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Découvrez l'histoire d'Echenay, petit village de Haute-Marne !

ANDRÉE JACOT OU "LA MÉMOIRE VIVE D'ECHENAY" - 2013

17 Avril 2015 , Rédigé par Petite et Grande Histoire d'Echenay Publié dans #Ceux d'Echenay...

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Acte de Naissance d'Andrée JACOT

Il arrive parfois de très curieuses et bonnes surprises. S’il est toujours agréable de découvrir de nouveaux éléments pour enrichir sa découverte d’un village, il est fort rare detrouver un témoignage sonore couplé à une retranscription écrite.

La connaissance des temps passés intéresse de plus en plus de monde et certaines institutions ne s’y trompent pas. La mémoire de nos anciens est devenue Patrimoine immatériel. Quoi de plus naturel quand l’Unesco classe, par exemple, des Savoirs-Faire comme patrimoine immatériels.

La découverte que je viens de faire est intéressante à plus d’un titre.

D’abord, même si je ne connais pas la personne en question, son récit est émouvant. Que seraient nos anciens sans cette dimension humaine ? Une suite de noms, de dates sans âme ? Inimaginable pour moi ! Ensuite, ce discours permet d’enrichir nos connaissances sur l’histoire du village en plaçant les gens et les faits dans un contexte vivant. On est bien loin de la recherche historique locale en archives. On pénètre des intimités. Cette personne a côtoyé mes aïeux. A travers elle, je vois ce qu’ils ont vu. Enfin, la multitude de petits faits ou personnages évoqués sont comme des pièces d’un puzzle qui viennent compléter la vue d’ensemble que l’on pouvait avoir de leur vie quotidienne. A ce titre, son témoignage est inestimable !

Nous devons au Conseil Régional de Champagne-Ardenne ce qui va suivre. C’est lui qui a mandaté l’Association Le son des choses pour collecter ces informations. Le témoignage dactylographié représente 14 pages. Il est donc impossible à reproduire ici. Toutefois, puisque différents thèmes sont abordés, je synthétiserais donc après une courte présentation.

Andrée Marie Mathilde JACOT est née le 9 juillet 1910 à Echenay. En 2013, elle a 103 ans et toute sa tête lorsqu'elle répond aux questions de l’enquêteur Julien ROCIPON (de l’Association Le Son des Choses). Des souvenirs, elle en a ! Et les détails qu’elle fournit sont justes dans la majorité des cas. Parfois un peu hésitante, elle se reprend toujours rapidement. Mariée en 1932 à Roger THIRY, elle exercera plusieurs métiers, sera gérante de petits magasins « Les Ecos » avant de terminer sa carrière dans une usine de seringue pour prise de sang.

Voici les extraits que j’ai choisis pour éclairer la vie villageoise de ce début de XXe siècle.

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

Acte de Mariage des parents d'Andrée JACOT

SA FAMILLE

Les parents d’Andrée sont Arsène Alphonse Gaston JACOT et Amélie Marguerite Marie GUILLAUME. Ils s’étaient unis à Echenay le 25 février 1905.

Elle évoque également à plusieurs reprises son frère. Ce dernier, Léon Bernard JACOT, avait bien 4 ans de plus qu’elle puisque né le 15 février 1906. Il se maria le 10 mai 1930 et décédera le 18 octobre 1965 à Nancy. Je ne sais pas si elle a eu d’autres frères et sœurs.

Plantons maintenant le décor de son enfance !

LA FERME DE SES PARENTS

J : Qu'est-ce qu'il faisait (NDA : son Père) comme champs, comme culture ?

T: Blé et avoine, et puis de la betterave pour les vaches. On avait une douzaine de vaches qui produisaient du lait, de la crème, du fromage, voilà. Puis on avait des moutons parce qu'y avait un berger de commune (NDA : exact, mon arrière-grand-père a exercé ce métier à Echenay. Sans doute le prédécesseur de celui qu’elle évoque. En 1906, le berger s’appelle Louis GUERIN) qui ramassait tous les moutons. Les petits manœuvres, les femmes de facteurs, les femmes, elles avaient une dizaine de moutons. Et nous, on en avait une quarantaine. Et tout ça , ça rentrait tous les soirs, chacun dans sa maison. Elles ne se trompaient pas, les brebis. Ouais.

J: Et vous aviez des chevaux ?

