" - ECHENAY - 1790

Les temps sont sans pitié et comme diffamation et délation vont bien de paire, l'auteur et l'imprimeur n’hésitent pas à encourager cette dernière !

"UNE MAISON FORT ENFLÉE DE SA PETITE NOBLESSE" - ECHENAY - 1790

Mais essayons de voir plus clair dans les protagonistes de cette affaire :

François-Nicolas Raffy, grand maitre du Poitou de 1734 à 1754, était issu d’une famille toute financière. Son père, François Raffy, était un affairiste notoire, receveur général des bois de Metz, entrepreneur des vivres, qui fut taxé par la chambre de 1716 à 2 100 000 livres ; sa mère Marguerite Geoffroy (ou Jeoffroy) était la fille d’un conseiller au parlement de Metz.

La vie de François-Nicolas Raffy, comme celle de son père, fut truffée d’affaires assez troubles. Aidé par sa charge et son entregent au plus haut niveau, il ne payait que rarement la totalité des énormes taxes qu’on lui réclamait. Cela suffit sans doute pour justifier la haine que Dufaure lui porte.

A sa mort, sa fortune est estimée à 748 216 livres composée comme suit :

Deniers comptants : 67 563

Mobiliers de Paris et de Versailles (dont Vaisselle : 17753) : 35 675

Bibliothèque : 374

Créances sur l’office de grand maître du Poitou : 200 000

Brevet d’assurance de maître d'hotel ordinaire : 100 000

Maisons et terres : 296 500

Rentes et billets sur divers particuliers : 32 500

Quittances sur le trésor royal : 16 000

SOIT UN ACTIF DE : 748 612

A cela s’ajoute 13 337 livres de tontines (Le mot tontine vient de Lorenzo Tonti, banquier napolitain qui proposa ce système à Mazarin : chaque souscripteur verse une somme dans un fonds et touche les dividendes du capital investi. Quand un souscripteur meurt, sa part est répartie entre les survivants. Le dernier survivant récupère le capital).

A déduire, seulement 27 400 livres de dettes déclarées.

760 000 livres ! Une énorme fortune !...

Louis d'or de 24 livres - 1792

Louis d'or de 24 livres - 1792

Jetons maintenant un œil sur les deux héritiers :

Charles-Joseph (de) La Vallée de Pimodan était le fils de Charles-Hervé de La Vallée de Pimodan, Président à mortier au Parlement de Metz et de Jeanne Jeoffroy. Cette dernière avait épousé Charles-Hervé en seconde noces après le décès de son premier mari, Jean Morel de Richemont, conseiller au parlement également, de qui elle avait eu Daniel-Jean-Antoine-François Morel.

Une endogamie bien habituelle pour préserver les avantages de sa charge !

Les deux héritiers de Raffi dont parle Dulaure sont donc demi-frères par leur mère, Jeanne Jeoffroy.

Quel était le lien exact entre Marguerite Jeoffroy, mère de François-Nicolas Raffy et Jeanne Jeoffroy, mère des héritiers ?... Etaient-elles sœurs comme je pense l’avoir trouvé ?... Une chose est sure, Marguerite avait été la marraine de Daniel-Jean-Antoine-François Morel.

Dulaure

Dulaure

Difficile de répondre à cette attaque en ces temps troublés ! D’autres s’en chargeront…

En 1839, un certain P.L. Jacob, bibliophile, revient sur le pamphlet de Dulaure et dénonce les exagérations de ce dernier dans un ouvrage intitulé « Dissertations sur quelques points curieux de l’histoire de France et de l’histoire littéraire » où il consacre un chapitre à l’affaire qu’il nomme « Réfutations du pamphlet de Dulaure ».

Pour ce faire, il reprend quelques passages de Dulaure et tente de prouver les erreurs commises et les interprétations fallacieuses ou erronées de ce dernier.

L’attaque sur les Pimodan d’Echenay y est étudiée et il écrit :

« Encore une lettre de change tirée à vue, au nom de la Révolution, sur une fortune d'ancien fermier-général. Mais on peut supposer que Dulaure été dirigé dans cet article par un sentiment de haine contre un littérateur contemporain, le marquis de La Vallée de Pimodan, qui avait déposé son titre de marquis pour se jeter corps perdu dans les idées et les lettres démagogiques. Le marquis de La Vallée ou plutôt Joseph Lavallée, comme il s'appelle lui-même entête de ses ouvrages, était un écrivain de l'école de Dulaure, appliquant la poésie, la littérature et l'histoire la politique du jour, attaquant sous toutes les formes la religion la noblesse et la royauté. Ce fut peut-être pour se venger son tour de Dulaure, qu'il composa en 1792-94 les « Voyages dans les départements de la France », formant quatorze volumes in-8°, espèce de géographie historique et déclamatoire, qui semble destinée faire oublier la Description des principaux lieux de France dont Dulaure ne publia que six volumes in-12, dans les années 1789 et 1790. On ne s'explique pas autrement la malice de Dulaure recherchant dans quelles mains ont passé les biens du financier Raffy, et rendant pour ainsi dire les héritiers solidaires de la conduite du légataire. Le marquis de Pimodan avait obtenu les honneurs de la cour le 18 août 1766, et son fils, le comte de Pimodan, le 28 mars 1786. »

L’intention était bonne mais, hélas, Jacob se trompe de Lavallée !

Ce Joseph Lavallée dont parle Jacob n’est pas le bon noble. Il s’agit de Louis-Joseph Lavallée, marquis de Boisrobert. Cet amalgame s’explique par la similitude des noms et prénoms des protagonistes. Charles-Joseph de Rarecourt de La Vallée de Pimodan et Joseph Lavallée n’ont donc rien en commun.

Jacob, qui reproche à Dulaure ses erreurs et approximations (sans parler de sa mauvaise foi), aurait été bien inspiré de vérifier un peu mieux ses affirmations.

Charles Joseph de La Vallée de Pimodan, qui aurait été d’après lui la cible de Dulaure, était décédé en 1781 et ses biens étaient maintenant la possession de son fils Charles Jean et de son épouse Charlotte-Sidonie-Rose de Gouffier.

En ces temps tragiques où ce bon docteur Guillotin tient la tête de l’actualité, les Pimodan d’Echenay ont bien d’autres choses à régler. Leurs biens ont été confisqués et ils seront bientôt en prison.

Mais ceci est une autre histoire… A découvrir sur ce blog " Les Pimodan sous la révolution"

Sources :

« Liste des noms de famille et patronimiques (sic) des ci-devant Ducs, Marquis, Comtes, Barons, etc… , Excellences, Monseigneurs, Grandeurs, demi-Seigneurs et annoblis (sic). » - par Dulaure - Chez Garnery, libraire rue Serpente, N°17

« Dissertations sur quelques points curieux de l'histoire de France et de l'histoire littéraire » - par P. L. Jacob, bibliophile – Paris - Techener, libraire-éditeur place du Louvre, 12 - 1839

« Biographie du parlement de Metz » – par Emmanuel Michel, conseiller honoraire à la cour impériale de Metz, membre de l'académie de cette ville, chevalier de la légion d’honneur – Metz - Chez Nouvian, rue neuve-Saint-Louis – 1853.

« Les grands maîtres des Eaux et Forêts de France de 1689 à la révolution » – Par Jean-Claude Waquet – Librairie Droz – Genève/Paris - 1978

Site « Le grenier Uckangeois »

Wikipédia

Gallica

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