T: Ah oui. Il fallait pour cinquante hectares et puis encore les quelques champs que mon père avait à lui. Donc y avait six chevaux à la maison. Et dans les six chevaux, y avait deux juments poulinières, qui faisaient des petits poulains tous les ans. Mais ça réussissait ou ça ne réussissait pas, hein. Enfin, c'était comme ça.

J: Mais il y avait du travail ?

T: Beaucoup de travail. Ce n'était pas la même vie que maintenant que tout se fait avec des moteurs, et là, tout se faisait à la main.

J: Il y avait des ouvriers, des commis ?

T: Ah ben, on en a eu quand mon frère a été faire son service de dix-huit mois, il a bien fallu qu'on prenne un employé.

J: Et y avait quoi comme travail à la main à faire ?

T: Eh ben, qu'est-ce qu'y avait de fait à faire à la main ? Ben, on allait ramasser, y avait une lieuse pour faucher, le blé ou l'avoine, eh ben, fallait mettre en tas. Après il fallait rentrer dans un chariot et après la batterie. Avec un cheval qui montait sur, nous on avait un tripot, et le cheval qui montait sur un plateau tournant, il faisait marcher les courroies, et y avait quelqu'un pour couper les ficelles des gerbes. C'était beaucoup de travail, beaucoup de travail. Fallait aller piocher ces betteraves-là. Et quand on les récoltait au mois d'octobre, fin octobre, des fois commencement de novembre, on avait les doigts gelés. On coupait les feuilles et on les rentrait à l'abri pour tout l'hiver. On avait un coupe-racines, on mettait quatre-cinq betteraves dans le coupe-racines et on tournait la manivelle à la main, pour faire du mélange. C'est-à-dire il tombait des bons cartons des, des betteraves et avec la menue paille de la batterie qu'on avait, ah là, qu'on avait ramassée, quoi... Oh, vous savez...

J: Et avec les bêtes ?

T: Eh ben, oui, c'est justement. Les bêtes, on les emmenait l'été, elles allaient au parc. À l'arrière-saison, on allait un petit peu les garder dans les, ça s'appelait les regains, l'herbe qui avait un petit peu repoussé dans la prairie, on allait les garder. Et puis après, on les rentrait pour l'hiver. Elles allaient juste boire à l'abreuvoir, dans le milieu du village. Y avait un, un bel abreuvoir, elles allaient y boire une fois par jour, et puis on les rentrait à l'écurie. Elles avaient une chaîne autour du cou. Oui.

J: Et vous aviez des poules et des lapins ?

T: Oui. Les poules, elles étaient en liberté, elles rentraient chez tout le monde, hein, les poules on les rentrait dans leur maison, elles n'allaient pas ailleurs. Quand arrivait le coucher, elles repartaient dans leur maison. Et tout le monde avait des volailles, et les lapins ils étaient enfermés dans des caisses, pas pareil. Ah oui. Et on mettait une poule couver avec des œufs qu'elles avaient pondus et la mère, la poule, elle revenait avec ses petits poussins. Elle revenait manger et puis ses petits poussins, oui, tout ça, ça mangeait. Et ça n'allait pas chez les voisins.

Examinons maintenant l’importance du tas de fumier

J: Vous aviez un tas de fumier ?

T: Ah ben, le tas de fumier était dehors, mais souvent sous la fenêtre d'une chambre. Ah oui, y avait des tas de fumier sur toutes les maisons. Ah ben oui, ça c'est vrai. Alors les gens qui étaient propres relevaient comme il faut la paille, parce que les volailles dans la journée, elles avaient traîné, gratté, dans le tas de fumier. Voui, c'est vrai, c'est vrai. Oui, les tas de fumier.

J: Ça servait à quoi ?

T: Le fumier ? Ben, ils le mettaient dans un tombereau ou dans une charrette, et c'était pour faire de l'engrais dans les champs. Oui.

J: Et est-ce que l'on montrait à tout le monde son tas de fumier ? Est-ce qu'il montrait la richesse ?

T: Ben, c'est vrai que quand on mettait du fumier la production était meilleure, hein.

J: Et de montrer aux autres son tas de fumier ? Est-ce que plus on avait un gros tas de fumier, plus on était riche ?

T: Ah ben, ça, si on avait un gros tas de fumier, c'est qu'on avait beaucoup de bêtes. Et c'est qu'on avait beaucoup de travail. Si on avait un petit tas de fumier, c'est qu'on n'avait que deux vaches. Mais si on en avait une dizaine, tous les matins avec la brouette, une brouette plancher, fallait nettoyer le derrière des vaches. C'était sale, et on mettait tout ça dans le tas de fumier. Et le tas de fumier était dans la cour de la ferme.

J: C'était important que les autres voient le tas de fumier ?

T: C'était pas important, c'était partout pareil. Les manœuvres avaient quelques bêtes, ils avaient un tas de fumier. C'est, c'était naturel. C'était naturel.

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

Le tas de fumier (à l’extrême gauche)

L’ECOLE OU PLUTOT LES ECOLES

L’école des sœurs se trouvait rue des deux ponts, en direction d’Aingoulaincourt.

Vers 1911, une nouvelle école communale fut construite. Jusque vers les années 2000, l’école sera faite dans le même bâtiment que la mairie du village

J: Vous êtes allée à l'école à quel âge ?

T: Ah, je suis allée à l'école de bonne heure. C'était une sœur qui nous faisait le, y avait deux écoles dans mon village. Y avait une école publique (NDA : Mme Thiry parle là de l’école des Sœurs) et une école laïque. Donc à l'école publique, c'était les filles qui allaient, naturellement, et à l'école laïque, c'était les garçons. C'était Monsieur BERTRAND (NDA : Voir plus loin) qui était maître d'école, un bon maître d'école. Et mon fils (NDA : Elle veut dire son frère) qui n'avait que huit ans, c'est lui qui a dit le discours qu'y a eu le onze novembre puisque la guerre était finie.

D’après ses souvenirs, il semble que ce soit son frère qui ait prononcé un discours lors de l’armistice du 11 novembre 1918. S’il avait bien 8 ans à la déclaration de guerre, elle se trompe ici. Son frère devait avoir environ 12 ans à cette époque. Toutefois, il est donc possible qu’elle ait eu un autre frère né vers 1913 ou 1914. L’état civil de ces années n’étant pas en ligne actuellement, difficile d’en savoir plus.

T : Monsieur LÉGER qui était maître d'école à ce moment-là prenait tous les gamins pour voir lequel qui dirait le mieux. Par cœur, hein ! Pas relire. Et ça a été mon gamin (NDA : Voir note précédente) qui n'avait que huit ans qui a lu le petit discours.

J: Vous aimiez l'école ?

T: Ah, ben, j'aimais bien l'école, oui. On allait chez, c'était une sœur qui nous faisait l'école. Puisqu'y avait eu la séparation de l'Église et de l'État. Elle était habillée en noir mais elle n'avait ni voile, ni rien, hein. Elle n'avait plus la coiffe des sœurs, ni rien. Elle était habillée en noir et voilà.

J: Et c'était comment, l'école ?

T: Ben, c'était très bien. Y avait des tables de quatre personnes, des grandes tables avec des encriers. Et puis fallait faire attention parce que ça faisait un brouillon (NDA : une tache) sur le cahier.

Ecole communale édifiée vers 1911

Ecole communale édifiée vers 1911

LA VIE QUOTIDIENNE

J: Donc vous êtes restée plus de dix ans à travailler chez vos parents ?

T: Oui. Ah, mais je, je revenais de l'école, il fallait que je, c'est, la cocotte était devant le feu, y avait pas de cuisinière à ce moment-là, hein, et il fallait refaire le feu et puis mettre un peu de braise sous la cocotte pour que ça cuise, parce que ma mère était partie dans les champs.

J: Y avait pas de cuisinière? (NDA : le meuble)

T: Ah non, nous n'avons eu une cuisinière qu'après la guerre.

J: Alors c'était quoi ?

T: Ben, c'était le feu à l'âtre. Y avait une cheminée, une plaque en fonte, et on mettait du bois.

J: Pour faire cuire tout ?

T: Pour faire tout, oui. Mais ma mère avait été apprise par ses parents, qui étaient cultivateurs aussi, mais elle savait faire du pain. Et dans toutes les maisons y avait un four à pain. Un four à pain qu'on mettait un fagot, deux fagots, pour chauffer le four. Il fallait se lever à quatre heures du matin. Bon, on avait mis la pâte en route, de la farine et de l'eau, et le matin, à quatre heures du matin, ma mère se levait avant d'aller traire les vaches, elle mettait ça dans des petites corbeilles avec un petit linge dedans. Elle mettait une poignée de pâte. Fallait laisser lever à la chaleur. Et elle allait soigner ses bêtes, traire, donner à boire, donner à manger à ses vaches. Elle ne s'occupait pas des chevaux. Et c'était mon frère, puisque c'était la guerre, c'était mon frère ou un employé qu'on prenait. Et puis alors, oui, eh ben, ma foi, le four, fallait tirer la braise de ce four avec un râteau exprès, on tirait la braise dans un gros récipient en fonte, et après on enfournait, on culbutait la pâte de sur une planche et on l'enfournait. On, on reprenait la planche puisqu'elle avait un grand manche, elle resaupoudrait un peu la planche, elle remettait une deuxième petite corbeille. Elle faisait huit pains, huit gros pains. Le pain était très bon, meilleur que celui du boulanger, et les voisines : -Vends-moi une livre de pain. Des fois, Maman se laissait faire mais fallait en conserver pour la semaine d'après. Ah, c'était très dur de travail, très dur de travail. Mais enfin, ça se faisait. Ça se faisait automatiquement.

J: Qu'est-ce que vous mangiez ?

T: Qu'est-ce qu'on mangeait ? Eh ben, ce qu'on avait, des pommes de terre, des carottes, des navets, de la salade, parce qu'on avait un jardin et on faisait tout ça. Alors tous les, ah, on avait un porc aussi. Et on tuait ce porc et on salait dans un grand saloir en bois le lard et puis les jambons. Et on faisait la soupe au lard presque tous les jours, si on veut. Alors un morceau de lard qui était des fois, du bon, bien maigre, des fois il était moins maigre, et puis, alors bon, on mettait ça dans, dans une marmite en fonte avec des poireaux, des carottes, des, et voilà, et ça cuisait devant le feu. Devant ce feu, qu'y avait pas de cuisinière. On mettait de la braise. Y avait trois pattes à ce pot, y avait trois pattes pour le tenir debout, qu'il ne tombe pas, et on remplissait d'eau. Et quand je revenais de l'école à onze heures, je ravivais le feu, les braisons, et je remettais le restant du pot qu'il cuise pour quand Maman rentrait à midi et les hommes aussi, pour manger. Voilà. Ah oui, on était occupés.

J: Y avait l'électricité ?

T: Ben, je ne sais pas en quelle année qu'on l'a eue, l'électricité. Je sais pas. Je me rappelle pas. De toute façon, quand j'étais gamine, que je revenais de l'école, y avait une petite lampe à gaz qui éclairait la cuisine. Et puis des lanternes avec un gros globe de verre pour les écuries. Et après, quand ma mère rentrait de traire les vaches et de leur donner à manger, elle venait allumer la lampe à pétrole qui était suspendue au plafond. Alors à ce moment-là, que j'avais une dizaine d'années, ça, sûr, y avait pas d'électricité. Je ne sais pas.

J: Et ça a changé quelque chose, l'électricité ?

T: Oh ben, c'est-à-dire c'était quand même le bonheur, quoi. Après, y avait plus à mettre du pétrole dans la lampe et, c'était quand même mieux. Y avait qu'à appuyer sur le bouton. On avait de la lumière dans les chambres. On avait de la lumière, c'était quand même mieux. Ah, ben oui.

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

Le centre du village, l'épicerie et son chariot de livraison

LA VIE RELIGIEUSE

 

J: Vous avez eu une éducation religieuse ?

T: Oui.

J: Vous pouvez me raconter ?

T: Ah ben, on allait à la messe déjà tous les dimanches, père et mère, bien sûr pas pendant la guerre. Ma mère elle n'y allait peut-être pas non plus, la pauvre, elle avait du travail. Mais cette sœur qui nous faisait l'école, y avait un harmonium, on chantait les Kyrie, le Gloria, en latin, le Credo, l'Agnus Dei, le Pater Noster, et tout ça. Ah oui ! On avait un curé qui avait un presbytère. Oui, oui, oui. Ah, question religieux, on était très bien, très bien. Ah oui.

 

J: Et à l'église, les hommes et les femmes étaient mélangés ?

T: Ah, les hommes et les femmes étaient, non, les hommes avaient leur petite chapelle, et  les femmes en bas (NDA : Près du chœur.  Il faut noter que chaque famille avait son banc avec le nom gravé sur une petite plaque de cuivre. Elles sont maintenant pour la plupart effacées. L’église a été rénovée récemment et a retrouvé son lustre). Ah oui, c'était pas mêlé.  Notre église, elle était très, très, très bien. Il y avait le chœur, après y avait deux petites chapelles de chaque côté qui avaient le tabernacle dans le coin pour dire des messes, et on redescendait un escalier, et y avait la Sainte Vierge, l'autel de la Sainte Vierge, là, et le Saint-Joseph de l'autre côté, et l'allée dans le milieu. On avait une belle petite église à ÉCHENAY.

 

J: Et alors les hommes et les femmes ?

T: Séparés. Séparés : les hommes en haut (NDA : comprendre derrière) et les femmes en bas (NDA : Devant). Oui, oui, oui, oui. Oui. Maintenant c'est tout mêlé.

 

J: Et y avait du catéchisme ?

T: Ah ben, oui ! Le jeudi, parce que c'était le jour de congé avant, de mon temps, hein.

Alors y avait la messe et le catéchisme après. Et le dimanche y avait la messe, on allait manger, et y avait le catéchisme, le chapelet, et les vêpres. Les vêpres qui étaient en quatre psaumes, et en latin. Et le Magnificat au bout. On redescendait, et on remontait dire une dizaine de chapelets  pour la prière du soir. Ah, mais la journée était bien occupée ! Oui. C'était très bien.

 

J: Et dans le village, y avait des personnes qui étaient un peu anticléricales ?

T: Oh, oui. Y a toujours, y en avait pas beaucoup. Y avait une famille, la famille XXXXXX qui était des gens qui n'aimaient pas l'église, qui étaient cultivateurs. Mais autrement tout le monde allait, tout le monde allait à la messe. Ben, les hommes n'y allaient pas toujours, hein, à la messe. Moi, mon père il y allait aux fêtes. Ma mère y allait tous les dimanches, quand elle pouvait. Et nous, ça, on ne manquait pas, hein. Mon frère et moi, fallait partir à la messe. Et le jeudi, au lieu de rester au lit, la messe était à sept heures, on se levait pour aller à la messe de sept heures. Et après, on avait le catéchisme. Voilà. Ah, mais c'était comme ça.

L'église du village. Devant le cimetière

L'église du village. Devant le cimetière

LA VIE SOCIALE

J: Quelle était la place de la femme à l'époque ?

T: Ben, la femme, elle a toujours bien aimé dominer le ménage, hein. De tout temps, je crois que la femme était plus heureuse si le mari la laissait faire. J'ai toujours vu ça dans tous les ménages.

J: C'est ce qui vous est arrivé ?

T: Ben, j'aimais bien gouverner mes affaires et, mais il fumait beaucoup, mon mari. Mais ça, je ne, y avait rien à faire. Moi, je ne fumais pas du tout. Enfin, que voulez-vous ? Le tabac avant tout. C'est vrai. Parce qu'y avait pas beaucoup d'argent dans ce temps-là.

J: Et le tabac coûtait cher ?

T: Ben, je me rappelle, c'était deux francs cinquante le petit paquet de gris, de tabac gris. Oui, deux francs cinquante.

J: Et quand vous vendiez un fromage, c'était combien ?

T: Oh, mais ça je me rappelle pas. Pas du tout. C'était ma mère qui s'occupait de ça, donc, elle en a plus donné qu'elle en a fait, qu'elle n'en a fait payer. Ah, je lui disais toujours : -Maman, économise donc ! Tu donnes à ces gens-là et puis tu n'auras pas... Ben, c'est vrai, ils ne la payaient pas, hein. Enfin, c'était comme ça dans ce temps-là. Parce qu'y avait pas de retraite pour les personnes âgées, hein. Eh ben, je lui disais : -Pourquoi que tu donnes à cette dame-là ? Tu sais que tu ne seras jamais payée, que ses enfants n'économiseront pas pour te payer. Eh ben, elle donnait quand même. Ah oui. C'était comme ça.

J: Et quand elle a été âgée, votre maman, vous l'avez prise chez vous ?

T: Oui. Elle a été, c'est-à-dire elle allait chez mes petites-filles, chez mon, les enfants de mon frère. Elle y allait y passer l'hiver. Et puis je sais pas qui a été malade, si ça a été mon frère ou si ça été les gamines cette année-là, elle est venue chez moi. Ah non, ils allaient en vacances, peut-être bien, enfin, elle est venue dans le mois d'août, moi je n'allais pas en vacances, et elle est décédée six mois après.

11 Novembre 2014

11 Novembre 2014

LA GUERRE 14-18

J: Votre papa, il a été blessé pendant la guerre ?

T: Ah ben, il a eu, il a eu les gaz, et des fois il restait huit jours au lit et il avait froid. Ma mère avait beau lui mettre des édredons, mais il avait froid quand même. Mais il n'a jamais voulu porter plainte parce qu'il aurait pu quand même toucher quelque chose, mais il était têtu. Et voilà, il aimait mieux rester huit jours, Maman me disait : -Tu vois, tu restes tes huit jours au lit, et il faut qu'on prenne un employé. Il vaudrait mieux quand même que tu te...

Mais il a été quand même une fois à DIJON ( NDA : Certainement pour se faire soigner), je crois, mais enfin, il aurait fallu qu'il suive, mais il faisait pas.

J: Et il en parlait ?

T: Ah, il parlait des fois de sa guerre. Oui. Oui. Ben, il nous racontait ses batailles quelquefois. Ah ben, comme il dit, la guerre, elle a fini le onze novembre, mais il dit : -J'en ai encore vu tomber à côté de moi, et il était plus du onze. Ben oui, ceux qui étaient en route. Et il s'est trouvé que lui n'a pas été pris. Mais enfin, il a eu les gaz.

LA GUERRE 39-45

Pendant la guerre, Mme RIGNY revient de Vauchassis -10 (où elle vient d’emménager) à Echenay chez ses parents.

J: Et les Allemands ?

T: Ben, ils étaient gentils, hein. Ils ne faisaient pas de mal, hein.

J: Vous pouvez me raconter la première fois que vous avez vu ?

T: Oh ben, à VAUCHASSIS, les Allemands ils occupaient une maison qui était dans le milieu du pays. Mais ils ne faisaient pas de mal, hein. Personne ne leur faisait du mal, et eux ils ne bougeaient pas non plus, hein. C'était un dépôt qui était là, mais...

J: Racontez-moi vos souvenirs.

T: Oh, ben, non, je, je veux pas rentrer dans des affaires que je ne connais pas.

J: Non. Vos souvenirs à vous.

T: Ben, c'est justement. Je, les Allemands je les laissais, et puis c'est tout. Ils étaient dans une maison dans le milieu du pays. Ben, on n'avait pas de contact avec eux, hein. Non.

J: Vos enfants allaient à l'école ?

T: Eh ben, oui. Ben, je sais, ça se passait très bien.

J: Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ? Est-ce que vous avez manqué pendant l'Occupation ?

T: Ah, ben ça, on peut pas vous dire qu'on n'a pas manqué. Mon gamin il rentrait de l'école, il me disait : -Maman, j'ai faim. -Eh ben, je disais, épluche des pommes de terre et mets-les sur le dessus de la cuisinière. Et puis quand elles seront, tu les retournes et tu les manges. Ça il, lui, mon garçon a souffert de la nourriture pendant la... Marie-Thérèse, l'aînée, elle ne mangeait presque pas, alors elle n'a pas souffert. Mais lui, mon gamin, il a souffert. Il était très grand. Il a manqué. Enfin, c'est comme ça.

J: Qu'est-ce qu'y avait à manger à l'époque ?

T: Ben, j'avais, on jardinait et on mangeait ce qu'y avait dans le jardin : poireaux... Y a, c'était pas facile de trouver de la graine encore. Pas facile du tout ! Ah ben, c'est comme ça, hein. On s'habitue. Mais enfin, pour les enfants, c'est embêtant.

J: Y avait un, vous, vous aviez encore des poules et des lapins ?

T: Ben, petitement, hein, parce que fallait trouver de la nourriture pour tout ça. Les cultivateurs, ils gardaient leurs grains et ils gardaient leur fourrage, alors, c'était pas facile, hein. J'ai retourné une année chez mes parents. Et, ah oui, et c'est là que mon mari s'est appris à taper du bois. Oui, c'est là qu'il s'est appris. Quand j'ai été, j'ai retourné à VAUCHASSIS, que j'ai retourné à ÉCHENAY. Voui. Et ma mère me disait : -Si ton mari est rappelé, qu'est-ce que tu feras à VAUCHASSIS ? Tu ne connais personne. Ben voui, j'y avais arrivé en trente-huit, le douze juillet. Le douze juillet mille neuf cent trente-huit. Et cette guerre, ma mère m'a dit : -Ton frère a une voiture, il va aller te rechercher. Et c'est ça, mon frère est venu me rechercher. Oui. Et lui, mon frère, il a parti à la guerre. Ça, lui il n'y a pas coupé.

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

Gabriel de Pimodan - Marquis et Duc Romain

LES PERSONNALITES DU VILLAGE

Madame THIRY évoque parfois les gens du village. J’ai souhaité apporter quelques précisions sur certains d’entre eux.

Monsieur BERTRAND fut bien instituteur à Echenay. Il semble être né en 1859 puisqu’un acte d’état civil de 1910 le dit âgé de 51 ans. On trouve par exemple sa trace le 19 juillet 1911 dans le Journal Officiel où il reçoit une médaille de bronze et une prime de 50 fr pour don de livres. Cette récompense s’appliquait aux instituteurs (trices) ayant rendus des services pour les cours d’adultes et d’adolescents ou pour participation aux œuvres complémentaires de l’école.

Très impliqué dans l’éducation des villageois, il est nommé Officier d’Académie le 5 septembre 1919 (J.0 de ce même jour). Pas étonnant dans ces conditions qu’il ait si fortement marqué la mémoire de Madame THIRY

Le Marquis de Pimodan n’est plus à présenter (Voir les articles du blog qui lui sont dédiés). Maire et Conseiller Départemental, il marqua fortement la vie locale. Erudit et proche de ses administrés, c’est LA personnalité locale. Ses titres de noblesse marquent également Madame Thiry :

J: Vous connaissiez le marquis ?

T: Ah ben, il, il se promenait. D'ailleurs, on avait sa petite ferme dans le milieu du village, cinquante hectares (NDA : Ses parents louaient des terres au Marquise en fermage). Et il avait la grosse ferme près de son château, qui avait deux cents, je crois, deux cent cinquante hectares. Oui. Oui.

T: Ah, ah, mais il passait dans son coupé dans le village. Ça dépendait duquel côté qu'il allait se promener. Il avait deux cochers (NDA : Un de mes grands oncles fut effectivement cocher du Marquis) et un homme de cour. Et une cuisinière, une femme de chambre, une aide pour faire la cuisine. Oh ! Alors il passait six mois à ÉCHENAY, l'été, et il repartait six mois à PARIS. Il remmenait son coupé et deux chevaux. Et il restait à ÉCHENAY un cocher, un cocher et deux chevaux. Ah, mais c'était de la noblesse. Ça n'existe plus, hein. Je n'en vois plus beaucoup des comtes.

Mme THIRY parle à plusieurs reprises des facteurs d’Echenay. En 1906, donc un peu avant sa naissance, le village compte effectivement 3 facteurs et un receveur des Postes. Le travail est dur et peu rémunéré. Un petit complément de salaire ne fait donc pas de mal !

T: Ah, quand j'étais enfant, pendant la guerre, ma mère prenait des hommes du village (NDA : Pour aider aux travaux de la ferme), comme les facteurs. C'était un petit village qui avait une poste, y avait trois facteurs. Alors le facteur il revenait des fois à une heure, il mangeait et il allait passer son après-midi chez ceux qui lui demandaient.

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Voilà pour ce témoignage exceptionnel. Moi qui, quand c’était possible, n’a jamais pensé à interroger ma Grand-Mère sur la vie villageoise, me voici comblé. Bien sûr, les extraits que j’ai choisis frustreront peut-être certains lecteurs. Mais il fallait bien faire un choix !

Toutefois je renvoie ceux qui le souhaitent vers l’intégralité du témoignage écrit et je joins un extrait verbal de celui-ci.

Nul doute que, comme moi, vous soyez séduit par cette petite Mamie, mémoire vivante de notre village d’Echenay.

Sources :

AD 52 : Actes d’état civils divers – Recensements – TD

Illustrations : Photothèque personnelle

Sans oublier le site du Conseil Général Champagne-Ardenne et l’Association « Le son des choses » pour ce travail de mémoire exceptionnel

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